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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 22:18

21 JUILLET 2012. Transhumance.

 

L'été est bien avancé.

C'est le temps des retours, des transhumances.

L'aéroport de Port au Prince est encore plus fébrile que d'habitude.

La salle des bagages est proche du cataclysme majeur chaque jour. Un seul tapis transporte en vrac les valises et malettes diverses. Et tous les vols arrivent en même temps.

Je suis assis depuis des heures.  J'écoute les commentaires.  Tout le monde reconstruit Haïti en général et l'aéroport en particulier. Il faudrait ci, ou ça. Paroles... Je suis sûr que ce sera pareil la prochaine fois.

Air Caraibes est, comme toujours, en retard.

J'ai largement le temps de regarder passer les gens.

 

Des choses ont changé depuis 25 ans: le voyage international est pour beaucoup devenu une routine. Les valises sont plus petites qu'avant : les voyageurs n'attendent plus des années avant de rentrer au pays.

Toute cette génération est devenue mobile. On prend l'avion comme on prenait le bus.

Ils ne prennent plus le vieux canot pourri comme Escaniè pour aller à Miami. Voyageurs clandestins, trempés et tétanisés par la traversée interminable.

American ou Delta,  et en peu de temps ils sont chez eux. Là bas ou ici ? D'où sont ils maintenant ? Port au Prince, Jacmel ou New York ?

 

L'été se superposent les transhumances.

 

Les exilés de la disapora rentrent pour les vacances : de Miami, Boston, Orly, New York, Montréal, ceux-là reviennent avec l'assurance de ceux qui ont eu de la chance d'y arriver.

Coiffures et vêtements chics, dédain hautain dans le regard. Le strass dans les vestes des femmes. Il faut briller en rentrant. Et celle-ci qui se tord les pieds sur ses hauts talons. Du clinquant, du visible. Les tshirt  " I LOVE ... " et on retrouve à  la suite  les villes du monde, en commençant par NY.

Ils viennent prendre l'air du pays. Et faire la tournée des plages. Se réchauffer au son du compas.

S'installent à Raymond-les-Bains pour l'après midi du dimanche et s'envoient des mélanges osés: whisky- toro, benedicta-rhum, ragaman-rhum... Tout ce beau monde va reprendre la route...

 

Et d'autres retours aussi :  on rentre de la ville pour les vacances. Elèves, étudiants rentrent vers leurs foyers ruraux. On cherche la fraîcheur. La chaleur est suffocante dans la ville. Les motos ont fait le plein de jeunes qui passeront l'été à Lamontagne.

 

Avec ce même air de supériorité de ceux qui sont partis. Mais pleins d'ennui, très vite. Pas de courant, pas de télé, pas de gazeuses glacées. On organise des fêtes et des tournois de foot, pour passer le temps.

 

L'été est la saison du mouvement.

 

Port au Prince vibre du retour des diasporas, Jacmel s'agite au passage des Port au Princiens, Lamontagne frétille du mouvement des Jacméliens...

 

Et le paysan, resté chez lui sur son lopin arride, attend que la poussière retombe. Moi, je suis assis à côté de lui.

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 17:38

15 JUIN  2012. CHALOUPE.

 P1110690.JPG

L'aventure aurait dû être belle. La journée devait être maritime.

L'une des dernières maisons à construire...

 

On en est presque à la cinquantième...

Cela fait quand même une marque dans le paysage. Cinquante maisons construites.

Et je ne parle même pas des 150 réparées...

 

Au final, cela fera environ 1000 personnes relogées convenablement, décemment.

 

Cerains en avaient vraiment besoin. Pas un sou, pas une réserve. Le séisme avait détruit aussi l'espoir et l'avenir. Comment envisager de reconstruire seul ?

 

 

Donc cette maison lancée aujourd'hui est à Baguette, de l'autre côté de la baie de Jacmel. Pas une route pour y aller.

On avait donc convenu d'emporter tous les matériaux par chaloupe.

J'espérais une grosse chaloupe à voile, comme celle qui transporte le charbon.

Et je me voyais déjà, fier à la proue, en pensant à cette chanson de Céline Dion.

 

Mais c'est loupé pour la chaloupe...

 

Jésumaître, le navigateur-pêcheur-bénéficaire est arrivé avec deux barques à peine plus grosses que des pointus, ventrues, mais basses sur l'eau.

 

J'ai donc laissé charger les parpaings et les sacs de ciment, sur les canots.

 

Mais pas osé partir avec eux.

 

Les matériaux de la maison sont donc arrivés de l'autre côté.

Mais sans moi.

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 21:32

14 juin 2012. Trois mois...

 

Presque trois mois que le blog est endormi, délaissé.

Mais les visiteurs viennent encore.

Pas moi... 

 

Trop de tout. Trop de mouvement, trop d'histoires, trop de gens, trop de vie.

 

Et surtout, une sorte de rupture. Un virage. 

Peu de moments où, comme avant, le texte vient s'installer sur le papier.

Des idées parfois.

Mais pas le souffle, pas l'envie. Pas le temps. M'pat sou sa.

Et les jours ont passé.

 

Depuis ces mois, beaucoup de mouvements, de chocs, de chemins parcourus.

 

Alors, reprendre serait une solution, un moyen, une voie.

 

Pour recoller les chapitres, juste une petit paragraphe de reprise, un échauffement cool.

J'ai envie de repartir là où j'étais...

 

Ce sera donc EDH, l'Electricité d'Haïti.

 

Grande décision : les horaires ont changé , c'est désormais Midi à Minuit.

 

Motif ? Un meilleur service? une demande des clients? Non !

Les matchs de l'Euro passent à midi.

 

Vive l'Euro.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 06:49

17 mars 2012. E.D.H. ache, ache !

 

P1080254.JPG

Un matin de la semaine, le bruit des moteurs et des motos se fait discret. La route de Lamandou se vide. Plus aucun véhicule. On entend à nouveau les chiens et les coqs.

Et pourtant, c'est l'heure de pointe du matin.

Le moment où les taxis motos transportent les enfants vers les écoles. En général, ce sont des masses de deux-roues surchargés  qui slalomment entre les nids de poule et les tas de fatras.

 

Là, rien.

Il ne s'agit pourtant pas d'un nouveau jour férié.

 

Le silence s'est installé, mais une rumeur naît au lointain.

Des paroles multiples. Des rires, des bruits de voix, des sons qui gonflent.

 

Je ne suis pas seul à l'entendre. Les voisins tendent l'oreille, regardent au loin. Discutent, perplexes. Et sortent dans la rue.

 

Evidemment, ficanasse, je vais voir.

 

Le grondement enfle et approche.

 

L'énorme camion Renault kaki des forces d'interventions de la police passe en trombe, ralentit, s'arrête au carrefour tout proche.

Ils sont comme les ninjas. Casqués, ultra protégés, bouclier et matraque à la main.

Ils se déploient devant le collège...

 

La rumeur devient clameurs et cris.

 

Et apparait enfin une cohorte colorée.

Une masse compacte, serrée, interminable.

 

Colorée parce qu'ils portent leurs uniformes de collégiens, d'écoliers, d'étudiants.

Presque une parade.

Pacifique et joyeuse, en fait. Des rires. Les garçons et les filles dans la même marche. Certains se tiennent la main.

 

Une manif d'étudiant ? Je repense aux miennes : les lois oubliées par la pression de jeunes braillant, de pancartes et de slogans.

La loi Debré (qui s'en souvient ? ), la loi Devaquet ( plus oubliée encore).

Nos mai 68 à nous. Céhéresse, esse, esse...

Pourvu que mes filles ne lisent pas ça... Elles vont penser que c'est dans les gênes.

 

Là, c'est pareil, en plus exotique. Il ne manque que les bambous et les tambours.

 

Que demandent-ils ?

De meilleurs professeurs, de meilleurs programmes, des écoles reconstruites, des débouchés pour les diplômés? Des stylos, des cahiers ?

Ou bien, l'éducation numérique pour tous ?

 

Non.

Du courant, simplement. De l'électricité, de la lumière. La fin des black-out qui empoisonnent l'existence.

Un éclairage pour étudier, le soir ou surtout le matin.

Pas grand-chose.

Juste de quoi sortir du sombre.

 

J'ai souri en pensant aux lumières solaires de Schneider Electric distribuées à Lamontagne la semaine dernière. Pour permettre surtout aux enfants d'étudier dans la nuit. Mais là haut, il n'y a pas de courant du tout. Ces lumières là sont une bénédiction.

 

Et tout en fin de ce long cortège, la pancarte qui dit tout : " a ba fènwà " ("A bas les ténèbres" ... je traduis ainsi le mot "fènwà" qui veut dire littéralement " faire noir" )

 

Et la cible de cette manifestation monstre est l'EDH, l'Electricité d'Haïti qui fournit, normalement, le courant de 14h à 3h du matin.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 22:04

15 mars 2012.  Tout se retrouve en bas.

 

P1100685 

Pétionville était le faubourg aisé de Port-au- Prince. Ou une commune chic.

Bars, casinos, galeries, boutiques de luxe. Je dis était, parce que les paillettes ont pâli.

 

Les voitures sont un signe voyant de richesse. Et c'est à Pétionville qu'on trouve les Porsche, VW et autres 4x4 qui servent à monter les pentes raides qui mènent aux propriétés de Laboule, Pélerin, Bouthilliers, et autres.

 

C'est comme à Cimiez (Nice, pour les lecteurs qui ne connaitraient pas la Côte d'Azur). Plus c'est haut, plus c'est chic.

 

Plus haut, ce serait Cantaron, mais là... Ils ont la piscine et le four à pizza en plus.

 

Donc, hier soir à flâner dans Pétionville. Le seul endroit où on trouve tout, même une côte de boeuf saignante.

 

La journée a été dure, mais belle.

 

Et en redescendant un peu vers Delmas 70, on se retrouve (avec Doudouche), dans le vrai monde. Des gens normaux. On parle de la vie.  Joosette est encore plus passionnéed que d'ordinaire. Haïti Futur se conjugue au présent : un navire de l'armée française transporte 130 équipements numériques pour les écoles d'Haïti.

 

Soutenez Josette et Haïti Futur : on essaye de lui piquer son projet ... Des caciques français en mal de pub. Politicaillons.

 

On refait le monde, enfin je refais les 67 km2 de Lamontagne, avec une nouvelle idée folle. Mais si ça marche, on en reparlera.

 

Et soudain, la pluie. Pas une petite averse, une vraie grosse pluie tropicale.

 

Forte, dense, lourde, pesante. Un déversement, une cataracte, une chute essentielle.

Des sons de tambours, de timbales, de grosse caisse sur les tôles de la maison.

 

Des écoulements  ... Mais bon, pas la peine de rajouter des adjectifs et des mots.

 

Une pluie torrentielle.

Le sommeil est venu avant la fin du déluge.

 

Et ce matin, la ville, Port au Prince, a changé.

 

Des canaux, des sillons, des trous, là même où nous sommes passés hier soir.

 

Les hauteurs, Pétionville et plus haut, se sont déversés vers le bas de la ville.

Les piles de sables, les roches, la terre, les fatras, les débris, les ordures, tout est descendu vers le bas de la ville.

 

Deux heures de route pour deux kilomètres.

Le blokus était prévisible. La boue et les cailloux.

 

La montagne est descendue. Terre, roches, plastiques...

 

La pluie est finalement l'alliée des riches. Elle nettoie les quartiers du haut. Et évacue les saletés vers le bas.

Le nettoyage par gravité. Oui, c'est grave.

Tant pis pour les habitants du bas, de Fontamara à Mariani, de Cité Soleil à Martissant.

Ils n'avaient qu'à être riches. Et ne pas s'entasser au niveau de la mer.

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 22:28

12 mars 2012. Mi tchè mwen.

 

Cliquer sur le lien ( link ci dessous )  en lisant l'article...

 link



P1100645.JPG 

" Tu as vu, Philippe, quand je me suis avancée sur l'avant de la scène, plissant les paupières pour éviter la lumière du projecteur, concentrée quand même sur mon texte, te cherchant dans la foule. Oui, toi.

 

mwen ka santi'w vraiman tout pré tou pré diposédé
sa ki caché o fon zié mwen
 
E mwen téja sintin mwen pa té ké séré'y lontan
lè dé bwa lamou'w sézi mwen

 

Je ne sais pas pourquoi, mais je savais que tu viendrais. Une certitude étrange. Un préssentiment. Une rencontre obligatoire, après toutes ces années.

 

kares' ou toujou ka ravajé mwen
mé gadé pa owa tché mwen sé la ki ni pis déga
lombraj' ou ka trankilisé mwen
o lésé mwen avoué an ti priyè mwen gadé pou'w

 

La route pour venir de Jacmel, la foule, la pluie ne te feraient pas peur. Tu viendrais.Tu serais là.

Et je  les  sentis tout de suite, ta présence, ton regard qui me fixait sans arrêt.

Tes mains devaient trembler un peu.

 

ouh mi tchè mwen
ah pou séré'y ben mwen
ouh doudou mi tchè mwen

 

J'avais cette conviction totale que tu viendrais ce soir, comme au Sébastopol à Lille, où tu étais au premier rang. Il y a au moins vingt cinq ans.

Comme à Conflans, dans cette salle un peu miteuse.

 

mi
mi tché mwen
 
mi
pou sérè'y ban mwen mi
mi
ah mi tchè mwen
mi pou tchimbé'y ban mwen

 

Comme, tu t'en souviens aussi, en plein air aux arènes de Cimiez, à Nice. Un soir d'été sur la Rivièra. La foule, là aussi. Et l'odeur des merguez et des pissaladières.

 

minm' si ou divini pres' bon dié pou mwen
on sel priyé mwen rété ba'w
mi tchè mwen
tchimbé'y tchimbé'y tchimbé'y tchimbé'y
avan lannuit vin' jété rido'y la vini pou mwen pa barè'y la
mi tché mwen tchimbé'ytchimbé'y tchimbé'y
séré'y tchimbé'y séré'y séré'y
ouh mi tché mwen
pou géri'w ban mwen

 

 

Mon meilleur souvenir, et j'en parle encore aux autres, c'était au Zénith. A Paris.

Cela devait être en 1985. La même chanson, les mêmes mots. Une foule énorme. Cinq ou six mille personnes qui venaient de zouker en coeur sur la musique de Jacob et de Georges. Patrick avait été bon, ce soir-là. Il nous manque, lui, tu sais.

 

ah mi tché mwen 
pou tchimbé'y ban mwen
minm' si ou divini pres' bon dié pou mwen
on sel priyé mwen rété ba'w
mi tchè mwen
tchimbé'y tchimbé'y tchimbé'y tchimbé'y
avan lannuit vin' jété rido'y la vini pou mwen pa garé la
tchimbé'ytchimbé'y tchimbé'y
séré'y tchimbé'y séré'y séré'y

 

Je me souviens exactement du moment, du couplet de cette chanson, quand je me suis avancée sur le devant de l'immense scène du Zénith.

 

Lentement, j'ai levé les yeux, j'ai murmuré mon texte, bouche collée au micro, et je t'ai regardé, longtemps et intensément. Tu n'as pas baissé les yeux, moi non plus.

 

mi tché mwen

lè mwen ka santi chalè présans' ou la
 
lé a pé contiié touné touné

 

Oui, le temps pouvait passer, je sentais cette chaleur, ce sentiment si fort. Tu me regardais, perdu au milieu de la nuit, dans cette salle que nous avions embrasée, cuivres et danseuses, guitares et claviers en pleine apogée.

 

J'en parlais souvent aux autres, de cette minute intense, de ce moment magique, de ton regard si profond. 

Ils ne m'ont jamais crue. Jean Claude se moquait de moi, en me traitant un peu de folle qui avait cru voir un regard éperdu de bonheur au milieu d'une foule, dans les travées du Zenith, perdu dans le noir. Je sais que tes filles en riaient aussi quand tu leur racontais. Mêmetout à l'heure, Josette ne te croyais pas.

 

 

Alors, ce soir, je t'ai tout de suite cherché dans la foule. Le jardin du Karibé permet une grande  proximité. La pleine lune de mars, la fameuse,  éclairait les tables.

Juste à quelques mêtres de la scène, je t'ai repéré  très vite, mais j'ai fait comme si je ne t'avais pas vu.

 

Il y avait une force, une joie dans cette soirée. La joie d'être là, dans un  Port au Prince, apaisé,  et tu sais comme j'aime ce pays.

Ils ont adoré les bo-bo locaux quand j'ai chanté " Yo". Comme s'ils connaissaient la misère dont parle cette chanson !

Une joie si intense de chanter avec Emeline Michel les textes si purs et si puissants de Toto Bissainthe.

Emeline est une diva. Je souriais en l'entendant. Elle dégage une telle force, un tel pouvoir un peu magique.

 

mi tché mwen

mi tchè mwen
mitchè mwen pou tchimbé'y ban mwen séré'y pijé'y
mi tché mwen

avan lannuit vin' jété rido'y la vini pou mwen pa garé woyyyy'

mi tché mwen

 

Ce soir, tu as vu, j'ai refait le coup du Zénith, avancée sur le bord de la scène, et j'ai planté mon regard dans le tien, sans bouger, sans reculer. Tu as tenu l'échange, toi aussi.

 

mi tché mwen

 

 

J'ai eu un peu peur de te voir disparaître avec la pluie.

Deux heures d'interruption. Mais j'ai insisté pour finir le concert. Emeline, la pauvre , avait froid.

 

Et au retour, juste après les trombes et l'orage, j'ai vu avec plaisir que tu étais resté là, assis avec ton regard ému et troublé, au milieu de la nuit.

 

Alors, si tu es d'accord, si tu veux bien, j'aimerais qu'on fasse une photo ensemble, pour le souvenir, pour immortaliser ces moments magiques.

Je voudrais te tenir la main, juste un peu.

 

Pouvoir te dire comme je suis heureuse d'avoir enfin pu te rencontrer, te remercier d'être resté après le spectacle pour attendre la sortie de scène, la foule des autographeurs.

Tu es resté, et j'en suis émue, et je te dis encore merci.

 

Je voudrais te revoir, croiser ta route à nouveau.

 

Si tu veux, je t'attends, je te donnerai un pass VIP pour les loges du prochain spectacle.

Je serai avec  Kassav le 23 avril au stade Ntional de Cidadel, à Luanda. "

 

(Texte de la chanson de Jocelyne Bérouard en filigrane: Mi tchè mouin.)

(Paroles de ce blog : libre interprétation des quelques mots et regards échangés  avec Jocelyne Bérouard en fin du spectacle, le 10 mars, à Port au Prince)

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 21:13

11mars 2012. L'HEURE D'ETE.

 DSC08216.JPG

 

 

 

" À compter de demain dimanche 11 mars 2012, 2h00 am, l’heure en Haïti sera avancée de 60 minutes. Le Bureau de Communication de la Présidence informe la population que le Président Michel Martelly, pour profiter de la durée plus longue du jour en été, a décidé, par arrêté en date du 7 Mars 2012, d'avancer l'heure nationale de 60 minutes à compter de demain dimanche 11 mars 2012 à 2h00 am.

C’est-à-dire quand l’horloge indiquera 2h00 am il sera en réalité 3h00 am. La Présidence demande à tout un chacun de s’ajuster à cette nouvelle programmation, précisant que ce changement d’horaire a été effectué afin d'optimiser la consommation d'énergie dans le pays au cours de l'été."

Comment prend-on une mesure radicale qui, n'étant pas annoncée, crée un désordre de plus dans le fonctionnement d'un pays.

 

Je suis relativement bien informé, grâce à mes connections internet, la radio parfois, le journal de temps en temps, et Doudouche qui me fait les commentaires en conduisant.

 

En général, il m'annonce les manifestations, les crimes, les nouvelles de la police. Les

 

Là, je ne savais rien. D'ailleurs, je crois que personne ne savait rien. Sauf peut-être le président qui a décidé ça.

 

En roulant hier vers Port au Prince, en cherchant à savoir si la panique des manifestations de jeudi était retombée, j'entends cette nouvelle d'un changement d'heure, prévu pour... aujourd'hui...

 

Imaginez le paysan ou le citadin moyen ! Comment pouvait-il deviner qu'un décret présidentiel changerait l'heure du jour au lendemain...

 

A 2 heures, à la montre d'hier, il est 3 heures aujourd'hui.

Dommage que ce soit un dimanche : les gens auraient, pour une fois été à l'heure, aux réunions et aux rencontres. Il y a toujours un écart d'une heure entre le début prévu et le début réel.

 

Mais la technique de communication a été un total fiasco.

Je dis que cela crée un grand désordre. Mais à la réflexion, pas vraiment. Rien n'est à l'heure, ici, et il n'y a pas de trains.

 

A la radio, vers midi un quart, un animateur intervient et explique qu'il ne savait pas que l'heure changeait, et qu'à son grand regret il devait laisser le micro à l'émission suivante ... Il a perdu trois quart d'heures de la sienne.

 

 

Ce qui est étonnant, c'est que  le motif invoqué est le changement de la  durée des jours. Je n'avais pas remarqué un grand changement de longueur des jours...

 

En plus, l'électricité n'est fournie qu'une partie de la journée. Donc, l'énergie ...

 

Il y a une expression créole qui parle de déstabilisation, perte d'équilibre : " viré l' orloj mwen " ( bousculer mon horloge)

 

Je trouve qu'elle s'applique bien : le pays est un peu tête en bas.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 00:20

 

DSC03857.JPG

26 FEVRIER 2012. Divers et variés.

 

L'année 2012 est très étrange. Des mouvements très importants se préparent. Se déroulent.

Des renversements, des trahisons, des retournements. Des changements.

Des disparitions...

 

Certains parlent de fin du monde.

Mais n'allons pas sur ce terrain, c'est une sorte de business.

Certains font un fond de commerce de cette peur millénaire. Comme d'autres, ici, ouvrent des églises ou des religion-shops.

Le monde ici n'est pas beau, attendez le monde d'après. Et vous y verrez les anges et la lumière permanente. Merci pour la quête.

 

Mais je me disperse.

 

Je voulais parler de cette sorte de déprime post-carnavalesque.  Jacmel est  molle. Comme dit Maud, c'est la Kalmi (l'accalmie). Un déprime lente.

Les gens ont tout claqué dans quelques jours de folie.

Il faut qu'ils se refassent. Et ça va prendre du temps. Là, tout a dégringolé.

Un grand silence, un grand vide.

 

En attendant, c'est mou partout.

 

Donc on est bien obligé de regarder ailleurs ce qui  se passe.

 

 

Port au Prince.

Le premier ministre démissionne. Ici, un premier ministre, il faut des mois et des semestres pour en nommer un. Et quand les choses commencent à peu près à se mettre en place, bim, il démissionne.

Ce n'est pas tant le personnage qui m'importe. Je ne le connais pas, et je ne sais pas ce qu'il a eu le temps de faire. Sa simple présence permettait à un gouvernement d'exister. Et au pays de se réveiller un peu. A quelques démarches d'avancer.

Son départ, poussé par le président, montre que tout est loin d'être réglé...

Dommage. Pourvu que les tractations avec les sénateurs empêcheurs ne s'éternisent pas.

 

Nice.

 

Un séisme en Italie qui secoue Nice. Les commentaires terrifiés des Niçois dans Nice- Matin font rêver : "la chaise a bougé et les rideaux se sont balancés." ou " je croyais que mon voisin frappait de son pied sur ma chaise" ou encore " j'étais sur la plage et j'ai senti un mouvement".

J'adresse toute mon amitié aux Niçois. Pourvu que rien ne soit cassé.

Claude, la suite de la série noire, peut être. Après les fabuleux - 22° ?

 

Et si cela avait été plus fort, y aurait-il eu des tentes dressées sur la place Masséna et au stade du Ray ? Les pompiers de Jacmel seraient-ils venus donner un coup de main ? Les immeubles auraient-ils tenu ? Richard aurait distribué des soccas.

 

Au fait, il a fait quoi, comme score, sur l'échelle de Richter ?

 

Pégomas.

 

150 deuches qui font le trajet de la route du Mimosa. Je l'aurais bien fait, cette année, pour sortir la deuche rouge qui s'ennuie.

Je suis sûr que cette voiture serait à l'aise ici.

Il faudra que je mance le raid du Café, sur les routes de Lamontagne.

 

Lamontagne.

 

Lourdie grandit et conserve son sourire timide. Elle est sauvage et belle. Elle ira en primaire à la fin de l'année. J'étais heureux de la revoir.

 

Jacmel.

 

Quand le carnaval est fini, les détonations dans la nuit ne sont plus des pétards, ce sont des coups de feu.

A deux  heures du matin, quand cela claque, cela me glace le sang à chaque fois. Trop de souvenirs de  coups de feu. Lespremiers au Tchad, quand Issène Habré a fait tonner la poudre dans la nuit.

C'était juste des voleurs et des gardes qui se sont affrontés un bon moment.

Désolé, mais deux seules choses me font peur : les coups de feu dans la nuit et l'orage.

Il n'y a pas eu de vol, pas eu  de morts.

La nourriture stockée était bien gardée.

Mais j'ai aussi mal dormi qu'un soir d'orage.

 

Lamontagne.

 

En parlant de coups de feu, Dieula, la petite simplette qui me faisait des signes et des signes de bisous quand je passais sur le chemin de Lamontagne, que Laurence a filmée lors d'un rara endiablé, et chaud, elle en a entendu.

Doudouche faisait exprès de ralentir quand on passait devant chez elle pour lui laisser la chance de faire de folles déclarations.

Un jour, et je pensais que c'était du créole, je l'entends dire :" Kanaï kissiou, canaille kissyou " Le temps que je comprenne qu'elle parlait anglais, ... mais on s'est sauvés à temps.

Elle  a été assasinée, massacrée de 8 tirs d'arme à feu. J'aurais dû accepter un bisou, elle n'était pas très vieille.

 

Le soleil.

 


Activité solaire... 26 février 2012

Une éjection de masse coronale (CME) lancée par le soleil, le 24 février semble prête à frapper la terre et Mars

 

2012 commence bizarrement, vous dis-je.
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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 20:18

20 Février 2012. 10 000

 P1000203

Dix mille. Cela me semble un joli chiffre. Important. Lourd.

 

Dix mille, et j’ai failli ne pas le voir.

J’avais laissé le blog pour d’autres écritures.

 

C’est le nombre de visiteurs cumulés depuis le début.

Enfin, de visiteurs différents chaque jour. Qui ont lu 20 000 pages.

 

J’avais déserté les pages blanches, un peu à sec.

 

Tant d’évènements au quotidien que j’en oublie de raconter. Il se passe pourtant toujours quelque chose.

 

Je vais m’y remettre !

 

Merci aux visiteurs.  Nous allons poursuivre la route.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:43

JANVIER / FEVRIER 2012. Sur une terre qui tangue.

 DSC06350

La terre tangue, et bouge encore.

Les fissures ne sont que colmatées. Camouflées.

La grande faille, la douloureuse, la dangereuse est encore active.

Enriquillo. C’est comme le nom d’un chanteur de salsa.

 

Les plaques se frottent doucement, enmagasinant la future explosion, préparant la fracture finale. De toutes façons, ça va péter.

 

La terre doit flotter sur des bases friables. Un magma liquide, et des plaques posées dessus. C’est comme la vie d’un homme. Quand les plaques frottent trop, après trop de tensions, le séisme se produit.

 

Et dessus, sur cette sorte de banquise tropicale,  les foules dansent. Quoiqu’il se passe en dessous.

 

Les bandes agglutinées cadencent dans les ruelles. Vibrent, remuent.

 

Parfois des pierres, des bouteilles volent.  La troupe se disloque à peine, et reprend le rythme. Serrée contre les musiciens, au plus près. Le pas de danse des bandes à pied est un spectacle à lui seul.

 

Face à  tous ces peuples dociles et éduqués qui vivent sans tambours ni trompette, celui-ci cumule les excès : trop de tambours et de trompettes, de vaccines, de bambous, de rythmes, de peaux tendues martellées.

On y ajoute des trombones et des tubas, si nécessaire.

 

Des chants, des sifflets, des hanches qui moulinent, des épaules qui frétillent.

La foule est dans la rue. Regards brillants. Epaules dégoulinantes.

 

Dans les recoins des ruelles, au milieu de la nuit, en plein soleil, des milliers de mains ont des morceaux de sacs de ciment, de boîtes en carton sur des moules de terre.

Papier mâché. Le grand Carnaval.

Masques et visages éclatants de couleurs. Plein soleil, les masques brillent.

La rue se transforme en arène. Des stands cachent les façades.

Les bandes poursuivent leur marche. Drapeau devant.

 

La sueur dégouline, les pas sont rythme et jeu et danse et cadence.

 

Tant de sons mélés. Cette  foule est inconsciente, ou quoi ?

 

Mesdames, messieurs, vous ne savez pas que nous sommes sur la faille ? Sur le fragile, sur l’inconsistant ?

 

Mais allez-y, dansez… Je regarde. 

 

Et je flotte un peu sur un sol qui bouge.

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Published by planete-haiti
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