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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:27

11 septembre 2011. Un courant d’émeutes.

 

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«   Lundi matin, des manifestants ont bloqué la Nationale #1 au niveau de la commune de l’Estère et du quartier limitrophe,

Pont-sondé. La population protestait contre le rationnement sévère de l’électricité à l’Estère, réclamant une meilleure distribution du courant.

Des échanges de coups de feu se seraient produits entre des manifestants et les forces de l’ordre lorsque celles-ci sont intervenues pour tenter de rétablir l’ordre. Au cours de cet affrontement une personne a été tuée et une autre blessée selon des témoignages, non confirmés de source officielle.
Les manifestants furieux, ont accusé les policiers d’avoir tiré sur la foule et ont envahi le commissariat de police qu'ils ont pillé,faisant fuir policiers et détenus du commissariat
. »

 

Des motifs d’émeute, il y en a des tas.

Les gens pourraient se révolter de tout, de cette façon inhumaine dont ils sont traités, de la dureté de leur vie, et où tous ceux qui le peuvent en rajoutent ;

des commerçants qui les roulent, des fonctionnaires endormis, de tous ceux qui les méprisent, des évènements qui augmentent les difficultés, des trafiquants, des criminels...

 

Ils pourraient hurler contre les maladies, contre les médecins, contre les cyclones, contre les bêtes qui détruisent les récoltes.

Contre les églises et leurs boutiquiers  qui les embobinnent, vendeurs d'éternité de tous poils. 

Contre l’adversité en général.

 

Un gamin est mort il y a quelque jours : arrivé au milieu de la nuit à l’hôpital après un accident, on a expliqué à ses parents que pour le conduire à l’hopital de Port au Prince en ambulance, il fallait attendre les ambulanciers qui commencent à 8 heures, ou payer un transport privé 1 500 Dollars ( 150 Euros). Quant on n’a pas un sou, on regarde mourir son enfant sur un brancard de l’hôpital au petit matin, avant les heures de service.

 

Là vers l’Estère, un homme s’est fait descendre parce qu’il manifestait pour avoir du courant.

De l’électricité.

Pour voir clair un peu le soir, regarder une série à la télé, glacer ses boissons gazeuses, faire tourner un ventilateur, ou charger son téléphone.

 

Le courant est devenu un bien de première nécessité.

 

Mais il y aura d’autres émeutes. La faim va toucher du monde, ou plutôt, l’imparable hausse des prix des produits alimentaires.

 

La production agricole locale a connu une relative augmentation, les paysans ont eu de meilleures récoltes en 2010 que les années précedentes.

 

Mais, résultat d’années de mauvais choix, de catastrophes politiques et climatiques, plus de 52% de la « disponibilté alimentaire » provient de l’extérieur : importations et aide alimentaire.  De là viendra le problème : le prix des céréales a augmenté de 71 % en un an. Et le taux de chômage atteint 66%...

 

Acheter, sans revenus fixes, de la nourriture importée qui augmente… Le résultat sera dramatique ou explosif.

 

Le pire, mais c’est un autre débat, est la piètre qualité des produits importés.

 

Alors même que la terre d’ici peut produire des merveilles.

 

Aujourd’hui, le courant tue. 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:43

23 AOUT 2011. Au coin de la rue Lamarre et de la rue Vilatte.

 

 

Pétionville aurait dû devenir la capitale du  pays.

Fraîche, construite de belles villas, des avenues larges. Tout était prévu.

Puis les artistes , les galeries ont enrichi le lieu.

Des hôtels de qualité s’y sont ajoutés dans les années 50.

 

Pétionville n’est pas devenue capitale. Riche et belle à une époque, elle est aussi un carrefour dont j’avais parlé un soir devant le Kinam.

 

Au  coin des rues Lamarre et Vilatte, c’est le pays entier qui se croise.

 

C’est le matin. Le flux est donc très orienté :

 

Très tôt, les paysannes descendent des mornes avec leurs paniers de carottes, de brocoli, de fruits multiples.

Vers les marchés, les restaurants, les revendeuses. Elles ont sans doute déjà marché des heures pour venir des hauteurs, de Kenscoff et d’ailleurs.

 

J’essaie de lire ce livre d’Yves Simon, mais les lignes n’avancent pas.

Il se passe sans cesse quelquechose.

Vu du haut, d’un balcon de l’Hôtel Kalbas.

 

La rue Lamarre monte. Et voir ces foules qui soufflent dans la montée donne une sorte de fatigue passive.

 

Le vendeur de bouillie, liquide très chaud à base de bananes, promène son caisson de frigo sur roulettes. C’est bien isolé, ça conserve la chaleur. La bouillie se vend bien aux premières heures du jour. C’est sucré, c’est velouté.

 

Les taxis bus se remplissent. Les gens partent travailler vers la ville, vers le bas.

 

D’autres descendent des tap tap, venus de Thomassin, de Fermathe…

 

Des cohortes de maçons montent vers les quartiers de villas. Niveaux et truelles en mains. Les quartiers se reconstruisent. Là où il y a l’argent.

 

Il est extenué, le marchand de blocs de glace qui pousse sa brouette dans la montée. Je crains qu’il n’arrive qu’avec de l’eau, blocs fondus.

 

Les 4x4 des ONG n’en sont pas encore à bloquer les rues. Il est trop tôt. Et ils ne sont pas encore remis de leurs fêtes d’hier soir.

Le Brasileiro était plein de buveurs de rhum-sour et de fumeurs de havane.

Je soupçonne les fumeurs de cigare de s’engager dans les ONG qui travaillent en Haïti juste pour pouvoir enfumer impunément leurs voisins de restau.

 

Mais les rues sont quand même  remplies : des voitures d’occasion, à peine importées des Usa, remplies de diasporas (Haïtiens vivant à l’étranger) et de valises. Ils rentrent, ils repartent, les vacances vont se terminer. Ils descendent vers l’aéroport. Se sont gavés du pays pendant quelques semaines.

 

Samedi au bal, dimanche sur la plage.

 

Le diaspora qui arrive à Port au Prince pour retrouver sa famille, c’est comme le néo-urbain qui venait passer ses vacances à la campagne.

Manger des mangos, nager dans les rivières, monter le vieux cheval. Cela se faisait. Maintenant on montre le dernier blackberry ou le dernier tshirt couvert de paillettes aux parents restés au pays. On montre …

En buvant du Something Spécial mélangé au Ragaman.

Comme dit BelO, les temps ont changé.

 

Une belle vendeuse remonte la rue avec un mannequin de plastique blanc sous le bras.  Symbole ?

 

Les têtes transportent de tout : sacs plastique, sachets d’eau, boissons gazeuses colorées comme de l’orange, du citron ou de la cerise. Vérification faite, pas un gramme de fruit dans ces gazeuses.

 

La vendeuse qui crie en marchand «  Rafraichi mabir ». Doudouche dit que c’est une sorte de thé (infusion). Il faudra qu’on essaye ça aussi.

Les employés des banques, en uniforme des banques rejoignent leurs guichets.

 

Et puis soudain, une panique, une course éperdue des petites marchandes, on planque les paniers, on sauve la marchandise. C’est comme au moment des émeutes de décembre. Fuite, cris.

Les trottoirs se vident à grande allure.

Les étals se replient, on se cache dans le hall.

 

La police vient faire appliquer les nouvelles règles : la rue aux autos, les trottoirs aux piétons, les marchandes… au marché.

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 18:55

23  AOUT 2011 . Les belles et BelO.

 

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Quand elles sont arrivées, le soir du cyclone Emily, le voyage pour venir de France avait été un peu long.

La chaleur encore forte, le calme inattendu malgré les alertes rouges  de cette tempête dissoute au large, la nuit, le retard, la ville presque vide…

 

Cette arrivée à Port au Prince ne ressemblait à rien de connu.

 

On leur avait dit, Haïti, ce pays de misère, ce cyclone, l’agitation trépidante de la ville.

 

Une capitale endormie, vide, et sans un souffle de vent.

 

 

Puis, les jours ont défilé.

 

Je les ai enmenées à Lamontagne, bien sûr. Et elles ont rencontré des gens souriants, heureux, gentils.

Elles ont eu une fête monumentale qui a duré une après  midi entière. Café et chocolat au programme, évidemment.

Les danses l’animateur  et le Dj, ce n’était pas habituel .

 

Elles ont parlé chez des gens dans leur maison neuve, dégoulinants de mercis et de signe d’affection. Chargées de fruits, de produits de leur terre.  Fiers et heureux de faire visiter.

Contents de dire que leur père a fait un beau travail.

 

Et je me suis dit que la misère et la gravité des lieux ne leur  sautait peut être pas aux yeux. En tous cas, pas immédiatement.

 

Bassin Bleu avait beau être un peu gris, Port-Salut un peu trop bleu, Baguette un peu encombrée de saletés venues de la mer, Raymond surpeuplé et pluvieux, Pétionville accueillant le jour du cyclone Irène…

 

Haïti qu’elles ont vu est la belle, la forte, l’attachante, l’envoûtante.

Elles ont rencontré des gens.

 

On a bien traversé Carrefour, le bas de la ville, les cahutes du morne Laporte. Elles ont vu la crasse accumulée.

 

Mais je pense que pour elles aussi l’image restera belle.

 

Elles se souviendront du sacrifice de la poule, le soir du vaudou, des blagues répétées de Doudouche, de leur aventure chez les peintres des trottoirs, de la langouste dans la crique.

 

Elles auront appris suffisamment de créole pour se faire plein d’amis, ici, à Paris, à Lille.

N’ap boulé, n’ap lité, nou la…

 

Et, quand je leur ai fait découvrir BelO, les mots et les rythmes, un peu du sens des textes, elles ont aimé.

« Déblozay » était leur titre fétiche. En boucle sur l’Ipod.

 

La fête a été totale, quand BelO est venu pour un spectacle non annoncé à Jacmel.

Il présentait « HAITI DEBOUT », son nouveau CD.

Top.

 

Journalistes d’un jour, nous sommes allés à la conférence de presse.

 

Et lui, le chanteur international, la vedette, le célèbre, a simplement mis ses bras sur leurs épaules en souriant.

 

Merci BelO. Vous êtes un personnage.

 

Je pense qu’elles ont aimé.

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 18:40

4 août 2011. Le bruit de la pluie sur les tôles.

 

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De grosses gouttes de pluie s’écrasent sur les tôles de la maison de Lucette.

Le bruit est assourdissant. Mais régulier et harmonieux.

Un battement qui  remplit  le silence.

Elle ne dort pas. L’averse du milieu de cette nuit, elle l’espérait. Même si  son sommeil est impossible. Elle ne bouge pas, elle écoute.

 

Elle avait perdu l’habitude de cette musique forte.

Cette nuit, allongée sur son matelas, elle savoure.

Elle sait ses enfants dans la pièce d’à côté, alignés, un peu serrés.

Ils dorment.

Immacula, a bougé un peu puis s’est  rendormie. Elle semble sourire en dormant.

 

Les volets et les portes de la maison sont fermés. Il fait un peu chaud. Mais Lucette  veut profiter.

Une maison fermée, avec un toit, des murs, des portes, des fenêtres.

Un cadeau du ciel. Elle est fière d’avoir mis la main à la pâte.

Pas facile, d’aller chercher ce sable et ces roches, l’eau surtout, dans la source si lointaine, pas simple  d’avoir à attendre ces semaines que tout se mette en place.

Mais au moins elle a participé à la construction de sa maison, avec l’organisation.

 

Elle a transporté ses quelques objets et ses meubles ce matin. Vidé la vieille cabane branlante où elle avait stocké tout ça. D’ailleurs, la cabane s’est effondrée tout à l’heure !

 

Elle a démonté la tente où elle vivait depuis janvier 2010 : tant de mois sous cette toile usée et fuyarde, serrés. 

 

Cette nuit, enfin, elle écoute avec ravissement le bruit de la pluie sur les tôles. Et elle ne s’en lasse pas.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:23

31 juillet 2011. En attendant le Président.

 

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Le Président de la République d’Haïti est venu à Jacmel.

 

Il n’y  avait pas vraiment eu d’annonces localement. Une sorte de visite de travail, sans doute, dans le cadre de la semaine du tourisme.

Et s’il y a un endroit, en Haïti, qui pourrait attirer les touristes, c’est bien Jacmel.

 

Ville d’histoire forte, d’architecture riche, avec des plages de rêve à deux pas.

 

Je pense souvent à Paraty, au Brésil. Un peu la même histoire. Mais un sérieux travail d’années et d’années accumulées pour en faire  le joyau culturel et artistique, visité par le monde entier, que cet ancien port sucrier brésilien est devenu…

 

Un entrefilet sur un site local m’avait donné l’information : Visite du port, de la rue du Commerce… Le programme de la visite et les heures.

Je ferai des photos.

Parce que c’est un événement, un président là, tout près. Dans la rue. Juste après les rumeurs de tentative d’assassinat au Cap, relayées par la presse mondiale.

J’avais laissé un peu de temps passer  dans le planning, sachant que les programmes privés et publics démarrent toujours avec au moins une heure de retard.

Mais j’ai compris au vide dans la rue que ce serait sans doute plus…

 

Je me suis installé sur le banc, sous l’arbre de la place de la Douane. Près du futur hôtel que viendrait visiter le cortège.

 

Des oisifs, des marchandes. Et des discussions, des phrases pour refaire le monde.

J’en ai retenu quelques unes, un peu en vrac, comme elles venaient.

 

Un peu en retrait, je ne connais pas le nom des gens qui parlaient, ni leur vie, ni leurs occupations.

Je les ai juste repéré par la couleur de leur vêtement.

 

L’homme en bleu. «  Moi, si le Président ne vient pas à Jacmel pour annoncer la création d’usines (de factory), je pense qu’il ne doit pas venir. Il faut donner du travail et des salaires à tous ces gens. Il n’y a que ça… »

 

L’homme en noir. «  Non, je crois qu’il va distribuer de l’argent. Il faut qu’on reste là. Et puis on est bien, là, à l’ombre. »

 

La fille en rose : «  qui m’a piqué ma plume de poule, celle que j’avais coincée dans une tresse en arrivant ? Qui me l’a piquée ? Et comment je vais me faire les oreilles,  si je n’ai pas ma plume ? … »

 

Les forces de l’ordre se mettent en place, petit à petit.

Les policiers haïtiens, les agents de la circulation, des forces spéciales, des soldats bengladeshi (du Bengla Desh, je suppose que c’est ainsi) se disposent au passage.

L’un d’eux négocie des baskets Nike, fausses, sans doute, avec un vendeur de rue.

 

Une jeune femme haïtenne arrive, qui parle un bon anglais avec le soldat bengali. Achète un sachet d’eau,  puis retourne à son groupe d’enfants qui chanteront tout à l’heure (Sting, Englishman in New York )

Le gars en t-shirt jaune : «  Elle parle bien anglais. Sûrement une déportée », en se curant l'oreille avec la plume de la fille en rose.

Le maillot noir : «  Et pourquoi tu dis qu’elle est déportée. Tu ne sais même pas qui elle est , ni d’où elle vient. Et tu juges comme ça ? Simplement parce qu'elle parle bien anglais...Ah, mon cher, les Haïtiens sont trop durs les uns pour les autres… » (Si j’ai, bien compris, déporté, c’est un Haïtien  qui a commis quelquechose d’illégal aux USA et s’est fait expulser vers son pays. »

Après la prestation devant le président, j'ai entendu la jeune femme se présenter, en tant que directrice d'une école de langues.

 

La fille en mauve : «  il devrait venir plus souvent, ce matin, la rue a été parfaitement nettoyée, et il n’y a plus une ordure dans les caniveaux. »

 

L’homme en maillot vert : «  Il est trop en retard, je rentre chez moi. » Réponse du type en rouge : «  Et pourquoi rentrer chez toi, espèce de vagabond,  tu n’as de toutes façons rien  à y faire »

 

Un jeune en jaune : «  Moi, si j’étais Président, je ferai tourner des avions et des hélicos au dessus de la ville, juste pour montrer que je suis un grand président. » Il me regarde et me demande si les avions peuvent voler en faisant du sur-place. Je lui ai répondu que non, en général. Mais ici, sait-on jamais.

 

La marchande de manger cuit  finit de racler le fond de sa chaudière, elle a tout vendu, et se régale du riz grillé, le gratin,  collé au fond du récipient.

 

Un policier posté en haut de la rue du Commerce  dévie les voitures et les motos. Puis en laisse passer un peu. Puis en dévie d'autres.

 

Un Homme à la vendeuse de boissons : «  Tu devrais nous distribuer toutes tes boissons gratuitement, le Président te fera un chèque, tout à l’heure.. »

 

Puis, à coups de sirènes, et dans un grand mouvement de véhicules multiples, le cortège arrive enfin, avec deux heures de retard.

 

" I'am an alien, I'am a legal alien..." chantent les enfants.

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 08:51

16 juillet 2011. Saut d’Eau, Ville Bonheur.

 

 

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Le 16 juillet 1848, la Vierge serait apparue au dessus d’un palmiste. A Saut d’Eau, dans le plateau central, non loin de Mirebalais.

 

Apportant la guérison aux malades frappés par la variole.

 

C’était au cours de sa grande tournée mondiale qui l’avait conduite à La Salette et se poursuivrait par Lourdes, Fatima …

Des fans du monde entier,  de Manduria, Marpingen, Maracaïbo, Medjugordje, Garabnadal, Balestrino, Valkenswaard, Kurescek et d’ailleurs ont eu la chance de rencontrer aussi la dame pendant son périple terrestre. Lumineuse et claire, avec son regard doux.

 

Du coup, dans ces endroits, la foule revient sur les lieux : des grottes, des champs de montagne, et à Saut d’Eau, au pied de la  cascade vertigineuse. Espérant un nouveau miracle.

 

Chaque année, le pèlerinage vers le village rebaptisé Ville Bonheur  est un événement, une activité obligée, une destination.

 

On va y faire  des voeux à Notre Dame du Mont Carmel, Vierge Miracle, ou à Erzulie Dantor, divinité vaudoue qui habite la grande cascade.

 

On demande la guérison, un mari, des enfants, une  maison. Tout ce qui peut être demandé.

(Si j’avais su, j’aurais demandé des pneux neufs, cela aurait peut être éveité les trois crevaisons…)

Puis on vient remercier.

 

La marche vers la chute est un moment fort. J’ai voulu faire cette marche.

On me regardait bizarrement : pourquoi ne suis je pas allé garer ma voiture d’ONG comme les autres au pied du site ?

Pourquoi cette longue marche dans le soleil de midi, sur ce chemin qui n’en  finit pas de monter ?

Dépassé par les 4x4 rutilants des organisations caritatives.

J’ai aimé marcher au pas des pèlerins, dans leurs habits de couleurs vives. Bon, à vrai dire j’ai souffert et j’ai sué.

 

La foule est dense dès le village. Familles, vieilles dames au regard lointain, jeunes en groupes, diasporas endimanchés de clinquant et de luxe tapageur…

 

Il y aura cette fête religieuse. Mais aussi, comme pour les fêtes patronales, des musiques, des marchandes, des sonos à fond.

Ragaman et Toro, Coca et Prestige. Les vendeurs de boissons ont sorti les décibels.

C’est comme la caravane du Tour.

 

Et puis ces marches à franchir, long escalier qui mène à la chute.

On y vend ses bougies, des savons, des bidons pour l’eau miraculeuse.

 

Et enfin, les musiques des bandes raras, vaccines et tambours qui montent du bord de l’eau.

 

La cascade est impressionnante. Mais le spectacle est ailleurs.

 

Hommes, femmes, paysans, mulâtres, jeunes et vieux.

Tout le monde se mêle dans une danse unique, un bain collectif.

Des femmes jettent leurs vêtements, qui partent dans le courant. Comme une défroque dont on se débarasse.

Sans doute un moyen de chasser le mauvais des temps d’avant pour s’habiller de neuf.

Des téméraires sont exactement sous la chute. L’eau qui cascade doit peser des tonnes.

 

(Il y a eu quatre morts sur le site hier. Un pan de montagne s’est détaché et a frappé des pèlerins en contrebas.)

 

Des transes aquatiques se déclenchent. Certains sont visiblement habités et se contorsionnent dans le courant. Les mouvements convulsifs, le rythme marqué, les prières parmi les chants payens…

 

 

Alentour, les bougies sont allumées au pied des mapous et des arbres sacrés.

 

Les rassemblements sont toujours impressionnants dans ce pays : bandes rarras, carnaval, manifestations.

 

Mais l’athmosphère de magie et de présence divine au pied de cette cascade est une expérience forte et unique.

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 22:33

9 juillet 2011. Balnéothérapie.

 

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J’ai repris les chemins de traverse.

Les endroits où le pick-up ne passe pas. Il faut marcher. Loin. Et sous le soleil.

 

Lamontagne est multiple. Haïti est imprévisible. Il y a des surprises au bord du chemin.

 

Partir pour la journée avec une réserve d’eau, dans les méandres des sentiers, dans des endroits peu fréquentés.

 

Je me dis, plus je marche au loin, plus  cette chanson de Jean Ferrat se trouve d’actualité parfaite ici.

 

« Ils quittent un a un le pays, pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés. »

 

… « Pourtant, que Lamontagne est belle. »

 

Je parle à ces mères toutes seules, à ceux qui sont restés, et qui racontent leurs enfants, leurs maris partis. A Saint Domingue, le plus souvent, mais aussi USA.

Aux vieux qui restent là.

 

J’écoute Jeanne Cadet. Un nom franco-français. Petite femme noire. Boule d’énergie pure. 7 enfants, dont trois avec elle.

 

Des maisons qui ont été belles. Tombent en poussière. Des jardins qui rétrécissent par manque de bras.

 

Ici se trouvaient les plus belles plantations familiales de café et de cacao. Aujourd’hui, maïs, pois… Quand la pluie veut bien.

 

Et puis ce miracle. Au détour d’une montée de folie. Assis au bord de sa ruine. Cool, zen.

Lavaud Badio. C’est son nom.

Vieux tout gris, assis à l’ombre du manguier.

Sa maison a dû être belle. Rasée. Débris.

 

Une ONG lui a fait un bel abri d’urgence. Murs en bâche plastique. Une pièce.

Il est assis dehors. La bâche transforme l’abri en sauna. Une natte à terre, deux trois chaises. On dort mieux à l’extérieur.

Et là dehors, posée sous l’arbre, une somptueuse baignoire balnéothétapie, avec son moteur, ses jets d’hydromassage.

Un exploit déjà de l’avoir transportée là.

Un signe de modernité : même chez nous, tout le monde n’a pas cette baignoire.

 

J’imagine le travail et l’argent pour qu’elle se retrouve là.

Un fils parti aux USA a dû penser que ce serait bien, là, au fin fond de la campagne.

 

Mais quand même , un truc de ce genre, avec des jets partout et un moteur … Ce serait tellement mieux s’il y avait de l’eau et de l’électricité.

Non ?

 

Lavaud, lui, ça le fait rire. D’ailleurs, il est content de tout.

 

Il envoie des vérités à chaque phrase, raconte des histoires.

Je garde le récit de Mambo Dote pour une autre fois. Ou encore la mort à distance qu'il raconte en riant.

Mais je peux quand même écrire sa vérité du jour : «  Les étoiles sont plus grandes que la lune ».  Ce n’est pas faux, mais je ne sais pas ce qu’il a voulu dire.

 

Il éclaire la journée de black out, Lavaud... Du coup, la lumière est revenue.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 22:50

2 juillet 2011. Les étranges  mystères de la pluie.

 

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La pluie est un personnage.

 

J’avais raconté Jacmel, la ville,  sous l’orage. Les filles riant, serrées  à quatre sous un seul parapluie. Vêtements collés à la peau. Pieds dans les flaques.

 

Mais d’autres scènes, d’autres séquences surviennent au rythme des mouvements du ciel et des systèmes météo. Caprices tropicaux.

 

Dans le noir foncé et humide de cette nuit, Léo Ferré marque l’ambiance.

«  La mémoire et la mer. »

Ferré, c’est tellement fort que c’est mauvais signe quand il revient sur ma scène.

Je sais pourquoi je l'ai mis.

Il ne faut surtout pas que j’écoute Léonard Cohen après ça. Comme «  One of us cannot be wrong ».

 

La pluie a ses mystères.

 

Une projection, l’autre soir.

 

Le film de Charles Najman avec  Frankétienne. En avant première.

Un colosse qui pleure. Une puissance tellurique. Un cri singulier venant du coeur de la foule.

Hurlement d’alarme et de tristesse. De colère tonitruante. Et voix d’espoir enfin.

Une sorte de prophète  qui prédisait l’effondrement.

Il savait, le poète, que la ville allait devenir  un monde de ruines. Il l’a écrit, peu avant.

Les poètes ont leurs fulgurances qu'ignorent les hommes communs.

Homme unique, représentatif de tout, pourtant.

Par certains aspects, il me fait un peu penser à Ben, artiste Niçois.

 

«  Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres ». Le film de Charles Najman. Un titre de film parfaitement illogique et inenvisageable. Il faut du temps pour s'en souvenir. Pas cartésien, innatendu. Comme les oeuvres de Frankétienne. 

Mais il traduit le contenu de ce désespoir devant le chaos. La vie qui se relève et se poursuit malgré tout.

Le monde nouveau, d'après séisme,  vu depuis les tas de gravats de la Cathédrale de Port au Prince.

Frankétienne refuse les termes des reporters : résilience, disent-ils.

Non, énergie du désespoir. Sauve qui peut. On ne s’adapte pas à ces conditions, on survit, c’est tout. On protège sa peau pour l'instant qui vient.

 

Et au milieu de ce  film émouvant, un groupe chante une mélopée vaudoue.

« La pluie tombe, et je ne suis pas trempé » ( Lapli tombé min m’pa mouiyé )

 

Par magie, par extraordinaire, une pluie dense tombe juste à ce moment  précis, crée la panique dans la cour de l’Alliance Française où se déroule l’événement.

Tous aux abris. Bousculade, chaises poussées. La pluie tombe, et nous, nous sommes bien mouillés.

L’averse s’achève exactement à la fin de la chanson. 

Il fallait que cette magie s'opère.

 

Ce soir, spectacle de danse. Au même endroit.  

 Ciel menaçant toute l’après midi. Alerte météo, jaune orange. Nuages lourds.

C’est un autre scénario, cette fois.

Les danseurs resteront secs. Les maquillages des superbes danseuses subsisteront jusqu’au final.

La  fille, fine et élancée qui donne le rythme, belle à n’y pas croire, ne glissera pas sur le sol détrempé.

Elle enchaînera ses pas et ses figures. Epargnée.

 

Je  regagne la voiture, en repensant encore à cette jeune femme.

Je suis sûr qu'elle m'a regardé, assis dans le public face à la scène.

 

La première goutte tombe juste à ce moment. En ouvrant la portière.

Une pluie localisée : en rentrant, je m’aperçois qu’elle ne tombait que sur le bas de la ville. Pile sur le quartier, et seulement là.

C'est toujours étonnant de traverser la lisière de la pluie : bruit assourdissant sur les tôles de la Nissan, puis fin du bruit. Un rideau que l'on passe. Une frontière, dirait ma Lau.

 

Au loin, à Lamontagne, la fête est sans doute sauvée des eaux.

Mais je n’y suis pas allé, par peur de la pluie et de la rivière à traverser.  J'aurai pu passer.

 Je relirai ma page de l’an dernier. ( Et oui, me voilà à revivre les mêmes évènements…)

 

 

Entrefilet : J'ai rencontré une brave vieille dame, hier qui marchait dans la rue.

Elle portait un magnifique Tshirt blanc. Une inscription sérigraphiée en rouge sur la poitrine : " LA FIN DU MONDE EST POUR LE 21 MAI 2011" 

 

Nous sommes tous des survivants.

 

 

 

( Pour les nouveaux, voir dans ce blog les articles auxquels je fais allusion : " La fête patronale 5 et 6 juillet 2010 " et " Le jugement dernier du 15 mai 2011". C'est bon pour l'audience, ça, coco.)

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 21:36

1er Juillet 2011. IDALINA

 

Ce soir, Gary Victor était à l'Alliance Française de Jacmel pour présenter son nouveau roman : SORO.

C'est avec lui que j'ai eu le plaisir de faire un atelier d'éciture il y a plusieurs mois. Pour l'en remercier, je me décide à publier le texte que j'avais écrit à l'époque.

Le début est imposé. ( je marche...à la table était assis quelqu'un, moi.) 

Le reste est un délire que j'ai aimé écrire.

 

 

Je marche souvent  en fin de soirée dans cette ville que le séisme a défigurée. J’ai perdu mes repères et ces longues promenades me permettent de redécouvrir ma cité.

Je suis ensuite heureux de me retrouver dans la quiétude et la solitude de mon appartement.

 

Mais ce soir en rentrant chez moi, je ne fus pas seul.

A la table était assis quelqu’un.

Moi !

 

Oui, moi, de profil près de la grande horloge, penché sur la table, entièrement concentré dans l’écriture de ce qui, vu du seuil, ressemblait à une lettre.

 

Depuis cette après midi du 12 janvier, il y a exactement un an, je n’avais jamais pénétré à nouveau dans cette pièce.

Le grand salon, où je passais mes soirées, avant.

 

Plusieurs semaines après le tremblement de terre, en rentrant de l’hôpital, où l’on avait soigné ma jambe, et les coupures sur mon visage, j’avais retrouvé mon immeuble à moitié condamné.

 

Des experts du ministère étaient passés en mon absence, et ils  avaient décrété que  cette partie de mon appartement était inhabitable et inaccessible, tant que l’étage supérieur ne serait pas repris et conforté.

Ils avaient fait condamner la porte donnant dans le salon : un énorme cadenas bloquait la grosse serrure qu’ils avaient posée.

 

Je devais attendre que le propriétaire du dessus engage les travaux, renforce ses murs branlants, remplace par des tôles la dalle de toiture fissurée, pour récupérer l’usage de cette pièce donnant vers la mer.

Bizarrement, je pouvais utiliser les autres pièces…

 

J’avais accepté sans broncher cette étonnante situation, tout heureux de pouvoir vivre encore chez moi, sans être obligé de me réfugier sous une des  tentes du terrain de football.

 

La ville avait été durement frappée. Des maisons par centaines, des écoles, la mairie, et des bâtisses  historiques de la rue s’étaient effondrées en quelques secondes. J’avais eu de la chance : à part la grande horloge, basculée par la première secousse, je n’avais pas subi trop de dégâts.

 

Le corps de mon voisin, Klaus, le consul d’Allemagne, coincé entre deux dalles de béton, avait été dégagé après plusieurs jours d’effort.

 

Comme tout le monde, j’avais modifié mon rythme de vie  et changé mes habitudes. Je m’étais adapté lentement.

 

Je restais de longs moments cloîtré dans ce qui me restait d’espace, prostré, repensant à ce bruit sourd et continu, revoyant la poussière faire tomber la nuit,  reclus, hébété. Sursautant à la moindre vibration, au moindre choc venu de la rue.

 

Puis vers le mois de mars, j’ai commencé à ressortir. Pas très loin au début, malhabile avec mes béquilles, ébloui de trop de lumière, fatigué de trop de chaleur.

Le trafic de la Grand Rue était devenu incessant : les camions chargés de matériaux, les pick-up des organisations se croisaient toute la journée dans un vacarme assourdissant.  

Poussière, fumées, klaxons.

Je ne pouvais pas me déplacer très vite avec mes béquilles. Les motos hurlantes m’évitaient de justesse. Je redoutais ces endroits.

 

Mais ces marches étaient indispensables. A la fois pour rééduquer ma jambe blessée, et surtout pour aller revoir les endroits d’avant, pour retrouver les lieux que nous avions fréquentés avec Idalina.

 

Je savais pourtant que la douleur serait vive, que les souvenirs me feraient mal.

 

La bibliothèque, maintenant occupée par la mairie, l’Alliance Française dévastée et à moitié interdite d’accès, le bar du Florita en travaux, et cet hôtel à l’entrée de la ville, ratatiné maintenant  comme un mille-feuilles…

Il ne restait plus grand-chose de nos lieux de rendez-vous.

Plus rien n’était pareil.

Mais je m’y rendais souvent, c’était pour moi la seule façon de retrouver sa trace, de sentir à nouveau sa présence.

 

On m ‘a dit qu’elle était disparue, que je n’avais plus aucune chance de jamais la revoir vivante.

Et je n’avais aucune idée de l’endroit où elle avait pu se trouver cette  après midi là. 

 

A la fin de l’été, je laissais les béquilles, et m’aventurais chaque jour un peu plus loin. Trainant dans les ruelles du bas de la ville, marchant le long de la mer, traversant le marché après avoir lentement gravi les marches disjointes et puantes.

 

Je découvrais à chaque fois des spectacles nouveaux, une nouvelle géographie, comme ces  marchandes assises  tranquillement sur les tas de décombres, ces  élèves sortant d’une école en contreplaqué, les chants venant d’une  église de toile, et ce quartier de tentes installées près du cimetière.

 

Juste après le cyclone, à la fin de l’automne,  les travaux ont commencé au dessus de chez moi.

 

Des ouvriers dépenaillés cassaient à petits coups de marteau et de masse les murs de béton, cisaillaient les fers rouillés et tordus, déversaient dans la rue les débris dans de grands nuages de poussière.

 

Je n’oubliais pas Idalina, je ne pouvais pas renoncer à la chercher. Je me suis peu à peu habitué à vivre sans elle. Mais elle n’était plus  là, à marcher à mes côtés.

 

Ma vie s’était dépeuplée, rétrécie, resserrée, comme cet espace réduit de mon appartement.

 

 

Aujourd’hui, après une longue marche qui ma mené jusqu’aux Salines, je suis passé par les bureaux du ministère.

Les travaux du dessus étaient terminés et ils m’ont appelé il y a quelques jours pour me donner les clés du cadenas.

Je ne me suis pas précipité tout de suite au ministère, je trouvais mon petit monde suffisant.

 

Peut-être aussi avais-je un peu peur de retrouver le grand salon, là même où j’étais assis il y a tout juste un an, quand les secousses et les répliques ont dévasté ma vie.

Peur de retrouver la table où j’écrivais, l’horloge massive qui en tombant lourdement m’avait brisé la jambe,  et entaillé le visage juste avant les coups de cinq heures.

 

J’ai tourné la clé, retiré le cadenas, ouvert la porte du salon, et…

 

 Je me suis vu, assis à la table.

 

Je n’ai pas sursauté, je ne me suis pas enfui sous le coup de la frayeur. J’ai juste pensé à une hallucination.

Ce n’était pas moi.

Ce ne pouvait pas être moi.

Sans doute l’émotion de revenir dans cette pièce qui me jouait des tours.

 

Mais je restais  figé, stupéfait  en constatant que cela ne s’effaçait pas. J’étais incapable de faire le moindre geste.

 

Et juste un peu après, l’image, cet autre moi même, le moi assis à ma table  – je ne sais même pas comment l’appeler, encore maintenant – s’est levé d’un bond, jetant sa plume sur le papier, s’est reculé, s’est frotté les yeux, s’est pincé, s’est approché de quelques pas comme pour me toucher, s’est reculé encore.

 

Je voyais ma propre image qui était terrorisée, et qui cherchait un moyen de fuir.

 

Moi, je restais là, immobile, pétrifié  devant la porte.

 

 

Il s’est mis à parler.

A hurler plutôt.

La terreur habitait ses mots. L’effroi dans ses yeux. Je lui faisais visiblement peur.

La  sueur l’envahissait, auréolant sa chemise bleue.

 

J’étais tellement tétanisé que je n’ai pas perçu  tout le sens de ses cris.

 

Il   me disait ne pas comprendre, ne pas vouloir y croire.

Je l’entendais hurler : « qu’est ce qui m’arrive, qu’est ce qui m’arrive. 

Ce n’est pas moi, ça ne peut pas être moi. »

 

Il pointait mes cheveux blanchis, et cette longue cicatrice, tendant son doigt vers mon visage.

« c’est pas possible, c’est pas possible … pas possible»

 

Il secouait la tête pour refuser cette vision.

 

«  Pas moi, pas moi… » 

 

Il tremblait en criant.

 

Me demandait qui j’étais,  et ce que je faisais là. Il se reconnaissait, il  se voyait en me regardant. N’y croyant pas. Il voulait une réponse, et je restais muet.

 

Je ne sais pas combien de temps cela a pu durer. Quelques secondes, quelques minutes ?

 

Lui , d’un côté du salon, bloqué vers la fenêtre, me regardant, puis regardant la rue, cherchant la fuite, se frottant les yeux, terrifié et incrédule.

Enchainant les gestes nerveux et inutiles. Répétant encore que tout  était impossible. Criant sans s’arrêter.  Et j’entendais ma voix qui sortait de sa bouche.

 

Moi, près de la porte. Immobile. Médusé.

 

 

Pourquoi fait-on ce qu’on fait ? D’où viennent ces gestes incontrôlables et étranges devant l’inattendu ?

Pourquoi certains s’enfuient, d’autres font  face  devant l’incroyable ?

 

Pourquoi ai-je alors tourné la tête, et posé mon regard sur la grande horloge ? Pourquoi ai-je été attiré vers elle, juste à ce  moment là, alors même que je me trouvais devant ma propre image vivante, gesticulant encore bruyamment dans l’autre coin du grand salon ?

 

Qu’est ce qui m’a pris de le lâcher des yeux ?

Pourquoi ne suis-je  pas allé le faire taire, le tenir et l’immobiliser ?

Le toucher, au moins. Pour être sûr, par un contact de la main, ou même du bout des doigts , qu’il existait vraiment ?

 

Pourquoi suis allé ouvrir la porte au verre cassé de l’horloge arrêtée ?

Les aiguilles  marquaient 16h53.

 

Et pourquoi ai-je relancé le balancier pour  la faire repartir ?

 

Tic tac. Tic tac.

 

Le bruit, derrière s’était éteint. Ma voix s’était tue dans mon dos.

 

Et en me retournant, le salon était vide.

 

 

Sur la table, un message que j’ai lu.

 

«   Ma belle Idalina,

J’ai dormi longtemps.

Tu es partie très tôt ce matin.  Qu’avais tu donc à faire de si urgent ?

Et où es tu allée ?

 

Dommage !

J’ai mis la chemise bleue, celle que tu m’as offerte à Noël. Si tu voyais comme elle me va bien !

 

Je vais sortir un peu pour profiter du coucher de soleil sur la baie. Je serai de retour juste après.

 

Si tu rentres avant moi, n’oublie pas de te préparer : Klaus nous a invités pour dîner, ce soir.

 

Je… »

 

Sur le bas du message interrompu, la plume avait éclaboussé le papier de tâches d’encre qui n’étaient pas encore sèches.

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 09:23

30 JUIN 2011. Silence du matin.

 DSC09958.JPG

 

D’ordinaire, le matin est sonore, bruyant.

Explosion soudaine de mouvements juste au lever du soleil.

Les coqs, les bruits de la ville qui s’éveille, les voisins qui parlent, les radios qui passent les premiers rythmes.

 

Ce matin, le silence.

 

Les sons sont feutrés, étouffés. Absents.

 

La petite voisine n’a plus de leçons, semble-t’il. Elle a dû composer.

Hier encore, elle répétait la première guerre mondiale. En boucle.

Aujourd’hui, la terrasse est vide.

 

De ce silence étrange sortent, clairement, quelques bruits isolés :

 

Les claquements d’ailes des pigeons blancs qui s’envolent d'une terrasse proche.

Le choc lourd et cruel d’une hâche sur un tronc, très loin.

Les piaillements d'oiseaux.

 

C’est tout.

 

Jacmel ne s’est pas éveillée ?

Toute la ville veut faire  durer la nuit  un peu plus longtemps ?

Il est pourtant déjà cinq heures.

Bizarre…

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