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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 19:20
13 octobre 2011. Risques et désastres. Je reprends l’écriture aujourd’hui, journée mondiale des risques et désastres. C’est tout un symbole. Le silence des dernières semaines, ce n’était pas le syndrome de la page blanche. Comme si je m’étais placé devant le clavier sans pouvoir aligner des mots. Non, je n’ai pas cherché à écrire. Pas eu le temps. Trop de mouvements, trop de kilomètres, de salles d’attente, d’aller-retours. D’émotions à digérer. La France en automne : il n’a commencé à pleuvoir que le matin du retour, à Orly. Une sorte de chance. L’été qui se prolonge. Séjour chargé, empli. Et le retour, un soir à Port au Prince. Pour combien de temps ? J’ai modifié mon horizon. Je prends les coutumes locales et je planifie moins loin. Je vise maintenant le jour qui vient. Je me demande, depuis quelques jours, rentré à Jacmel, ce qui a pu changer. Ce qui a avancé. Y a t’il même un mouvement, et de quel style ? Il faudra bien faire un bilan, dans quelques mois, le 12 janvier, par exemple. Alors, un peu en vrac, les nouveautés : - un camion dans la cour, - la pluie chaque jour, - des maisons en plus à Lamontagne - un gouvernement tout frais ( enfin) - un haïtien proche du Goncourt - les mandarines bientôt mûres - la fibre optique à Lamontagne Pour le reste il faut peut être encore du temps. Et de la patience. Pour ne pas prendre le risque d’un désastre.
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 21:06

12 Septembre 2011. "J’avoue, j’en ai bavé, pas vous ?"

DSC00577.JPG

 

 

Je sais, depuis longtemps, très longtemps même, que tout est possible, en Haïti.

Qu’une surprise est toujours à attendre de tout. A chaque seconde.

 

Et la réalité dépasse souvent l’imagination. De loin.

 

Il  faudrait pouvoir filmer en continu ou avoir la puissance de feu photographique de Laurence  pour rendre  un peu compte de ce qui se passe. Elle a cette vision de l’événement immédiat. (tapez laurenceguenoun . com ou .fr ou .me ). ou cliquez sur 

 link

 

Un exemple, ou une expérience serait de photographier les taxi-motos. (Reviens, Laurence )

 

Parfois, un peu de chance et de charme avec la piste du triangle bleu.  Evidemment, j’ai choisi cette photo-là en insert.

 

Mais souvent, des  chargements rocambolesques, hallucinants et inattendus.

Cet après midi, une fine jeune fille, superbe, un peu fluette, transportait derrière le pilote de la moto, coincé entre elle et lui, une machine à laver le linge. Pas de caméra sous la main.

 

Mais, ça c’est du quotidien.

J’ai vu des échelles, des fers à béton, des télés, des cercueils, des chèvres, des motos à 5 passagers…

 

Alors que peut-on imaginer de plus improbable, de plus inattendu, de plus décalé que ces motos  et leurs chargements ?

 

J’ai trouvé, il y a peu : Maurice, le chanteur de l’île à Vaches, qui chante Gainsbourg, Luis Prima et Salvador.

 

Et soudain, dans un ciel préalablement clair, à la fin de son récital, des trombes d’eau s’abattent sur l’île de l’île.

Le tonnerre se déchaîne. Le pilote du canot se dirige à l’instinct dans le noir. La mer se réveille et m’éclabousse.  Les éclairs me terrorisent. La fête patronale est gâchée. Cela se passait à " Grain de Sable" ...

Les bâches des marchandes se gonflent d’eau et les griots se noient. Pourquoi suis je donc venu là, au milieu de la nuit, incognito et  clandestin. ?

Maurice, il ne fallait pas chanter comme ça… Le top du top, c'était quand même " Just a Gigolo".

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:27

11 septembre 2011. Un courant d’émeutes.

 

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«   Lundi matin, des manifestants ont bloqué la Nationale #1 au niveau de la commune de l’Estère et du quartier limitrophe,

Pont-sondé. La population protestait contre le rationnement sévère de l’électricité à l’Estère, réclamant une meilleure distribution du courant.

Des échanges de coups de feu se seraient produits entre des manifestants et les forces de l’ordre lorsque celles-ci sont intervenues pour tenter de rétablir l’ordre. Au cours de cet affrontement une personne a été tuée et une autre blessée selon des témoignages, non confirmés de source officielle.
Les manifestants furieux, ont accusé les policiers d’avoir tiré sur la foule et ont envahi le commissariat de police qu'ils ont pillé,faisant fuir policiers et détenus du commissariat
. »

 

Des motifs d’émeute, il y en a des tas.

Les gens pourraient se révolter de tout, de cette façon inhumaine dont ils sont traités, de la dureté de leur vie, et où tous ceux qui le peuvent en rajoutent ;

des commerçants qui les roulent, des fonctionnaires endormis, de tous ceux qui les méprisent, des évènements qui augmentent les difficultés, des trafiquants, des criminels...

 

Ils pourraient hurler contre les maladies, contre les médecins, contre les cyclones, contre les bêtes qui détruisent les récoltes.

Contre les églises et leurs boutiquiers  qui les embobinnent, vendeurs d'éternité de tous poils. 

Contre l’adversité en général.

 

Un gamin est mort il y a quelque jours : arrivé au milieu de la nuit à l’hôpital après un accident, on a expliqué à ses parents que pour le conduire à l’hopital de Port au Prince en ambulance, il fallait attendre les ambulanciers qui commencent à 8 heures, ou payer un transport privé 1 500 Dollars ( 150 Euros). Quant on n’a pas un sou, on regarde mourir son enfant sur un brancard de l’hôpital au petit matin, avant les heures de service.

 

Là vers l’Estère, un homme s’est fait descendre parce qu’il manifestait pour avoir du courant.

De l’électricité.

Pour voir clair un peu le soir, regarder une série à la télé, glacer ses boissons gazeuses, faire tourner un ventilateur, ou charger son téléphone.

 

Le courant est devenu un bien de première nécessité.

 

Mais il y aura d’autres émeutes. La faim va toucher du monde, ou plutôt, l’imparable hausse des prix des produits alimentaires.

 

La production agricole locale a connu une relative augmentation, les paysans ont eu de meilleures récoltes en 2010 que les années précedentes.

 

Mais, résultat d’années de mauvais choix, de catastrophes politiques et climatiques, plus de 52% de la « disponibilté alimentaire » provient de l’extérieur : importations et aide alimentaire.  De là viendra le problème : le prix des céréales a augmenté de 71 % en un an. Et le taux de chômage atteint 66%...

 

Acheter, sans revenus fixes, de la nourriture importée qui augmente… Le résultat sera dramatique ou explosif.

 

Le pire, mais c’est un autre débat, est la piètre qualité des produits importés.

 

Alors même que la terre d’ici peut produire des merveilles.

 

Aujourd’hui, le courant tue. 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:43

23 AOUT 2011. Au coin de la rue Lamarre et de la rue Vilatte.

 

 

Pétionville aurait dû devenir la capitale du  pays.

Fraîche, construite de belles villas, des avenues larges. Tout était prévu.

Puis les artistes , les galeries ont enrichi le lieu.

Des hôtels de qualité s’y sont ajoutés dans les années 50.

 

Pétionville n’est pas devenue capitale. Riche et belle à une époque, elle est aussi un carrefour dont j’avais parlé un soir devant le Kinam.

 

Au  coin des rues Lamarre et Vilatte, c’est le pays entier qui se croise.

 

C’est le matin. Le flux est donc très orienté :

 

Très tôt, les paysannes descendent des mornes avec leurs paniers de carottes, de brocoli, de fruits multiples.

Vers les marchés, les restaurants, les revendeuses. Elles ont sans doute déjà marché des heures pour venir des hauteurs, de Kenscoff et d’ailleurs.

 

J’essaie de lire ce livre d’Yves Simon, mais les lignes n’avancent pas.

Il se passe sans cesse quelquechose.

Vu du haut, d’un balcon de l’Hôtel Kalbas.

 

La rue Lamarre monte. Et voir ces foules qui soufflent dans la montée donne une sorte de fatigue passive.

 

Le vendeur de bouillie, liquide très chaud à base de bananes, promène son caisson de frigo sur roulettes. C’est bien isolé, ça conserve la chaleur. La bouillie se vend bien aux premières heures du jour. C’est sucré, c’est velouté.

 

Les taxis bus se remplissent. Les gens partent travailler vers la ville, vers le bas.

 

D’autres descendent des tap tap, venus de Thomassin, de Fermathe…

 

Des cohortes de maçons montent vers les quartiers de villas. Niveaux et truelles en mains. Les quartiers se reconstruisent. Là où il y a l’argent.

 

Il est extenué, le marchand de blocs de glace qui pousse sa brouette dans la montée. Je crains qu’il n’arrive qu’avec de l’eau, blocs fondus.

 

Les 4x4 des ONG n’en sont pas encore à bloquer les rues. Il est trop tôt. Et ils ne sont pas encore remis de leurs fêtes d’hier soir.

Le Brasileiro était plein de buveurs de rhum-sour et de fumeurs de havane.

Je soupçonne les fumeurs de cigare de s’engager dans les ONG qui travaillent en Haïti juste pour pouvoir enfumer impunément leurs voisins de restau.

 

Mais les rues sont quand même  remplies : des voitures d’occasion, à peine importées des Usa, remplies de diasporas (Haïtiens vivant à l’étranger) et de valises. Ils rentrent, ils repartent, les vacances vont se terminer. Ils descendent vers l’aéroport. Se sont gavés du pays pendant quelques semaines.

 

Samedi au bal, dimanche sur la plage.

 

Le diaspora qui arrive à Port au Prince pour retrouver sa famille, c’est comme le néo-urbain qui venait passer ses vacances à la campagne.

Manger des mangos, nager dans les rivières, monter le vieux cheval. Cela se faisait. Maintenant on montre le dernier blackberry ou le dernier tshirt couvert de paillettes aux parents restés au pays. On montre …

En buvant du Something Spécial mélangé au Ragaman.

Comme dit BelO, les temps ont changé.

 

Une belle vendeuse remonte la rue avec un mannequin de plastique blanc sous le bras.  Symbole ?

 

Les têtes transportent de tout : sacs plastique, sachets d’eau, boissons gazeuses colorées comme de l’orange, du citron ou de la cerise. Vérification faite, pas un gramme de fruit dans ces gazeuses.

 

La vendeuse qui crie en marchand «  Rafraichi mabir ». Doudouche dit que c’est une sorte de thé (infusion). Il faudra qu’on essaye ça aussi.

Les employés des banques, en uniforme des banques rejoignent leurs guichets.

 

Et puis soudain, une panique, une course éperdue des petites marchandes, on planque les paniers, on sauve la marchandise. C’est comme au moment des émeutes de décembre. Fuite, cris.

Les trottoirs se vident à grande allure.

Les étals se replient, on se cache dans le hall.

 

La police vient faire appliquer les nouvelles règles : la rue aux autos, les trottoirs aux piétons, les marchandes… au marché.

 

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 18:55

23  AOUT 2011 . Les belles et BelO.

 

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Quand elles sont arrivées, le soir du cyclone Emily, le voyage pour venir de France avait été un peu long.

La chaleur encore forte, le calme inattendu malgré les alertes rouges  de cette tempête dissoute au large, la nuit, le retard, la ville presque vide…

 

Cette arrivée à Port au Prince ne ressemblait à rien de connu.

 

On leur avait dit, Haïti, ce pays de misère, ce cyclone, l’agitation trépidante de la ville.

 

Une capitale endormie, vide, et sans un souffle de vent.

 

 

Puis, les jours ont défilé.

 

Je les ai enmenées à Lamontagne, bien sûr. Et elles ont rencontré des gens souriants, heureux, gentils.

Elles ont eu une fête monumentale qui a duré une après  midi entière. Café et chocolat au programme, évidemment.

Les danses l’animateur  et le Dj, ce n’était pas habituel .

 

Elles ont parlé chez des gens dans leur maison neuve, dégoulinants de mercis et de signe d’affection. Chargées de fruits, de produits de leur terre.  Fiers et heureux de faire visiter.

Contents de dire que leur père a fait un beau travail.

 

Et je me suis dit que la misère et la gravité des lieux ne leur  sautait peut être pas aux yeux. En tous cas, pas immédiatement.

 

Bassin Bleu avait beau être un peu gris, Port-Salut un peu trop bleu, Baguette un peu encombrée de saletés venues de la mer, Raymond surpeuplé et pluvieux, Pétionville accueillant le jour du cyclone Irène…

 

Haïti qu’elles ont vu est la belle, la forte, l’attachante, l’envoûtante.

Elles ont rencontré des gens.

 

On a bien traversé Carrefour, le bas de la ville, les cahutes du morne Laporte. Elles ont vu la crasse accumulée.

 

Mais je pense que pour elles aussi l’image restera belle.

 

Elles se souviendront du sacrifice de la poule, le soir du vaudou, des blagues répétées de Doudouche, de leur aventure chez les peintres des trottoirs, de la langouste dans la crique.

 

Elles auront appris suffisamment de créole pour se faire plein d’amis, ici, à Paris, à Lille.

N’ap boulé, n’ap lité, nou la…

 

Et, quand je leur ai fait découvrir BelO, les mots et les rythmes, un peu du sens des textes, elles ont aimé.

« Déblozay » était leur titre fétiche. En boucle sur l’Ipod.

 

La fête a été totale, quand BelO est venu pour un spectacle non annoncé à Jacmel.

Il présentait « HAITI DEBOUT », son nouveau CD.

Top.

 

Journalistes d’un jour, nous sommes allés à la conférence de presse.

 

Et lui, le chanteur international, la vedette, le célèbre, a simplement mis ses bras sur leurs épaules en souriant.

 

Merci BelO. Vous êtes un personnage.

 

Je pense qu’elles ont aimé.

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 18:40

4 août 2011. Le bruit de la pluie sur les tôles.

 

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De grosses gouttes de pluie s’écrasent sur les tôles de la maison de Lucette.

Le bruit est assourdissant. Mais régulier et harmonieux.

Un battement qui  remplit  le silence.

Elle ne dort pas. L’averse du milieu de cette nuit, elle l’espérait. Même si  son sommeil est impossible. Elle ne bouge pas, elle écoute.

 

Elle avait perdu l’habitude de cette musique forte.

Cette nuit, allongée sur son matelas, elle savoure.

Elle sait ses enfants dans la pièce d’à côté, alignés, un peu serrés.

Ils dorment.

Immacula, a bougé un peu puis s’est  rendormie. Elle semble sourire en dormant.

 

Les volets et les portes de la maison sont fermés. Il fait un peu chaud. Mais Lucette  veut profiter.

Une maison fermée, avec un toit, des murs, des portes, des fenêtres.

Un cadeau du ciel. Elle est fière d’avoir mis la main à la pâte.

Pas facile, d’aller chercher ce sable et ces roches, l’eau surtout, dans la source si lointaine, pas simple  d’avoir à attendre ces semaines que tout se mette en place.

Mais au moins elle a participé à la construction de sa maison, avec l’organisation.

 

Elle a transporté ses quelques objets et ses meubles ce matin. Vidé la vieille cabane branlante où elle avait stocké tout ça. D’ailleurs, la cabane s’est effondrée tout à l’heure !

 

Elle a démonté la tente où elle vivait depuis janvier 2010 : tant de mois sous cette toile usée et fuyarde, serrés. 

 

Cette nuit, enfin, elle écoute avec ravissement le bruit de la pluie sur les tôles. Et elle ne s’en lasse pas.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:23

31 juillet 2011. En attendant le Président.

 

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Le Président de la République d’Haïti est venu à Jacmel.

 

Il n’y  avait pas vraiment eu d’annonces localement. Une sorte de visite de travail, sans doute, dans le cadre de la semaine du tourisme.

Et s’il y a un endroit, en Haïti, qui pourrait attirer les touristes, c’est bien Jacmel.

 

Ville d’histoire forte, d’architecture riche, avec des plages de rêve à deux pas.

 

Je pense souvent à Paraty, au Brésil. Un peu la même histoire. Mais un sérieux travail d’années et d’années accumulées pour en faire  le joyau culturel et artistique, visité par le monde entier, que cet ancien port sucrier brésilien est devenu…

 

Un entrefilet sur un site local m’avait donné l’information : Visite du port, de la rue du Commerce… Le programme de la visite et les heures.

Je ferai des photos.

Parce que c’est un événement, un président là, tout près. Dans la rue. Juste après les rumeurs de tentative d’assassinat au Cap, relayées par la presse mondiale.

J’avais laissé un peu de temps passer  dans le planning, sachant que les programmes privés et publics démarrent toujours avec au moins une heure de retard.

Mais j’ai compris au vide dans la rue que ce serait sans doute plus…

 

Je me suis installé sur le banc, sous l’arbre de la place de la Douane. Près du futur hôtel que viendrait visiter le cortège.

 

Des oisifs, des marchandes. Et des discussions, des phrases pour refaire le monde.

J’en ai retenu quelques unes, un peu en vrac, comme elles venaient.

 

Un peu en retrait, je ne connais pas le nom des gens qui parlaient, ni leur vie, ni leurs occupations.

Je les ai juste repéré par la couleur de leur vêtement.

 

L’homme en bleu. «  Moi, si le Président ne vient pas à Jacmel pour annoncer la création d’usines (de factory), je pense qu’il ne doit pas venir. Il faut donner du travail et des salaires à tous ces gens. Il n’y a que ça… »

 

L’homme en noir. «  Non, je crois qu’il va distribuer de l’argent. Il faut qu’on reste là. Et puis on est bien, là, à l’ombre. »

 

La fille en rose : «  qui m’a piqué ma plume de poule, celle que j’avais coincée dans une tresse en arrivant ? Qui me l’a piquée ? Et comment je vais me faire les oreilles,  si je n’ai pas ma plume ? … »

 

Les forces de l’ordre se mettent en place, petit à petit.

Les policiers haïtiens, les agents de la circulation, des forces spéciales, des soldats bengladeshi (du Bengla Desh, je suppose que c’est ainsi) se disposent au passage.

L’un d’eux négocie des baskets Nike, fausses, sans doute, avec un vendeur de rue.

 

Une jeune femme haïtenne arrive, qui parle un bon anglais avec le soldat bengali. Achète un sachet d’eau,  puis retourne à son groupe d’enfants qui chanteront tout à l’heure (Sting, Englishman in New York )

Le gars en t-shirt jaune : «  Elle parle bien anglais. Sûrement une déportée », en se curant l'oreille avec la plume de la fille en rose.

Le maillot noir : «  Et pourquoi tu dis qu’elle est déportée. Tu ne sais même pas qui elle est , ni d’où elle vient. Et tu juges comme ça ? Simplement parce qu'elle parle bien anglais...Ah, mon cher, les Haïtiens sont trop durs les uns pour les autres… » (Si j’ai, bien compris, déporté, c’est un Haïtien  qui a commis quelquechose d’illégal aux USA et s’est fait expulser vers son pays. »

Après la prestation devant le président, j'ai entendu la jeune femme se présenter, en tant que directrice d'une école de langues.

 

La fille en mauve : «  il devrait venir plus souvent, ce matin, la rue a été parfaitement nettoyée, et il n’y a plus une ordure dans les caniveaux. »

 

L’homme en maillot vert : «  Il est trop en retard, je rentre chez moi. » Réponse du type en rouge : «  Et pourquoi rentrer chez toi, espèce de vagabond,  tu n’as de toutes façons rien  à y faire »

 

Un jeune en jaune : «  Moi, si j’étais Président, je ferai tourner des avions et des hélicos au dessus de la ville, juste pour montrer que je suis un grand président. » Il me regarde et me demande si les avions peuvent voler en faisant du sur-place. Je lui ai répondu que non, en général. Mais ici, sait-on jamais.

 

La marchande de manger cuit  finit de racler le fond de sa chaudière, elle a tout vendu, et se régale du riz grillé, le gratin,  collé au fond du récipient.

 

Un policier posté en haut de la rue du Commerce  dévie les voitures et les motos. Puis en laisse passer un peu. Puis en dévie d'autres.

 

Un Homme à la vendeuse de boissons : «  Tu devrais nous distribuer toutes tes boissons gratuitement, le Président te fera un chèque, tout à l’heure.. »

 

Puis, à coups de sirènes, et dans un grand mouvement de véhicules multiples, le cortège arrive enfin, avec deux heures de retard.

 

" I'am an alien, I'am a legal alien..." chantent les enfants.

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 08:51

16 juillet 2011. Saut d’Eau, Ville Bonheur.

 

 

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Le 16 juillet 1848, la Vierge serait apparue au dessus d’un palmiste. A Saut d’Eau, dans le plateau central, non loin de Mirebalais.

 

Apportant la guérison aux malades frappés par la variole.

 

C’était au cours de sa grande tournée mondiale qui l’avait conduite à La Salette et se poursuivrait par Lourdes, Fatima …

Des fans du monde entier,  de Manduria, Marpingen, Maracaïbo, Medjugordje, Garabnadal, Balestrino, Valkenswaard, Kurescek et d’ailleurs ont eu la chance de rencontrer aussi la dame pendant son périple terrestre. Lumineuse et claire, avec son regard doux.

 

Du coup, dans ces endroits, la foule revient sur les lieux : des grottes, des champs de montagne, et à Saut d’Eau, au pied de la  cascade vertigineuse. Espérant un nouveau miracle.

 

Chaque année, le pèlerinage vers le village rebaptisé Ville Bonheur  est un événement, une activité obligée, une destination.

 

On va y faire  des voeux à Notre Dame du Mont Carmel, Vierge Miracle, ou à Erzulie Dantor, divinité vaudoue qui habite la grande cascade.

 

On demande la guérison, un mari, des enfants, une  maison. Tout ce qui peut être demandé.

(Si j’avais su, j’aurais demandé des pneux neufs, cela aurait peut être éveité les trois crevaisons…)

Puis on vient remercier.

 

La marche vers la chute est un moment fort. J’ai voulu faire cette marche.

On me regardait bizarrement : pourquoi ne suis je pas allé garer ma voiture d’ONG comme les autres au pied du site ?

Pourquoi cette longue marche dans le soleil de midi, sur ce chemin qui n’en  finit pas de monter ?

Dépassé par les 4x4 rutilants des organisations caritatives.

J’ai aimé marcher au pas des pèlerins, dans leurs habits de couleurs vives. Bon, à vrai dire j’ai souffert et j’ai sué.

 

La foule est dense dès le village. Familles, vieilles dames au regard lointain, jeunes en groupes, diasporas endimanchés de clinquant et de luxe tapageur…

 

Il y aura cette fête religieuse. Mais aussi, comme pour les fêtes patronales, des musiques, des marchandes, des sonos à fond.

Ragaman et Toro, Coca et Prestige. Les vendeurs de boissons ont sorti les décibels.

C’est comme la caravane du Tour.

 

Et puis ces marches à franchir, long escalier qui mène à la chute.

On y vend ses bougies, des savons, des bidons pour l’eau miraculeuse.

 

Et enfin, les musiques des bandes raras, vaccines et tambours qui montent du bord de l’eau.

 

La cascade est impressionnante. Mais le spectacle est ailleurs.

 

Hommes, femmes, paysans, mulâtres, jeunes et vieux.

Tout le monde se mêle dans une danse unique, un bain collectif.

Des femmes jettent leurs vêtements, qui partent dans le courant. Comme une défroque dont on se débarasse.

Sans doute un moyen de chasser le mauvais des temps d’avant pour s’habiller de neuf.

Des téméraires sont exactement sous la chute. L’eau qui cascade doit peser des tonnes.

 

(Il y a eu quatre morts sur le site hier. Un pan de montagne s’est détaché et a frappé des pèlerins en contrebas.)

 

Des transes aquatiques se déclenchent. Certains sont visiblement habités et se contorsionnent dans le courant. Les mouvements convulsifs, le rythme marqué, les prières parmi les chants payens…

 

 

Alentour, les bougies sont allumées au pied des mapous et des arbres sacrés.

 

Les rassemblements sont toujours impressionnants dans ce pays : bandes rarras, carnaval, manifestations.

 

Mais l’athmosphère de magie et de présence divine au pied de cette cascade est une expérience forte et unique.

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 22:33

9 juillet 2011. Balnéothérapie.

 

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J’ai repris les chemins de traverse.

Les endroits où le pick-up ne passe pas. Il faut marcher. Loin. Et sous le soleil.

 

Lamontagne est multiple. Haïti est imprévisible. Il y a des surprises au bord du chemin.

 

Partir pour la journée avec une réserve d’eau, dans les méandres des sentiers, dans des endroits peu fréquentés.

 

Je me dis, plus je marche au loin, plus  cette chanson de Jean Ferrat se trouve d’actualité parfaite ici.

 

« Ils quittent un a un le pays, pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés. »

 

… « Pourtant, que Lamontagne est belle. »

 

Je parle à ces mères toutes seules, à ceux qui sont restés, et qui racontent leurs enfants, leurs maris partis. A Saint Domingue, le plus souvent, mais aussi USA.

Aux vieux qui restent là.

 

J’écoute Jeanne Cadet. Un nom franco-français. Petite femme noire. Boule d’énergie pure. 7 enfants, dont trois avec elle.

 

Des maisons qui ont été belles. Tombent en poussière. Des jardins qui rétrécissent par manque de bras.

 

Ici se trouvaient les plus belles plantations familiales de café et de cacao. Aujourd’hui, maïs, pois… Quand la pluie veut bien.

 

Et puis ce miracle. Au détour d’une montée de folie. Assis au bord de sa ruine. Cool, zen.

Lavaud Badio. C’est son nom.

Vieux tout gris, assis à l’ombre du manguier.

Sa maison a dû être belle. Rasée. Débris.

 

Une ONG lui a fait un bel abri d’urgence. Murs en bâche plastique. Une pièce.

Il est assis dehors. La bâche transforme l’abri en sauna. Une natte à terre, deux trois chaises. On dort mieux à l’extérieur.

Et là dehors, posée sous l’arbre, une somptueuse baignoire balnéothétapie, avec son moteur, ses jets d’hydromassage.

Un exploit déjà de l’avoir transportée là.

Un signe de modernité : même chez nous, tout le monde n’a pas cette baignoire.

 

J’imagine le travail et l’argent pour qu’elle se retrouve là.

Un fils parti aux USA a dû penser que ce serait bien, là, au fin fond de la campagne.

 

Mais quand même , un truc de ce genre, avec des jets partout et un moteur … Ce serait tellement mieux s’il y avait de l’eau et de l’électricité.

Non ?

 

Lavaud, lui, ça le fait rire. D’ailleurs, il est content de tout.

 

Il envoie des vérités à chaque phrase, raconte des histoires.

Je garde le récit de Mambo Dote pour une autre fois. Ou encore la mort à distance qu'il raconte en riant.

Mais je peux quand même écrire sa vérité du jour : «  Les étoiles sont plus grandes que la lune ».  Ce n’est pas faux, mais je ne sais pas ce qu’il a voulu dire.

 

Il éclaire la journée de black out, Lavaud... Du coup, la lumière est revenue.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 22:50

2 juillet 2011. Les étranges  mystères de la pluie.

 

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La pluie est un personnage.

 

J’avais raconté Jacmel, la ville,  sous l’orage. Les filles riant, serrées  à quatre sous un seul parapluie. Vêtements collés à la peau. Pieds dans les flaques.

 

Mais d’autres scènes, d’autres séquences surviennent au rythme des mouvements du ciel et des systèmes météo. Caprices tropicaux.

 

Dans le noir foncé et humide de cette nuit, Léo Ferré marque l’ambiance.

«  La mémoire et la mer. »

Ferré, c’est tellement fort que c’est mauvais signe quand il revient sur ma scène.

Je sais pourquoi je l'ai mis.

Il ne faut surtout pas que j’écoute Léonard Cohen après ça. Comme «  One of us cannot be wrong ».

 

La pluie a ses mystères.

 

Une projection, l’autre soir.

 

Le film de Charles Najman avec  Frankétienne. En avant première.

Un colosse qui pleure. Une puissance tellurique. Un cri singulier venant du coeur de la foule.

Hurlement d’alarme et de tristesse. De colère tonitruante. Et voix d’espoir enfin.

Une sorte de prophète  qui prédisait l’effondrement.

Il savait, le poète, que la ville allait devenir  un monde de ruines. Il l’a écrit, peu avant.

Les poètes ont leurs fulgurances qu'ignorent les hommes communs.

Homme unique, représentatif de tout, pourtant.

Par certains aspects, il me fait un peu penser à Ben, artiste Niçois.

 

«  Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres ». Le film de Charles Najman. Un titre de film parfaitement illogique et inenvisageable. Il faut du temps pour s'en souvenir. Pas cartésien, innatendu. Comme les oeuvres de Frankétienne. 

Mais il traduit le contenu de ce désespoir devant le chaos. La vie qui se relève et se poursuit malgré tout.

Le monde nouveau, d'après séisme,  vu depuis les tas de gravats de la Cathédrale de Port au Prince.

Frankétienne refuse les termes des reporters : résilience, disent-ils.

Non, énergie du désespoir. Sauve qui peut. On ne s’adapte pas à ces conditions, on survit, c’est tout. On protège sa peau pour l'instant qui vient.

 

Et au milieu de ce  film émouvant, un groupe chante une mélopée vaudoue.

« La pluie tombe, et je ne suis pas trempé » ( Lapli tombé min m’pa mouiyé )

 

Par magie, par extraordinaire, une pluie dense tombe juste à ce moment  précis, crée la panique dans la cour de l’Alliance Française où se déroule l’événement.

Tous aux abris. Bousculade, chaises poussées. La pluie tombe, et nous, nous sommes bien mouillés.

L’averse s’achève exactement à la fin de la chanson. 

Il fallait que cette magie s'opère.

 

Ce soir, spectacle de danse. Au même endroit.  

 Ciel menaçant toute l’après midi. Alerte météo, jaune orange. Nuages lourds.

C’est un autre scénario, cette fois.

Les danseurs resteront secs. Les maquillages des superbes danseuses subsisteront jusqu’au final.

La  fille, fine et élancée qui donne le rythme, belle à n’y pas croire, ne glissera pas sur le sol détrempé.

Elle enchaînera ses pas et ses figures. Epargnée.

 

Je  regagne la voiture, en repensant encore à cette jeune femme.

Je suis sûr qu'elle m'a regardé, assis dans le public face à la scène.

 

La première goutte tombe juste à ce moment. En ouvrant la portière.

Une pluie localisée : en rentrant, je m’aperçois qu’elle ne tombait que sur le bas de la ville. Pile sur le quartier, et seulement là.

C'est toujours étonnant de traverser la lisière de la pluie : bruit assourdissant sur les tôles de la Nissan, puis fin du bruit. Un rideau que l'on passe. Une frontière, dirait ma Lau.

 

Au loin, à Lamontagne, la fête est sans doute sauvée des eaux.

Mais je n’y suis pas allé, par peur de la pluie et de la rivière à traverser.  J'aurai pu passer.

 Je relirai ma page de l’an dernier. ( Et oui, me voilà à revivre les mêmes évènements…)

 

 

Entrefilet : J'ai rencontré une brave vieille dame, hier qui marchait dans la rue.

Elle portait un magnifique Tshirt blanc. Une inscription sérigraphiée en rouge sur la poitrine : " LA FIN DU MONDE EST POUR LE 21 MAI 2011" 

 

Nous sommes tous des survivants.

 

 

 

( Pour les nouveaux, voir dans ce blog les articles auxquels je fais allusion : " La fête patronale 5 et 6 juillet 2010 " et " Le jugement dernier du 15 mai 2011". C'est bon pour l'audience, ça, coco.)

 

 

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Published by planete-haiti
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