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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 03:09

Une visite de cette  chanteuse ultra importante,  financée par l'ONU.

Il faut juste savoir qui elle est? 

 

Une chanteuse, très connue, je crois.

 

Et ce soir , l'Ambassade des USA diffuse ce message :

 

Beyonce is still here and she wants to see the progress since the earthquake. Where should she go to see progress in Haiti? Let us know!

 

"Beyonce est encore ici et veut voir les progrès depuis le tremblement de terre.. Où devrait elle aller pour voir des progrès en Haïti? Faites nous savoir..."

 

 

 

Alors, mois qui ne savais pas trop  quoi écrire pour le "E" , trop d'articles , je trouve que cette question est un vrai Etonnement.

 

La diva latina vient ici, et ne sait pas où aller ??? Pourqui est elle venue, alors ?

 

Les cartes ne mentent pas.

Et l'Ambassade des Nazini n'a rien a lui montrer?

Elle pourrait visiter le nouvel Hôtel Marriot.

 

Il y a un problème de com. Grave.

 

C'est comme Sean Penn, obligé de prendre une roue libre dans l'avion présidentiel français pour se rendre sur la croisette.

Yes, he Cannes.

 

J'aurais dû faire acteur ou chanteuse.

 

Etonnant, comment tout est étrange et exceptionnel, ici... Electoral ?

 

 

Du coup, j'ai proposé qu'elle vienne ( Beyonce, je veux dire), à Lamontagne, voir ce qui est fait depuis 2010.

 

Un coup d'Hélico, et elle rapplique.

Et là, hop, j'ai mon E: Elle est super...

 

On survole la zone, on claque 3 bisous, et hop, à nous la gloire.

 

Bon , je ne suis pas sûr que cela marche.

 

Mais je voulais juste passer le E , car "Elections " n'aurait pas donné de bons chiffres sur mon blog.

 

Même si c'est un truc qui passionne:

 

Enfin, un bureau électoral qui choisit et décide. Demain, on le dit , les pneus  vont cramer dans les rues: les recalés,  interdits de se présenter ( parce que non haïtiens, ou avec des dossiers non complets, ou non blanchis pour leur gestion de fonds public) ou dangereux pour le système, vont envoyer leurs bons à tout faire mettre le bazar dans les rues. Déjà, à Petit Goave, toujours aux avants gardes, a brûlé le bureau du Conseil Electoral .  Jacmel va chauffer demain.

Mais j'ai le F , de François, à écrire. Même s'il n'est pas venu à Jacmel...

 

Alors, si je vous raconte le foutoir que cela va être, ce sera par hasard.

 

 

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 04:06

8 juillet 2014

 

D, comme désolation

 

Comme je l'ai souvent dit, Jacmel est une ville de brésiliens.

Il y a même, pas loin d'ici, une localité qui s'appelle " la Brésilienne"

 

Je n'ai pas parlé de coupe du monde, jusqu'à maintenant.

Parce que tout le monde en parle. Partout, jusque dans les plus petits recoins des zones rurales.

 

Hier, sur la route de Lamontagne, un jeune homme expliquait toutes les stratégies et analyses sportives des matchs de la séléçao depuis des années.

 

Parlait de Juninho, Socrates, Rivaldo, Ronaldo, et tous les illustres ancêtres.

 

En blaguant, j'ai pronostiqué  une finale Allemagne/Hollande. On m'a regardé de haut. J'aurais mieux fait de me taire. Il est vrai que j'avais parié France / Argentine, il y a quelques jours...

 

Jacmel est depuis des semaines en vert et jaune. Drapeaux partout.

 

Quelques fanatiques de l'Argentine tentent de se faire remarquer. Un peu de bleu pâle de temps en temps.

 

Les marchands  n'ont finalement que ces deux drapeaux à offrir. Et il y en a vraiment partout.

 

Le Brésil est une bénédiction, pour Jacmel : à l'heure des matchs, le courant revient ( après trois jours de blakawout ) et les rues sont vides. Les motos sont rangées, et on circule facile. On ne parle même plus de politique.

 

Par rapport à la dernière fois, les télés se sont multipliées. En 2010, il y avait foule devant les rares écrans. Là, c'est la débauche d'écrans plats, de gros postes recyclés, de canalsat partout.

 

La désolation est venue si vite. 11ème minute. Plus vite que le seul petit but encaissé par l'équipe de France à la 13ème.

 

Je suis sorti, pas un bruit dans les rues, pas un cri ; rien... La peur s'installe.

 

A la 29ème, tout était dit.

Mais toujours une chape de silence sur la ville.

Il y a une sorte de désolation, de sentiment de désastre.

 

Pourquoi doit on vivre ça, en plus, après le choléra et le chikungunia?

Comme si on pouvait endurer ça en plus?

 

Le Brésil vainqueur de la finale, c'était un rêve. Une réussite de tous les fanatiques jacméliens. Plus beau, pour Haïti, que Dany Laférière à l'accadémie française ou Jean Jean Rossevelt et sa médaille aux jeux.

 

Une victoire sur le monde occidental.

 

Il reste bien l'Argentine pour sauver l'honneur. Mais ce n'est qu'un pis aller, pas une victoire.

 

Il reste quoi, pour rêver ?

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 19:53

C, comme Chansonnette Française

 DSC06517.JPG

23 mars 2014

 

Le C m'a donné beaucoup de mal.

Il fallait choisir, et les sujets en C pouvaient être nombreux.

 

J'ai commencé un article sur le Carnaval de Jacmel. Mais, en même temps, je l'ai déjà fait, et cela aurait tourné plus au défilé de slogans politiques, aux joutes pré-électorales qu'au défoulement populaire et culturel coloré et bon enfant attendu d'une telle fête annuelle.

 

Bon, cette année, le carnaval a été revival et nostalgie: on ressort les vieux masques des années d'avant, avec leur poussière, trois petits tours et la pluie disperse le tout. Les mécènes étaient aux Gonaives.

 

Et puis je suis parti sur l'idée de faire un texte sur la Circulation automobile en ville. Mais vu le bilan de ces derniers jours où ça tombe comme à gravelotte, cela aurait fait plutôt chronique nécrologique. Des gens qui meurent de la connerie humaine, surmultipliée quand les auteurs de ces assassinats sont au volant de leurs 4x4 aux vitres "parfumées". Mais "ce n'est pas de leur faute", et là encore cela serait vite tombé dans la critique des gens chargés de la gestion des espaces publics. Et dans un bilan morbide.

La discipline, le respect des codes et des lois,  et le sens civique ne se décrètent pas, ils s'imposent et pour ça, il faut du courage. Et il faudrait être exemplaire.

 

J'ai envisagé des tas d'autres mots, comme " contestations", " culture", " ciel nocturne", ...

 

Et finalement, le déclic est aujourd'hui : ce sera " chansonnette française"

La semaine de la francophonie se termine. Des moments riches et forts. De belles pages.

La scène ouverte d'hier, je l'ai ratée.  Mais ce devait être touchant, ces jeunes et enfants qui faisaient leur spectacle libre sur la scène de l'Alliance Française pour célébrer la langue d'André Malraux.

Je suis passé dans la rue, vers la fin. Et j'entendais une musique endiablée, sans doute un fond de danse, avec des paroles en yankee bien trempé...

Après le déversement des prédicateurs américains toute la semaine... C'est too much.

A propos, je garde le P pour ça : prédicateurs.

 

Ce dimanche, Radio Express  diffuse du français. De la musique, des chansons.

On appelle ça ici des " chansonnettes". On a failli utiliser bluette.

 

C'est le signe hebdomadaire et irréfutable du déclin du français dans la culture locale.

Comme si les choses s'étaient figées il y a trente ans, ou quarante.

 

Défilent sur les ondes, comme des standards de la culture hexagonale actuelle Mireille Matthieu, Alain Barrière, Claude Barzotti, Sheila( Patrick, je t'aime), Nana Mouskouri, et même Frédéric François.

On y ajoute Michèle Torr, Julio, Gilbert Bécaud, Demis Roussos, Dalida.

 

C'est un conservatoire d'archéologie musicale. Cela me fait penser aux vieilles autos américaines à La Havane : il n'y a plus que là qu'on les trouve.

 

La culture française en Haïti est dépassée, fossilisée, en voie d'extinction, pour les Haïtiens.

Parler français est une punition, une épreuve, un problème. Un casse-tête difficilement surmontable. Une phrase en français est une expédition. " Palé fransé pa  di l'espri"

 

La mondialisation fait son oeuvre, en alignant les peuples sur les critères Nord Américains. Le créole s'américanise, ce n'est qu'un constat.

 

Le slogan haïtien le plus courant est : " Haïti is open for... " et là on ajoute ce qu'on veut.

"Haïti is open for business", "Haïti is open for Dreaming", "Haïti is open for Tourism"...

 

Moi, j'ajouterai des tas de choses à ce "open for".

 

Ce n'est en tous cas pas la langue française qui en profite. Dommage.

Mais bon, c'est aussi le sens de l'histoire.

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 02:47

B, comme bruit

4 février 2014

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Le bruit, à Jacmel, c'est permanent. Comme sans doute partout ailleurs en Haïti.

 

Cela commence tôt. Et semble ne jamais cesser.

Cacophonie, "kakofoni, eskandal, lobey", on s'aperçoit vite que le silence est une richesse inconnue, oubliée.

On me dit que cela a commencé il y a longtemps, par le bruit du lambi et des tambours.

 

Et tout concourt à en rajouter.  

Comme dernières nouveautés, et ils sont d'ailleurs souvent à la tête des progrès négatifs et du rabaissement du niveau, les motos.

En gros, la mode actuelle, c'est circuler avec le pot d'échappement démonté et faire hurler le klaxon multitons. Sans doute pour réveiller la ville.

 

Parfois, on se demande si on se trouve à New York un jour de manifestation des pompiers, toutes sirènes dehors. Ah, non, ce n'est qu'un moto taxi.

 

Mais ils ne sont pas seuls adeptes du décibel.

 

Pourquoi l'urbain local aime t'il le bruit à ce point ?

 

Quand on circule autrement que dans une auto climatisée, vitres teintées "pafimen"

(pour vitres fumées ), par exemple quand on marche à pied dans les rues de la ville, déjà, on se fait klaxonner chaque 30 mètres par les motos taxi en quête de course. Et on passe d'un mur de sono à un autre mur de sono. D'un loto sursonorisé à un marchand de produits usés ailleurs, troisième ou quatrième main, caché derrière ses baffles, qui pensent que la vente monte avec le son.

 

D'où vient cette nécessité impérative du bruit permanent ?

Des cris, des paroles fortes, des musiques intempestives, des claquements, chocs, raclements, résonnances, vacarme, explosions sonores ...

 

Je ne parle pas de la musique, ce serait déplacé. Innoportun.

Tu viens vivre aux Antilles, blanc. Accepte la musique jusqu'à point d'heure.

Vibre avec les basses, en même temps que le sol.

Respecte les répétitions des bandes à pieds, assume les camions des DJ.

 

Mais le reste, les bruits multiples des crétins qui veulent montrer qu'ils existent en ajoutant au chaos, est ce vraiment nécessaire? Comme s'il n'y avait pas suffisamment de stress sans cela.

 

Le bruit est la marque des vivants, sans doute. Pas des morts, plongés dans l'éternel silence.

Et encore, me dit-on, ce n'est pas certain : certains morts, sous une forme ou sous une autre, font aussi un  barouf d'enfer.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 21:06

A, comme aube.

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2 février 2014

 

L'aube, à Jacmel, est magique. Comme sans doute partout ailleurs en Haïti.

 

Juste avant que le soleil n'apparaisse,  douvanjou, avanjou, quand seules les premières lueurs éclairent un coin du ciel.

 

L'aube en ville est différente.

 

Quand les coqs suiveurs répondent au premier levé pour engager leur chorus.

 

Quand les premières motos-taxis commencent leur maraude, chargeant les marchandes, leurs sacs et leurs cartons, et transportant les enfants encore engourdis vers les écoles matinales. Têtes couvertes de rubans et de barettes, dodelinant au rythme des nids de poules.

 

L'écume commence à rosir sur la frange des vagues. Et le bord de l'horizon s'allume.

 

Au loin la montagne se teinte d'orange clair.

 

Sur la plage, le long du nouveau boulevard Pétion Bolivar, lui même décoré de teintes solaires, les sportifs courent, s'étirent.

 

Les plus épais, marchent pour tenter d'éliminer les traces du griot de la veille, du poulet importé, gorgé de graisses et d'hormones.

Mais, vu leurs formes largement rebondies, et la lenteur du pas, cela demanderait des heures et des kilomètres de marche.

Pour eux, cela se finira, comme pour les autres : ils feront " coeur" ou " sucre". (Kè, suc) des mots qui décrivent bien les maladies qui les attendent, et qui font largement plus de victimes que le choléra. Des trucs inconnus il y a quelques années, avant que la bouffe importée, emballée  et facile n'envahisse le marché.

 

Des élèves s'installent sur les parapets, pour réviser une dernière fois, l'histoire glorieuse de l'indépendance ou les autres leçons mille fois répétées.

 

Dans  la rue, les chiens qui ont jappé toute la nuit vont se coucher, en attendant la nuit prochaine.

 

Des odeurs de café s'échappent des cuisines.

 

Et les jeunes filles, "restaveks" ou non commencent à jeter de l'eau sur les seuils et devant les maisons. Balayent  les cours et les caniveaux. Effacent les traces des esprits mauvais qui se sont sans doute attardés pendant les heures sombres. Laver l'entrée, avant de commencer la journée.

 

L'aube est magique, parce qu'elle est fugace. Le jour se lève d'un coup, sans tarder, sans se prélasser.

L'instant est éphémère, et très vite le soleil efface les dernières traces de la nuit, sans traîner.

 

Ce qui fait qu'à 7 heures du matin, c'est grand jour, tout fourmille, bouge, crie, chahute; les radios braillent, les motos klaxonnent, les passants s'interpellent :

"comment a été la nuit ?". "Bien" ou encore " pas trop mal" répondent ceux qu'on questionne.

Les autres, de toutes façons, ne sont pas là pour répondre.

 

L'horizon a déjà effacé le rose, l'orange bleuté, le vermillon, pour passer au bleu vif.

Jusqu'à ce soir, fin de journée, " lanjélis", ( angélus) quand le bleu "digo" ( indigo) se diluera dans l'ocre et le feu du soleil couchant.

 

 

* Les mots créoles sont en italique. 

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 22:32

L'école déboise.

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18 Octobre 2013.

 

L'école a repris.

Avec du retard, certes, mais c'est reparti. Les colonnes d'enfants en uniforme de toutes les couleurs, qui marchent ou se pressent dès l'aube.

Les taxis moto ont repris leur manège aux premières heures du jour. Les klaxons du matin.

Et vers midi, les rues de Jacmel sont envahies des élèves du matin qui finissent leur vacation  et de ceux de l'après midi qui la commencent.

 

En catastrophe, comme tous les ans, il a fallu acheter les cahiers et les plumes (stylos), des cartables et des sacs, des souliers, des noeuds et des barettes.

 

Les livres, des listes et des listes.

 

Il a fallu faire les uniformes. Parfois, le modèle ou la couleur a changé. Impossible de recycler ceux de l'an dernier. Il doit y avoir un lobby des tailleurs. Ou une ristourne pour les directeurs d'école.

 

Payer les frais de scolarité. Car la fameuse école gratuite n'est pas encore généralisée.

 

Trouver les boîtes, les igloo (thermos) pour le repas du midi. Car toutes les écoles n'ont pas de cantines et les enfants doivent apporter leur repas.

 

Souvent, pour les paysans de Lamontagne, il faut aussi trouver de quoi loger les enfants qu'on envoie à l'école en ville. Bientôt, il y aura un nouveau lycée sur place, mais ce n'est pas encore tout à fait fini.

 

Bref, trouver l'argent de tout ça en peu de temps, car les réserves pécunières des paysans sont inexistantes.

 

Alors voilà.

 

Le moyen habituel est de faire du charbon de bois, couper quelques arbres de plus, vendre les sacs recyclés pour transporter le combustible.

 

La rentrée des classes est le pire moment pour les arbres. Et le déboisement redouble à ce moment.

 

On fait quoi ? On a une autre solution?

 

On ne peut quand même pas supprimer l'école pour sauver les arbres d'Haïti...

 

Ou bien reboiser encore plus vite.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 02:27

17 OCTOBRE 2013

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JOSEPHINE,

 

17 OCTOBRE 2013

 

Elle était allée dans un centre de santé, dans un quartier de Port au Prince, pour faire vacciner son bébé d'un mois. Elle en revenait, en fin d'après midi.

Et c'est à ce moment que la terre a bougé.

 

Evidemment, comme tout le monde, elle n'a pas compris ce qui se passait.

 

Les murs des maisons bougeaient, tombaient. Elle était dans la rue. Une chance sans doute.

 

Depuis quelques années, elle vivait avec Thomas , son mari. Elle travaillait dans une factory, lui était plombier.

 

Tout s'est arrêté.

 

C'est en arrivant chez elle qu'elle a mesuré sa chance. La construction de béton où elle habitait faisait un tas de ruines, le premier étage ratatiné sur le rez de chaussée.

 

Des blessés, des morts...

 

Elle a ramassé quelques bricoles, et est revenue vivre chez sa mère, à Lamontagne.

 

Avec Thomas, ils ont cherché, cherché longtemps pour reconstruire quelquechose.

 

Ils ont eu, enfin, la possibilité en 2013.

 

Une des maisons de PU, en gabions.

 

Et aujourd'hui, c'est fait. Ils y sont.

 

Le bébé a trois ans et demi.

 

Joséphine et Thomas ont triballé des roches, du sable, empilé les pierres. La maison est belle .

 

Et ils sont fiers de recevoir leur famille, venus de Port au Prince, pour profiter du bon air de Lamontagne.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 05:31

Un verre d'eau fraîche. 14 Octobre 2013.

 

Dans un titre comme celui-là, chaque mot compte.

 

L'eau dont il est question doit  être potable et refroidie pour faire de sa dégustation un moment agréable destiné à combattre la soif et la chaleur.

 

Dans des endroits du bout du monde, comme l'Europe, la France, l'affaire est vite réglée : on tourne le robinet, on remplit le verre, on boit. Voilà. Quelques secondes, et c'est réglé.

 

Et boire un verre d'eau fraîche, dans ces conditions,  est plus ou moins la norme; et cela se fait sans y penser.

 

Ici, boire de l'eau fraîche est presque une aventure.

 

Le contexte normal, c'est que l'eau issue des robinets, pour les urbains, ou des fontaines (sources, ruisseaux, mares, flaques) quand on vit en zone rurale, n'est pas potable.

Souillée, mélangée de diverses matières, salie...

La vitesse de développement du choléra est bien sûr la preuve du risque.

 

 

Donc prenons le meilleur des cas : comment s'offrir un verre d'eau fraîche quand on habite en ville et qu'on est équipé de tout ce qu'il faut.

 

Le réseau d'eau envoie, par moments, un filet d'eau qu'il faut recueillir dans un réservoir enterré dans la cour. S'il n'y a pas de coupure, de casse, de cessation de service, on remplit le réservoir. Sinon, il faut commander un camion d'eau.

 

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Et on récupère ainsi, quand tout va bien, le précieux liquide, un peu trouble car les tuyaux sont un peu poreux.

 

Puis, il faut envoyer l'eau dans le réservoir placé sur le toit, en hauteur. Ces citernes s'appellent des " Chatodo". Pour cela, il faut attendre qu'il y ait du courant, faire monter l'eau. Contrôler la pompe, les vannes, les tuyaux.

 

Puis la traiter ou la filtrer.

 

Ou alors, acheter des bidons (gallons) d'eau pré filtrée par une officine spécialisée en osmose inverse.

 

Et cette eau, on peut enfin la rafraîchir au frigo, quand il y a du courant.

 

C'est donc une occupation récurrente, chronophage, et il ne faut pas se louper.

 

Je pensais aux heures passées, rien que pour cette occupation.

 

Peut-être cela sera bientôt un souvenir.

 

De grands travaux ont commencé. Et il y aura, si tout va bien, un réseau d'eau traitée et potable à Jacmel dans quelques mois.

 

Et comme dit Sylvano, l'ingénieur Espagnol qui s'occupe de cela, il suffira d'ouvrir le robinet pour avoir un bon verre d'eau  potable.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 04:37

13 Octobre 2013 - Exotismes.

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Comme dit Laurène dans son joli texte,

EXOTISME.

Ce doux mot, à la simple évocation,  fait voyager le rêveur sur une plage de sable fin  bordée de cocotiers, sentir les effluves de citron vert et de poisson grillé, et entendre au loin des rythmes de percussions endiablées...

 ( Cliquer sur le link )

link 

Oui, c'est exactement ça.

Et c'est ce qui prend quand on arrive dans un pays du bout du monde.

Des gens différents, des rythmes, des odeurs, des fruits et des fleurs inhabituels.

Un mode d'existence où la différence est finalement agréable à vivre. Parce qu'elle est juste différente. Et que les jalons, les points de repère ont disparu.

Et des gens, aussi.

On ne vit pas pareil, on mène une autre existence, remplie de nouvelles choses, des quotidiens bouleversés par toutes ces nouveautés.

Et on adore ou on déteste.

 

Tout est merveille, car la norme a changé.

 

En gros, tu quittes Orly Sud, un matin frais. Tu traverses des espaces nickel-chrome, bois et moquette, où la technologie est reine, jusque dans le moindre détail - la soufflerie de l'essuie-main des toilettes - et tu arrives à Port au Prince en 2010, dans le chaos total.

 

Tout te surprend, tout te bouscule. Tout est étrange et tu regardes, écoutes, sens, tout ce qui est autour.

 

Il y aura la mer, les senteurs du citron, les rythmes des tambours. Les mangues, à la place des pommes.

 

La couleur, la nouveauté.

 

Et peu à peu, les mois passant, puis les années, l'anormal permanent, l'extraordinairement inattendu , l'exotisme devient le quotidien et les perceptions s'inversent.

 

C'est une sorte de retournement.

Le bout du monde n'est plus ici. C'est là-bas, d'où on vient.

 

L'anormal d'avant devient la routine. Et ne bouscule plus. Au point qu'il faut y revenir en arrière et réfléchir à ce normal/anormal.

 

Cela se niche dans toutes les minutes d'une journée, dans toutes les actions, même les plus simples.

 

Et le pire, c'est quand le normal d'ici se transforme en bizarrerie : une mangue boursouflée, par exemple.

 

Cela revient à cette histoire de café, dans l'article précédant. Et c'est à cela que je vais consacrer les prochains textes.

 

Pour commencer, à venir : ( j'ai piqué le truc du suspens style télénovelha à Laurène): Un verre d'eau fraîche.

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 04:34

22 JUIN 2013.  FRANKETIENNE

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Il vient à Jacmel, de temps en temps.

Il semble aimer l'endroit et y retrouver ses amis. Je vais le voir et l'écouter à chaque fois, bien sûr.

Et, hier soir, quand il m'a pris par l'épaule, serré un peu dans ses bras, en me demandant : " Comment tu vas?", j'ai eu l'impression d'être un peu son ami.

Mais je reste calme, car, à son êge, on peut confondre. Il m'a peut être pris pour un autre. Je suis plus proche de Gary Victor, depuis Idalina...

 

Frankétienne sera, s'il reste un peu vivant encore, prochain prix Nobel de littérature. C'est sûr.

 

Je n'appréciais  pas Frankétienne, il y a trente ans. Je trouvais un peu factices et bricolées ses poses de visionnaire touche à tout.

Comment peut-on être écrivain, poète, dramaturge, romancier, acteur, artiste peintre, sculpteur, homme de théâtre, comédien ...

On dirait Ben, à Nice.  Un centre d'arts, à lui tout seul.

 

Mais, après toutes ces années, je sais qu'il avait raison. Et ses révoltes étaient les bonnes.

 

Frankétienne vient d'entrer dans le Larousse 2014. Du coup, il s'est farçi 30 interviews en deux jours avec des journalistes de France, qui, évidemment, n'avaient jamais entendu parler de lui avant. Mais cavalent tous derrière la même info.

Sauf cette très belle émission, avec lui, sur RFI.

http://www.rfi.fr/emission/20130605-1-le-poete-haitien-franketienne

 

Jean Pierre Dantor Basilic Franck Etienne Dargent : c'est le nom complet  que sa grand-mère avait donné, en 1936,  pour son premier acte de naissance.

Sa mère, jeune paysanne de treize ou quatorze ans, a transformé, bien après, le baptistère en ne laissant que Franck Etienne...

Son père, vieil industriel américain blanc libidineux,  n'a donné au poète que sa couleur blanche et ses yeux bleus.

 

Sa conférence portait sur la création culturelle en Haïti. Et son histoire, depuis ce fameux acte fondateur de 1804.

 

Et le vieux poète à moitié sourd a donné les raisons de l'extraordinaire foisonnement culturel d'Haïti, qui, en plus, est à son apogée. Jamais il n'y a eu autant d'écrivains, de peintres, d'artistes de toutes sortes connus dans le monde entier. Presqu'un Goncourt, un Médicis, et des tas d'autres récompenses prestigieuses.

 

Si la culture Haïtienne est aussi riche et variée, cela vient de deux causes :

 

- la vie,  telllement difficile, acharnée, - lutte quotidienne pour survivre - que, fatalement, elle inspire les auteurs qui n'ont qu'à se pencher à le fenêtre pour voir des histoires, des scènes, des tableaux immaginaires se former devant eux.

 

Pendant qu'il parlait, je pensais à quelques exemples, comme, évidemment, le café du matin.

 

En France, quand tu veux te faire un café, tu prends la dosette, vérifies parfois le niveau de l'eau, appuies sur le bouton. Et hop... What else ? Tu as juste ton café.

 

Ici, un  café le matin,  c'est une aventure, une épopée.

Il  faut d'abord régler leur compte aux esprits et malfaisants de la nuit, en lavant l'entrée, et en balayant la cour.

Puis, s'il y a du charbon ou du bois, allumer le feu.

Chercher de l'eau, s'il n'y en a plus.

Cela peut prendre un bon moment. Tu envoies la petite chercher un seau d'eau à la source, elle traîne un peu en route, retouve les autres enfants porteurs d'eau, en profite pour jouer un peu, se laver le visage, raconter sa vie aux quelques garçons déjà levés...

Elle danse, en revenant, flâne, et n'accélère le pas qu'en revenant tout près de la maison.

 

Et il faut encore piler le café, si ce n'est pas fait.

Chercher la passoire de toile pour couler le café. (Grèp )

 

Si tu veux, cela peut faire un roman.

Comme " l'Odeur du café" de Dany Laferrière, auteur Québéquoiso-haïtien qui a donné la mémorable " Enigme du retour", qui me vaut d'être revenu.

 

Bref, Haïti vit un tel chaos, que cela nourrit l'art.

Comme le demandait un participant à cette conférence étonnante, il faudrait rester dans ce chaos, cette misère et cette difficulté de vivre, pour permettre la poursuite du miracle culturel.

 

Mais le poète a la réponse :

- il faut dominer le chaos, et le chevaucher, pour le maîtriser et s'en servir. Seule la mort est tranquille.  Supprimer le chaos, c'est se déssécher.

- il faut se résigner, un miracle ne dure jamais.

- il faut... et là, la spirale reprend.

Sa vie, son histoire , se vitupérations contre les philosophes de la révolution - Marx en premier-  qui n'ont pas mentionné Haïti comme le modèle de la Liberté, de l'égalité et de la fraternité. Le malentendu qui a fait échouer le mouvement de 1804 (les esclaves chassent les blancs, et des affairistes noirs et mulâtres reprennent le business, pareil qu'avant)

 

- Il y aura encore de la création, de l'art et de la culture originale, si Haïti se sert de tout l'imaginaire religieux - le vaudou -  qui l'imprègne. C'est la deuxième cause, qui est plus ancrée, sauf si la télé se répand partout et casse les traditions.  Si la culture étrangère ne vient pas envahir les espaces, comme la bouffe importée.

Je dis si... Je devrais dire quand, plutôt.

 

Ouf, je m'inquiétais déjà de retrouver les cadres et employés entassés dans le métro du matin, entre les stations Sable Cabaret et Terre Rouge, lisant les histoires de pipoles, ou faisant les mots croisés, casque de smartphones rivés dans les oreilles.

 

Tant qu'il y aura  des poètes hallucinés et un peu sourds, Haïti restera un peuple d'artistes.

Published by planete-haiti
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