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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 19:28

25 DECEMBRE  2011. NUIT VAUDOUE.

 

 

J’ai marché  sur une longue distance. La nuit est d’encre. Pas de lune. Le chemin caillouteux. Traversé d’ornières et de trous.

Je m’habitue, peu à peu, à l’absence de lumière.

J’ai éteint la torche pour parcourir le chemin.

 

La faible lueur des étoiles suffit à marquer les ombres. Au loin un faible halo électrique vers Jacmel.

La route est là, devant moi. Les pierres me font parfois trébucher.

Mais j’avais oublié cette sensation étrange que donne la marche dans la nuit. Sombre.

 

Je reviens de la «  danse », cérémonie vaudoue, rite nocturne, tambours normalement déchainés et envoûtants.

En fait, non, c’était un peu  endormi. Le tambour était mou.

Les loas ne se sont pas vraiment manifestés. C’est resté un peu vide et terne.

Je me souviens d’autre nuits vaudoues plus endiablées.

Le bœuf attaché en attendant la mort a eu droit à une rasade de sirop sucré. Il aime ça. Il ne sait pas que c’est pour l’adoucir.

Les feux brûlent et dégage une odeur âcre.

 

Le hougan, prêtre engagé pour la cérémonie, est  saoul. Son habit blanc est tâché de terre rouge.

Il a l’air absent.

Il a dû trop boire et trop manger de cette nourriture du diable qui se prépare.

 

Les participants, les officiants, les chanteurs, tous avaient l’air endormis.

Après quelques heures de ce rythme hésitant, où seule se trémousse la vieille au foulard rouge, accompagnée de cette jeune fille au teint si sombre qui danse par moment, de quelques hommes noyés d’alcool, le hougan fumant deux cigarettes à la fois, tournant, tournant autour du poteau mitan, je suis rentré. Déçu un peu de ne pas trouver la magie habituelle.

 

 

Regarder les étoiles. On me dit qu’elles ouvrent vers l’infini. Oui, c’est exactement ça.

Un météorite strie le noir et disparaît.

Vite un vœu.

J’entrends au loin les tambours qui se réveillent.

 

Je m’endors. 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 17:19

24 Décembre 2011. La Montagne pour Noël.

 DSC03444.JPG

Ferrat peut bien chanter.

« Pourtant la vie… »

La lumière du soir descend sur La Montagne. Et les couleurs s’affolent. La terre est encore plus rouge qu’en plein midi.

 

Les enfants portent de l’eau, le seau en équilibre sur  la tête. S’arrêtent un peu, étonnés de me voir là.

Quelques motos passent encore chargées des derniers  passagers. On se presse avant la nuit. Ce matin, tout le monde descendait vers la ville, pour vendre un peu et faire quelques sous pour les fêtes.

 

La noce est finie. Les invités ont chanté, mangé et sont repartis bien vite. La mariée était si belle. Christin a bien grandi. Ses parents se marient…

 

Il reste une fin d’après midi qui s’étire, doucement.

 

Personne aux environs.  

Tout le monde est si loin. Chacun dans sa vie.

C’est un privilège incroyable, ce silence. Pas de bruits de la ville, pas de musiques de Noël, pas de paroles à échanger.

 

Juste le silence. Dans cette maison du bout du monde.

 

J’en avais rêvé, je l’ai bâtie, comme les autres, et je suis là assis devant l’entrée.

La petite fille qui  passe me sourit.

Et le papi sur sa bourrique, et la marchande qui remonte chargée.

Tout le monde salue et sourit.

 

La nuit tombe, il est dix huit heures. 

 

C’est Noël en ville.

 

( Posté grâce à Natcom et une clé 3G.)

 

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 20:41

27 NOVEMBRE 2011. Palette et chevalet.

DSC02850.JPG 

Juste à la fin de la nuit, je me suis assis sur un tabouret pliant imaginaire, devant un chevalet fantôme, utilisant une palette invisible et des pinceaux irréels.

 

En fait j’ai juste regardé le tableau se faire tout seul. Et moi, cool, j’ai juste signé la toile.

 

 

Au commencement, était le noir. Total, profond.

Le sombre dans tout le tableau. Arrière plan d’ébène. Ténèbres, noir de Mars dense et mat.

 

Deux ou trois étoiles, qui finissent leur nuit.  Et s'éteignent.

 

La première trace de lumière est celle de l’horizon.

Par touches lentes et régulières, une sorte de gris graphite commence à paraître. Puis vire au gris clair sur l’ensemble. Envahit l’espace.

 

S’ajoute un peu de blanc, à peine. Une touche de blanc. Une nuance qui évolue.

 

Le rose s’étale ensuite, juste à la lisière d’une barre sombre et rectiligne. L’horizon se marque.

 

Après quelques minutes, les arbres sortent du noir. Masse sombre encore, mais qui commence à être distincte. On reconnaît un ou deux palmiers, des esquisses initiales.

 

Le rose tire peu à peu vers l’orange corail clair.

 

Plus bas, un peu de lumière plus claire, mouvante, et comme phosphorescente.

Perle iridescent est l’exacte teinte.

Un trait devient ocre, puis jaune indien . Irrégulier et tumultueux.

 

Voilà ce que cela donne, juste à ce moment là, de bas en haut ( mais cela ne dure que peu de temps )  : une ligne fine d’ocre jaune, une grande tâche de bleu outremer clair, tirant vers le bleu Caribe, turquoise foncé, une ligne très sombre, presque indigo, une plaque  mauve, pourpre et magenta clair, puis, en remontant, une trace cyan et bleu azur clair, éclats de blanc. Sur le côté, à droite, une masse de feuillages,  vert de cobalt foncé.

 

Les minutes passent et tout change encore : le jaune brillant s’ajoute par touches multiples, le rouge rubis et le vermillon effacent le rose et disparaissent sous des couches de bleu faïence et de bleu de cobalt, le vert des palmiers passe à l’émeraude, la crête des vagues est maintenant immaculée, la terre et le sable mêlent un ocre d’or à l’orange de quinacridone.

 

Ne subsistent au final que les  bleus d’outremer vifs, le turquoise, l’ocre et le jaune de chrome.

Eclats de couleurs fortes et de teintes « qui en ont. »

 

Un bois fouillé passe au milieu du bleu, un pêcheur traverse l’image.

 

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Le matin s’est levé sur Port Salut quand je signe le tableau, en bas, à droite.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 06:17

25 novembre 2011.

DSC07417.JPG 

Soudain, le silence dans la ville. Une rumeur, plutôt.

Plus une moto dans les rues. Ou très peu.

Le bruit des moteurs et des klaxons que je n’entends plus…

 

Les taxis sont invisibles. Se cachent. Pourtant, à cette heure, en plein midi, il n’y a pas de match de Barcelone ou du Brésil.

 

Je connais la raison : je viens d’être contrôlé au barrage, à l’entrée de la ville. On a vu les eucaplytus dans le pick up, on a demandé si j’avais des armes.

 

Ils se sont installés dans la courbe, juste au carrefour qui mêne à La Vallée.

 

Armés jusqu’aux dents. Le chef en grande tenue parade au milieu de la route.

Et tout le monde s’arrête, pour le contrôle du véhicule et des papiers.

Ils bloquent le passage avec leurs motos, leurs armes disproportionnées prêtes à servir.

 

Les unités de police ont débarqué hier  en ville. Se sont montré en parade serrée.

Et là, première grande action : contrôle des véhicules. Autos, camions, motos. Tout y passe.

 

Ceux qui ne sont pas en règle se retrouvent à pied, véhicule confisqué.

 

Du coup, les motos taxis qui ont eu l’info se font rares. Se cachent.

Il doit bien y avoir déjà trente à quarante motos confisquées près du barrage.  Un rasta vide sa voiture sous le regard mauvais d’un agent. (Je n’ai pas dit au policier de vérifier dans les dreadlocks). Et les passagers continuent à pied.

 

En convoi, la police transfère ensuite tout le monde au poste. Un défilé bien long. La ville regarde mi-amusée, mi-révoltée.

Un malin tente d’échapper par la Grand Rue. Un grand policier le poursuit sur son trial vert. Il tire, deux fois, en l’air. En plein midi, sur la Grand Rue. Panique. Stupeur. Le fuyard s’arrête aussitôt. La passagère en tremble encore.

 

Voilà un moment étonnant.

 

Sachant que la plupart des engins qui circulent ne sont pas en rêgle, ça a fait du calme dans les rues pendant quelques heures.

Mais c’est une bonne initiative. Et si on mettait un peu d’ordre dans le bordel ambiant ?

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 22:17

24 NOVEMBRE 2011 . DUREX .

 

DSC02808.JPG

Un jour, dans la localité de  Morne Karaté,  un homme a décidé de changer le monde.

 

Le sien.

 

Il était fatigué de voir le morne en face de sa maison,  vide, gris et poussiéreux. Un morne ici, c’est une montagne.

Et il était fatigué de voir la terre descendre dans les bas fonds.

 

Petit à petit, la montagne  se pelait, se râpait, devenait une planète aride. A perte de vue.

Il dit que même les arachides ne poussaient plus.

Rien. La désolation.

 

Le propriétaire de ces montagnes - car toutes les terres ici appartiennent à quelqu’un, au final – avait pris le bateau ou l’avion. Il  avait laissé au temps et aux éléments son terroir stérile.

Il se foutait pas mal du paysage créé par sa terre abandonnée. Lui, il avait Brooklyn comme horizon. Et parlait en dollars verts.

 

L’homme de Karaté  a loué, sur ses propres deniers, 18 carreaux de terre.  Une misère pour ce désert, un prix ridicule. 18 carreaux, cela fait bien environ 25 hectares.

 

Et il a planté. Avec application et frénésie. Des arbres. Des « piébwa ».

Des centaines et des centaines.

 

Il a lutté contre les bêtes, la sécheresse, les jaloux, les éléments, la misère.

 

Il a multiplié les eucalyptus (il appelle ça  des  Kaliptis), les manguiers, les chênes.

Enfin des tas de plantules. Des cèdres, des oranges.

 

Il s’est levé chaque matin pour veiller, soigner.

Il ne me l’a pas dit, mais je suis persuadé qu’il leur parlait, à ses arbres.

 

Ils ont survécu. Bien, même.

 

Comme ça poussait pas mal, il s’est dit qu’il pourrait acheter cette  terre. Pour être chez lui, maître de son destin.

Le propriétaire a dit  oui.

Ses enfants (héritiers) ont dit non. Ils ont compris la valeur de l’or vert que l’homme était en train de créer.

 

Les plantules ont poussé, poussé.

Et le désert a fait tâche. Un à plat vert émeraude dans un ensemble couleur de Sienne.

 

Il en vit bien maintenant, bien qu’il ne soit que locataire.

200 sacs de charbon l’an dernier. Un paquet d’argent. Bien gérée, sa forêt lui assure un bon revenu. Qu’il redistribue par son école, son église – il est pasteur - , ses pépinières.

 

Le charbon, dit il en riant, c’est juste les arbres qui poussent trop près des manguiers. Un résidu de débroussaillage. Il faut bien en enlever un peu. Laisser les mangos s'épanouir.

 

Il ne touche pas aux arbres maîtres, ne les coupe pas à tort et à travers. Il gère. Il organise. Il fait fructifier.

 

Des organisations viennent voir. Analysent, comparent, se disent que, quand même, il est fort le gars. Et qu’avec leurs moyens déversés depuis des années, ils auraient bien aimé afficher une telle réussite.

 

Lui, l’homme qui veut changer le monde, il les regarde passer. Avec son sourire sans dents.

 

Il avait le projet de faire de sa forêt un parc protégé, qu’on viendrait visiter comme un parc d’attraction, comme un monde perdu.

 

Mais, bon. Ce n’est pas un truc qui plaît.

 

Si tout marchait bien comme chez lui, les organisations n’auraient plus de raison d’être là, les experts cesseraient d’écrire des rapports, et les financements ne pourraient plus engraisser des colonies d’expatriés  et des caciques et administratifs  locaux avides et paresseux.

Cela semble trop simple : des semences, de la persévérance et du courage. Un truc qui remplace toutes les théories de développement intégré.  Tu plantes, tu arroses, tu surveilles… et ça marche.  Cela pousse.

J’imagine un projet écrit comme ça, sans per diem,sans 4x4, sans évaluateurs, sans sachants.Juste des graines et de la sueur.

 

S’il y avait des tas de gens comme lui, Haïti serait couvert d’arbres et les paysans pleins aux as. Insupportable pour la communauté des experts en tout.

 

L’homme s’appelle Durex, Durandis Durex. Il faudrait le cloner.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 19:56

14 Novembre 2011. Travaux.

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( 20 011 )

 

Quand on sort de l’aéroport Toussaint Louverture, en travaux, sous le bruit des marteaux piqueurs et des tractopelles,  on découvre immédiatement les grands panneaux publicitaires vantant la reconstruction du pays. Rebâtissons !

 

La nation se relève, les camions de ciment bloquent le trafic, les fabriques de blocs tournent à plein régime.

 

Des organisations internationales s’obstinent pourtant encore à transporter des chargements d’abris « provisoires » en bois de Suisse, du Québec ou d’ailleurs sur des antiques semi-remorques crachant leurs entrailles dans des nuages de fumée noire..

 

Il reste des tentes, cabanons de bâches usées et rapiécées, juste à la sortie de l’aéroport, comme pour bien montrer la situation actuelle aux arrivants. Le regard est triste et semble dire : nous sommes là, encore…

 

Les habitants, déplacés ou sans abri attendent une solution providentielle.

Un quelconque ancien président américain qui viendrait, d’un coup d’aile, leur offrir une maison tout confort dans un lotissement de rêve.

 

Clinton est passé, Carter est passé. Et sont allés inaugurer plus loin.

 

Mais le mouvement existe. Des quartiers reprennent des couleurs.

 

Le dimanche, la vie semble presque normale. Deux cyclistes montent et descendent, en tenue de course, sur leur vélo de course, la route de Jacmel. A peine suant, à peine soufflant.

 

Les plages sont vivantes. Enfin pas toutes. Il en reste une, déserte, à deux pas d’ici.

 

Des restaurants, des boulangeries, des galeries, des vendeurs de matériel ouvrent leurs portes.

 

Natcom est en rupture de clés 3G.

 

Une réplique, ce matin à Petit Goâve rappelle que le monstre ne dort pas.

 

Au Bicentenaire, les cohortes de travailleurs refont les égouts. Et sur la route de rails, le bitume a enfin remplacé les trous et la poussière.

 

 

Mais le changement se voit plus haut.

 

Pour la première fois, j’ai traversé la Place Saint Pierre à Pétionville.

Des vieux sont assis sur les bancs, des enfants font de la roue arrière sur leurs vélos, les jardins sont presque verts.

 

Pour la première fois, les tentes grises ont disparu de cette place-jardin.

 

Pour la première fois, j’ai marché près de la statue d’Alexandre Pétion, héros du pays.

 

Il ne reste que la fontaine à mettre en eau.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 06:16

8 novembre 2011. L’heure magique. 

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Pour capter le vrai sens de ce pays, il faudrait y être né.

 

Comprendre les subtilités, les nuances, les retournements, les non-dits…

Absorber les chocs quotidiens et multiples. Saisir le sens des regards plantés dans notre propre regard, ou  alors tenter de croiser les yeux détournés et fuyants.

 

Il ne suffit pas, quoiqu’on en pense, d’y avoir passé des mois, des années, à arpenter les chemins et les rues. A parler du sens de la vie, assis,  dans la fumée du charbon.

 

Il ne suffit pas de parler la même langue et de jouer sur les mêmes mots. La logique est différente. Les mots n’ont pas le même sens.

 

Même intégré, même absorbé, même entièrement coulé dans l’histoire, on est à côté, on regarde passer.

 

Pour ressentir un peu de l’âme du pays, il faut marcher à la fin de la nuit.

 

Quand le sombre est encore total, quand la centrale électrique s’est arrêtée.

Quand ne brille aucune autre lumière que celle des étoiles et des lampes à pétrôle.

 

Les chiens jappent à chaque passant, les coqs ont commencé depuis belle lurette leur concert agaçant. Les motos sont rangées.

 

Le jour se lèvera d’un coup. La nuit sera effacée en quelques secondes. Fondue, dissoute.

 

Et là, c’est la lumière qui parle.

 

Deux pêcheurs lancent leur filet. Ils regardent les poissons… Moi, je regarde la mer qui scintille comme une guirlande.

La mer est si calme que les éclats du soleil qui se lève ressemblent au  feu de diamants.

 

La Saline s’est vidée de ses canots, partis au large.

 

Quand le matin vient, l’heure est  magique.

 

Il en existe une autre, en fin de journée, quand la lumière est soudain si belle et que le monde, alentour, prend une couleur de feu.

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 22:40

24 Octobre 2011. Une journée à Baguette.

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Certains jours, il faut tout laisser, tout arrêter.

Par exemple  pour réfléchir au sens de la vie, ou à rien.

 

Le meilleur moment serait un dimanche matin, après la pluie de l’aube, le lendemain d’une secousse tellurique.

La panique est retombée maintenant. Certains ont dormi dehors. Une peur ancienne qui revient.

 

L’agitation des jours passés a laissé des traces. Mais surtout une sorte de grosse fatigue.

 

Ce dimanche, la ville est exceptionnellement calme. Les seuls autres moments où  ce même calme règne dans les rues, c’est pendant les matchs du Brésil, ou de Barcelone, quand tout le monde est collé devant les écrans des échoppes et des loteries.

 

Il faut alors s’éloigner un peu, traverser la baie, prendre le large.

Tibwa  dirige son canot pleins gaz, longe les falaises de craie, puis ralentit près d’une barque de pêcheurs.

Au fond, un homme a plongé, très loin, relié par un tube de plastique au moteur antique et poussif que transporte la barque.

Il remonte des langoustes de bonne taille.

 

Elles seront parfaites pour accompagner la réflexion, plus tard, grillées, décortiquées et plongées dans la sauce au piment.

 

Sur la plage, les pêcheurs réparent leurs filets déchirés, assis au bord des vagues.

Il faudra au moins quatre jours à Dieumaitre pour terminer son travail. Quatre jours de pêche perdus. Les pêcheurs ont des gestes de couturières.

 

La mer aussi est apaisée, calme et tranquille.

 

Tibwa s’est écarté pour boucaner les langoustes sur un feu de feuilles de cocotier.

 

 

 

La fumée pique un peu les yeux.

 

Les enfants, curieux, viennent nous parler. Espèrent peut-être quelque chose.

Les musiques sont lointaines. Pas de bruits de moteur oude klaxon. La ville est oubliée, de l’autre côté de la mer.

 

Je connais ce lieu, j’y suis déjà venu. Paix et sérénité.

 

Le dimanche défile lentement.

 

Je marche visiter les maisons détruiteS un peu plus loin.

Des ruines grises laissées par le séisme de l’an dernier. Des familles sont sous les morceaux de toiles de tentes. D’autres habitations, solides, restent droites et belles.

 

Mais la plupart ont souffert ou sont à terre. Le désastre a frappé loin.

Même sous les cocotiers de Baguette.

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 06:35

21 OCTOBRE 2011. La (vraie) Fin du Monde.

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Les lecteurs assidus se souviennent de cet article de mai 2011 : la fin du monde était  pour le 21 mai 2011.

Le grand panneau vert à l’entrée de Jacmel l’annonçait ainsi. Ce jour là, les élus devaient rejoindre le paradis.

Comme il ne s’est rien passé, ce jour là, peut être bien une crevaison ou la fin de la bouteille de gaz au moment de faire le repas, et encore, je n’en suis pas très sûr, j’avais consulté internet pour être informé.

 

Et cela disait (vous vous souvenez ?) qu’en fait, avec les décalages bibliques et historiques, je grand départ des justes vers le royaume céleste était reporté au 21  octobre.

 

Aujourd ‘hui, donc.

 

La fin du monde, la veille d’un match-finale Nouvelle Zélande- France. Indécent. Innaproprié.

 

Et les signes d’une fin de monde étaient  pourtant réels aujourd’hui :

 

Khadafi, maître du monde est mort. On dit, maintenant, que c’était un dictateur sanguinaire. Il était quoi, quand on lui faisait des ronds de jambe ? Riche, c’est ça ?

 

Sarkozy réussit à faire une fille.

 

Jacques Attali fait un article dans l’Express en survolant Haïti. Il compile les textes d’agence de presse pour dire, du haut de son nuage, qu’Haïti est un enfer. Qu’il se pose. Et qu'il vienne voir !

 

« Moun yo la »,  message  sur l’écran de mon téléphone portable pendant la séance de ciné à l’Allinace Française.

 

La pluie tombe juste à la fin des projections à L’Alliance Française.

 

La chaleur moite d’un soir de pluie  s’abat sur Jacmel, nouvelle Hollywood : le tournage de «  La Cause » continue au Dady’s Corner. Le rhum sour est trop sucré.

 

Le black out transforme Jacmel en ville obscure.

 

Donc demain sera le lendemain  de la fin du monde. On ne vit cela que très rarement…

 

Et (presque) tout sera comme avant.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 08:23

17 Octobre 2011.  « Marins perdus. »

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Accosté au wharf, il est là depuis un mois et demi.

Bateau de guerre transformé en caboteur. Silhouette noire aux formes inattendues, inusitées. 

Amarré, ligoté, presque.

Attaché à la terre. Retenu.

 

Il posait des balises et des bouées pour marquer les routes maritimes de destroyers, de porte-avions, de lance-torpilles, il y a des années.

 

Il lui reste, dans les fonds de cales, les couleurs grises d’une flotte de guerre, des peintures usées, des couchettes crasseuses de marins américains débarqués depuis longtemps .

Les coursives, les échelles, les hublots. Une cheminée massive.

La machinerie est surdimensionnée, les moteurs de secours, les supports de mitrailleuses,  l’épaisseur de la tôle …

Un vrai navire. 

Un outil de combat.

 

Il est là, dans le port de Jacmel. Incongru. Déplacé. Les amarres et les haussières commencent à s’user du balancement unique et prolongé.

 

Proue droite et ferme, poupe arrondie, douce et belle. Aguicheuse.

 

Un bateau qui reste au port est un animal blessé.

 

Wilkens, le capitaine, et les deux mécanos blancs  barbus attendent.

Comptent les jours en vidant des fioles et des bouteilles d’alcool trop fort.

Jason, l’américain, regarde son enfant métis jouer sur le pont.

Jennifer, sa trop jeune femme s’ennuie, se remaquille, sourit à peine. Et parcourt le bâtiment d’un air las.

 

La vaisselle croupit dans l’eau sale de l’évier des cuisines.

 

Les fauteuils club du carré des officiers sont défoncés et décolorés.

 

Les derniers clients n’ont pas payé le voyage.  Ils faisaient rentrer dans le pays des camions usagés, des pick up d’occasion.

Les réservoirs sont vides.

Plus de carburant.   Les moteurs sont à l’arrêt.

 

Le port devient un piège, une nasse.

Le capitaine attend l’armateur, et lui même attend les clients.

 

Tout le monde attend, et le bateau croupit. Vide et comme abandonné.

 

J’ai l’impression de retrouver le texte du roman de Jean Claude Izzo. «  Les marins perdus ». Comme à Marseille, les matelots sont à quai.

 

Et si l’attentese prolongeait ? Et si, peu à peu, le temps venait grignoter les structures, si la rouille et l’usure s’étendait ?

 Si cela devait durer…

 

Wilkens m’invite pour le prochain voyage : «  viens avec nous à Saint Martin. »

Bonne idée, capitaine.

Mais quand ? Dans une semaine, un mois, un an…

 

 

Son bateau devient décor  de film. Un quelconque activiste croupit dans une cellule.

Je deviens acteur du scénario à peine écrit.

 

On joue la scène dans la chambre froide. Moteurs éteints, au fin fond des cales,  il doit y faire 60 degrés.

 

Même immobile, même  à quai, c’était une sorte de voyage.

 

Un dimanche au bord du wharf. 

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