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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 06:49

17 mars 2012. E.D.H. ache, ache !

 

P1080254.JPG

Un matin de la semaine, le bruit des moteurs et des motos se fait discret. La route de Lamandou se vide. Plus aucun véhicule. On entend à nouveau les chiens et les coqs.

Et pourtant, c'est l'heure de pointe du matin.

Le moment où les taxis motos transportent les enfants vers les écoles. En général, ce sont des masses de deux-roues surchargés  qui slalomment entre les nids de poule et les tas de fatras.

 

Là, rien.

Il ne s'agit pourtant pas d'un nouveau jour férié.

 

Le silence s'est installé, mais une rumeur naît au lointain.

Des paroles multiples. Des rires, des bruits de voix, des sons qui gonflent.

 

Je ne suis pas seul à l'entendre. Les voisins tendent l'oreille, regardent au loin. Discutent, perplexes. Et sortent dans la rue.

 

Evidemment, ficanasse, je vais voir.

 

Le grondement enfle et approche.

 

L'énorme camion Renault kaki des forces d'interventions de la police passe en trombe, ralentit, s'arrête au carrefour tout proche.

Ils sont comme les ninjas. Casqués, ultra protégés, bouclier et matraque à la main.

Ils se déploient devant le collège...

 

La rumeur devient clameurs et cris.

 

Et apparait enfin une cohorte colorée.

Une masse compacte, serrée, interminable.

 

Colorée parce qu'ils portent leurs uniformes de collégiens, d'écoliers, d'étudiants.

Presque une parade.

Pacifique et joyeuse, en fait. Des rires. Les garçons et les filles dans la même marche. Certains se tiennent la main.

 

Une manif d'étudiant ? Je repense aux miennes : les lois oubliées par la pression de jeunes braillant, de pancartes et de slogans.

La loi Debré (qui s'en souvient ? ), la loi Devaquet ( plus oubliée encore).

Nos mai 68 à nous. Céhéresse, esse, esse...

Pourvu que mes filles ne lisent pas ça... Elles vont penser que c'est dans les gênes.

 

Là, c'est pareil, en plus exotique. Il ne manque que les bambous et les tambours.

 

Que demandent-ils ?

De meilleurs professeurs, de meilleurs programmes, des écoles reconstruites, des débouchés pour les diplômés? Des stylos, des cahiers ?

Ou bien, l'éducation numérique pour tous ?

 

Non.

Du courant, simplement. De l'électricité, de la lumière. La fin des black-out qui empoisonnent l'existence.

Un éclairage pour étudier, le soir ou surtout le matin.

Pas grand-chose.

Juste de quoi sortir du sombre.

 

J'ai souri en pensant aux lumières solaires de Schneider Electric distribuées à Lamontagne la semaine dernière. Pour permettre surtout aux enfants d'étudier dans la nuit. Mais là haut, il n'y a pas de courant du tout. Ces lumières là sont une bénédiction.

 

Et tout en fin de ce long cortège, la pancarte qui dit tout : " a ba fènwà " ("A bas les ténèbres" ... je traduis ainsi le mot "fènwà" qui veut dire littéralement " faire noir" )

 

Et la cible de cette manifestation monstre est l'EDH, l'Electricité d'Haïti qui fournit, normalement, le courant de 14h à 3h du matin.

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Published by planete-haiti
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