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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 11:24

28 avril 2011. Questions.

 

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A quelle température peut bien être  l’eau de mer quand il nous semble qu’elle est chaude quand les vagues nous fouettent la peau ?

 

Pourquoi cet ilôt, là au large,  au large est-il si peuplé, alors qu’il n’y a ni ombre ni eau ?

 

Comment font ces voiliers, si frêles, si rafistolés, avec leurs  voiles grises et noires, pour résister aux vagues ?

 

Combien de temps peut on rester suspendu ainsi, hors du temps, dans un monde si beau et si proche ? Et pourquoi toujours le chercher ailleurs, ce monde-là ?

 

Pourquoi trouver belle cette musique populiste qui tourne en boucle, lente, répétitive ?

 

Comment peut-on survivre et sourire après tant de temps passé sous les décombres ? Et parler d’avenir ?

 

Combien de fois peut-on traverser ces champs de ruines, ces quartiers détruits, ces ruisseaux de boues et d’ordures sans être soi-même atteint ?

 

Pourquoi y a t-il, justement aujourd’hui,  un ciel si étoilé, si pur et si profond ?

 

Où trouvent-ils la force de sourire, de vivre simplement, quand on serait désespéré et anéanti depuis longtemps ?

 

Faut-il vraiment répondre enfin aux questions accumulées ?

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 07:24

22 Avril 2011 . Boléro.

 

 

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Le boléro, en Haïti, est une musique douce et sentimentale.

C’est une chanson slow, souvent en français laborieux et avec des rimes approximatives où «  Heureux » va avec «  Toujour-eu ».

Des histoires d’amour qui commencent ou qui se terminent.

Souvent une tristesse infinie. Souvent des romances impossibles ou suspendues.

 

 

Des dégoulinades de cuivres et de cordes, des vocalises déchirantes.

Une danse lente et soft. Une cascade de mélodies. Des cœurs qui battent. Des vibrations, des tressaillements.

 

Septentrional, avec «  Toi et moi » par exemple,   link  et Tropicana s’en s’ont fait une spécialité.

 

Cela doit venir de temps lointains, de danses de salon de la haute société coloniale.

 

Et cela fonctionne bien, dans les bals champêtres ou les samedi soir. Entre deux « compas », la musique nationale.

 

Les jeunes gens, les lianes élancées,  les bourgeois boudinés, les filles gonflées au Maggi et au coca, tout le monde se rapproche sur les musiques de boléro. Tout le monde se colle.

Et les pieds essuient en cadence lente le sol des salles de bal.

 

Le boléro dont je parle aujourd’hui est celui de Ravel. Et me revient la chorégraphie de Béjart où Jorge Donn semble s’envoler parfois.

Une musique d’ivresse et de thèmes répétés.

 

C’est ce boléro-là qu’on jouait à l’école de musique. La fanfare suivait le chef, imposant et décidé. Cuivres forts, rythme lourd.

Belle interprétation, dans la chaleur moite d’un soir d’avril.

 

Etonnant, ces moments culturels qui se multiplient.

De la peinture, du théâtre, du cinéma, de la danse et de la musique.

Jacmel est un lieu précieux pour ça.

 

« Home » sur grand écran, « Boléro » de Ravel, Préfète Duffaut dans mon salon…

 

Haïti est décidément multiple, riche et plein de surprises.

 

Aujourd’hui, vendredi saint, les raras vont sortir, les processions se multiplier.

 

La tradition chrétienne  se mêlera aux rythmes vaudous. 

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 21:01

15 avril 2011. HOME, again.

 

 

Il y a  quelquechose de surréaliste de revoir « HOME », ici.

Le film sur les catastrophes climatiques, là juste à deux pas des vagues.

 

Jorge et Daiana ont lancé le festival du film de Jacmel. Belle idée.

 

Sur la place de l’ancienne douane, juste rénovée.

Des bancs, des fleurs. Un square agréable. Un lieu de paix juste près du port.

 

J’avais vu HOME, déjà (d’où le « again », pour les fans de Pink Floyd)

 

Mais j’étais assis dans un salon chauffé au gaz et éclairé au nucléaire.

 

Ce n’était pas le même effet. Le pôle nord qui fond, la banquise qui disparaît, avec des glaçons qui tintent dans le verre, cela faisait un tableau lointain de calamités des autres.

Oui nos villes exagèrent, nos autos polluent.

Et, évidemment, 20% de la population mondiale consomme 80 % de l’énergie.

 

Ici, dans une ville sans courant, sur le mur fissuré d’un ancien entrepôt détruit, Orion en toile de fond, le cinéma en plein air monté pour l’occasion avait de l’allure.

Un bon paquet de gens, assis par terre, découvrait l’étendue du désastre annoncé.

 

Si on ne réduit pas la consommation de tout, en 2015, ça va être dur. Pour ceux qui auront survécu.

 

Si on ne cesse pas de polluer, la nature va souffrir.

 

Au loin, vers Lamontagne, on devine la masse noire des collines déboisées.

Pas de lumières, juste quelques lueurs.

 

Le message s’adresse à d’autres.

 

On aimerait tant, ici, avoir le courant, le frigo pour glacer les gazeuses dans leurs bouteilles en plastique, la télé pour voir le malheur des autres, l’essence pour mettre dans le réservoir de la moto.

 

Les usines, les cultures industrielles, les embouteillages, les fleuves noircis de rejets…

 

La vie, là-bas, est vraiment difficile, non ?

 

PS: pas de photo, aujourd'hui. Internet est trop lent.

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 23:11

14 Avril 2011. LA RIVIERE .

 

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La rivière, à Jacmel, est un lieu de vie.

 

Une destination, une limite, un territoire, un passage, une épreuve.

 

Les cyclones successifs ont façonné un vaste lit, large et caillouteux. On a replanté sur les bancs du milieu. Bananes et pois congo.

 

Et  traverser cette rivière, pendant ces mois trop secs, était une formalité. Pour Lamontagne, la traversée est le début du voyage à l’aller, la porte sur la ville au retour.

 

 

Un cours cool, une force calme, un moment de fraicheur fugace.

 

De l’eau à peine au bord des roues, ça lave les pneus.

 

 

Tu accélères juste un peu dans le passage de l’eau pour éclabousser le dessous, laver le bas de caisse. C’est ce qu’il pense, Doudouche.

 

Je parlerai un jour de la rivière comme une déchetterie, comme une honte urbaine.

 

Mais pour l’instant, c’est du changement que je parle.

 

L’eau serpentait  donc, lente et claire.

Des mois que ça dure. Pas d’orages sur les mornes, pas de crainte à l’arrivée.

Tu passes ? Tu passes !

 

De l’eau tranquille. On y lave les vêtements, les motos et les corps. Juste au bord du soir.

 

Et puis, en ces jours de calme, quelqu’un a rassemblé des fonds, des euros français, pour canaliser le cours.

 

Tracteurs, bulls, pelles. Des tas de terre remaniés. Pas facile à comprendre, même au milieu du lit.

Des blocages, des gabions, des tracés resserrés.

On va dompter cette eau, la mener où on veut, l’empêcher d’attaquer les berges.

«  Si tu as peur, si tu vois que la berge se dérobe … »

 

Les berges vont partir, il suffirait d’une pluie.

 

Mais on canalise, on obture, on bloque, on s’acharne. Un filet d’eau qui passe outre, et la colline s’effondrera.

On dresse des monticules, des tas de pierres, on bouche, on se dit qu’il faut vaincre ce filet trompeur.

 

 

Le ciel est vide, et la saison tarde. La terre est sèche. La rivière est gentille.

 

Tout est trop simple. Le caterpillar taille, entasse, empile. (merci, empile )

 

 

Les motos traversent encore, tongs au rétro.

 

La météo s’est endormie. On peut croire au succès.

L’eau est vaincue : elle va où l’homme à voulu, elle respecte le tracé des ingénieurs, les euros français seraient donc utiles ?

 

Puis, un jour d’avril, la pluie s’annonce enfin.

Pas le jour pour parler des jardins, des paysans aux abois.

 

Juste des orages sur les hauteurs. De cette journée aux instants contradictoires.

L’orage explose et le soleil brille.

Le matin triste et sec, lourd et chaud, et le soir explosant d’éclairs et de tonnerres  multiples.

 

Il ferait presque froid.

Les mornes se colorent de lumière noire. Un bruit  de gouttes qui claquent s’approche.

 

La pluie est là, soudaine et forte, l’eau se trouve des chemins nouveaux, la rivière rassemble les cours.

 

Elle grossit, elle monte, elle va venir, elle va descendre.

 

Au départ, cela n’est qu’un peu de terre dans le courant, puis le niveau qui s’élève, la vitesse qui augmente.

La rivière devient furie. Dévale, enfonce les digues et les monticules.

Les euros se dissolvent, partent à la mer.

Le cours forcé ne résiste pas. Le canal est un souvenir.

 

Il faut voir comme elle retaille un chemin, large et boueux. Elle aurait bien emporté le Caterpillar,  s’il avait eu le culot de rester dans les parages.

 

La rivière, quand elle descend, tu la regardes de loin. Tu restes sur un côté du passage.

Tu gardes les pneus sales.

 

Et au retour, juste après la nuit, le paysage n’est plus le même.

 

La rivière a choisi de ne pas se laisser dompter.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:08

9 avril 2011. KINAM.

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Une panne de transmission me laisse en plan, en plein cœur de Port au Prince.

Doudouche est désespéré.

Le rendez vous à Pétionville, il ne faut pourtant pas que je le manque. Il me reste une demi-heure.

 

Je termine le voyage à moto. Un  vrai trip. Du bas de la ville à la Place de Pétionville, à fond les manettes, dans le trafic toujours intense, la poussière. Un peu par la droite, un peu par la gauche.

Il y a une sorte de bonheur que de monter par Canapé Vert à fond, cheveux au vent, yeux plissés, quand les voitures et les 4x4 sont à l’arrêt.

J’ai eu  juste un peu peur quand le pare-choc d’un tap-tap m’a effleuré le genou.

 

Mais j’étais là, et à l’heure.

 

En sortant,  Doudouche m’annonce que la panne est sévère.

 

Je reste à Pétionville pour la nuit. C’est la banlieue standing de Port au Prince.

 

Le point de passage entre le grouillement du bas de la ville et la verdure des villas chics, dans les hauteurs.

Une charnière entre le dur de la vie et la douceur de vivre.

 

En fin d’après midi, le ballet est intense.

 

Les berlines et les 4X4 logotées montent vers la fraicheur des  habitations de luxe.

La fin du shopping, sans doute, car c’est samedi.

Les bonnes et jardiniers redescendent vers la chaleur des quartiers d’en bas.

 

Se croisent sur la Place Saint Pierre.

 

Le colosse en treillis ajusté,  fusil à pompe en main, garde l’entrée de l’hôtel.

 

Sur la place, auprès des tentes, des gosses se baignent sur le trottoir. Les vendeurs de peintures roulent leurs centaines de toiles, qu’ils dérouleront demain.

 

La vie est trépidante, ne s’arrête jamais.

 

Les boutiques et les markets ont commencé à retirer les plaques de contreplaqué qui protégeaient les vitrines. Tout le monde était tendu, en attendant les résultats. On avait annoncé le pire. La foule allait monter pour tout  casser si les résultats des élections n’étaient pas les bons.

 

Les murs sont repeints, et les slogans des candidats commencent à disparaître.

On gratte le reste des affiches, on décolle les panneaux.

Dans quelques semaines, la vie  normale aura repris son cours. Le jaune, le rose, le vert et les autres couleurs auront passé.

 

Une rumeur avait enflé pendant les dernières semaines : les machettes se vendaient comme des petits pains dans les quincailleries, même à Port au Prince. Le peuple s’armait. Il y allait avoir du grabuge.

 

C’est peut-être bien, tout ce qui arrive. On va pouvoir récupérer ces machettes, devenues inutiles, à prix d’occasion, pour les donner aux paysans. 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 16:49

 

8 avril.  ENCHANTEUR.

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Il fallait qu’ils le fassent.

J’y avais pensé aussi.

L’article de base, où on explique qu’Haïti est un pays bizarre où on porte au pinacle un chanteur de variétés.

Un parallèle facile où on reparlerait de Reagan, Coluche, et les autres amuseurs entrés en politique.

 

Et, doctement, on annonce qu’un président-chanteur ne pourra pas gérer ce pays.

 

Et si c’était un coup de chance, un clin d’œil, une bonne idée ?

 

Plusieurs solutions étaient envisageables, comme on le lit dans les histoires politiques :

 

un nouveau  président porteur d’espoir, auteur d’un raz de marée annonçant un changement profond, salué par le monde entier et acclamé par la foule. Il y a des exemples, et on voit le résultat. Le président providentiel, Aristide, ici, Obama, ailleurs. Où sont les changements, les rêves annoncés, le progrès vers un monde plus humain ?  Pschitttt… Une baudruche de belle allure, mais qui s’est dégonflée. Et le monde est pareil, après.

Un nouveau président super-pro de la politique. Un spécialiste de tout ayant réponse à tout. Le super sachant. Renard/requin. Animal politique, ami de journalistes potiches. Et on s’aperçoit vite que rien ne change. Le chômage, le désespoir, l’absence de sens. La haine en programme. Même les chansons de sa femme transpirent l’ennui.

Un président  chef d’appareil, où les amis se partagent les postes. La continuité, qui rime avec complicité. Si tu fais ci, je te fais ça. Magouilles et tripotages. Ne pas lâcher les postes. Le récurrent ici. Tant d’années que ça dure.

 

Et là, bizarrement, voilà une lueur d’espoir. Un président chanteur. La la lère…

 

A t’il été élu seulement par les bulletins des urnes ? Le cinéma-suspens autour du résultat fait douter.

Et s’il y avait téléguidage ?

Et s’il y avait bricolage, encore ?

 

Mais ce résultat accueilli avec bonheur est peut être un signe de maturité. De soulagement, en tous cas.

 

Voilà un président qui assume son non-professionnalisme.

Il serait dans son rôle : le président en première ligne, qui attire les lumières, brûle les planches et épuise les journalistes, fixe les horizons.

Le Président serait le diplomate, chef d’orchestre.

Et se sachant amateur dans les arcanes de la chose publique, il s’entourerait d’une équipe de bons équipiers.

Contrairement à ce qu’on dit, il y a des très bons techniciens, en Haïti. Ceux qui sont là, ceux qui sont revenus pour travailler pour leur pays après le 12 janvier, ceux qui croient à autre chose que leur per-diem. Qui connaissent les atouts de ce pays. Et veulent enfin les éveiller.

Ils ne sont pas visibles, pas en première ligne. Mais travaillent, ou ont envie de travailler.

Ils se révoltent et luttent contre l’indiscipline, la corruption, la paresse. Bougent les limites.

J’en rencontre tous les jours.

Ils n’avaient pas cette couleur rose, symbole du candidat Martelly. Juste cette vraie envie de changement qu’au final il a portée.

Mais la couleur, aujourd’hui, n’importe pas.

Ce qui compte, pour eux,  c’est l’avenir de ce peuple, de ce pays enchanteur.

 

Cela ressemble à un élan, une sérénité, une envie d’avancer et de prendre en mains les destinées de leur avenir.

 

Il y a déjà des équipes qui se forment, se retroussent les manches. Des signes positifs.

Un miracle se produirait-il ? 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 16:01

 

4 avril 2011. RESULTATS.

 

En avril, cet autre événement majeur, enfin, après des mois de suspense : le 4 avril, le résultat « préliminaire » du deuxième tour des élections présidentielles sera officiellement proclamé.

 

Il y a  partout, même dans des endroits aussi improbables que le Nord de la France, des tentatives de lire l’avenir. Des sources bien informées nous annoncent le résultat à l’avance.

 

Plus que jamais, je pense que l’information est une chose trop sérieuse pour la confier à n’importe qui.

 

Ici, n’est pas comme en France, où, à 20 heures le dimanche soir du vote, on vous dévoile à coup d’infographies rose ou bleue le visage de l’élu.

 

Il y a des jours de silences, de fausses rumeurs, de coups de forces, de retournements, d’urnes baladeuses, de tractations, ici.

 

 

Il faut des bataillons de casques bleus, armés jusqu’aux yeux, pour transporter les bulletins.

 

Des procès verbaux sont revus, décortiqués, écartés. Notamment ceux où les votants dépassent les inscrits. Normal, non ?

 

Enfin donc, l’épilogue. Le pays va pouvoir avancer…

Le barbu va passer la main.

 

Des mois de lutte, de désordres. Vous souveniez vous que le premier tour était en novembre ?

 

Que les candidats se bousculaient alors au portillon ?

 

Que des millions de gourdes se sont déversées dans les rues et sur les murs ? Le pays était coloré de jaune Brésil.

 

Que les pneus ont brûlé, les pierres et les bouteilles ont volé ?

 

Campagne excessive. Résultats pitoyables ?

 

Voilà donc enfin le grand jour qui là. Sortir du chaos, ou s’y plonger à corps perdu ?

 

Restaient, au final,  deux options : l’ancêtre au look d’institutrice, et le chanteur débridé.

N° 8, ou n° 68.

Rose ou vert.

 

Je ne parle pas de politique, en général. Mais là, la journée est importante.

Il me faut donc tout raconter de cette journée capitale :

 

L’oiseau-mouche  vient de collecter le nectar des petites fleurs rouges.

Les mangos tombent sur le toit, à intervalles réguliers.

Le ciel chargé s’est dégagé, la pluie sera encore pour un autre jour.

Les jeunes cabrits sautent d’une roche à l’autre.

La mer roule très fort, donnant une couleur turquoise à l’horizon.

Les chants montent des églises. Même le lundi…

Les filles sont en grande tenue.

Les ONG sont consignées.

La poussière ne retombe pas.

Les moustiques volent en escadrille.

Les motos-taxis montent et descendent la Grand Rue.

Les marchandes d’eau glacée traversent le marché.

Les peintres étalent leurs toiles à deux pas de l’hôtel  Florita.

L’avion du lundi va atterrir à la première heure.

Les écoles ont suspendu les cours.

Un vol de pélican, vers la plage de Sable Cabaret.

Les camions de graviers traversent la ville.

La ville est calme, et la vie semble habituelle.

 

Au fait, j’ai perdu le fil.

Je parlais de quoi déjà ?

Il me semblait pourtant que c’était important. 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 09:48

1er Avril 2011.

 

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A bien y réfléchir, et en y repensant, il n’y avait pas vraiment de raisons.

Et pire, j’avais toujours dit que cela ne se passerait pas comme ça.  Que ce n’est pas mon genre. Qu’il y a des principes de base.

 

Un contresens, une hérésie, une mauvaise idée. Je n’y avais  même pensé depuis des mois, alors que c’était là, en devanture. Et pour tout dire, j’avais repris ma dose, cet hiver.

 

Je n’en avais pas besoin. Pas de manque, d’addiction, de faim non assouvie. Pas de rêve d’autres saveurs devenues lointaines.

 

Et le marché local déborde d’autres fruits, d’autres couleurs.

 

Les figues ti-malice, les fruits de la passion frais,  les chadèques énormes, les pommes-cajou un peu râpeuses, les caïmites mauves ou violet sombre, les abricots locaux, coupés en lamelles, les sapotes et sapotilles,  les cerises rouges et granuleuses, les mangos et ananas qui reviennent, les papayes rouges et sucrées, les mandarines juteuses et douces, les cachimans, les queneppes en grappe, et même, épisodiquement, les caramboles en étoiles jaunes, les goyaves au parfum subtil, les agrumes en quantité.

Tout en son temps, à sa saison,  et tout d’ici.

Local, naturel. Presque cueilli sur le pied. Le paradis des fruits. Profusion de goûts sucrés.

 

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Si encore  n’y avait eu que les corossols ou les pommes-cannelle, j’aurais eu une belle excuse. Je ne trouve pas cela très bon. Un peu écœurant.

 

Alors quelle mouche m’a piquée ? Quelle soudaine fringale ? Quel souvenir gourmand ?

Quel geste non prémédité ?  

 

Puis à force de les voir et de ne pas comprendre ce qu’elles font ici, ce qu’ils leur trouvent, j’ai craqué aussi finalement.

Mais, presqu’en cachette, un peu honteux, j’ai pris celle du dessus du panier.

 

Brillante, rouge sombre. Gorgée d’un autre soleil. Presque trop parfaite. 

 

En direct d’un jardin américain, pour alourdir l’addition, alors même que je lutte contre  la malbouffe d’ici.  Sûrement livrée par avion. Du carbone en plus. A bas les importations de nourriture ! A bas les produits étrangers !  Vive la production paysanne locale. Vive l’autosubsistance.

 

Je l’ai gardée un peu, en réserve, un jour ou deux, pour me donner une chance de changer d’avis. Pas touchée tout de suite.

 

Et puis, bon, voilà. C’était irrésistible.

 

A pleine dents, avidement et d’une seule traite.

 

J’ai mangé une pomme. Je l’ai trouvée excellente, sucrée, croquante, fraiche…

C’est mal, non ?

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 23:12

30 mars 2011. Naissance.

 

Christine est la sœur de Christian. Normal…

 

 

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A ma dernière visite, elle préparait, lavait, pliait des vêtements de bébé.

Petits ensembles d’occasion, grenouillères  venus  d’ailleurs. Bonnets, chaussettes…

 

Le ventre est bien gros. Pour bientôt.

 

Puis, vendredi,  Christian m’a parlé des douleurs de sa sœur. Ici, les douleurs de l’enfantement s’appellent : «  tranchée ».  Comme en 14 ?

Elle est allée en ville. Une heure de route cahotique et défoncée, dans la benne d’une camionnette déglinguée.

 

Pierres, poussières, chocs. La route de la maternité de l’hôpital est un chemin de croix. Sans doute pour ça qu’elles préfèrent accoucher chez elles. C’est un sale moment de moins.

 

On est en 2011. Des femmes souffrent pour faire simplement le chemin vers  la maternité.

On se rassure en disant qu’elles sont fortes et courageuses.  « Des femmes merveilleuses ! »

 Pendant ce temps, des médecins préparent leur week-end, ou  poursuivent un quelconque colloque médical dans un grand hôtel de la capitale.

Il a eu mal aux tripes, le fiston Duvalier, en allant soigner ses bobos dans la clinique du Canapé Vert ?

 

Christine est toute jeune. Sa première grossesse. Elle avait un peu peur.

Et si peu préparée.

 

Samedi, après un bon moment de souffrance, elle a eu «  les ciseaux ». Expression créole pour parler de l’épisiotomie. (si je ne fais pas d’erreur, je ne suis pas docteur, moi)

 

C’est une accumulation de douleurs : la route, les tranchées, les ciseaux, la naissance… Des vies qui commencent très fort. Sauf exception, la vie sera peine et lutte pour un bébé d’une section rurale.

 

Dimanche matin, à la première heure (6h), j’ai bien entendu vibrer le téléphone.

Mais mon programme du jour étant à l’eau à cause des troubles de Miragoane, j’avais décidé de dormir tard… Grasse matinée. Enfin !!!

 

C’était un vœu pieux, de rester au lit. (Pau, elle est pour toi, celle-ci)

 

Mais bon, trop loin le téléphone, vibrations lointaines. Pas envie de bouger. Il fait déjà si chaud.

J’ai vu, à 8 heures, les quatre appels de Christian.

 

Il m’annonce à la fois la naissance du bébé, la nuit de souffrance, et la décision de l’hôpital de donner « l’exéat. » C’est à dire : « c’est fini, rentrez chez vous, chère Christine » …

 

Je récapitule : arrivée à l’hôpital samedi matin, naissance samedi à 18h, sortie de la maternité à 7h du matin , le dimanche…

 

Alors que personne ne se bousculait à l’entrée. C’est un pur scandale. Une honte.

 

Des millions pour des projets de santé qui se déversent sur le pays, des sommes phénoménales englouties pour ce résultat : une femme rentre chez elle quelques heures à peine après avoir été charcutée pour faire le bébé.  

Il faut des sous pour  payer les 4x4 des personnels médicaux ?

 

Bref, Christian me demande une «  roue libre » pour rentrer à Lamontagne. Chez ses parents. Lieu dit : Lacroix.  (Pour Lau : et la bannière…)

Le père du bébé, Christine, Christian, Jésula ( !) l’autre sœur de Christian, le bébé, et un docteur que j’ai réquisitionné pour le voyage. Je n’y connais rien, moi, en risque post-natal. Je m’entoure des spécialistes. 

 

Et en avant. Christine souffre à nouveau. Le bébé est beau. Il est silencieux. Sait-il déjà qu’hurler ne sert à rien, ici ?

Tous serrés dans le pick-up que je ne conduis pas, d’ordinaire. Je fais la route sur des œufs. Lentement, très lentement. Rocaille après rocaille. Une heure et demi, d’une ornière à l’autre.

 

On parle de l’enfant à la naissance, des rites et coutumes, du bain à l’eau chaude, ou à l’eau froide, du cordon ombilical qui sera enterré sous un arbre, du bonnet enfoncé pour chasser les esprits rebelles, de la potion fortifiante (le lok) qui faudrait donner  ou pas, du fait que le bébé ne tête pas encore. 

Allaiter, et seulement ça, dit le docteur. Même pas d’eau, à cause du choléra.

 

Christine sourit parfois, pendant le parcours interminable.

 

Christine ne sait pas grand chose.  Comment s’occuper de cet enfant, dans les premiers jours ?

On ne leur dit rien, ou on parle  des rites , des coutumes. Comme dans tout moment de vie, la magie se mélange au quotidien.

Si l’enfant survit, tant mieux. S’il meurt, c’est Dieu qui l’a repris. Il suffit parfois de changer une coutume, une habitude ancestrale pour diminuer fortement les risques.

 

 

La maison de Lacroix. Le grand-père et la grand-mère du bébé viennent l’accueillir sur le chemin. On conduit Christine, qui marche lentement, tenue par le gentil mari. Pour une fois, ce n’est pas un vagabond parti aux premiers signes de grossesse. Il est là, attentif, impliqué. Présent.

La famille chante «  Gloire à Dieu » ou un truc du genre.

 

On parle encore un peu, et on s’éloigne, doucement.


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C’est un garçon. Il s’appellera «  Christin ».

Normal.

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 07:44

27 mars 2011. LES EAUX DE MARS.

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Avril va venir. 

 

On finit mars en attente.

La pluie, l’eau, est en retard. Les jardins ont soif.

 

Tout le monde a préparé. La terre est prête. Mais le ciel reste sec.

Les nuages, oui, il y en a. La moiteur, l’humidité, la chaleur étouffante.

 

Mais l’eau, celle qui viendra faire vivre les terres. Et nous évite, elle passe au loin.

 

Les paysans ont formé les combites, les colonnes, (travail commun) , ils se sont aidés, comme il y a longtemps.

 

Comme une danse millimétrée, ils ont creusé des sillons, formé des mottes, retourné la terre rouge. Sous le regard des femmes assises à l’ombre, préparant le repas des travailleurs.

 

Notre chance, des semences sont arrivées par tonnes.

 

Mais on supplie la pluie. Demain va être si dur qu’il ne faudrait pas que la nature s’y mette aussi. Les hommes nous promettent des jours de " krasé-brisé" ( détruire, casser ). Alors, pas la nature, non, s'il vous plaît.

 

Si tout va bien, on mettra en terre du manioc doux. Des bâtons qui sortent du sol.  Il donnera l’an prochain, en février.

Juste à côté, dans le même jardin, au pied des manioc, du maïs pour juillet. Et même encore les pois congo qui viendront en décembre si les cyclones nous les laissent. Cultures cumulatives, colocation dans les jardins.

 

Le travail du paysan est un espoir permanent.  Un pari sur les éléments. Pourvu que cela fonctionne. Tant de travail, tant de peine…

 

 

On attend les eaux de mars.

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