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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 23:12

30 mars 2011. Naissance.

 

Christine est la sœur de Christian. Normal…

 

 

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A ma dernière visite, elle préparait, lavait, pliait des vêtements de bébé.

Petits ensembles d’occasion, grenouillères  venus  d’ailleurs. Bonnets, chaussettes…

 

Le ventre est bien gros. Pour bientôt.

 

Puis, vendredi,  Christian m’a parlé des douleurs de sa sœur. Ici, les douleurs de l’enfantement s’appellent : «  tranchée ».  Comme en 14 ?

Elle est allée en ville. Une heure de route cahotique et défoncée, dans la benne d’une camionnette déglinguée.

 

Pierres, poussières, chocs. La route de la maternité de l’hôpital est un chemin de croix. Sans doute pour ça qu’elles préfèrent accoucher chez elles. C’est un sale moment de moins.

 

On est en 2011. Des femmes souffrent pour faire simplement le chemin vers  la maternité.

On se rassure en disant qu’elles sont fortes et courageuses.  « Des femmes merveilleuses ! »

 Pendant ce temps, des médecins préparent leur week-end, ou  poursuivent un quelconque colloque médical dans un grand hôtel de la capitale.

Il a eu mal aux tripes, le fiston Duvalier, en allant soigner ses bobos dans la clinique du Canapé Vert ?

 

Christine est toute jeune. Sa première grossesse. Elle avait un peu peur.

Et si peu préparée.

 

Samedi, après un bon moment de souffrance, elle a eu «  les ciseaux ». Expression créole pour parler de l’épisiotomie. (si je ne fais pas d’erreur, je ne suis pas docteur, moi)

 

C’est une accumulation de douleurs : la route, les tranchées, les ciseaux, la naissance… Des vies qui commencent très fort. Sauf exception, la vie sera peine et lutte pour un bébé d’une section rurale.

 

Dimanche matin, à la première heure (6h), j’ai bien entendu vibrer le téléphone.

Mais mon programme du jour étant à l’eau à cause des troubles de Miragoane, j’avais décidé de dormir tard… Grasse matinée. Enfin !!!

 

C’était un vœu pieux, de rester au lit. (Pau, elle est pour toi, celle-ci)

 

Mais bon, trop loin le téléphone, vibrations lointaines. Pas envie de bouger. Il fait déjà si chaud.

J’ai vu, à 8 heures, les quatre appels de Christian.

 

Il m’annonce à la fois la naissance du bébé, la nuit de souffrance, et la décision de l’hôpital de donner « l’exéat. » C’est à dire : « c’est fini, rentrez chez vous, chère Christine » …

 

Je récapitule : arrivée à l’hôpital samedi matin, naissance samedi à 18h, sortie de la maternité à 7h du matin , le dimanche…

 

Alors que personne ne se bousculait à l’entrée. C’est un pur scandale. Une honte.

 

Des millions pour des projets de santé qui se déversent sur le pays, des sommes phénoménales englouties pour ce résultat : une femme rentre chez elle quelques heures à peine après avoir été charcutée pour faire le bébé.  

Il faut des sous pour  payer les 4x4 des personnels médicaux ?

 

Bref, Christian me demande une «  roue libre » pour rentrer à Lamontagne. Chez ses parents. Lieu dit : Lacroix.  (Pour Lau : et la bannière…)

Le père du bébé, Christine, Christian, Jésula ( !) l’autre sœur de Christian, le bébé, et un docteur que j’ai réquisitionné pour le voyage. Je n’y connais rien, moi, en risque post-natal. Je m’entoure des spécialistes. 

 

Et en avant. Christine souffre à nouveau. Le bébé est beau. Il est silencieux. Sait-il déjà qu’hurler ne sert à rien, ici ?

Tous serrés dans le pick-up que je ne conduis pas, d’ordinaire. Je fais la route sur des œufs. Lentement, très lentement. Rocaille après rocaille. Une heure et demi, d’une ornière à l’autre.

 

On parle de l’enfant à la naissance, des rites et coutumes, du bain à l’eau chaude, ou à l’eau froide, du cordon ombilical qui sera enterré sous un arbre, du bonnet enfoncé pour chasser les esprits rebelles, de la potion fortifiante (le lok) qui faudrait donner  ou pas, du fait que le bébé ne tête pas encore. 

Allaiter, et seulement ça, dit le docteur. Même pas d’eau, à cause du choléra.

 

Christine sourit parfois, pendant le parcours interminable.

 

Christine ne sait pas grand chose.  Comment s’occuper de cet enfant, dans les premiers jours ?

On ne leur dit rien, ou on parle  des rites , des coutumes. Comme dans tout moment de vie, la magie se mélange au quotidien.

Si l’enfant survit, tant mieux. S’il meurt, c’est Dieu qui l’a repris. Il suffit parfois de changer une coutume, une habitude ancestrale pour diminuer fortement les risques.

 

 

La maison de Lacroix. Le grand-père et la grand-mère du bébé viennent l’accueillir sur le chemin. On conduit Christine, qui marche lentement, tenue par le gentil mari. Pour une fois, ce n’est pas un vagabond parti aux premiers signes de grossesse. Il est là, attentif, impliqué. Présent.

La famille chante «  Gloire à Dieu » ou un truc du genre.

 

On parle encore un peu, et on s’éloigne, doucement.


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C’est un garçon. Il s’appellera «  Christin ».

Normal.

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 07:44

27 mars 2011. LES EAUX DE MARS.

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Avril va venir. 

 

On finit mars en attente.

La pluie, l’eau, est en retard. Les jardins ont soif.

 

Tout le monde a préparé. La terre est prête. Mais le ciel reste sec.

Les nuages, oui, il y en a. La moiteur, l’humidité, la chaleur étouffante.

 

Mais l’eau, celle qui viendra faire vivre les terres. Et nous évite, elle passe au loin.

 

Les paysans ont formé les combites, les colonnes, (travail commun) , ils se sont aidés, comme il y a longtemps.

 

Comme une danse millimétrée, ils ont creusé des sillons, formé des mottes, retourné la terre rouge. Sous le regard des femmes assises à l’ombre, préparant le repas des travailleurs.

 

Notre chance, des semences sont arrivées par tonnes.

 

Mais on supplie la pluie. Demain va être si dur qu’il ne faudrait pas que la nature s’y mette aussi. Les hommes nous promettent des jours de " krasé-brisé" ( détruire, casser ). Alors, pas la nature, non, s'il vous plaît.

 

Si tout va bien, on mettra en terre du manioc doux. Des bâtons qui sortent du sol.  Il donnera l’an prochain, en février.

Juste à côté, dans le même jardin, au pied des manioc, du maïs pour juillet. Et même encore les pois congo qui viendront en décembre si les cyclones nous les laissent. Cultures cumulatives, colocation dans les jardins.

 

Le travail du paysan est un espoir permanent.  Un pari sur les éléments. Pourvu que cela fonctionne. Tant de travail, tant de peine…

 

 

On attend les eaux de mars.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 18:45

28 mars 2011.

 

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Laurence  Guenoun Trivulce . Jacmel . Mars 2011.

 

L'avantage avec des gens passionnés et créatifs, c'est que cela explose très vite, que cela fourmille d'idées, de récits , de photos.


Tout à dire, et  le dire bien. Tout à partager, et tout montrer bien.

 

Donc, je laisse Laurence raconter son voyage :

 

- Un montage d'images prises sur le vif, dont certaines à l'arrière du pick up, dans la poussière du chemin. ( cliquer link )

link

 

- Un article passionnant dans Voldemag

 

link

 

Savourez : c'est tout simplement beau.

 

Merci Laurence

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 23:54

21 mars 2011. Le coup de lune.

 

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Sur la plage de Jacmel, depuis plusieurs jours, les «  journées de la vie ». Des masses considérables, assemblées par l’officine d’une quelconque église, chantent l’amour, Dieu, la vie éternelle.

 

Espérez, vous êtes filmés.

 

Et des chants qui fusent. Des bras qui ondulent.

Avec une loterie entre deux cantiques.

On gagne, on perd ?

Puis on regagne sa tente, l’esprit émerveillé de cette vie éternelle qu’on aura, après. Bien après.

 

Plus à l’est, au bord de l’horizon, un cercle de lune naissante, énorme, inhabituelle, anormale. Douce.


Vérification faite, pour cette nuit là, c’est un record inégalé. La lune n’a jamais été aussi visible, large, rayonnante depuis 18 ans. Elle lance des ondes.

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Pas étonnant… Il y a des effets secondaires.

 

Ils ont pris un coup de lune, là, tous.

 

Ou bien, c’est l’équinoxe ? Mais c’est quoi, tout ce calme ?

 

La ville est vide. Les ONG sont cantonnées. Les ambassades ont consigné leurs ressortissants. ( n’oubliez pas les réserves d’eau, au cas où)

Et s’il y avait encore des troubles ?

 

Pour les gens qui viennent de loin, il faut se protéger des troubles.

 

Du coup, les Jacméliens profitent de la fraicheur du soir pour s’envoyer une Prestige à la terrasse d’un bar. Les policiers se posent et partagent un riz/poulet. La musique est trop forte.

 

Le pays va voter, et on craint des mouvements…Et si les schémas prévus explosaient ? Troubles ?

Mais lesquels ? La nuit avant la pleine lune, des musiques se mélangent.


Et les mangos tombent sur les tôles.

 

 

Dehors la ville est calme, ce dimanche. Les gens se pressent, les lignes s’allongent.

La mère du gamin qui va voter. Il est mort de rire : mamie est allée pour la première fois de sa vie au bureau de vote. Il faut choisir «  Têt Calée » , lui a t’on dit.

Elle ne sait pas qui il est, ce qu’il propose, mais pour elle, c’est «  Têt calée » ( tête chauve)

 

Pas d’odeurs de pneus qui brûlent. Pas de roches sur la route de Ti mouillage.

La plage est vide. Les gens marchent le long des routes.

 

Un coup de lune, je vous dit.

 

Phénomène proche du paranormal.

 

Ordre, discipline, là où novembre n’était que fraude et désordres.

 

Gary ( Victor) le dit bien. L’élection qui vient de  se faire est l’ultime moyen pour se débarrasser de l’ancien monde. Tant pis pour ce qui vient, dont on ne connaît qu’une couleur ( rose) et quelques chansons.

 

Mais les masses sont fatiguées et visent le changement. N’importe lequel.

 

Sortir les épouvantails du passé, les visionnaires à vue qui baissent, le diplômé en zoulou.

 

Prendre les ciseaux pour couper le fil.

 

Comme disent les anglophones, «  élékéképépé ». ( expression créole de Brooklin)

 

Les journalistes doivent s’emmerder dans les hôtels. Pas de barricades, pas de tirs. Quand je pense au prix qu’ils ont dû payer pour être là … Au moins le prix d’une maison chacun…

 

Vers le soir, seuls les vols de pélicans viennent occuper le ciel. Et les lumières s’éteignent.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 23:28

15 mars 2011. La Photographe.

 

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Haïti est une scène en perpétuel mouvement.

Un photographe qui viendrait ici  une semaine pourrait se croire à l’étroit dans un si petit village d’une si petite partie d’île.

Enfin, il pourrait penser ça avant de venir.

 

Les photo-reporters, avec leur matériel qui pèse des tonnes ont besoin d’espaces, d’horizon dégagés, de grandes ouvertures.

 

Venir à Lamontagne pour mettre en boîte un projet de maisons toutes pareilles dans un village lointain victime d’un séisme, avant de venir, ça doit sonner comme une punition.

 

Laurence est venue pour capter et montrer ce travail que nous faisons avec les paysans.

 

J’imagine ce qui se passait dans sa tête avant de quitter Paris ; ça pouvait être  : « des photos, là-bas ? Mais y a rien… Et puis c’est dangereux, ces séismes, ces cyclones, ce choléra… 

Les bêtes, la saleté, la poussière.

Tout ça va faire misérabiliste, non ? 

Photographier la misère et la faim… bof. »

 

Elle a dû venir debout sur les freins.

 

Et elle est arrivée. Haïti, Port au Prince le soir, Jacmel, la nuit.

Je suis sûr aussi que la première nuit a dû la conforter dans sa position.

Imaginez, un photographe qui traverse, pour la première fois un pays la nuit. Totale frustration.

Elle a bien essayé des scènes nocturnes, le premier soir en sortant de l’avion ; ouverture maximum. Ajouter de l’Iso, pousser sur la saturation.

 

J’essayais bien d’expliquer. Ici un quartier chaud, ici la mer, ici les montagnes pelées… Mais la nuit, tout est pareil. Tout est noir.

 

Je suis certain que la photographe a été déçue du premier abord : extérieur, nuit.

 

Et le lendemain, fi des décalages et des heures de vol, le matin éclate, la lumière explose, les images feud’artificent.

 

Le Canon commence à chauffer. Kalachnikov.

 

Haïti est une torture pour le photographe. Et ses voisins. « Schlasch, schlasch…. »

 

Tu cadres une image, tu fixes une scène et, en même temps, mille autres choses ont échappé à ton déclic.

 

Il faudrait avoir des objectifs multiples, des cellules à la place des yeux, des capteurs multidirectionnels.

 

Haïti est un paysage ultraphotogénique.

Tout y est beau. Même- j’entends déjà les commentaires- la misère sale et noire des faubourgs de Port au Prince.

 

On y trouve toujours ce qui éclaire le moment.

 

La fille sublime aux souliers vernis du blog d’Herman (voir liens : Débris d’Haïti), la fleur qui pousse dans la gouttière percée, le diamant dans la boue.

 

Photographe ici, c’est une punition, une calamité, une frustration permanente. Quand tu prends une photo, tu pourrais en faire dix.

 

Des milliers d’images faites. Pour des millions d’images qui restent à faire.

 

Mais, elle a aimé, je crois, Laurence.

 

Elle a vu la vie qui explose de partout.
Le regard des enfants. Cette fabuleuse beauté des enfants.

 

Elle a vu l’âpreté, l’aride de ces vies. Et l’explosion de vitalité, partout.

 

Elle a capté les mouvements, les visages, les couleurs.

 

« Schlasch, schlasch…. »

 

Vendredi , de Jacmel à Lamontagne : Quatre heures.

Parce qu’à chaque mètre, à chaque virage, à chaque endroit une image se présentait.

 

Les gens, la mer, la terre,  les arbres, les femmes…

 

Des gigas et des tétras de pixels empilés. Des films, des tableaux…

 

Moi je suis sûr que Laurence, en rentrant, aura une tendinite du doigt qui déclenche. Trop à voir, trop à faire voir.

Mais elle aura aimé Haïti.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 22:54

12 mars 2011. Tremblements.

 

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Des jours où la vie revient.

 

Des arbres plantés, de la terre qu’on travaille, qu’on prépare et qu’on retourne. La pluie vient.

Des paysans pleins d’espoir. Des  grains, des semences. De la vie qui va jaillir.

 

Un lopin, un morceau de jardin. On parle, on rit, sur le bord du chemin.

 

Des arbres sortis de la pépinière. Des fruits qui vont éclater de santé dans quelques mois.

 

Des fêtes. Des musiques. Des défilés, des bandes.

 

Et juste au bord de la joie, un cortège d’hommes qui marchent depuis des heures, qui vont encore marcher des heures.

 

S’approchent, dignement et passent, là, juste devant nous. A peine un regard.

 

Disparaissent.

 

Et la joie s’effondre, la joie s’éteint. Les paroles s’arrêtent.

 

La terre peut bien s’éveiller, les racines, les feuilles, les fruits futurs… Tout cet avenir pour lequel on travaille s’efface d’un coup.

 

Les hommes passent. Viennent de la ville au loin. Vont dans un village au bord de la côte, au loin aussi.

 

Ils transportent le corps d’un enfant, mort à la ville.

 

Enveloppé de draps blancs, et le petit cercueil, que porte un autre homme, derrière, pour ce dernier voyage.

 

Plus rien d’autre n’existe.

 

Un enfant est mort.

 

Et rentre, au plus loin de Lamontagne, allongé dans les bras de celui qui conduit ce cortège de quelques hommes.

 

C’est le temps du silence. Et des tremblements.

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 20:58

7 mars 2011. Journée Mondiale.

 

 

 

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L’hiver n’en finit pas.

 

Il pleut sur la Provence et la Côte d’Azur. Il fait à peine 1° à Paris.  6 ou 7° à Marseille.

 

C’est gris. Cela pourrait peut être se dégager vers midi dans le Sud.

 

Mais que c’est long, cet hiver qui se prolonge.

 

Le printemps semble une idée lointaine.

 

Alors, pour sortir du froid et de la grisaille, pour voyager sans bouger, je viens de créer la «  Journée Mondiale Tropicale ».

 

J’ai vérifié : il n’y a rien de prévu. Ce sera pour aujourd'hui,  lundi. 7 mars.

 

Le 6, il y a : Journée Internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants

 

Le 8, est prévue  La journée Mondiale de la Femme

 

Donc, pour le 7 mars , c’est bien : «  LA JOURNEE MONDIALE TROPICALE ».


Je trouve que cela sonne bien. Même sur la Riviera, on en rêve. Alors, que dire du find fond du Nord…

 

 


Pour certains, ici, par exemple, cette journée, ce sera simple : on se lève le matin, il fait beau, et tout est pareil.

 

Il y aura du soleil, des coqs très tôt le matin, des bruits de moto vers 6 heures, des gens qui marchent dans les rues, les ombres qui raccourcissent vers midi, les moteurs des ventilateurs, de la poussière, des vendeuses d’eau glacée, des milliers de gens vendant trois bricoles au marché, des pousseurs de brouettes.


Au bout de la rue, les marchands de tableaux déballeront le matin et remballeront les soir.

Exceptionnellement, les enfants n’iront pas à l’école. Il suffit de placer la journée mondiale la veille du mardi gras, et c’est automatiquement chômé !!

Et en plus, comme c'est un lundi, cela fera un week-end prolongé automatique, dans les villes où le mardi gras est chômé ( Nice, Rio,Venise,  Jacmel,...)

 

 

Il y aura des camions, des picks-ups, dans les rues, mais pas trop. Les bureaux seront fermés. J'irai à Lamontagne, pour relancer le reboisement d'arbres tropicaux.

 

L’électricité sera encore suspendue et peut être, pour ce jour de fête, rétablie vers midi. Mais ce n’est pas sûr.

 

Quelques touristes ou humanitaires en relâche iront manger chez Maud du cabrit ou du poulet, en regardant les bouteilles plastiques rouler dans les vagues.

 

Les mangues vertes tomberont sur les tôles du toit.

 

Pas de pluie, pas encore. Juste la moiteur de la saison qui approche. Les grosses pluies seront pour mi-avril.

Les moustiques se multiplieront et sortiront en fin d’après midi.

 

Les pêcheurs passeront les vagues du bord de rivage et rentreront les filets. Pour une fois , ils ramèneront quelques belles prises.

 

Les taxi-moto poursuivront leur ballet jusqu’en début de nuit. Et bien au-delà.

 

Les camions de fatras  ne sortiront pas  vider les ordures dans la rivière, c’est congé.

 

Les dominicains dans leurs engins continueront à creuser des tranchées pour canaliser la rivière, à la sortie de la ville. Ils doivent être payés au m3 de cailloux déplacés. Donc, eux sont au travail.

 

Au Florita, Alexandra attendra les clients au bar en faisant les comptes de la veille, et des mots mélés.

 

Les gamins joueront leur éternelle partie de foot ball devant « Lacou Nouyok » ( La cour New York) , les paillottes de bout de la plage. Dans un nuage de poussière.

 

Les affiches des candidats changeront la couleur des murs : le jaune est passé. Maintenant, le rose fuschia est partout.

 

Les musiques se succèderont : d’abord les chants des évangélistes, puis les troubadours du Florita, ensuite les bandes carnavalesques pour un denier réglage avant mardi gras, et enfin les sonos de bal du Yaquimo jusqu'au milieu de la nuit.

 

On entendra un peu le bruit des vagues, les feuilles de palmier qui se frottent, les étoiles brilleront très fort.

 

Une belle journée mondiale, en somme.

 

 

Pour les autres, il faudra quelques accessoires pour bien vivre cette journée.

On ne passe pas d’un coup de 1 à 26 ° .

 

Donc je propose, pour ceux qui sont concernés ( Lille, Paris, Jarna, Marseille, et ailleurs)  :

 

- n’allez pas travailler, il faut se reposer, ce jour là

- poussez le chauffage à fond, vers 26 ou 27, et ouvrez la porte du frigo pour faire climatiseur

- mettez le dernier CD de Lavilliers, « Causes perdues et musiques Tropicales », par exemple

     " Cafard " .    Kassav peut faire l’affaire, ou Beethova Obas. 

- sortez les tongs du placard et le paréo

- offrez vous une caïpirina ou un mojito, bien tassé, vers midi

- une longue sieste, dans un hamac si possible, à cause du bien tassé,

- allumez toutes les lumières pour remplacer le soleil,

-  accrochez des tableaux naïfs Haïtiens sur les murs,

- installez-vous dans une chaise longue en sortant du hamac, regardez le plafond, ne faites rien, rêvez.

 

C’est bien, une journée mondiale comme ça, non ?

Bon, c'est pas tout ça, moi je vais travailler.

 

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 08:34

 

3 mars 2011. LES APPELS DU DIABLE.

 

 

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Les forces du mal, Lucifer, le démon,  se réveillent.

 

Le diable fait partie du quotidien. C’est un compagnon de toutes les vies, de tous les jours.

 

Ici, il participe à la vie quotidienne.

 

Les plus futés s’en cachent. Certains s’adonnent à des pratiques qu’on appelle religieuses pour tenter d’être épargnés. D’où les célébrations,  réunions, incantations, églises, chapelles et business céleste multiples.

Les malchanceux en sont victimes.

Les cupides pactisent avec le chef des armées du mal et s’enrichissent à coup de contreparties inavouables.

 

Car le diable peut changer des vies, enrichir, transformer ; mais à condition de lui rendre ce qu’il a donné. Il faut payer.

 

Il est gourmand, le diable. Il a parfois besoin de sacrifices ultimes pour continuer son action et poursuivre son accord.

 

Après les malheurs multiples, les accidents telluriques, les maladies importées,  voilà l’arrivée soudaine et massive d’une nouvelle épidémie dans la ville.

 

Les appels du diable.  (Il faudrait ici une musique diabolique)

 

Et ce ne sont pas des voix, ou des hallucinations, ou des cauchemars.  Ce sont de vrais appels.

 

Le diable suit les modes technologiques. Comme les candidats aux élections qui nous inondent de coups de fils automatiques.

 

La grande affaire, en ce moment, et tous ceux que j’ai rencontré aujourd’hui en parlent : il appelle sur les portables.

 

Et le pauvre abonné, non informé, décroche et entend un discours menaçant :

 

«  je t’attends au cimetière… »

ou

«  c’est ton dernier jour… »

 

C’est incroyable comment s’est développée cette nouveauté.

 

Pas plus tard que ce midi, un pauvre gars qui venait de décrocher, a entendu quelqu’un lui donner rendez-vous au cimetière. Il est resté saisi et prostré après avoir envoyé son portable au sol. Il est persuadé maintenant que sa dernière heure est proche.

 

Les numéros de ce type d’appel ne sont pas cachés.  Ce n’est même pas un numéro inconnu : des chiffres s’affichent.

 

Doudouche a déjà une liste de 4 numéros qu’il ne faut surtout  pas prendre.

Chacun scrute maintenant l’écran avant de répondre à un appel.

 

Ridicule et incroyable, non ? Ou alors, un plaisantin ?

 

Mais tout le monde y croit dur comme fer.

 

J’ai eu un appel tout à l’heure, d’un numéro que je n’ai pas en mémoire dans le mobile.

 

Il se terminait par 66. ( Voir Apocalypse, Chap. 13, verset 18 )

 

Je n’ai pas décroché.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 20:24

28 février 2011.  Paul est tombé, raide.

 

En ville, on a fêté le carnaval, assez tard.

Les masques ont défilé l’après midi.

Puis sont venues les bandes à pied. Des trompes, des tambours, et des gens qui suivent.

Enfin, bien tard, les chars des sponsors ont démarré, avec des orchestres de bon niveau.

« Carimi », a fait son show.

Mais la foule, la vraie foule, le peuple en folie a suivi « Kréol la ».

Les danseurs se sont déchainés.

Puis, vers 11h, en « début » de nuit, la pluie est tombée.

Drue. Forte et soudaine.

 

Résultat, les chars ont plié les sonos, et tout le monde est rentré.

Entre la pluie et la police, il n’y a pas eu de grave problème en fin de cortège.

 

Ouf !!

 

Maintenant, il faut se préparer aux trois jours gras : dimanche, lundi, mardi gras  à remettre ça.

 

 

Défilés, festivités. La vie va encore être suspendue aux sonos et aux défilés.

 

Débordé !!!

 

 

Aujourd’hui, à Lamontagne, on parlait plutôt de la mort.

 

Depuis plusieurs jours, des cortèges de gens venus de partout montent pour enterrer des morts. Des vieux, des moins vieux.

Comme pour Tifi, on vient de partout, de l’autre bord ( Lot bo d’lo , comme on dit pour parler de l’étranger, textuellement, l’autre bord de l’eau )

 

Colin, Lacroix, Bellevue, les décès se multiplient.

 

Romuald, dans son costume noir me parlait des enterrements où il allait, de l’un à l’autre …

 

Aujourd’hui, une dame issue de Lamontagne qui vit depuis pas mal de temps à Port au Prince. Grosse commerçante, grande famille. Elle s’est fait assassiner en ville, en allant porter sa recette à la banque.

 

Les gens important sont venus, au regard du nombre de 4X4 croisés sur le chemin vers Lamontagne.

 

On parlait donc, quand un cri a jailli : « Paul est tombé, Paul est tombé. »

 

Paul est un de nos paysans. Un pilier d’Opadel. Le père de Guy. Un élément essentiel de la communauté.

Un de ces paysans qui ne payent pas de mine. Mais toujours présent, toujours vaillant à aider le groupe et le village.

 

Et dès le cri, tout le monde fonce, court, va voir. Je cours aussi.

 

Paul est là bas, plus loin au pied d’un grand arbre. Il est tombé. Raide. AVS ? Infractus ? Je n’y connais rien. Il est complètement tétanisé. Les gens se pressent. Il bouge les yeux. Les paupières. Seulement les paupières. C’est impressionnant. Je ne sais que faire.

 

Le laisser, le bouger ?

 

 

On l’emporte chez lui. Tout le groupe suit, l’entoure.

 

Et puis ça s’organise.

On l’allonge, on le secoue un peu, on lui parle. «  Reviens Paul, T’en vas pas. Mon dieu, fais le revenir ; c’est nous, Paul… »

 

Et le bizarre se mêle à l’étrange. Christian coupe un peu de cheveux, les mêle à du coton, met le feu à l’ensemble et fait respirer la fumée à Paul. Une secousse, les bras bougent en saccade. Il ne supporte pas l’odeur. Christian insiste. On sort les sels, les tisanes, on frotte les pieds.

Madame Paul est plus loin.

 

Que fait-on ?

Certains disent :   « vite, l’hôpital, » d’autres, « vite le docteur vaudou… »

 

 

On n’ose pas me demander.

Je leur dit : on va où vous voulez. Je suis prêt à l’emmener.  Où ils veulent.

L’hôpital ou le hougan.

Je ne suis pas curé breton, et je ne vais pas choisir pour eux.

 

Paul revient peu à peu à la vie. Christian, à qui j’ai posé la question ne sait pas pourquoi. Mais il me dit que ça marche à chaque fois : quand  quelqu’un perd connaissance, on coupe une mèche  de cheveux sur le somment du crâne, on mêle ça à du coton, on y met le feu et on fait respirer la fumée qui se dégage. Il parâit que c’est radical. L’odeur est tellement irritante que l’évanoui se réveille.

 

Et Paul se réveille. Il est sonné, quand même.  On l’assoie, on le lave, on l’habille. Direction, pour un premier temps, l’hôpital.

 

 

P’tit père , dans la voiture, secoué… mais réveillé. Il délire, compte sur ses doigts. Quoi ?

 

Le médecin diagnostique une tension très forte. Paul est vivant, mais bien atteint. Sonné.

On lui a donné des médicaments pour faire chuter le pic de tension.

 

Mais je ne suis pas certain que ça ne finisse pas chez le docteur vaudou. Je les entendais peser les chances de la médecine et de la magie, spéculer sur la provenance du mal, de la tension ou un mauvais « air » qu’il aurait pris cette nuit en allant voir pourquoi son cochon criait…

 

Je saurai demain.

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 21:09

 

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