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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 15:06

A, comme aube.

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2 février 2014

 

L'aube, à Jacmel, est magique. Comme sans doute partout ailleurs en Haïti.

 

Juste avant que le soleil n'apparaisse,  douvanjou, avanjou, quand seules les premières lueurs éclairent un coin du ciel.

 

L'aube en ville est différente.

 

Quand les coqs suiveurs répondent au premier levé pour engager leur chorus.

 

Quand les premières motos-taxis commencent leur maraude, chargeant les marchandes, leurs sacs et leurs cartons, et transportant les enfants encore engourdis vers les écoles matinales. Têtes couvertes de rubans et de barettes, dodelinant au rythme des nids de poules.

 

L'écume commence à rosir sur la frange des vagues. Et le bord de l'horizon s'allume.

 

Au loin la montagne se teinte d'orange clair.

 

Sur la plage, le long du nouveau boulevard Pétion Bolivar, lui même décoré de teintes solaires, les sportifs courent, s'étirent.

 

Les plus épais, marchent pour tenter d'éliminer les traces du griot de la veille, du poulet importé, gorgé de graisses et d'hormones.

Mais, vu leurs formes largement rebondies, et la lenteur du pas, cela demanderait des heures et des kilomètres de marche.

Pour eux, cela se finira, comme pour les autres : ils feront " coeur" ou " sucre". (Kè, suc) des mots qui décrivent bien les maladies qui les attendent, et qui font largement plus de victimes que le choléra. Des trucs inconnus il y a quelques années, avant que la bouffe importée, emballée  et facile n'envahisse le marché.

 

Des élèves s'installent sur les parapets, pour réviser une dernière fois, l'histoire glorieuse de l'indépendance ou les autres leçons mille fois répétées.

 

Dans  la rue, les chiens qui ont jappé toute la nuit vont se coucher, en attendant la nuit prochaine.

 

Des odeurs de café s'échappent des cuisines.

 

Et les jeunes filles, "restaveks" ou non commencent à jeter de l'eau sur les seuils et devant les maisons. Balayent  les cours et les caniveaux. Effacent les traces des esprits mauvais qui se sont sans doute attardés pendant les heures sombres. Laver l'entrée, avant de commencer la journée.

 

L'aube est magique, parce qu'elle est fugace. Le jour se lève d'un coup, sans tarder, sans se prélasser.

L'instant est éphémère, et très vite le soleil efface les dernières traces de la nuit, sans traîner.

 

Ce qui fait qu'à 7 heures du matin, c'est grand jour, tout fourmille, bouge, crie, chahute; les radios braillent, les motos klaxonnent, les passants s'interpellent :

"comment a été la nuit ?". "Bien" ou encore " pas trop mal" répondent ceux qu'on questionne.

Les autres, de toutes façons, ne sont pas là pour répondre.

 

L'horizon a déjà effacé le rose, l'orange bleuté, le vermillon, pour passer au bleu vif.

Jusqu'à ce soir, fin de journée, " lanjélis", ( angélus) quand le bleu "digo" ( indigo) se diluera dans l'ocre et le feu du soleil couchant.

 

 

* Les mots créoles sont en italique. 

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 15:32

L'école déboise.

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18 Octobre 2013.

 

L'école a repris.

Avec du retard, certes, mais c'est reparti. Les colonnes d'enfants en uniforme de toutes les couleurs, qui marchent ou se pressent dès l'aube.

Les taxis moto ont repris leur manège aux premières heures du jour. Les klaxons du matin.

Et vers midi, les rues de Jacmel sont envahies des élèves du matin qui finissent leur vacation  et de ceux de l'après midi qui la commencent.

 

En catastrophe, comme tous les ans, il a fallu acheter les cahiers et les plumes (stylos), des cartables et des sacs, des souliers, des noeuds et des barettes.

 

Les livres, des listes et des listes.

 

Il a fallu faire les uniformes. Parfois, le modèle ou la couleur a changé. Impossible de recycler ceux de l'an dernier. Il doit y avoir un lobby des tailleurs. Ou une ristourne pour les directeurs d'école.

 

Payer les frais de scolarité. Car la fameuse école gratuite n'est pas encore généralisée.

 

Trouver les boîtes, les igloo (thermos) pour le repas du midi. Car toutes les écoles n'ont pas de cantines et les enfants doivent apporter leur repas.

 

Souvent, pour les paysans de Lamontagne, il faut aussi trouver de quoi loger les enfants qu'on envoie à l'école en ville. Bientôt, il y aura un nouveau lycée sur place, mais ce n'est pas encore tout à fait fini.

 

Bref, trouver l'argent de tout ça en peu de temps, car les réserves pécunières des paysans sont inexistantes.

 

Alors voilà.

 

Le moyen habituel est de faire du charbon de bois, couper quelques arbres de plus, vendre les sacs recyclés pour transporter le combustible.

 

La rentrée des classes est le pire moment pour les arbres. Et le déboisement redouble à ce moment.

 

On fait quoi ? On a une autre solution?

 

On ne peut quand même pas supprimer l'école pour sauver les arbres d'Haïti...

 

Ou bien reboiser encore plus vite.

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 19:27

17 OCTOBRE 2013

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JOSEPHINE,

 

17 OCTOBRE 2013

 

Elle était allée dans un centre de santé, dans un quartier de Port au Prince, pour faire vacciner son bébé d'un mois. Elle en revenait, en fin d'après midi.

Et c'est à ce moment que la terre a bougé.

 

Evidemment, comme tout le monde, elle n'a pas compris ce qui se passait.

 

Les murs des maisons bougeaient, tombaient. Elle était dans la rue. Une chance sans doute.

 

Depuis quelques années, elle vivait avec Thomas , son mari. Elle travaillait dans une factory, lui était plombier.

 

Tout s'est arrêté.

 

C'est en arrivant chez elle qu'elle a mesuré sa chance. La construction de béton où elle habitait faisait un tas de ruines, le premier étage ratatiné sur le rez de chaussée.

 

Des blessés, des morts...

 

Elle a ramassé quelques bricoles, et est revenue vivre chez sa mère, à Lamontagne.

 

Avec Thomas, ils ont cherché, cherché longtemps pour reconstruire quelquechose.

 

Ils ont eu, enfin, la possibilité en 2013.

 

Une des maisons de PU, en gabions.

 

Et aujourd'hui, c'est fait. Ils y sont.

 

Le bébé a trois ans et demi.

 

Joséphine et Thomas ont triballé des roches, du sable, empilé les pierres. La maison est belle .

 

Et ils sont fiers de recevoir leur famille, venus de Port au Prince, pour profiter du bon air de Lamontagne.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 22:31

Un verre d'eau fraîche. 14 Octobre 2013.

 

Dans un titre comme celui-là, chaque mot compte.

 

L'eau dont il est question doit  être potable et refroidie pour faire de sa dégustation un moment agréable destiné à combattre la soif et la chaleur.

 

Dans des endroits du bout du monde, comme l'Europe, la France, l'affaire est vite réglée : on tourne le robinet, on remplit le verre, on boit. Voilà. Quelques secondes, et c'est réglé.

 

Et boire un verre d'eau fraîche, dans ces conditions,  est plus ou moins la norme; et cela se fait sans y penser.

 

Ici, boire de l'eau fraîche est presque une aventure.

 

Le contexte normal, c'est que l'eau issue des robinets, pour les urbains, ou des fontaines (sources, ruisseaux, mares, flaques) quand on vit en zone rurale, n'est pas potable.

Souillée, mélangée de diverses matières, salie...

La vitesse de développement du choléra est bien sûr la preuve du risque.

 

 

Donc prenons le meilleur des cas : comment s'offrir un verre d'eau fraîche quand on habite en ville et qu'on est équipé de tout ce qu'il faut.

 

Le réseau d'eau envoie, par moments, un filet d'eau qu'il faut recueillir dans un réservoir enterré dans la cour. S'il n'y a pas de coupure, de casse, de cessation de service, on remplit le réservoir. Sinon, il faut commander un camion d'eau.

 

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Et on récupère ainsi, quand tout va bien, le précieux liquide, un peu trouble car les tuyaux sont un peu poreux.

 

Puis, il faut envoyer l'eau dans le réservoir placé sur le toit, en hauteur. Ces citernes s'appellent des " Chatodo". Pour cela, il faut attendre qu'il y ait du courant, faire monter l'eau. Contrôler la pompe, les vannes, les tuyaux.

 

Puis la traiter ou la filtrer.

 

Ou alors, acheter des bidons (gallons) d'eau pré filtrée par une officine spécialisée en osmose inverse.

 

Et cette eau, on peut enfin la rafraîchir au frigo, quand il y a du courant.

 

C'est donc une occupation récurrente, chronophage, et il ne faut pas se louper.

 

Je pensais aux heures passées, rien que pour cette occupation.

 

Peut-être cela sera bientôt un souvenir.

 

De grands travaux ont commencé. Et il y aura, si tout va bien, un réseau d'eau traitée et potable à Jacmel dans quelques mois.

 

Et comme dit Sylvano, l'ingénieur Espagnol qui s'occupe de cela, il suffira d'ouvrir le robinet pour avoir un bon verre d'eau  potable.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 21:37

13 Octobre 2013 - Exotismes.

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Comme dit Laurène dans son joli texte,

EXOTISME.

Ce doux mot, à la simple évocation,  fait voyager le rêveur sur une plage de sable fin  bordée de cocotiers, sentir les effluves de citron vert et de poisson grillé, et entendre au loin des rythmes de percussions endiablées...

 ( Cliquer sur le link )

link 

Oui, c'est exactement ça.

Et c'est ce qui prend quand on arrive dans un pays du bout du monde.

Des gens différents, des rythmes, des odeurs, des fruits et des fleurs inhabituels.

Un mode d'existence où la différence est finalement agréable à vivre. Parce qu'elle est juste différente. Et que les jalons, les points de repère ont disparu.

Et des gens, aussi.

On ne vit pas pareil, on mène une autre existence, remplie de nouvelles choses, des quotidiens bouleversés par toutes ces nouveautés.

Et on adore ou on déteste.

 

Tout est merveille, car la norme a changé.

 

En gros, tu quittes Orly Sud, un matin frais. Tu traverses des espaces nickel-chrome, bois et moquette, où la technologie est reine, jusque dans le moindre détail - la soufflerie de l'essuie-main des toilettes - et tu arrives à Port au Prince en 2010, dans le chaos total.

 

Tout te surprend, tout te bouscule. Tout est étrange et tu regardes, écoutes, sens, tout ce qui est autour.

 

Il y aura la mer, les senteurs du citron, les rythmes des tambours. Les mangues, à la place des pommes.

 

La couleur, la nouveauté.

 

Et peu à peu, les mois passant, puis les années, l'anormal permanent, l'extraordinairement inattendu , l'exotisme devient le quotidien et les perceptions s'inversent.

 

C'est une sorte de retournement.

Le bout du monde n'est plus ici. C'est là-bas, d'où on vient.

 

L'anormal d'avant devient la routine. Et ne bouscule plus. Au point qu'il faut y revenir en arrière et réfléchir à ce normal/anormal.

 

Cela se niche dans toutes les minutes d'une journée, dans toutes les actions, même les plus simples.

 

Et le pire, c'est quand le normal d'ici se transforme en bizarrerie : une mangue boursouflée, par exemple.

 

Cela revient à cette histoire de café, dans l'article précédant. Et c'est à cela que je vais consacrer les prochains textes.

 

Pour commencer, à venir : ( j'ai piqué le truc du suspens style télénovelha à Laurène): Un verre d'eau fraîche.

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 21:34

22 JUIN 2013.  FRANKETIENNE

 P1110284-copie-1.JPG

Il vient à Jacmel, de temps en temps.

Il semble aimer l'endroit et y retrouver ses amis. Je vais le voir et l'écouter à chaque fois, bien sûr.

Et, hier soir, quand il m'a pris par l'épaule, serré un peu dans ses bras, en me demandant : " Comment tu vas?", j'ai eu l'impression d'être un peu son ami.

Mais je reste calme, car, à son êge, on peut confondre. Il m'a peut être pris pour un autre. Je suis plus proche de Gary Victor, depuis Idalina...

 

Frankétienne sera, s'il reste un peu vivant encore, prochain prix Nobel de littérature. C'est sûr.

 

Je n'appréciais  pas Frankétienne, il y a trente ans. Je trouvais un peu factices et bricolées ses poses de visionnaire touche à tout.

Comment peut-on être écrivain, poète, dramaturge, romancier, acteur, artiste peintre, sculpteur, homme de théâtre, comédien ...

On dirait Ben, à Nice.  Un centre d'arts, à lui tout seul.

 

Mais, après toutes ces années, je sais qu'il avait raison. Et ses révoltes étaient les bonnes.

 

Frankétienne vient d'entrer dans le Larousse 2014. Du coup, il s'est farçi 30 interviews en deux jours avec des journalistes de France, qui, évidemment, n'avaient jamais entendu parler de lui avant. Mais cavalent tous derrière la même info.

Sauf cette très belle émission, avec lui, sur RFI.

http://www.rfi.fr/emission/20130605-1-le-poete-haitien-franketienne

 

Jean Pierre Dantor Basilic Franck Etienne Dargent : c'est le nom complet  que sa grand-mère avait donné, en 1936,  pour son premier acte de naissance.

Sa mère, jeune paysanne de treize ou quatorze ans, a transformé, bien après, le baptistère en ne laissant que Franck Etienne...

Son père, vieil industriel américain blanc libidineux,  n'a donné au poète que sa couleur blanche et ses yeux bleus.

 

Sa conférence portait sur la création culturelle en Haïti. Et son histoire, depuis ce fameux acte fondateur de 1804.

 

Et le vieux poète à moitié sourd a donné les raisons de l'extraordinaire foisonnement culturel d'Haïti, qui, en plus, est à son apogée. Jamais il n'y a eu autant d'écrivains, de peintres, d'artistes de toutes sortes connus dans le monde entier. Presqu'un Goncourt, un Médicis, et des tas d'autres récompenses prestigieuses.

 

Si la culture Haïtienne est aussi riche et variée, cela vient de deux causes :

 

- la vie,  telllement difficile, acharnée, - lutte quotidienne pour survivre - que, fatalement, elle inspire les auteurs qui n'ont qu'à se pencher à le fenêtre pour voir des histoires, des scènes, des tableaux immaginaires se former devant eux.

 

Pendant qu'il parlait, je pensais à quelques exemples, comme, évidemment, le café du matin.

 

En France, quand tu veux te faire un café, tu prends la dosette, vérifies parfois le niveau de l'eau, appuies sur le bouton. Et hop... What else ? Tu as juste ton café.

 

Ici, un  café le matin,  c'est une aventure, une épopée.

Il  faut d'abord régler leur compte aux esprits et malfaisants de la nuit, en lavant l'entrée, et en balayant la cour.

Puis, s'il y a du charbon ou du bois, allumer le feu.

Chercher de l'eau, s'il n'y en a plus.

Cela peut prendre un bon moment. Tu envoies la petite chercher un seau d'eau à la source, elle traîne un peu en route, retouve les autres enfants porteurs d'eau, en profite pour jouer un peu, se laver le visage, raconter sa vie aux quelques garçons déjà levés...

Elle danse, en revenant, flâne, et n'accélère le pas qu'en revenant tout près de la maison.

 

Et il faut encore piler le café, si ce n'est pas fait.

Chercher la passoire de toile pour couler le café. (Grèp )

 

Si tu veux, cela peut faire un roman.

Comme " l'Odeur du café" de Dany Laferrière, auteur Québéquoiso-haïtien qui a donné la mémorable " Enigme du retour", qui me vaut d'être revenu.

 

Bref, Haïti vit un tel chaos, que cela nourrit l'art.

Comme le demandait un participant à cette conférence étonnante, il faudrait rester dans ce chaos, cette misère et cette difficulté de vivre, pour permettre la poursuite du miracle culturel.

 

Mais le poète a la réponse :

- il faut dominer le chaos, et le chevaucher, pour le maîtriser et s'en servir. Seule la mort est tranquille.  Supprimer le chaos, c'est se déssécher.

- il faut se résigner, un miracle ne dure jamais.

- il faut... et là, la spirale reprend.

Sa vie, son histoire , se vitupérations contre les philosophes de la révolution - Marx en premier-  qui n'ont pas mentionné Haïti comme le modèle de la Liberté, de l'égalité et de la fraternité. Le malentendu qui a fait échouer le mouvement de 1804 (les esclaves chassent les blancs, et des affairistes noirs et mulâtres reprennent le business, pareil qu'avant)

 

- Il y aura encore de la création, de l'art et de la culture originale, si Haïti se sert de tout l'imaginaire religieux - le vaudou -  qui l'imprègne. C'est la deuxième cause, qui est plus ancrée, sauf si la télé se répand partout et casse les traditions.  Si la culture étrangère ne vient pas envahir les espaces, comme la bouffe importée.

Je dis si... Je devrais dire quand, plutôt.

 

Ouf, je m'inquiétais déjà de retrouver les cadres et employés entassés dans le métro du matin, entre les stations Sable Cabaret et Terre Rouge, lisant les histoires de pipoles, ou faisant les mots croisés, casque de smartphones rivés dans les oreilles.

 

Tant qu'il y aura  des poètes hallucinés et un peu sourds, Haïti restera un peuple d'artistes.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 23:10

Hello

Pour dire que je suis encore vivant, et supprimer les pubs, une photo de maison à Lamontagne

Le blog va reprendre dans quelques jours..;P1030980.JPG

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 08:50

3 août 2012. L'histoire de KIKI ( 3)

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Gracia a mal partout.

Elle dit que l'orloj li viré (son "horloge" tourne de façon anormale)

Elle sait pourquoi. Le test de grossesse est positif. Et ces premières semaines, elle ne se sent vraiment pas bien.

 

Elle est mal. Du matin au soir. Elle ne comprend pas. Pour la première, Sabrina, elle ne s'était pas sentie si mal, si bouleversée.

 

Elle se sent lourde.   Elle espère un garçon, un petit gars.

Un peu après 2000, l'année où tout devait changer.

 

En arrivant à Port au Prince, il y a quelques années, chez une tante, la soeur de madame Solon, elle a été perdue si longtemps.

De Depal à Martissant.

Du calme à la fureur.

Elle pense souvent à sa vie d'avant les cyclones et les désastres.

Mais que pourrait-il arriver de pire, elle est toujours vivante.

Elle a vite compris la ville, ses bruits incessants, la chaleur, la foule.

 

Après quelques semaines de surprise, en arrivant, elle avait décidé de vivre à plein cette vie nouvelle. Une page nouvelle, loin de la paix des années d'enfance.

 

Un cousin lui a trouvé un travail dans une factory. Gracia coud des T shirts toute la journée. Des piles et des piles. Les vêtements qu'elle assemble affichent des noms anglais.

Pour quelques gourdes par jours.

Elle les utilise pour le bus, la fritaille du midi, les quelques habits et le loyer de la chambre.

Il  lui en reste si peu, en fin de mois. Mais elle ne peut pas faire grand chose d'autre. Elle a laissé l'école trop tôt.

Il lui reste l'église, le dimanche, comme seule sortie.

 

C'est là qu'elle a rencontré son homme, Odinel, il y a quelques années.

Un gars bien, calme, posé.

Il est un peu agé, mais bon... Au moins 15 ans de plus qu'elle.

Il avait eu une femme, des enfants.

 

Avec Gracia, c'est devenu si fort qu'ils ont choisi de vivre ensemble.

 

Et depuis, Gracia se sentait mieux.

La première, Sabrina, est belle, espiègle et fine.

Pour  le bébé qui viendra, ils ont décidé, avec Odinel, de se chercher une vraie maison.

Avec des chambres, une maison bien solide, en béton et parpaings, pour se protéger.

 

Odinel travaille dur, à la douane, et son salaire devrait permettre de vivre mieux, dans cette ville devenue folle.

( à suivre)

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 23:51

1 Aout 2012. L'histoire de KIKI , suite .(2)

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Madame Solon pleure souvent la nuit, depuis quelque temps. En silence et en cachette.

Depuis l'arrivée des annés 90, elle se dit qu'un mauvais sort doit la poursuivre.

Une rupture,  un choc s'est produit. Qui peut bien lui en vouloir si fort ?

 

Solon est près d'elle. Son sommeil est agité. Il ne voit plus. Ses yeux si clairs, si purs, se sont éteints. Aveugle... Son homme, son soutien, son mari  fort et  beau il y a peu se cogne aux pierres et aux bois. Il est dans la nuit totale.

C'était peu de temps après le cyclone, le mauvais temps. Il s'est réveillé dans le noir.

 

Un cataclysme, toute cette eau, ces pierres charriées, les maisons, les bêtes emportées.

Le jardin est parti en lavalasse de boue, de terre  et de bois.

 

La douce rivière s'est gonflée démesurément, et, indécente, a tout emporté. Des maisons, des bêtes, des gens. Salope , dit on en créole.

Des heures de trombes et de vent. Des tôles qui volent. Violence et restruction. Désolation.

 

Quand je pense qu'on les baptise, qu'on leur donne des prénoms, aux cyclones !!

Même des prénoms de filles !

Madame Solon ne supporte pas. Celui-ci, elle en a oublié le nom. David ? Allen ?

C'est pour les rendre plus humains, qu'on les baptise ainsi ?

Un cyclone devrait s'appeler X66, DP 17 ou XXKY43.  Mais pas Irène ou Thomas. Il y a même eu un Philippe, en 2011...

 

Les arbres sont tombés, racines à l'air, la terre a été ravagée. Il reste, après le déluge, des pierres, des racines tordues. De la désolation. De la mort.

 

Solon a perdu la vue. Insupportable ce qu'il reste à voir.

 

Gracia a eu si peur. Si froid. Elle a pleuré pendant des jours.

 

L'école a été balayée, enterrée sous des tonnes de cailloux. Tout est détruit, rayé, supprimé.

 

Les militaires qui ont remplacé le président à vie paradent sur le Champ de Mars.

Les cochons ont été éradiqués par des escouades de techniciens américains dans leurs belles jeep CJ7 neuves, pour cause de risque de peste porcine. Il ne reste plus un cochon ... La suppression des caisses d'épargnes des paysans.

 

Le soir Solon et sa femme ne parlent plus.

 

Gracia veut partir. Elle a 20 ans, et ne supporte pas cette misère, cette détresse.

Elle ne comprend pas cet acharnement. Le monde s'est effondré d'un coup.

 

Gracia part. Port au Prince. La ville de ce qui reste possible. L'énorme ville tentaculaire.

Quitte son monde ravagé. 

 

( à suivre )

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 20:52

31 JUILLET 2012

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L'histoire de KIKI. (1)

 

Solon Raymond est tranquille et calme. Fume un peu de tabac dans sa pipe ancienne,  son cachimbo.

La journée se termine, une belle journée de mai, dans les années 80.

Le "président à vie" parle dans la radio, mais Solon , n'écoute pas vraiment la voix nasillarde, hésitante  et empruntée du fils bouffi de son propre Jeanclaudisme.

Il est assis sur le bord du chemin, près de sa maison. Il a plu un peu, et le jardin est superbe.

Couvert d'arbres et de multiples couleurs vertes: les manguiers vont donner à profusion, l'arbre véritable produira des fruits en quantité, les bananiers sont chargés de régimes.

Il sourit. Il est bien.

Des sapotilles, des goyaves, des  siwèl, des grenadias, son jardin produit des trésors.

Madame Solon est belle, avec son teint cuivré de grimelle qui charme Solon, son regard vif et son sourire franc. Ils se reposent de la journée. Le jardin est superbe, mais demande du temps et des efforts. Et à l'angélus, ils aiment se retrouver assis tous les deux.

 

Ils parlent et échangent des regards emplis de tendresse et d'affection.

Solon regarde la rivière paisible, l'eau claire et calme qui passe devant chez lui, à Depal, en amont de Jacmel. Elle irrigue son jardin, et rafraîchit l'athmosphère. Et chante aussi. Depuis tant de temps, tout est à sa place. Et c'est bon.

 

Les voisines de baignent nues dans le courant, dans un concert d'éclats de rires.

 

Les enfants jouent dans la cour. Gracia, leur fille, chantonne et danse sous le quennepier. Elle a grandi et c'est maintenant une belle jeune fille pleine de joie, gaie et vive.

 

Pour le bonheur de Solon, elle est brillante. A l'école, elle collectionne les récompenses.

 

Les autres, pareil.

 

Malgrè les bruits et les querelles lointaines, les tontons macoutes qu'il  évite, les crises et les problèmes des autres, Solon aime cet endroit et cette vie. Son regard clair détaille chaque parcelle de ce pays devant lui, et ne voit que sérénité.

 

Madame Solon a préparé un repas, du griot de ce cochon bien en chair, de  la race créole, si utile.

Elle dit souvent que ses cochons sont comme sa caisse d'épargne. Ils ne coûtent rien, mangent les détritus et les restes, fertilisent les jardins.

On en engraisse un sans effort, et, en septembre , on le vend pour payer l'école.

 

Ils parlent des pauvres qui ont quitté le pays sur des bateaux de fortune, cherchant la vie à Miami, quand ils y arrivent; ils parlent de la douceur de vivre; ils parlent des enfants, de Gracia qui pourrait aller loin; ils parlent de l'avenir.

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