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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 21:27

30 JANVIER 2010 . La nuit tombe à 6 h.

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Quand on revient en Haïti après quelques semaines, on se prépare à tout retrouver comme avant.

 

J’ai lu la presse qui dit que rien ne bouge.

 

J’ai lu les blogs désabusés qui expliquent que rien ne peut changer ici.

Herman s’y est remis : il me manquait un peu. Il faut des gens comme lui qui râlent sur le système dans lequel ils sont et qu’ils contribuent à maintenir.


link ( cliquez le lien, si vous voulez,   )

 


Et puis j’ai vécu ici suffisamment longtemps pour savoir que pour modifier quelque chose, il faut du temps. Il y a toujours un truc qui vous arrête : cyclone, tremblement, panne d’essence…

 

Donc en rentrant, pas trop de fol espoir, pas trop d’illusions préalables.

 

Mais, en arrivant, j’ai trouvé le pays changé. Il est vrai que fin décembre c’était un peu le marasme, le chaos total. La paralysie.

 

Les petits travaux de l’aéroport, le semblant d’ordre à la sortie des bagages, les camions chargés de matériaux qui emplissent les routes, et ces abris de bois et d’aluminium sur la route de Jacmel.

 

Oui, il m’a semblé que quelque chose avait changé. Infime, peut être. Mais là.

 

Je ne parle même pas de « nos » maisons qui ont poussé à la Montagne.

 

Céjour et sa famille qui dorment sous un toit, Laudèse qui emménage, avec ses cinq gamins, Gertrude qui regarde la vue mer depuis la fenêtre de son salon, Odin qui rigole toute la journée en regardant sa petite maison, Immacula et sa famille qui ont évacué de leur tente.

 Allez, je vous en montre un peu : 


link (à cliquer pour les photos)

 


 

J’ai aimé ce retour à la Montagne, où la vie continue, où  les paysans travaillent la terre, charrient du sable et des roches.

 

L’avantage de vivre loin des capitales et du microcosme, c’est sans doute ça aussi : je n’ai pas à pester sur le blocus du matin, pas à participer au système urbain, pas à subir les pince-fesses ONGiens.

 

Juste avancer, contribuer à multiplier des habitats, des logis, recaser des familles…

 

Alors ce qui a changé encore ?

 

-       un dictateur est revenu et tout le monde le laisse passer.

-       Il n’y a plus de grenadia sur les marchés.

-       Les bandes de carnaval  sont de sortie à Jacmel.

-       La rivière se traverse à gué, chaque jour.

-       Les couleurs des affiches électorales sont passées.

-       La nuit tombe à 6 heures.

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 08:56

26 janvier 2011. Escales.

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Pour aller de Marseille à Jacmel, il faut des jours et des jours.

Cela ressemble aux voyages d’avant.

Pourtant, on ne largue plus les amarres d’un vapeur transatlantique, on ne lance plus de grands signes vers les quais, appuyé au bastingage, cheveux déjà au vent du large.

 

Mais on peut encore, par ces temps de grandes vitesses, vivre un voyage interminable qui va d’un ancien grand port qui s’étouffe et s’éteint, à un autre ancien grand port si longtemps déserté par les bateaux. D’un côté quelques rares dockers font grêve pour s’arrêter plus vite que les autres, de l’autre, plus un chargement, plus un  docker depuis longtemps.

 

Marseille Saint Charles. Un TGV est une belle machine avec des systèmes automatiques partout. Même la porte des toilettes est électrique. Mais c’est tellement moderne et pointu que l’entretien n’est pas facile. Des tas de pannes peuvent se produire. Un TGV est un train rapide qui part parfois à l’heure, arrive de temps en temps au moment prévu, et ne s’arrête pas obligatoirement à chaque trajet en rase campagne. Pourvu que la porte des toilettes ne reste pas bloquée.

 

Les premières excuses du voyage. Celles de la SNCF. Les freins récalcitrants, un dimanche après midi, et voilà que déjà le timing joue de l’élastique. Les au-revoir des quais devraient toujours être courts.

 

Paris gare de Lyon. Déjà la nuit. Et encore le froid, à attendre, comme une centaine d’emmitouflés, dans la file des taxis. Lau suit la progression au téléphone : «  ne quitte pas… » On dirait du Brel.

 

Orly Sud, le même hôtel, la même pluie. «  La vie ne fait pas de cadeau,  Eh, nom de dieu, c’est triste, Orly, le dimanche… ».

 

Et le lundi matin, j’inaugure la nouvelle machine à contrôler les bagages : elle repère les objets indésirables, comme la mousse à raser, le chargeur du mac. J’ai bien fait d’arriver deux heures avant.

Je suis sûr, ainsi, de ne pas  rater l’avion , d’autant qu’il a une bonne heure de retard.

 

Pointe à Pitre, Pôle Caraïbes.

Je trouve que les aéroports devraient tous avoir des noms de gens célèbres. Saint Exupéry, Charles de Gaulle, Césaire, là au moins, c’est la classe. On aurait pu l’appeler Ernest Emingway, ou Haroun Tazzieff.

La pluie. Tropicale, bien sûr. Le chauffeur du taxi me parle des inondations d’il y a quelques jours. Mais où donc pourront aller les touristes qui évitent la Tunisie, s’il pleut en janvier aux Antilles ?

 

Une escale ici, c’est comme un sas, une révision avant la vraie arrivée : la nuit est chaude, bruyante, décalée. Et le rythme déjà n’est plus le même.

 

Un autre retard à l’envol : il y a un trou sur la piste de la prochaine escale de Fort de France. L’aube se prolonge donc à attendre qu’on rebouche le tarmac. Un arrêt en Martinique, l’avion se vide et se remplit à nouveau. Direction Santo Domingo.

Pour faire rêver, en cet hiver qui n’en finit pas, en métropole (j’ai failli dire en France, par erreur) je survole l’eau turquoise, parsemée d’îles caraïbes.

 

Et à nouveau, à Saint Domingue, l’avion se vide, et se remplit. C’est comme un tap-tap des airs.

 

Je n’ai pas vu la fameuse ligne de frontière entre l’est et l’ouest d’Hispaniola.  Tout le monde m’en parle. Vert d’un côté, terre de l’autre. Je n’étais pas au hublot, et surtout occupé à discuter avec un personnage, dont je reparlerai. Mais on me dit que cette frontière est visible du ciel.

 

Et puis enfin, mardi après midi, l’aéroport Toussaint Louverture. Duvalier ( Jean Claude ) l’appelle encore l’aéroport « François Duvalier ». Il a vingt cinq ans d’amnésie. Qui pourrait lui dire à Jean Claude qu’il s’est enfui une nuit de février 1986 ? Chassé et honni.

 

La poignée de ma valise trop lourde se brise juste à la sortie de l’aérogare. Doudouche, hilare et malicieux est là.  En route pour Jacmel.

 

Le travail peut reprendre.

 

 

 

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 16:14

19 Janvier 2011.

 

Marseille Paris.

 

Les choses bizarres se multiplient.

Les dictateurs se croisent dans les air.

L’un s’en va, l’autre revient.

On trouve des gens qui applaudissent le retour du Jean Claudisme ?

On marche sur la tête, donc ?

 

 

Et sur une porte cochère dans une rue de Marseille, à la peinture fluo, on annonce la présence d’un autre fléau.

 

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Quant à Paris, on annonce la neige pour bientôt. Il est grand temps de rentrer.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 04:32

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16 JANVIER 2011

 

 

J’ai commencé à lire «  Haïti n’existe pas » de Christophe Wargny. ( Editions Autrement)

 

Quelle idée de commencer maintenant cet ouvrage qui explique la dérive de 200 ans qui a conduit à la situation actuelle.

Juste la semaine où, partout, on parle à nouveau de ce pays. Alors même qu’Haïti est partout.

 

Dans le train entre Marseille et Paris.

Je repense au rêve étrange de l’autre nuit : je visitais une jolie ville du sud-est, coquette malgré quelques restes de ruines, un peu de gravats dans une cour d’école effondrée, mais des échoppes d’art et d’artisanat, des stationnements délimités par des lignes blanches peintes sur  le sol bitumé, de l’électricité partout… et ce repas pris dans un agréable restaurant climatisé, où j’ai pris une daube qui m’a couté 800 gourdes. Un mélange étonnant des sud-est. Je me suis réveillé à l’addition.

 

Les journaux.

De Ouest France à Sud Ouest, de la Voix du  Nord au Parisien, toute la presse a rempli des colonnes sur l’anniversaire de la Chose. Haïti un an après.

Ceux qui ne sont pas concernés doivent être  fatigués d’entendre parler de ce pays   trop loin, de cette catastrophe seulement, alors même qu’il y en a eu tant d’autres en cette année 2010.

Heureusement France 2 a fait cette émission d’anthologie («  Une année sur terre ») où elle a rappelé qu’il y a eu des évènements graves aussi ailleurs dans le monde : 950 catastrophes, 100 000 Millions d’Euros de pertes financières, 295 000 pertes humaines…( chiffres dans Le Monde magazine ). Ils n’ont pas oublié d’y intégrer, au rang des catastrophes mondiales, la neige en décembre sur les aéroports parisiens. Ouf…

Sale année.

J’ai vu aussi ailleurs que Kiki, le gamin miraculé, vit aujourd’hui vers La Montagne.

J’attends juste l’article de La Provence.

 

Paris.

Je me disais, pendant ma marche nocturne entre Hôtel de Ville et Bastille, manif à l’envers, que si on veut on voit Haïti partout. Même rue Saint Antoine, sous la pluie d’un soir de semaine.

« Tropico », une enseigne éteinte, une boutique fermée à cette heure là, ou peut-être un bar ?

 

Et j’ai poursuivi le jeu, en allant voir Basquiat le lendemain.

Ses gribouillis ne m’ont jamais trop attiré. J’y suis allé pour retrouver sa part d’Haïti, pays d’où venait son père, et Andy Warhol avec qui il a travaillé un peu.

 

Et j’ai découvert des œuvres hyper réalistes  et trop actuelles: ses tableaux ressemblent aux gravats, ses gribouillages à des fers à bétons sortis des ruines, ses personnages à des survivants cassés et éclatés de partout.

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Et puis, sur les tableaux,  des bouts de mots ou de phrases  qui parlent d’Haïti:

« Man dies » répété sur Muséum Sécurity, œuvre de 1963

«  Now’s the time » sur le grand disque noir de 1985

«  Francios DUVA, DUV,DUV » sur un autre ( il écrit Francios, et non François, plusieurs fois…)

«  R.I.P. all » sur une pièce de 1982

 

Basquiat, artiste de la prémonition ? Il avait déjà tout représenté si longtemps avant ?

 

Il n’a pas tout bien vu.

«  US occupation of Haïti ends in 1936 » sur une des pièces de la Daro Suite, en 1982.

 

Bon, même les artistes visionnaires peuvent se tromper.

 

Paris, Monde.

 

On peut visiter le monde sans quitter Paris.

 

Le nom des rues : j’ai fait Liège, Moscou, Berlin, Vienne, Dublin et Rome en quelques minutes.

 

Et puis dans le métro, on rencontre la terre entière.

Des milliers de gens d’ailleurs. Un mélange cosmopolite que j’avais oublié. Ils portent leur continent sur le visage.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 12:40

12 JANVIER .

 


 12 JANVIER 2010

 

 

 

Pas de grand discours ou de grande rétrospective.

 

Juste dire combien une minute peut marquer des vies. Transformer radicalement des existences.

 

Tous ceux que j’ai rencontrés, en Haïti, se souviennent exactement de ce qu’ils faisaient à la minute du séisme.

 

Mille fois, j’ai entendu cette phrase : « moi, quand c’est arrivé, je faisais… », avec d’incroyables détails. Juste avant, pendant, juste après…

 

Un événement planétaire, mais dont chacun se souvient au centième de seconde près.

 

Je lis des témoignages multiples.

 

Et toujours ce même sentiment d’énormité, de profond mouvement. De total bouleversement, qui marque encore aujourd’hui.

 

Je me souviens aussi exactement de ce que je faisais à la minute où j’ai appris l’événement. Total bouleversement, également…

 

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 13:00

10 Janvier 2011

 

Il ne faut pas reconstruire Haïti.

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Hasparren, Pays Basque. C'est comme La Montagne, Haïti.      

Avec l'électricité.  

 

 

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La Montagne, Haïti. C'est comme le Pays Basque.

Sans l'électricité.

 

 

De retour d’un voyage au pays basque, j’ai lu l’abondante presse gratuite offerte par Air France.

Evidemment, comme prévu, les titres qui parlent d’Haïti rivalisent de non-originalité.

Je vais donc me contenter de celui du Monde : « Haïti toujours en attente de reconstruction. »

 

Et on y parle que des quartiers de Port au Prince toujours en ruine, et des familles toujours dans les tentes.

Et la technique est alors de se payer les ONG en expliquant que si rien n’est fait, c'est évidemment  à cause d’elles.

 

Bref, le discours ambiant facile.


Haïti, la reconstruction n’est pas encore partie.

 

«  ça fait peut être une rime, Monde,

Mais ça ne fait pas une solution… »  ( Maxime le Forestier : Raymonde )

 

Il faut reprendre les choses à la base.

Pour reconstruire, il faut des terrains, des plans d’urbanisme, des normes, des équipements publics, des décisions de gouvernance, des orientations pour l’avenir.

Des choix politiques, et des politiques pour faire les choix.

 

On se plaint que chacun fait ce qu’il veut dans son coin.

C’est justement parce qu’il n’existe aucune règle à laquelle se raccrocher, pas de choix stratégique, pas de direction précise.

 

Mes rapports d’activité, envoyés  chaque mois dans les ministères. Qui les lit ?

Et après on nous dit qu’ils ne sont pas informés ?

 

Assis sur son tas de ruine, l’urbain Port-au-Princien n’a pas de solution : pas d’assurance pour payer la reconstruction, pas de moyens pour déblayer les ruines et les mettre où ?, pas d’argent pour payer la nouvelle maison, pas de crédit sur 25 ans, pas de prêt à taux zéro. Et le terrain sur lequel il avait bâti à l’arrache, était-il à lui ?

 

Alors l’urbain, il reste dans sa tente en attendant une solution hypothétique. D’autres ne touchent pas à leur ruine, même s’ils en ont les moyens, pour être sûr d’épuiser tous les dons possibles. ( aïe !!!  phrase délicate… comment, tu veux dire que des gens restent volontairement dans les tentes pour obtenir une aide internationale alors qu’ils pourraient peut être reconstruire ou même rentrer chez eux, dans leur maison à peine abimée ? Oui, il y en a. Pas majoritaires, mais ils existent aussi. On peut difficilement leur en vouloir d’essayer de profiter des occasions qui se présentent )

 

Il est venu, l’urbain, il y a des années, de sa campagne. Paysan depuis des générations, comme ses parents et ses grands parents, il est venu à la ville, parce que sa production ne se vendait plus, parce que le café était malade, les manguiers coupés transformés en charbon de bois, les cochons exterminés au motif d’une maladie risquant de contaminer les élevages des pays voisins et que sa terre est partie à la mer.

Il est venu en ville parce que ses gamins n’avaient pas d’école à la campagne, et que le seul moyen de sauver les enfants est qu’ils aient des diplômes pour exercer un bon métier, ailleurs. Un bon diplôme, en Haïti, est celui qui vous permet de travailler à Montréal ou à Miami.

 

Les campagnes se sont vidées et les villes se sont développées dans l’anarchie. Et on a oublié les provinces et les campagnes pour se concentrer sur le furoncle de la capitale. Un récent article du Miami Hérald explique que le processus de normalisation, de déblaiement et de remise en route est plus rapide à Jacmel qu’à Port au Prince parce que peu d’ONG y sont intervenues, ce qui a obligé les gens et les autorités locales de s’y coller eux mêmes.  C’est une façon de voir les  choses. Pas parfaitement exacte, mais suffisamment amusante pour être répétée.

 

Hasparren, pays basque.

Le fin fond de la campagne, au bout de la route, au bord des collines à potoks. ( les poneys qui vivent en liberté dans les landes de fougères).

Cela ressemble, de loin, au paysage de La Montagne : des montagnes basses, arrondies, avec peu d’arbres.

Les paysans ont disparu aussi : il en reste trente, dans ce pays rural, m’a dit Bittor.

Mais les gens sont restés pour vivre dans le coin et ont même fui les villes : 5000 habitants de plus dans le village, en quelques années. Venus de Bayonne ou des villes alentour, quittant les quartiers hors normes ou trop denses.

Parce que la campagne s’est équipée d’écoles, de routes, de commerces, d’activités différentes. Oh, je ne dis pas que tout est simple. Je ne sais d’ailleurs pas tout.

 

Mais ce repeuplement des campagnes, alors même que le nombre de paysans s’effondre, c’est une bonne chose. Pourquoi s’empiler dans les ghettos des villes quand on peut vivre et travailler à la campagne.

 

C’est pour moi la solution : il ne faut pas reconstruire en Haïti ce qui existait. Il ne faut pas rebâtir aux mêmes endroits, dans les mêmes conglomérats sordides de baraques et de taudis.

 

Il faut un plan de développement ou de redéveloppement des campagnes. Il faut déverser l’aide internationale dans des projets provinciaux ou ruraux. Fuir la capitale. Remettre les choses à leur place.

 

Il ne faut pas reconstruire Haïti, comme avant.

Il faut construire autrement. Il faut revaloriser les provinces et les campagnes. Même si c'est loin des grands hôtels internationaux où se regroupent journalistes et donateurs. 

Il y a un modèle : le programme sur vingt ans que vient de signer le PNUE ( Programme des Nations Unies pour l'Environnement à Port Salut, dans le Sud )

 

Quand il y aura suffisamment d’écoles, de l’électricité, internet, des activités  techniques, artisanales,  ou même touristiques, des commerces, des routes correctes, La Montagne deviendra un endroit recherché, animé,  et peuplé.

Et on ira en ville pour vendre les fruits, les légumes, les produits transformés sur place.

 

Ou bien  les citadins et les "diasporas" en congé viendront à la campagne pour remplir leur panier bio.

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 06:49

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6 janvier 2010.

 

Pas de mélancolie, juste des regrets.

 

On va entrer dans la grande semaine anniversaire. Comme pour les grandes surfaces, il va y avoir de la célébration dans l’air.

 

Les titres  des journaux sont prêts depuis six mois.

Mais je n’y reviens pas, tout le monde sait depuis longtemps ce que j’en pense.

Une énorme quantité de travail d’urgence a été accomplie depuis un an 97 000 tentes et 680 000 bâches ont été distribuées.  Sans parler du cyclone ou du choléra qui ont occupé bien du monde.

 

Rebâtir est plus long, plus difficile,  et nécessite des décisions d’Etat. Qui ne sont pas prises. Enfin, pas encore.

 

Ce matin, j’entendais parler de mélancolie à la radio. Un peu dans le sens de nostalgie : des victimes de je ne sais quelle catastrophe avaient la mélancolie du monde d’avant, de leur vie d’avant.

Un événement grave leur arrive, détruit une partie de leur environnement, et en plus des séquelles physiques, ils tombent dans la mélancolie, tristesse, déprime profonde liée à la disparition de ce qu’ils vivaient ou avaient, deuil non encore fait de leur vie d’avant.

 

Cela aurait pu se produire en Haïti.

 

On pourrait se dire que cette destruction massive ressentie comme un choc violent par de nombreuses personnes, en direct ou chez leurs très proches, aurait pu créer une vague de mélancolie, de déprime nationale.

 

 

En y réfléchissant, je ne pense pas avoir rencontré ce type de sentiment pendant mon séjour. De la tristesse, oui, des pleurs à l’évocation de l’événement. Du chagrin, de l’émotion, de  la peur rétrospective.

Des êtres perdus auxquels on repense.

 

 

Mais jamais de nostalgie d’un monde ancien disparu, d’une vie antérieure meilleure, d’une existence à  retrouver.

 

Et c’est terrible …

 

Ne même pas pouvoir se dire que c’était mieux avant, que ce serait bien si on reconstruisait comme avant, si on faisait comme si il ne s’était rien passé.

 

Ce sentiment existe sans doute : chez ceux qui ont à la fois perdu maison, emploi, voiture et subsistance. Oui, ils doivent sûrement le penser, c’était mieux avant.

 

Barby et  Bentley, les deux gamins  d’une dizaine d’années que j’ai rencontrés sur une barricade du 9 décembre à Port au Prince, me disaient bien que dans leur maison détruite leurs deux parents sont morts, et que depuis ils sont dans une tente du Champ de Mars, faute de pouvoir payer le bus pour aller en province chez leur grand mère. Qu’ils allaient à l’école, avant.

 

Et  Sylvia qui étudie tous les soirs sous le réverbère dans la rue devant chez moi à Jacmel  avec sa copine Chiline, elle n’a parlé qu’une fois de sa vie d’avant, quand elle avait une chambre à elle avec même une télé et le courant, dans la maison de son père ; elle dort maintenant dans un cabanon avec sa mère. Et étudie la littérature française dans la rue.

 

Mais en fait, cela s’explique un peu.

 

Haïti n’existait pas. Il n’y a pas de nostalgie à avoir pour la plus grande majorité.

Le processus de reconstruction devrait plutôt s’appeler processus de construction tellement il n’y avait rien, avant.

 

Comme dit Chistophe Wargny ( « Haïti n’existe pas. » Editions Autrement )   « Haïti a disparu. Effacée. De notre mémoire, de la mémoire … Pourquoi Haïti, terre de tous les paroxysmes, est-elle aujourd’hui plus ravagée, meurtrie que jamais ? Exsangue ? » . C’était écrit en 2003.

 

Donc pas de nostalgie, après le séisme, pour revenir à quelque chose qui n’existait pas, à des existences souvent inhumaines déjà.

On ne peut pas souhaiter se retrouver, comme avant, dans un pays meurtri avec des vies impossibles.

 

Les paysans sans marché pour leur production, les enfants qui ne peuvent pas aller à l’école, les étudiants diplômés sans avenir, les familles éclatées dans les villes ou l’étranger, des logements faits de bouts de machins, c’était déjà le quotidien, avant.

 

Le tremblement de terre n’aurait rien changé ?

 

Juste attiré le regard des autres pour donner une possibilité d’enfin faire quelque chose : construire, mettre en œuvre, mettre en place, organiser, planifier, former, avancer…

 

Il aurait pu être le grand moment catalyseur pour lancer enfin les bases d’un vrai pays riche de ses ressources humaines.

 

C’est là que viennent les regrets.

 

L’élan n’a pas eu lieu, les décisions n’ont pas été prises, les plans n’ont pas été tracés.

Les lignes directrices d’un avenir intelligent n’ont pas été écrites.

 

C’était sans doute le moment. Il y avait des volontés et des moyens.

 

Il était possible de fonder une existence radicalement différente de celle d’avant.

 

Mais cela n’a pas eu lieu, pas encore.

 

Mélancolie, regrets.

 

Il reste l’espoir : un plan stratégique sur la reconstruction vient juste de paraître :

 

http://www.haitilibre.com/article-2033-haiti-reconstruction-i-le-logement-plan-strategique.html

 

Mieux vaut tard que jamais.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 03:38

3 janvier 2011.

 

 

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Adossée à la colline, 

 

 

Je sais que ce n’est qu’une goutte d’eau.

Que ce n’est que peu de chose par rapport aux 208 000 maisons endommagées et 105 000 détruites il y a un an.

 

Et qu’en un an, 1.119 maisons permanentes officiellement construites dans le pays, ce n’est pas grand chose.

 

Bon, il y a eu bien eu 31.656 abris transitoires, petites cabanes aux murs de bâche ou de contreplaqué qui sont mieux que des tentes.

Ça protège de la pluie. Ça fait du chiffre dans le bilan des ONG.

Mais ce ne sont pas de vraies maisons.

 

Mais, vu d’ici, on comprend mieux qu’elle est loin d’être parfaite, cette petite maison.

 

Pas d’eau courante, pas d’électricité.

Pas de chauffage central , ni de vitres aux fenêtres, pas d’électro-ménager, de prise téléphonique, de lustre au plafond.

Pas de tout à l’égout, pas de store vénitien, pas même une télé.

Pas de cuisine équipée, ni d’Ipad sur la table de la salle à manger.

 

Pas de salle de bain, de pèse-personne, de chaine hi-fi, de connection , de wi-fi, de parabole, de cumulus, de frigo américain.

 

Pas de vue sur le Frioul, de chaise longue sur la terrasse, de blender, de mixer, d’écran plat.

 

Le facteur ne passe pas, ni le releveur du gaz : pas de boîte aux lettres, ni de compteur.

 

Pas de cave, pas de grenier.

 

Pas d’eau chaude, ni d’eau froide, pas de douche à jet ni de mitigeur.

 

Pas d’horaires de train, de programme de télé, de plan du quartier, de croquette pour le chat, de tri sélectif, de place de stationnement.

 

Pas d’aspirateur, de cafetière à capsules, d’horloge, d’armoire normande, de placards à portes coulissantes, de rampe en fer forgé.

 

 

Juste une petite maison carrée, de tôle et de ciment, coquette et pimpante sous les mandariniers.

 

Juste un endroit pour croire à l’avenir. Se reconstruire.

 

Un endroit pour vivre.

 

Tout en haut d’une colline.

 

Et le soir, au soleil couchant, Amorze, sa femme et ses filles regardent la vallée, et sourient longuement.

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 20:55

26 Décembre 2010.

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Assis sur la marmite.

 

Aujourd’hui, dimanche juste après Noël, les rues de Jacmel ressemblent à ce qu’elles sont chaque dimanche.

A  quelques détails près.

 

Il fait bon, même presque un peu frais.

Le fond de l’air est agréable.

 

Des églises sortent des chants d’alléluias, un peu sirupeux.

 

La grande halle du marché est vide. Pas un bruit dans ce monument métallique si grouillant les autres jours.

 

Des flâneurs, peu nombreux : la nuit a été longue pour certains. En tous cas, la musique de bals a duré longtemps, cette nuit.

 

Des gamins testent leur jouet : beaucoup de plastique, fluorescent au maximum dans les couleurs.

Bruyant, genre instruments à piles à quatre touches.

Ou voyant, comme les chaussures qui clignotent quand on marche.

 

Chez MAUD, sur la plage, les guirlandes continuent leur airs de Noël, crissement qui commence à être un peu faux. «  Mon beau sapin » criiii criiii, sous le palmiers.

 

Les gamins ont fabriqué les cerfs-volants. C'est la saison de cette brise qui décore le ciel.

 

Tout est normal, avec en plus  ce petit air d’après fête.

 

Ne changez rien, je ne pars pas longtemps, dans quelque jours je reviendrai : je vais juste reprendre un peu de mistral sur le Vieux Port.

 

Mais malgré tout ce calme apparent,  ça bouillonne, en dessous. Ça nous prépare quelquechose.

 

On revient toujours aux résultats de ce fameux foutoir électoral.

Le peuple danse, fête.

Il y avait foule hier soir chez le glacier. On a sorti les enfants.

 

Mais quelque part, dans des officines, des stratèges de circonstance analysent et palabrent.

 

Comment sortir du cul de sac ? Comment rebondir ?

Chacun a son idée. Toutes semblent déboucher sur une tempête, une explosion.

 

 

Le couvercle  de la marmite va sauter, même si tout le monde est assis dessus.

Une seule question : quand, et après quelle annonce, quelle entourloupe ?

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 00:11

2591  + 40 . 23/24 décembre 2010

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Quand j’ai écrit un petit texte sur les chiffres et les nombres, il y a quelques semaines, je ne pensais pas y revenir.

Mais  un nombre me donne le vertige : 40.

 

 

Et la fin d’année est toujours une période de bilans et de clôtures.

 

On aligne les données, les objectifs, les réalisations.

 

On dénombre, on additionne, on accumule.

 

On aura bientôt des tableaux remplis de chiffres pour résumer cette année calamiteuse.

 

2010, c'était quoi ?  C'était tant.

 

Cela commence par un degré 7, un soir à 16h53.

 

Puis on ajoute, on soustrait, on évalue, et tout tourne autour de ça.

 

Séisme : des mille et des mille.

 

Ouragan : on nous en promettait 23. Violents et destructeurs. On a  vu la queue d’un. Violent.

 

Elections : là les chiffres sont flous, virevoltent au gré des remplissages, des lectures et des transcriptions des procès verbaux. Un 22 devient 122. Un 34 devient 134. On en arrive, au final à dénombrer plus de voix que de votants. On va recompter quoi ?

 

J’ai une liste à disposition, pour qui la souhaite : nombre d’habitants, de déplacés, de personnes vivant encore sous une tente, de M3 de gravats, d’écoliers privés d’école, de personnes vivant sous le seuil de pauvreté…

 

Mais le chiffre terrible, c’est 40.

Il se passe ici une incroyable chose.

 

Et le 40 grossit, chaque jour.

 

Pour être plus clair, il y aurait, à ce jour, 2591 morts du choléra. Terrible épidémie aux relents d’importation lointaine.  Très lointaine.

 Un truc qu’on attrape tellement facilement, et qu’on peut soigner, si on s’en occupe à temps.

Pour ne pas en mourir, il suffit d’être proche d’un centre de soin, et que celui-ci s’occupe de vous.

Le pourcentage de la population qui n’est pas dans ce cas est énorme. Donc mieux vaut ne pas l’attraper.

 

Mais les 40 sont également morts du choléra, ou plutôt à cause du choléra: un bruit, une rumeur, une folie collective qui circule dans le Sud, notamment, fait porter la responsabilité de l’épidémie aux représentants de la religion vodoue.

 

Les prêtres ( hougans) , les prêtresses ( mambo),  sont accusés de semer la maladie au moyen de poudres maléfiques.

Ils sont, de ce fait, pourchassés, lapidés et lynchés en pleine rue, découpés à la machette…

 

40 morts, déjà.

 

Le vodou est un élément structurant de la vie Haïtienne, craint, respecté, nié et suivi.

 Et rien n’y fait.

Les campagnes d’informations, les explications, la présentation de cette maladie, de ses modes de développement, les moyens mis en œuvre…

 

Les lynchages se poursuivent.

 

Les vodouisants déclarés sont pourchassés à chaque événement grave. Ils servent régulièrement de boucs émissaires.

 

Une illustration de la fragilité des logiques, de la faiblesse de l'enseignement. Quand tout le monde sait d'où vient ce choléra, et comment il se propage.

 

Le vodou peut imprégner la culture de ce pays, modeler les esprits. Il pourrait avoir un effet positif.

 

Mais s’en servir comme repoussoir a sans doute une utilité stratégique pour certains.

 

40 représentants d’un culte enraciné accusés  de semer une poudre de mort. Décanillés par une foule guidée ( téléguidée ?) par une furie déplacée.

 

Et je me pose une question idiote : pourquoi ils ne s’en prennent pas aux sectes multiples, aux multinationales religieuses répandant leurs croyances  importées, aux tenanciers de temples ou d’églises qui comptent les fidèles comme on compte les clients.

Comment peut-on croire  à ces bonimenteurs patentés qui haranguent leurs fidèles chaque samedi ou chaque dimanche, en promettant un monde meilleur ?

Puis qui rentrent chez eux pour compter la recette.

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Published by planete-haiti
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