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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 21:36

1er Juillet 2011. IDALINA

 

Ce soir, Gary Victor était à l'Alliance Française de Jacmel pour présenter son nouveau roman : SORO.

C'est avec lui que j'ai eu le plaisir de faire un atelier d'éciture il y a plusieurs mois. Pour l'en remercier, je me décide à publier le texte que j'avais écrit à l'époque.

Le début est imposé. ( je marche...à la table était assis quelqu'un, moi.) 

Le reste est un délire que j'ai aimé écrire.

 

 

Je marche souvent  en fin de soirée dans cette ville que le séisme a défigurée. J’ai perdu mes repères et ces longues promenades me permettent de redécouvrir ma cité.

Je suis ensuite heureux de me retrouver dans la quiétude et la solitude de mon appartement.

 

Mais ce soir en rentrant chez moi, je ne fus pas seul.

A la table était assis quelqu’un.

Moi !

 

Oui, moi, de profil près de la grande horloge, penché sur la table, entièrement concentré dans l’écriture de ce qui, vu du seuil, ressemblait à une lettre.

 

Depuis cette après midi du 12 janvier, il y a exactement un an, je n’avais jamais pénétré à nouveau dans cette pièce.

Le grand salon, où je passais mes soirées, avant.

 

Plusieurs semaines après le tremblement de terre, en rentrant de l’hôpital, où l’on avait soigné ma jambe, et les coupures sur mon visage, j’avais retrouvé mon immeuble à moitié condamné.

 

Des experts du ministère étaient passés en mon absence, et ils  avaient décrété que  cette partie de mon appartement était inhabitable et inaccessible, tant que l’étage supérieur ne serait pas repris et conforté.

Ils avaient fait condamner la porte donnant dans le salon : un énorme cadenas bloquait la grosse serrure qu’ils avaient posée.

 

Je devais attendre que le propriétaire du dessus engage les travaux, renforce ses murs branlants, remplace par des tôles la dalle de toiture fissurée, pour récupérer l’usage de cette pièce donnant vers la mer.

Bizarrement, je pouvais utiliser les autres pièces…

 

J’avais accepté sans broncher cette étonnante situation, tout heureux de pouvoir vivre encore chez moi, sans être obligé de me réfugier sous une des  tentes du terrain de football.

 

La ville avait été durement frappée. Des maisons par centaines, des écoles, la mairie, et des bâtisses  historiques de la rue s’étaient effondrées en quelques secondes. J’avais eu de la chance : à part la grande horloge, basculée par la première secousse, je n’avais pas subi trop de dégâts.

 

Le corps de mon voisin, Klaus, le consul d’Allemagne, coincé entre deux dalles de béton, avait été dégagé après plusieurs jours d’effort.

 

Comme tout le monde, j’avais modifié mon rythme de vie  et changé mes habitudes. Je m’étais adapté lentement.

 

Je restais de longs moments cloîtré dans ce qui me restait d’espace, prostré, repensant à ce bruit sourd et continu, revoyant la poussière faire tomber la nuit,  reclus, hébété. Sursautant à la moindre vibration, au moindre choc venu de la rue.

 

Puis vers le mois de mars, j’ai commencé à ressortir. Pas très loin au début, malhabile avec mes béquilles, ébloui de trop de lumière, fatigué de trop de chaleur.

Le trafic de la Grand Rue était devenu incessant : les camions chargés de matériaux, les pick-up des organisations se croisaient toute la journée dans un vacarme assourdissant.  

Poussière, fumées, klaxons.

Je ne pouvais pas me déplacer très vite avec mes béquilles. Les motos hurlantes m’évitaient de justesse. Je redoutais ces endroits.

 

Mais ces marches étaient indispensables. A la fois pour rééduquer ma jambe blessée, et surtout pour aller revoir les endroits d’avant, pour retrouver les lieux que nous avions fréquentés avec Idalina.

 

Je savais pourtant que la douleur serait vive, que les souvenirs me feraient mal.

 

La bibliothèque, maintenant occupée par la mairie, l’Alliance Française dévastée et à moitié interdite d’accès, le bar du Florita en travaux, et cet hôtel à l’entrée de la ville, ratatiné maintenant  comme un mille-feuilles…

Il ne restait plus grand-chose de nos lieux de rendez-vous.

Plus rien n’était pareil.

Mais je m’y rendais souvent, c’était pour moi la seule façon de retrouver sa trace, de sentir à nouveau sa présence.

 

On m ‘a dit qu’elle était disparue, que je n’avais plus aucune chance de jamais la revoir vivante.

Et je n’avais aucune idée de l’endroit où elle avait pu se trouver cette  après midi là. 

 

A la fin de l’été, je laissais les béquilles, et m’aventurais chaque jour un peu plus loin. Trainant dans les ruelles du bas de la ville, marchant le long de la mer, traversant le marché après avoir lentement gravi les marches disjointes et puantes.

 

Je découvrais à chaque fois des spectacles nouveaux, une nouvelle géographie, comme ces  marchandes assises  tranquillement sur les tas de décombres, ces  élèves sortant d’une école en contreplaqué, les chants venant d’une  église de toile, et ce quartier de tentes installées près du cimetière.

 

Juste après le cyclone, à la fin de l’automne,  les travaux ont commencé au dessus de chez moi.

 

Des ouvriers dépenaillés cassaient à petits coups de marteau et de masse les murs de béton, cisaillaient les fers rouillés et tordus, déversaient dans la rue les débris dans de grands nuages de poussière.

 

Je n’oubliais pas Idalina, je ne pouvais pas renoncer à la chercher. Je me suis peu à peu habitué à vivre sans elle. Mais elle n’était plus  là, à marcher à mes côtés.

 

Ma vie s’était dépeuplée, rétrécie, resserrée, comme cet espace réduit de mon appartement.

 

 

Aujourd’hui, après une longue marche qui ma mené jusqu’aux Salines, je suis passé par les bureaux du ministère.

Les travaux du dessus étaient terminés et ils m’ont appelé il y a quelques jours pour me donner les clés du cadenas.

Je ne me suis pas précipité tout de suite au ministère, je trouvais mon petit monde suffisant.

 

Peut-être aussi avais-je un peu peur de retrouver le grand salon, là même où j’étais assis il y a tout juste un an, quand les secousses et les répliques ont dévasté ma vie.

Peur de retrouver la table où j’écrivais, l’horloge massive qui en tombant lourdement m’avait brisé la jambe,  et entaillé le visage juste avant les coups de cinq heures.

 

J’ai tourné la clé, retiré le cadenas, ouvert la porte du salon, et…

 

 Je me suis vu, assis à la table.

 

Je n’ai pas sursauté, je ne me suis pas enfui sous le coup de la frayeur. J’ai juste pensé à une hallucination.

Ce n’était pas moi.

Ce ne pouvait pas être moi.

Sans doute l’émotion de revenir dans cette pièce qui me jouait des tours.

 

Mais je restais  figé, stupéfait  en constatant que cela ne s’effaçait pas. J’étais incapable de faire le moindre geste.

 

Et juste un peu après, l’image, cet autre moi même, le moi assis à ma table  – je ne sais même pas comment l’appeler, encore maintenant – s’est levé d’un bond, jetant sa plume sur le papier, s’est reculé, s’est frotté les yeux, s’est pincé, s’est approché de quelques pas comme pour me toucher, s’est reculé encore.

 

Je voyais ma propre image qui était terrorisée, et qui cherchait un moyen de fuir.

 

Moi, je restais là, immobile, pétrifié  devant la porte.

 

 

Il s’est mis à parler.

A hurler plutôt.

La terreur habitait ses mots. L’effroi dans ses yeux. Je lui faisais visiblement peur.

La  sueur l’envahissait, auréolant sa chemise bleue.

 

J’étais tellement tétanisé que je n’ai pas perçu  tout le sens de ses cris.

 

Il   me disait ne pas comprendre, ne pas vouloir y croire.

Je l’entendais hurler : « qu’est ce qui m’arrive, qu’est ce qui m’arrive. 

Ce n’est pas moi, ça ne peut pas être moi. »

 

Il pointait mes cheveux blanchis, et cette longue cicatrice, tendant son doigt vers mon visage.

« c’est pas possible, c’est pas possible … pas possible»

 

Il secouait la tête pour refuser cette vision.

 

«  Pas moi, pas moi… » 

 

Il tremblait en criant.

 

Me demandait qui j’étais,  et ce que je faisais là. Il se reconnaissait, il  se voyait en me regardant. N’y croyant pas. Il voulait une réponse, et je restais muet.

 

Je ne sais pas combien de temps cela a pu durer. Quelques secondes, quelques minutes ?

 

Lui , d’un côté du salon, bloqué vers la fenêtre, me regardant, puis regardant la rue, cherchant la fuite, se frottant les yeux, terrifié et incrédule.

Enchainant les gestes nerveux et inutiles. Répétant encore que tout  était impossible. Criant sans s’arrêter.  Et j’entendais ma voix qui sortait de sa bouche.

 

Moi, près de la porte. Immobile. Médusé.

 

 

Pourquoi fait-on ce qu’on fait ? D’où viennent ces gestes incontrôlables et étranges devant l’inattendu ?

Pourquoi certains s’enfuient, d’autres font  face  devant l’incroyable ?

 

Pourquoi ai-je alors tourné la tête, et posé mon regard sur la grande horloge ? Pourquoi ai-je été attiré vers elle, juste à ce  moment là, alors même que je me trouvais devant ma propre image vivante, gesticulant encore bruyamment dans l’autre coin du grand salon ?

 

Qu’est ce qui m’a pris de le lâcher des yeux ?

Pourquoi ne suis-je  pas allé le faire taire, le tenir et l’immobiliser ?

Le toucher, au moins. Pour être sûr, par un contact de la main, ou même du bout des doigts , qu’il existait vraiment ?

 

Pourquoi suis allé ouvrir la porte au verre cassé de l’horloge arrêtée ?

Les aiguilles  marquaient 16h53.

 

Et pourquoi ai-je relancé le balancier pour  la faire repartir ?

 

Tic tac. Tic tac.

 

Le bruit, derrière s’était éteint. Ma voix s’était tue dans mon dos.

 

Et en me retournant, le salon était vide.

 

 

Sur la table, un message que j’ai lu.

 

«   Ma belle Idalina,

J’ai dormi longtemps.

Tu es partie très tôt ce matin.  Qu’avais tu donc à faire de si urgent ?

Et où es tu allée ?

 

Dommage !

J’ai mis la chemise bleue, celle que tu m’as offerte à Noël. Si tu voyais comme elle me va bien !

 

Je vais sortir un peu pour profiter du coucher de soleil sur la baie. Je serai de retour juste après.

 

Si tu rentres avant moi, n’oublie pas de te préparer : Klaus nous a invités pour dîner, ce soir.

 

Je… »

 

Sur le bas du message interrompu, la plume avait éclaboussé le papier de tâches d’encre qui n’étaient pas encore sèches.

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 09:23

30 JUIN 2011. Silence du matin.

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D’ordinaire, le matin est sonore, bruyant.

Explosion soudaine de mouvements juste au lever du soleil.

Les coqs, les bruits de la ville qui s’éveille, les voisins qui parlent, les radios qui passent les premiers rythmes.

 

Ce matin, le silence.

 

Les sons sont feutrés, étouffés. Absents.

 

La petite voisine n’a plus de leçons, semble-t’il. Elle a dû composer.

Hier encore, elle répétait la première guerre mondiale. En boucle.

Aujourd’hui, la terrasse est vide.

 

De ce silence étrange sortent, clairement, quelques bruits isolés :

 

Les claquements d’ailes des pigeons blancs qui s’envolent d'une terrasse proche.

Le choc lourd et cruel d’une hâche sur un tronc, très loin.

Les piaillements d'oiseaux.

 

C’est tout.

 

Jacmel ne s’est pas éveillée ?

Toute la ville veut faire  durer la nuit  un peu plus longtemps ?

Il est pourtant déjà cinq heures.

Bizarre…

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 20:05

24 JUIN 2011. ENTREFILETS . ( 1 )

 

DSC09492.JPG

 

Certaines idées de textes survivent, s’étoffent, se construisent et deviennent des articles charpentés, avec du contenu, du suspens, et des chutes.

 

Parfois la chute vient très tard, et on ne sait pas trop ou je vais. On se perd en chemin.

On me l’a reproché pour «  Aquaplanage ».

Mais j’aimais bien ce texte qui ne parlait du titre qu’à la fin. La dernière phrase ou presque.

 

D’autres idées passent à la trappe. L’actualité étant trop rapide pour être utilisée. Des trucs notés sur un bout de post-it et qui ne tiennent pas la distance. Ou bien je perds le post-it.

 

L’affaire ..S.K., replacée en Haïti, avec une histoire de blanc riche et puissant qui aurait troussé une  soubrette noire aurait pu faire un joli texte.

Mais, bon ici, ..S.K. signifie Shelter Kit.  (Abri)

 

 

Enfin, d’autres évènements, situations, moments, conduisent à des morceaux trop courts.

Par exemple :

 

L’éclipse. Qui se souvient encore de l’éclipse de lune d’il y a quelques jours.

18 juin. Une sorte de fin de cycle : une  lune cachée après la fabuleuse  lune rousse. Le silence des lumières après l’explosion carmin, face à la mer.

L’ombre, les ténèbres.

Mais ici c’était le  plein jour, à l’heure de l’éclipse.

J’ai scruté le ciel, prêt à me remplir du spectacle, faire un texte tonitruant sur le merveilleux du moment, mais d’éclipse point.  La lune, l’après midi, est déjà rarement  visible.

Seul événement dans le ciel : le sillage blanc d’un avion de ligne.

Au pire, un Boeing rempli d’une escouade d’évagélistes américains avec leur t-shirt identiques qui vont encombrer l’aéroport de Port au Prince.

Au mieux, une équipe de têtes bien faites, médecins, avocats, chercheurs, intellectuels, entrepreneurs,  affinés ailleurs, exilés volontaires des années durant,  des diasporas motivés, qui rentrent pour participer à la renaissance du pays.

Je crains qu’on ne se tape les t-shirts uniformes.

 

La graduation.

 

J’ai eu l’honneur et l’avantage d’être choisi comme parrain pour la graduation de la promotion sortante de l’école OPA KINDER.

Une mission lourde et pleine de responsabilités… 49 fois la pose pour les photos de remise de diplômes ; pour la postérité et le souvenir des diplômés. Elles seront vendues aux parents.

La graduation,  c’est un événement copié et collé des USA où on célèbre le passage d’étudiants en fin de cycle.

Par exemple, et on le voit beaucoup dans les films, les jeunes gens en toge  moirée avec leur coiffure particulière (un bol à l’envers, surmonté d’une plaque carrée, genre plateau de fromage), et toute la journée, uniformes de rigueur.

Blanc pour les filles. Vert fluo pour les gars.

 

J’y reviendrai sans doute.

 

Mais je n’aurai pas dû accepter ce parrainage.

Cette cérémonie protocolaire  où les parents payent pour les uniformes, les photos, la fête avec la famille, etc… s’est passée à Lamontagne, pour la sortie des minots de l’école pré-scolaire. Comme s’ils avaient besoin de ça. Une dette de plus.

 

Le premier ministre : quel pays, qui a mordu la poussière, gère des gravats, se tape une relance de l’épidémie, est confrontée chaque jour à plus de problèmes que nos démocraties,  peut se permettre des élections qui durent près de cinq mois, et  accepter le luxe de ne pas avoir de premier ministre et donc pas de  gouvernement ? A part la Belgique, je ne vois qu’Haiti.

Mais qui donc a intérêt à bloquer les choses ?

Pour tout, il faudra attendre.`

 

Le bout du monde.

Quand j’étais en France, j’étais persuadé que le bout du monde était ici.

J’y suis venu. Et je m’aperçois que le bout du monde a changé d’endroit.

Il faudrait se mettre d’accord pour fixer le lieu, le bout du monde, une bonne fois pour toute.

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:17

24 juin 2011. UNE PHOTO .

 P1070513

Une photo, on peut tout lui faire dire.

Un cadrage un peu travaillé, une lumière choisie, un petit réglage qui concentre le regard.

Ou un extrait d’image sorti du contexte, et cela donne une idée immédiate, une certitude. Une histoire que l’on a réécrit.

 

Et puis parfois, une image brute, sans retouche, sans recadrage, comporte des tas d’éléments.

 

Comme celle-ci qui rassemble, en une seule vue, des quantités d’informations sur ce pays. Un instantanné qui illustre des aspects multiples  de la vie quotidienne.

 

Le cadre : nous sommes dans la banlieue de Port au Prince, vers Carrefour, dans la zone des réservoirs de carburant. Il n’a pas plu. Les flaques habituelles sont sèches.

 

Au fond, à peine visible,  un camion rempli de boissons gazeuses roule vers le Sud. Ce type de cargaison est aujourd’hui fréquent : il semble que les bulles soient devenues le moyen le plus efficace pour se désaltérer, pour couper la soif. Les bouteilles en plastique finiront dans les ruisseaux et sur les grilles des égouts. Ou sur la plage.

 

Il est suivi de près par un camion de Chiritos, une espèce de « snack », en maïs soufflé, qu’on mange en France à l’apéro. Ici c’est presqu’un comme un repas qui est donné aux enfants. Ce type de nourriture industrielle emballée est devenue courant, et remplace la production traditionnelle locale. Les sachets finiront aux  mêmes endroits que les bouteilles.

 

La route, pas finie, poussiéreuse, en travaux, cependant. Ce qui donne l’espoir qu’un jour elle  soit terminée.

 

Le pick-up d’une ONG. Il y en avait peu sur la route en ce jour de congé ( Fête-Dieu) . Mais les jours normaux, c’est une noria. 

 

Le chauffeur ( Doudouche)  est au téléphone. Cet accessoire est indispensable, permanent, et la vie ne serait plus possible sans lui. Un incroyable moyen de lien. Les marchandes, les paysans, les jeunes, tout le monde a son mobile.

 

Un boss  soude, en direct sur le côté de la chaussée. Pas de lunettes de protection, allongé sur une planche de contreplaqué, et deux tiges de fer pour la masse.

On a eu de la chance : il y a du courant, à cette heure là.

 

Le pare-choc a buté sur une roche un peu plus tôt. J’imagine le problème à Marseille si, dans mon beau 4x4 j’avais touché avec mon « pare-buffle »: expert, garage, immobilisation, facturation… Ici cela se règle en dix minutes, pour 250 gourdes ( 5 Euros). 

 

Voilà une illustration  de la nutrition, de la circulation, de la communication, de l'électrification,  bref, de la situation, résumées sur une image bien banale. 

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 20:27

13 JUIN 2011 . AQUAPLANAGE .

 DSC05850.JPG

 

On a souvent dit qu’Haïti est un pays pauvre. Qui manque de tout.

Que les biens de consommation, les services, les opportunités commerciales et culturelles manquent cruellement.

 

Qu’il faut « traverser » ou « voyager » (termes utilisés pour dire : aller voir à l’étranger ) pour trouver ce qui nous manque.

C’est ce qu’on dit quand on n’y est pas. Ou qu’on ne cherche pas dans les recoins.

 

J’ai longtemps cru que c’était vrai. N’ayant pas de temps à fouiner ou farfouiller pour trouver ces choses « essentielles ».

J’en ai cherché des trucs, importants et impératifs pour vivre bien,  et finalement les ai fait venir de France.

 

Et puis, peu à peu, j’ai trouvé les adresses, découvert  les endroits, regardé les gens.

En Haïti, il y a tout, et plus encore. 

 

La réputation du manque et de l’absence est surfaite : on trouve tout, ici.  

Et la chance, c’est le mélange ancestral des cultures qui fait qu’il y a des produits du monde entier.

 

Pour faire bref, on peut trouver ici même du roquefort à la découpe, du bordeaux millésimé, des mercedés, des blackberry, et du Nutella (du vrai).

 

Dernières trouvailles, pour montrer qu’il y a tout  : de la choucroute, des soldats sri-lankais, du wiskhy-sour, l’Equipe, des projets de marina à Jacmel, des cours de danse latine, un jet ski dans la baie...

Il y a donc tout. Ou presque…

 

Même une auto-école.

 

C’est la dernière chose que je pensais trouver ici.

Elle est là, je passe devant chaque jour.

Mais je ne l’aurais pas remarqué si je n’avais pas décidé d’avoir une «  licence » haïtienne. Je pensais qu’il suffisait de faire trois tours sur la plage avec l’inspecteur dans la Suzuki cabossée. Mais non. On peut aussi suivre des cours, avoir des leçons.

 

Je croyais que le permis ici fait partie des options facultatives.

 

Je me le répète chaque jour en passant le carrefour au  feu vert : trois fois sur quatre, un type me passe devant le nez, ignorant sans doute l’utilité de la lumière rouge de l’autre côté.

 

Ou alors en voyant les conducteurs  téléphonant, sans ceinture, roulant à gauche, dans une camionnette surchargée avec les phares détruits, des freins défaillants et les pneus usés.

 

Des moniteurs diplômés qui enseignent tant bien que mal les règles officielles de la conduite. J’étais certain que cela n’existait pas.

Et ils font sérieusement leur travail.

 

Dimanche matin, je suis tombé sur la leçon portant sur l’aquaplanage. Un truc qui vous fait glisser sur les routes lisses à cause d’une pellicule d’eau entre les pneus et le sol.

 

Il suffit juste de trouver des routes lisses.

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 21:35

12 juin 2011.  « Détaché de service public », ou « les poussières du Palais National ».

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Marie Lourde a du souci à se faire.

Elle va perdre son emploi.

Ou plutôt son salaire.

 

C’est un cousin, ami du chauffeur du directeur de cabinet d’un ministre qui lui avait trouvé le poste.

 

Il n’y a pas très longtemps, en fait. Cela date de septembre 2010, juste avant les élections présidentielles.

 

Une chance ! Elle remercie le cousin chaque mois depuis cette date. Parce qu’elle a enfin un job.  De quoi nourrir le gamin qu’elle avait eu d’un beau jeune homme  qui s’est éclipsé depuis.

 

Marie Lourde avait  pourtant tout ce qu’il fallait pour trouver un bon emploi : en sortant de la classe de Philo, elle avait embrayé tout de suite vers des études de comptabilité informatisée, une formation  un peu chère, mais un métier plein d’avenir.

 

A ce moment là, des entreprises naissaient, des bizness démarraient.

Un créneau, un truc en béton ! Ses parents paysans ont vendu un bout de terre pour payer l’école privée choisie par leur fille.

Diplôme en mains, elle n’a rien trouvé. Richter n’a rien arrangé.

 

Puis après quelques mois à trainer dans la maison d’une tante en ville à regarder les clips de kompa trafiqué à coup de vocoder  des groupes mulâtres de la diaspora, tout en mangeant des kilos de biscuits salés, elle s’est lancée dans une formation d’anglais. ( ouf, grosse phrase )

Au cas où elle pourrait partir rejoindre sa petite sœur à Boston.

 

Mais le coût du passeport et la difficulté pour obtenir le visa avait refroidi son enthousiasme. Elle n’avait pas l’argent non plus pour payer le facilitateur du bureau de l’immigration.

 

Elle s’est alors remise à manger des chips et à boire du coca. En regardant des séries américaines en version originale. Au moins ses cours d’anglais ont servi à quelquechose. Des histoires d’amour compliquées.

C’est à ce moment là qu’elle est devenue un peu obèse.

 

Puis, elle a décidé de se lancer vraiment dans les choses sérieuses. Une licence de sociologie et d’antropologie.

Passionnée, elle a vite obtenu tous les diplômes.

 

Elle a refait du sport et a abandonné les sachets de bouffe industrielle, le maggi et les boissons énergisantes.

 

Elle a même laissé tomber les cuisses de  poulet importé bourrés d’hormones  ( on appelle ça «  poul mouri » ici),  pour se limiter aux « poules-pays ».

Elle ne supportait plus qu’on la compare à une bouteille de coca retournée.

 

Mais elle  n’a rien trouvé. Pas une seule opportunité de travail. Rien.

Elle a juste retrouvé une ligne un peu moins circulaire. Et a remis ses jeans slim.

 

L’éclaircie est arrivée après quelques mois  au cours d’une veillée funéraire, chez une vieille tante décédée. Un  cousin, le fameux chauffeur,  lui a  promis de trouver un travail, grâce à ses relations.

 

Et elle s’est effectivement retrouvée employée de l’Etat, femme de ménage au Palais National.

En novembre 2010… des mois après l’effondrement de l’édifice. Pour tout dire, elle n’est jamais allée au Palais. Un tas de ruines, depuis janvier. Et les poussières ne sont pas faites.

 

Avec ses collègues, le petit personnel du Palais, elles devaient être pas loin de 300.

(Labadie, qui doit avoir  ses sources, en a dénombré 287.)

287 personnes payées pour faire les poussières dans les recoins du palais effondré.

 

Marie Lourde, elle,  ne va qu’une fois par mois dans le bureau du personnel pour toucher son chèque, comme les autres.

Elle regrette un peu  de ne pas pouvoir se rendre sur place, dans le palais, mais l’accès est réservé aux démolisseurs. On dit qu’ils ont trouvé, parmi les gravats, des enveloppes pleines d’argent liquide…  Des millions de gourdes. Cela l’aurait bien aidée. Une enveloppe en passant le balai.

Enfin,  tout ça, c’est ce qui se dit. Je n’ai aucun moyen de vérifier, ni aucune envie.

 

Elle a eu beaucoup de chance, avec ces élections qui n’en finissaient pas.

Des tas de gens ont été nommés pendant tout ce temps. Et plus ça contrôlait, plus ça reportait les résultats, et plus il y avait de monde en fin de mois dans le bureau des RH de l’Etat. Cela a duré un bon moment.

 

Quand est arrivé le nouveau président, il a dû avoir un choc.

 

Des Marie Lourde par bataillons entiers, partout, à tous les niveaux, nommés par centaines depuis quelques mois.  Gouverner, c’est Prév…

 

Mais, le chanteur-président, lui, n’a  pas eu peur. Il a annulé toutes les nominations trop récentes, cadeau de l’ancien, parti (du verbe partir).

 

Je ne l’ai pas entendu, mais il paraît que c’est ce qu’il a dit à la radio, le Président.

Au moins, pour le moment, il craint « dégun » (peur de personne, en Nissart, langue des Niçois originaires natif-natal de Nice, soit 40 personnes environ).

Il se fout   d’être impopulaire : ceux qui ne font rien, dégagez… ouste.

On dirait Sarkozy au temps de Cécilia quand il montrait ses muscles.

Ou Jésus au temps des marchands du temple.

 

Du coup, à la fin du mois, Marie Lourde ira toucher son dernier chèque. Son contrat est caduc.

 

Bon, elle n’ira pas revendiquer, car femme de ménage du palais, c’était cool , mais elle n’a jamais manié un balai, ou une chiffonette.

 

Et puis, pour l’avenir,  elle a eu une idée : il lui suffirait  d’avoir un visa pour la France.

 

On lui dit qu’il y a des postes un peu du même genre dans les universités, là-bas.  Bien payés.

Les professeurs ne donnent pas de cours,  ne viennent jamais, sauf au bureau des RH en fin de mois pour toucher leur chèque. 

On  appelle ça : « détaché de service public. »

Une administration vous paye pour faire autre chose que votre job.  

Comme regarder dans le trou des serrures des hôtels aux portes du désert.

C’est une sorte de mécénat de compétence au frais des imposés.

70 000 il y en aurait, des détachés,  c’est un ancien misnistre qui l’a dit.

 

Elle a écrit Paris VII sur son petit carnet, il lui suffira de trouver l’endroit en arrivant.

Elle a un cousin qui est ami d’un chauffeur à Paris.

Il paraît qu’il conduit les autos du G7. Ce serait pas le groupement des  grands Présidents, ça ?

 

 

NB: Marie Lourde est le nom d'un personnage imaginé. Les informations sont issues d'Internet et non vérifiées. Les affirmations n'engagent que moi, et encore...

Internet peut diffuser des fausses nouvelles : ce matin un tremblement de terre en Italie, par exemple.

L'histoire de Paris VII, je n'y connais rien, et je m'en moque un peu. 

Je me suis juste amusé en écrivant cette histoire dont une grande partie est purement inventée, et une grande partie est la pure vérité.

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 08:46

7 avril 2011.  L’INFLUENCE D’UN CENTRE DE BASSE PRESSION QUASI STATIONNAIRE …

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Un groupe de jeunes filles se serrent sous un parapluie en riant.

Elles sont déjà trempées et le parapluie donne une tâche de couleurs au portrait : peinture à l’eau.

 

Plus bas dans la rue, un enterrement passe. Les musiciens, la famille, les amis, les curieux, tout le monde est sous l’averse. Le mort est au sec, comme dit Moro.

 

Les barbacanes des terrasses déversent des milliers de litres d’eau dans la rue. Cascades. Cataractes.

 

Des torrents dévalent dans les rues, emportent les fatras, bouteilles, sachets qui s’agglutinent aux grilles de l’égoût.   Tout s’arrête. Tout s’englue.

Des mares, des étangs se forment dans les quartiers du bas. La boue s’étale. Il faudrait un canoë pour s’engager dans certaines ruelles.

 

Sous les tentes, couvertes de bâches de secours ou de toiles rafistolées, on ne dormira pas. Une nuit de plus. Combien de nuits encore à veiller sous l’eau.

 

La rivière est furieuse. La terre s’en va à la dérive. Pourra-t’on traverser bientôt ?

 

 

On dirait que toutes les pluies qui ont tardé à venir se déversent d’un seul coup.

Le ciel se rattrape. Cherche à se faire pardonner. Vannes grandes ouvertes.

 

On parle de désastre nouveau. Port au Prince compte ses morts. Ils avaient survécu au séisme et au choléra.  Le centre de basse pression ne les a pas manqués, cette fois.

 

Basse pression, cela soit signifier qu’elle est très élevée tout autour. Comme des coups qui redoublent sur une peau tendue, comme un vide entouré de sarabandes, comme un trou noir dans un flot de lumières trop fortes. Un siphon, un trop-plein.

 

Jacmel l’après midi est comme un soir d’automne. Gris, sale, humide, détrempé.

Demain, Saint Médard : pourvu que la pluie s’arrête à temps. 40 jours, ce serait long.

 

Le soir les rues sont des canaux.

Je suis comme à Venise dans mon pick up noir laqué comme une gondole.

Je laisse un sillage à l’arrière, où les eaux se referment sur mon passage. L’avant est une étrave. « O sole mio »…

 

Les paysans, là haut, sont heureux. Il ne faudrait pas que cela se prolonge. Les pois risquent de pourrir sur place. Mais enfin , là haut, le vert déborde.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 22:56

1 juin 2011.  UN AN.

 

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Je savais bien, il y a un an, en entrant au petit matin dans le hall de l’aéroport d’ORLY SUD, que la vie qui venait serait différente. Qu’une page se tournait.

 

Je savais que des changements et des bouleversements m’attendaient.

Je les avais choisis, je les avais voulus, je les avais cherchés, depuis  longtemps.

 

Le « reste du temps », qui commençait.

 

Déjà, juste avant de boucler la ceinture, des moments intenses et contraires avaient montré que plus rien ne serait comme avant.

Brel, qui résonne en bande son.

« Et puis, il disparaît bouffé par l’escalier. » La plus belle chanson de départ.

 

L’Atlantique passée, une averse tropicale plus tard…

 

En arrivant dans ce monde pourtant connu mais en ruine, le choc a été profond et lourd : débris, fatras.  Plus de répère, rien qui ressemble à l’autre vie.

Désolation de Port au Prince. Poussière à peine retombée. Il reste quoi, du monde ancien ? Un symbole que ces murs brisés ?

 

Passer, à nouveau, d’un monde policé, futile, organisé, rangé, cartésien,  même avec ses variantes particulières  et ses originalités Marseillaises, à ce chaos indescriptible, a été une vraie expérience.

J‘avais cherché ce choc. Je l’ai trouvé.

 

Des images qui ne s’effacent pas. Des multitudes de marchandes assises sous des murs branlant à vendre trois merdouilles. Un peuple qui marche. Des tas de débris au milieu des carrefours. Des pierres en monticules, des fers tordus, du béton en miettes.

 

Pas à plaindre pourtant.

 

Débarquer en terrain connu, et n’avoir aucune crainte ou blocage de langue ou de culture, il y avait peu de risques.

Je n’avais même pas peur.

Je les connaissais, ces images tropicales, ces gens, ces lieux,  ces mots.

Au bout de deux heures, j’étais déjà rentré « chez moi ».

Comme un retour attendu et programmé. Un mélange de «  Déjà vécu » et de «  Jamais vu ».

 

On se recrée vite un nouvel environnement, un nouveau quotidien : qu’est ce qui change, au fond ?

La forme des fleurs, la couleur des fruits ? Le nom des lieux, les noms des gens ? La couleur de la terre, le nombre des moustiques, la teinte de la mer, le son des radios ? D’une rade à une baie. La mer semble la même.

Les mêmes valises, tout au long des voyages. J’ai vieilli un peu, c’est tout.  `

 

Les gamines qui se trémoussaient il y a 25 ans sur des « méringue » traditionnelles, au soir sous la tonnelle du village du fond du Nord Ouest, «  panama’m tombé », sont devenues aujourd’hui  des belles adultes qui dansent dans leur cuisine sur «  Boukman Experians ou Ram », rois de la musique racine.

 

Puis les jours se sont empilés, les lieux enfilés comme des perles, et des gens, des regards, des rencontres, des conversations nouvelles. Des chemins parcourus, des « chita-pàlé », des nuits de veille. Des morts, des naissances.

Un ouragan, un carnaval, une épidémie.

Des attentes. Des musiques inconnues et nouvelles. «  Si m’pa palè, m’ap touffé ».

Donc des histoires, des messages, des canaux différents pour dire au loin le quotidien ( Skype, FB, un autre bout du monde au bout du web) . Des tableaux peints ou vivants. Des couleurs, des odeurs.

 

Des rires, des frissons  de bonheur pur.

Des larmes aussi. Des silences trop longs.

 

Cette route de Lamontagne dont je connais chaque caillou, chaque ornière, chaque panorama. Et mon dos s’en souvient.

 

Un an et des tonnes de semences, des tonnes de ciment, des tonnes de blocs, des tonnes de bois. Des tonnes d’inattendu.

 

Des maisons qui sortent de terre, des lieux de vie qui se reconstruisent.

Elles sont belles, ces maisons. Carrées, toitures à quatre pans. Passeront les cyclones.

Des sourires enfin décrochés après tant de malheurs.  Le meilleur moment : poser la serrure et donner la clé. Et regarder leurs yeux.

Sortir des ruines, sortir des tentes. Des gestes de rapprochement. Et tout devient tactile, tout devient touchant.  On se serre, on s’embrasse.

De la vie qui revient. De l’émotion vive et profonde, en avalanche. De la reconnaissance infinie.

 

Je quittais à peine la marchande de fleurs du Prado, le vendredi matin, pour poursuivre la conversation avec la marchande de sandales de la Halle de Jacmel.

Une histoire qui se poursuit.  Seule une sorte de lenteur plus grande dans le rythme.

Et la puissance de l’impact. Chaque action devient presque vitale.  Donner la vie, la redonner. Regarder un monde renaître. Être juste là quand il faut.

 

Des maisons par dizaines, des arbres par dix mille. C’est une trace, ça, non ? Une marque, un bilan.

 

Ils sont explosés de rire quand je dis que mes petits enfants viendront voir leurs petis enfants dans ces maisons. C’est plus fort qu’une feuille de présence. Plus chaud que des années de millèmes.

 

En un an, ici, on doit devenir quelqu’un d’autre. Toutes les cellules ont dû changer.  A grande vitesse. Des neurones laissés en route. Métamorphose.

 

Même les bananes bouillies/ spaghettis au petit déjeuner sont devenues acceptables.

Ils m’appèlent le blanc créole. Un compliment.

 

Un an plus tard, il reste ces moments, si forts, si denses.

Ces pages pleines, ces images multiples.

 

Des gens qui sont passés, tous ceux qui sont partis – turn over des ONG-, tu as à peine le temps de faire connaissance et pfffuit, ils sont en Somalie, en Asie ou ailleurs.

 

Mais les gens d’ici. Les importants. Ceux qui ont les pieds dans la poussière. Et le nez au soleil.

Ceux qui sont là, et qui resteront. Ceux qui sont d’ici. 

Tous ceux qui me font oublier que le monde ancien s'éloigne.

 

 

 

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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 06:58

21 mai 2011. LA FIN D’UN MONDE.

 

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« Les oiseaux noirs volent dans la lumière de la profonde nuit sombre. » (*)

 

Je n’ai pas entendu les cohortes d’élus décoller vers l’Eden.

Et, à l’autre bout du monde, je vois des amis présents.

 

Donc, nous sommes vivants. Ou pas partis vers les contrées célestes.

 

Ce matin, seuls les oiseaux noirs.

 

Les coqs ont fait leur travail, dès quatre heures. Et bien en forme, tous ! Orchestre cacophonique et multiple.

 

La voisine de droite, la vieille Claire, a commencé ses mélopées, allumé un feu pour le café du vieux. Les odeurs matinales des gouttes de gaz oil aspergeant le réchaud pour démarrer la combustion sont bien présentes.

La jeune fille, celle qui vit avec les deux vieux, a fait sa toilette dehors, a sorti ses cahiers, s’est assise sur la chaise trop étroite pour son envergure imposante,  et s’est lancée dans ses leçons matinales.

 

Sur le toit de la maison de gauche, une autre jeune fille s’est enveloppée d’un drap fleuri.

Et a répété des centaines de fois le rôle des philosophes français, Voltaire et Montesquieu, dans l’émergence des idées menant à la révolution américaine. Chaque matin, elle s’assied là, et révise à haute voix.

 

 

Les bougainvilliers, pourpres et blancs ont accroché les tous premiers rayons du soleil.

 

Des chants beuglés dans une sono criarde ont brisé le silence : une église, vers l’est, s’est donné pour mission de pourrir le réveil des habitants du quartier. Et plus c’est fort et plus c’est faux. Entendant ça, Dieu a dû faire demi-tour. Il venait chercher les justes.

Hier soir déjà, jusqu’au milieu de la nuit, des cantiques lancinants ont perturbé le calme. Cela venait de l’ouest.

 

Ils devraient se concerter et tous faire leurs offices le même jour à la même heure. Il n’en resterait qu’un mauvais moment à passer.

 

Le ciel est rose martellien.

 

Un mélange de douceur et d’éclat.

 

Le quartier s’éveille, premières motos, premiers klaxons.

 

Avant hier, j’ai réussi à me perdre dans les rues des environs.

C’était pourtant tout simple : sortir de la grand rue, passer chez le tailleur ( Il te salue, Marine) emprunter la ruelle de droite, face à la fabrique de blocs, éviter les flaques, monter un peu dans la ligne droite et retrouver le grand portail.

J’ai pris à gauche, et encore à gauche.

Mon retour du coin de l’Eglise Osanna à la maison aurait dû durer cinq minutes. Une heure après je tournais encore dans les dédales du quartier.

 

Evidemment je ne demande pas. J’ai mes repères, l’antenne, le manguier, le camion… Mais trop d’antennes, trop de manguiers…

 

On m’a changé les lieux, le sens des rues, pourquoi poursuivre ?  

 

J’aurai dû juste m’asseoir, attendre que la pression retombe, chasser l’émotion du moment. Mais la chaise est déjà prise, quelqu’un, bien installé, me regarde avec un sourire en coin. Il était là avant, bien en place.  Installé juste au carrefour de plusieurs routes qui montent et qui descendent.

 

Moi, perdu, là, sur ce chemin parcouru tant de fois.

Où avais-je la tête ?

 

Arrivé au bord de la campagne, en limite des zones construites, j’ai lâché prise, cessé de persévérer dans ces lieux jamais vus.

 

Je suis rentré au bord de la nuit. Des éclairs annonçaient l'orage.

 

( *From Blackbird. Beatles)

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 09:13

15 mai 2011 . Le jugement dernier.

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Comme tout le monde, enfin, ceux qui entrent à Jacmel,  je passe souvent devant cette immense affiche à l’entrée de la ville.

«  Jésus va revenir le 21 mai 2011. »

Elle a été installée là, avant le carnaval, et personne ne sait vraiment qui en est l’auteur.

Au début, cela intrigue, cela surprend.

On y apprend donc que le jugement dernier est proche.

Puis, comme le reste, on ne la voit plus.

 

Mais maintenant, la date approche.

Le jugement dernier est pour bientôt.

 

Et si on cherche un peu, on peut trouver des explications.

 

Voilà, en résumé,  ce que dit un site qui semble bien documenté : ( copié –collé de  www.ebiblefellowship.com, je n’ai pas supprimé les fautes)

 

LA CALENDRIER HISTORIQUE DE LA BIBLE

 

Le Seigneur a montré à son Peuple le « Calendrier Biblique » que l'on trouve dans les pages de la Bible. Les descriptions du livre de la Genèse, particulièrement les chapitres 5 et 11, sont un calendrier précis de l'histoire de l'humanité dans ce monde. Le calendrier historique de la Bible est très précis et fiable.

 

(…)

 

UN JOUR EST COMME 1000 ANS

Les enfants de Dieu ont appris de la Bible que le langage de la Genèse chapitre 7 a un double sens:

Genèse 7:4 Car, encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits, et j'exterminerai de la face de la terre tous les êtres que j'ai faits.

Historiquement, quand Dieu prononce ces mots, il reste sept jours à Noé, sa famille et ses animaux pour monter dans l'arche; mais spirituellement (et la Bible est un livre spirituel), Dieu s'adressait au monde entier et déclarait que l'humanité pêcheuse avait 7000 ans pour trouver le salut dans Jésus Christ. Comment pouvons-nous le savoir ? Car c'est basé sur ce que nous lisons dans le chapitre 3 des Evangiles selon Saint-Pierre:

2 Pierre 3:6-8 et que par ces choses le monde d'alors périt, submergé par l'eau, tandis que, par la même parole, les cieux et la terre d'à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies. Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour.

Le contexte est très important ! Dans les premiers vers, Dieu nous renvoie à la destruction du monde par le déluge du temps de Noé. Ensuite nous trouvons une admonestation intéressante qui dit que nous ne devons pas oublier une chose: 1 jour est comme 1000 ans et 1000 ans est comme 1 jour. Immédiatement après cette information se trouve une description très vivante de la fin de ce monde par le feu.

Qu'est-ce que Dieu peut vouloir nous dire en comparant 1 jour avec 1000 ans ?

Nous avons appris que le déluge du temps de Noé a eu lieu en 4990 av. JC. Cette date est complètement exacte (pour plus d'information sur la chronologie biblique de l'Histoire, vous pouvez visiter www.familyradio.com).  Ce fut en 4990 av. JC que Dieu révéla à Noé qu’il ne restait 7 jours avant que des montagnes d'eaux n'envahissent les terres. Maintenant, si nous substituons 1000 ans pour chacun de ces 7 jours, nous obtenons 7000 ans. Et si nous ajoutons 7000 ans à cette date de 4990 ans av. JC, nous obtenons 2011 après JC.

   4990 + 2011 = 7001   

Note: Lorsque l'on compare une date de l'Ancien Testament avec une date du Nouveau Testament, il faut toujours soustraire un an, puisqu'il n'y a pas d'An 0. Ce qui donne:

   4990 + 2011 – 1 = 7000 années exactement.

Cette année 2011 sera la 7000eme après le Déluge de Noé. Ce sera la fin du laps de temps offert à l'humanité pour trouver grâce auprès de Dieu. Celà signifie que le temps restant pour trouver le Salut dans le Christ est extrêmement réduit !

 

Je passe le reste des explications où, en plus d’apprendre qu’un jour est mille ans, qu’il faut un peu tripatouiller les dates, extraire des phrases de leur contexte pour justifier la démonstration.

Ces hypothèses posées, on apprend donc que le jugement dernier est le 21 mai, que les élus partent vers le paradis promis, que les autres se prennent des cataclysmes, et que le monde humain disparaît cinq mois plus tard, le 21 octobre.

 

 (…)  “Il leur fut donné de les tourmenter pendant cinq mois; et le tourment qu'elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion, quand il pique un homme.”

 

Ah… Le tourment que cause le scorpion !

 

Bon, donc, que faire des 6 jours qui nous restent. Plusieurs solutions.

 

L’indifférence ? Faire comme si l’affiche n’existait pas. L’aurais-je su, d’ailleurs, si j’habitais Grand Goave, Petit Trou de Nippes ou Jamais Vu ?

Continuer à vivre pareil, construire des maisons ( qui seront détruites ou englouties), écrire des projets , pour lancer de nouvelles opérations ( pour qui, s’il n’y a plus personne ?), acheter des cocas par caisse de 24 ( mais il en restera, le 21).

 

Le déni ? Tout ça, c’est de la pub pour les officines religieuses, qui pullulent ici. Celui-ci fait un gros coup marketing. Il suffit juste de croire à ces admonestations, et hop, vous avez votre carte de fidélité pour l’Eden. Cela permet aux tenanciers du biblebusiness de s’acheter un nouveau 4x4, en criant que la fin du monde est proche.

 

Crier avec les loups ? Cela me rappelle Philippulus, le prophète, dans un des Tintin, « L’étoile Mystérieuse » je crois. Je me vois bien, vêtu d’un drap blanc, marcher dans les rues pour annoncer la fin du monde. Repens-toi, repens-toi !!! Et voilà les pendus qui se rependent.

 

Profiter du temps.Faire, enfin, tout ce qu’on n’a jamais osé faire. Oublier les règlements, les conventions, les interdits, les acquis de l’éducation. Il y a des tas de possibilités, et cette option là est séduisante : six jours de folie douce, de liberté sans limites.

Mais gare à la gueule de bois, le 22 au matin.

 

 

Préparer ?Tout mettre en ordre pour le 21. Mais 6 jours, c’est court.  Faire les papiers, faire une bise aux proches, signer les testaments, changer l’huile de l’auto, ranger mes chaussettes, résilier le bail… Mais c’est parier que c’est vrai.

Et puis se convertir vite fait et aller à tous les offices du coin : les baptistes, adventistes, mormons, sectes diverses, chanter des Alléluias, des « Béni soit l’Eternel » à genou dans les cailloux, suivre les prêcheurs Yankees, écouter Benoît 16 en boucle sur Youtube…

 

 

Ici, en fait, il n’y aura rien de spécial. Depuis toujours, tout le monde vit comme si c’était le dernier jour. Comme si le monde devait s’arrêter ce soir. Chaque jour est un 21 mai.

Rien qui ne tienne compte d’avenir, de plan, de tendances longues, de projets à long terme. Rien qui ne résiste au temps.

Et puis quel autre cataclysme pourrait frapper le pays ? Je pense bien à DSK premier ministre d’Haïti, mais là, ce serait trop dur.

 

Mais les choses vont changer, avec notre nouveau président. Et pour le téléphone, Haïti ne sera plus en tarif local avec l’enfer.

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