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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 21:11

 

 La Fête Patronale.  Lundi 5 juillet / Mardi 6 juillet 2010.

 

La pluie m’a réveillé.

J’étais dans un rêve d’océans, d’îles, de vagues. Et le bruit de l’eau… sur le carrelage  m’a fait sortir du sommeil.

Il y a une fuite au plafond.

La quantité d’eau qui se déverse dehors est faramineuse.

Un énorme pluie, inattendue, ou en tout cas pas vraiment annoncée. Le ciel était noir, mais, là, c’est un déluge.

 

Et le bruit des gouttes s’écrasant sur les tôles ondulées me rappelle d’autres étés, d’autres lieux. Montagne aussi, mais froide et grise, Oisans, Ecrins.

 

Les routes seront difficiles, tout à l’heure.

 

Donc, tant qu’à faire de ne pas dormir, comme promis, voici la chronique de la Fête Patronale de La Montagne.

Il y avait depuis quelques jours une sorte de fièvre ambiante. On me parlait de la fête, sans trop me dire ce qui se passerait, j’ai promis de venir, deux jours là-haut.

Une première nuit sur place.

Dormira t-on, où ? Mystère.

 

Samedi matin, courses à gauche et à droite, déménagement .

 

C’est samedi que j’ai quitté Florita. Je commençais pourtant à bien l’aimer. Le calme était pourtant revenu. J’avais trouvé une sorte d’équilibre : un coin préservé et un peu calme, dans cette chambre au si grand lit.

J’y avais fait mon logement, mon bureau.

Donc départ de l’Hôtel  Florita.

 

Aménagement dans le bureau sur la rue, et dans l’appartement situé dans le même bâtiment.

 

Aménager ici prend tout son sens.  J’ai besoin d’une table, de chaises ?

Je vais chez le menuisier :

-       « Je veux une table et quatre chaises pour le bureau »

-       «  Pas de problème, blanc, je peux vous vendre quatre chaises et une table » ( ici, on m’appelle «  blanc ». Actuellement,  ce serait plutôt « rouge »)

-       « Je peux les voir ? »

-       « Non , mais elles seront prêtes lundi, si Dieu veut »

 

Il n’y a pas de stocks, on fabrique à la demande.

 

J’ai pris l’habitude d’appeler avant d’aller prendre livraison. En général le délai annoncé n’est jamais tenu. Deux ou trois jours d’écart ne pose leur pose pas de problèmes . A moi, oui…

 

Donc samedi, la table était prête, les chaises, non. Je le soupçonne de les avoir fabriquées , et vendues à quelqu’un d’autre.

Un peu comme mon marchand de blocs ( parpaings)

J’ai commandé 4000 blocs, pour les faire transporter à La Montagne ce mercredi. Par précaution, je vais voir tout à l’heure. Il avait bien commencé à les faire. Mais comme je n’avais pas versé d’acompte, il les vendait au fur et à mesure de la demande. Il y avait donc 200 ou 300 blocs disponibles cet après midi . Je lui ai payé la moitié de la facture, et là, je pense que cela devrait changer.  Je vais peut-être  pouvoir faire transporter mes blocs mercredi, comme prévu.

 

Le bureau que j’ai loué pour Planète Urgence commence à prendre tournure : il y a du courant, une table, un meuble récupéré… Je vais pouvoir y travailler.

 

L’appartement me semble immense, c’est toujours plus grand qu’une chambre d’hôtel.

Un grand rez-de-chaussée, salon cuisine, un demi étage, salle de bains, une chambre au demi étage suivant, et une autre tout en haut. Tout ouvert, en mezzanines sur un grand vide. Le plafond est bien à 12 mètres du sol. Une ancienne bâtisse Jacmélienne.

 

Le samedi matin est s’est donc passé entre des valises à refaire, et à transporter de l’autre côté de la rue : j’ai la vue sur le Florita.

 

Puis départ en début de l ‘après-midi vers la Fête Patronale de La Montagne.

 

La rivière est encore haute, les chemins  boueux, mais cela passe.

La montée est peuplée. Les motos taxis sont innombrables, et chargées à plein.

J’ai compris comment les passagers traversaient la rivière : le pilote de la moto vous laisse au bord, vous traversez à pied, de l’eau jusqu’à la cheville, le genou ou la ceinture selon les jours et les endroits, puis vous récupère de l’autre côté…

 

Et la moto est le moyen le plus fréquent pour monter à La Montagne : très peu de voitures, d’habitude.

Aujourd’hui , il y en a nettement plus, des 4x4.

 

Il y aura du monde là-haut.

 

Et la montée est peuplée, ce samedi, de voiture en panne. Et oui, cela monte, c’est caillouteux. Les espèces de vieilles machines ( automobiles) ne tiennent pas la distance.  Tiens, un mot qui a un sens différent en créole et en français.

Je mettrai, pour la suite, les mots créoles qui ont un sens différent  en Français en italique, parce que cela donne un peu de sens et de précisions à l’histoire.

 

Au milieu de la pente, trois hommes, une roue de secours, un énorme baffle , pas de machine à l’horizon.  En général, je ne donne jamais de « roue libre » ( auto-stop).

Là c’est tellement étonnant que je m’arrête.

C’est un groupe de dominicains, (de Saint Domingue), qui vont faire les DJ à la fête. Je les invite à monter à l’arrière du Pick-Up. Au moins, il y aura de la musique. Et puis, ils m’inviteront, tout à l’heure à venir dans leur programme.( l’enclos où ils feront leur musique).

 

Arrivés à La Montagne, dans la localité de Lacroix, un peu plus peuplée que le village où nous travaillons, il ne semble pas y avoir trop d’animations. Du monde arrive, mais ce n’est pas encore la folie.

Il n’est que quatre heures de l’après-midi. Je comprendrai tout à l’heure qu’il faut attendre la nuit…

 

Retour au local d’Opadel.

Pour la fête, la rue sera éclairée, et de la musique commence à fuser, à fond.

Cela semble tout simple, mais ils ont fait preuve d’ingéniosité et de pragmatisme : les lampadaires sont des tiges de bambou, le fil électrique aussi fin que du câble de téléphone, l’électricité vient du delco ( génératrice) qu’on m’a demandé de monter de Jacmel.

 

Une  longue attente commence, vautrés à l’arrière du pick-up à regarder les jeunes gens et les jeunes filles qui montent à quatre par moto vers la fête.

 

Serge, l’agronome, me demande un  petit service :

«  Peux-tu aller chercher les mères ( les religieuses, enfin les sœurs…) qui montent pour la messe de demain et qui sont en panne, à Jacmel ».

Soit une heure aller, une heure retour.

Là, à leur grande surprise, j’ai refusé.

« Elles n’ont qu’à prendre une moto, comme tout le monde. Ou une autre voiture. » Il y a une floppée de curés, d’ecclésiastiques qui vont monter. Il en passe déjà, dans leurs beaux 4x4 blancs. Ma mère va encore me traiter de mécréant.

 

Il passe vraiment du monde. Les motos taxis font des allers et retours. C’est pour montrer le temps passé à attendre : j’en vois qui sont déjà à leur troisième voyage.

 

Puis, vers 21 heures, je n’en peux plus d’attendre. En fait, on attend l’arrivée de Christian, le président d’Opadel,  qui était à une réunion en ville, et Romuald, le vice-président,  qui était à Port au Prince.  Il a récupéré les mères et les transporte dans sa voiture.

 

On se décide donc tous à partir enfin vers la fête à Lacroix.

 

Mais, enfin, qu’est ce que c’est, cette fête ? La fête patronale, c’est tout un village ou une ville qui fête le saint patron de la ville . Jacmel, par exemple, c’est le jour de la Saint Philippe ( et Saint Jacques), le 3 mai .

 

C’est donc au départ une fête religieuse catholique, avec une grande messe le dimanche, où tous les religieux du coin viennent, en grandes pompes, avec parfois, comme ce sera le cas ici, la présence de l’évêque.

On astique et on  décore l’église. On la fleurit, ici avec des fleurs artificielles  ( dommage …)

 

Départ donc vers Lacroix. Le pick-up est plein. Des jeunes gens sapés et parfumés, des filles en bigoudis ( pour la coiffure de la messe de demain)

 

Et la, vraiment, cela ressemble à une fête.

Sur un petit espace, au centre du village, des marchandes, des vendeuses de manger, poulet grillé, cabrit frit, beignets des toutes sortes, cela sent la friture, le grillé,  un peu comme à l’entrée du Vélodrome les soirs de match de l’OM.

 

Il y a des sonos, des DJ, je retrouve mes dominicains. Les enclos de palme sont fermés : les filles entrent gratuitement, les garçons payent.  On passe  d’un endroit à l’autre, on cherche le meilleur son.  La musique est tonitruante, et le volume sonore est maximum : on n’entend plus les moteurs de génératrices…

 

C’est assourdissant, chaque programme cherche à attirer plus que les autres .

 

Les ouvreurs cherchent à faire entrer les filles dans leur enclos, pour attirer les garçons ( qui payent, donc)

 

Le dispensaire est ouvert et distribue des capotes par paquets. Tiens donc…

Grégory en récupère une boîte entière. Pour mémoire, une boîte, c’est 144 unités.

Je  retrouverai la boîte demain dans la voiture, …vide !!! Sacré Grégory. Il me dira plus tard les avoir distribuées. Mais bon…

 

On choisit un des enclos , on s’installe et c’est parti : manger, boire ( des mélanges étranges à base de rhum, sucrés et fruités, traitres, donc), et danser.

 

Il fait nuit noire, on ne s’entend pas.

J’avais décidé de m’asseoir et ne plus bouger. Mais le rythme du compa est trop fort.

 

Quelques danses avec Milouse. Je suis loin d’avoir le style des jeunes gens, mais cela fait du bien de bouger un peu ses vieux os. Mais je reste en fait très académique. Ils se  marrent, bien sûr.

 

Le compa est une danse avec un rythme assez simple. Cela se danse un peu comme un zouc en plus lent et en frottant les pieds au sol.  La danse normale est très collée. Le haut du corps  jusqu’au nombril bouge peu, les pieds, et les jambes jusqu’au dessus des genoux,  en fait assez peu aussi.  Le reste semble par contre bouger pas mal. Je veux dire entre le nombril et plus haut que les genoux.

 

Une danse un peu hot, donc, et les couples se forment peu à peu. Il fait noir, je disais. Pour être précis, on dit d’un couple qui danse le compa qu’il est « plugué ». Qui vient de l’anglais «  Plug », prise électrique. Symbolique, non ?

 

La suite demain…

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 20:35

Les journalistes. 30 JUIN 2010.

 

Le drame d’Haïti a attiré pendant quelques jours beaucoup de journalistes. Certains ont poursuivi leurs articles pendant quelques semaines.

Et puis la coupe du monde, les inondations, et je ne sais quoi encore ont évacué Haïti des « unes » de journaux.

 

Ici à Jacmel, c’était cool pour eux, les journalistes.

Une ville à peu près civilisée, un ou deux hôtels encore debout avec la clim,  des plages sympas pas loin.

Il en est venu, de partout.

Sans parler des people qui se dont montrés.

 

Puis pfuitttt…. Partis.

 

Un journal canadien, The  Globe and Mail a, lui, engagé une expérience que je trouve intéressante : suivre Jacmel pendant un an.

Le choc, les premiers jours, tout le monde l’a fait .

 

Là c’est une démarche différente : vivre la reconstruction pendant une longue période.

 

Donc, deux jeunes journalistes sont installées à Jacmel pour suivre cela.

 

On a un peu sympathisé, comme tous les occidentaux ici.

 

Puis, je leur ai proposé de venir à la Montagne.

Je m’aperçois que le fait d’être un peu en dehors de la ville pour le travail est un avantage. Et de plus en plus de gens viennent y voir.

Il va falloir que je mette en place des voyages organisés.

 

Elles sont, les deux jeunes journalistes,  à la fois ultra intégrées, interviewent les autorités ( maire, sénateur) sans aucun complexe, et à la fois un peu décalées : elles ne parlent ni français, ni créole…

 

Mais des pros.

Jessica fait les textes, Deborah les photos.

 

Je parle d’elles parce qu’elles m’ont montré quelques techniques que j’utiliserai pour cette chronique : des noms, du réel, du vécu, coco…

 

Elles sont le reflet de l’image qu’on se fait des grands reporters, pas peur, et tout est intéressant.

 

Nous avons donc passé la journée d’hier avec elles à la Montagne.

Quand je dis nous, c’est Doudouche et moi…

 

Donc nos deux reporters ont amené leur traducteur. Nickel en créole, bègue en anglais. C’était à la fois hilarant et insupportable.

J’ai vite pris le relais, pour la traduction. Le texte anglais n’ayant plus rien à voir avec le texte créole. Je pense que le pauvre était tétanisé.

 

Elles ont posé des milliers de questions, sur tout ce que nous faisons, pas à moi, mais à Christian Léger, président d’OPADEL, cette fameuse organisation des paysans de la Montagne avec qui je travaille : le type de plantes, les délais de croissance, les méthodes de distribution …

(vous avez vu : des noms, des précisions, le rappel du contexte… improving, coco !)

 

 

Pris des tonnes de photos.

 

Sur leur site ( « project Jacmel », on voit même la cuisson du cabrit de midi)

 

 

J’étais en fait très fier de cette visite, pas pour moi, là encore, mais pour mon équipe de djeunes.

 

Le discours  de ces jeunes est clair : on veut réinsuffler du dynamisme à cette campagne abandonnée et pauvre, créer de l’activité, faire de l’amélioration des rendements pour maintenir ou faire revenir les gens sur place et montrer que paysan , c’est pas une tare.

 

Quand Romuald explique qu’un mandarinier greffé sur un pied d’orange amère peut faire une récolte de fruits qui se vend 50 000 gourdes, et que le pied d’origine produit des oranges amères vendues 5000 gourdes, on voit tout de suite le résultat financier  du processus.

Quand il montre une poule locale et une poule « améliorée », c’est du simple au double.

Quand il fait goûter les mangues greffées il y a deux ans sur un pied local, on voit le résultat de leur travail : charnues, sucrées, appétissantes, alors que les mangues d’origine ( mangos fil, qui sont évidemment fibreuses,) restent à pourrir au pied de l’arbre.

 

Elles ont été passionnées.

Leur article sera , je pense très bon.

Je vais essayer d’en avoir un exemplaire.

 

 

L’autre actualité , c’est la livraison des matériaux : 20 tonnes de ciment, 288 tôles, 4 tonnes de fer à béton, etc…

 

Les choses sérieuses vont commencer.

 

Et puis, pour ce week end, la fête patronale.

Toute la Montagne sera en fête, et je suis invité.

Deux jours là-haut.

J’espère être assez clair pour raconter au retour. Cela risque d’être joyeux…

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 06:14

26 JUIN 2010-  Une Journée à La Montagne.

 

Cela commençait à faire un peu long.

 

La pluie, onde tropicale qui a rasé les côtes d’Haïti a perturbé pas mal le déroulement des derniers jours.

La pluie remplit la rivière, détruit les routes, et même avec un bon 4X4, on ne passe plus.

Seuls s’aventurent vers la Montagne quelques motos-taxis un peu kamikazes.

Je n’ai pas encore envie d’essayer cette technique.

 

Les motos-taxis, c’est donc un moyen de transport collectif ici. Je ne comprenais pas trop, au début pourquoi il y en avait tant. Dans mon souvenir du Nord Ouest, c’était bien des pick-up ou  des camions qui servaient de transport collectif ( gens, sacs, bassines, poules, fers à béton)

Ici, bizarrement, ce sont les motos qui transportent … les mêmes choses.

Même les fers à béton. Blague du jour : pour les livraisons de fer à béton ( qui traînent donc derrière la moto, retenus par le passager ) le fer doit mesurer ½  pouce au départ, et arriver à ¼ de pouce à l’arrivée, après avoir trainé une bonne heure sur le sol. Pas étonnant qu’il y ait des problèmes de solidité dans la construction.

 

Les motos taxis sont bien un moyen de transport collectif : la plupart transportent quatre personnes chargées…

 

Donc pourquoi les motos plutôt que les autos ? D’abord, bien sûr c’est moins cher, cela passe partout. Mais aussi, le maire de Jacmel est l’un des plus grands concessionnaires de motos de la ville . Cela explique peut-être. Il n’y a qu’ici qu’on trouve des motos Edo Zenny. C’est le nom du maire. En fait, des robustes motos chinoises.

 

Donc je disais, la pluie bloque le passage.

 

La rivière est couleur de terre et charrie tout cela à la mer. C’est cela, l’érosion. Rien ne retient la terre, et elle part à la mer.

 

Le sol s’appauvrit, les cultures périclitent, mais aussi la mer se charge en limon, et les poissons ne peuvent plus survivre .

La déforestation est un phénomène terrible en Haïti.

 

Explication.

 

Haïti  est un pays de paysans. La démographie galopante fait qu’il y a de plus en plus de monde à faire vivre sur une surface somme toute exigüe.  Quelqu’un de très  célèbre ( Napoléon, De Gaulle, Coluche ?)  a dit que pour représenter Haïti il fallait juste froisser une feuille de papier et regarder le résultat : collines, montagnes, vallées, irrégularités. Peu de surfaces utiles.

Les familles de paysans n’ont plus suffisamment de surface à cultiver pour survivre. Et plus assez de revenus.

Donc, ils déboisent, augmentant ainsi les surfaces, de plus en plus à flanc de montagne et de plus en plus escarpées.

Ils récupèrent le bois et en font du charbon de bois qui est le combustible le plus utilisé en Haïti.

 

Vous me suivez . Le déboisement des flancs de montagnes met la terre à nu, qui dévale à la première grosse pluie, appauvrit le sol, et se retrouve à la mer.

Donc re-déboisement d’autres parcelles, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que la rocaille nue.

Certaines photos sont parlantes ( voir FB)

 

Du coup, les paysans quittent la campagne et émigrent vers les villes où ils s’entassent dans des bidonvilles  surpeuplés (Port au Prince ) ou partent à l’étranger par des moyens risqués (canots )

L’effroyable bilan du tremblement de terre vient en partie de là : Les quartiers construits de bric et de broc de Port au Prince étaient surchargés d’habitants.

 

 

Mais la région de Jacmel n’est pas la plus touchée : il pleut souvent, et un semblant de végétation se maintient plus ou moins. Gonaïves et le Nord Ouest, déjà très arides d’avance, sont aujourd’hui complètement pelés. D’où les dégâts majeurs à chaque cyclone dans cette ville de Gonaïves dont on reparlera  en juillet.

 

 

Voilà qu’il pleut donc plusieurs jours, que les routes sont bloquées, que la plage devient turquoise- marron, et que je suis coincé  à Jacmel.

Les bulletins météo aimablement envoyés par l’armée chilienne ou péruvienne sont alarmistes. (Alarme jaune, puis orange, hier)

 

Je m’occupe donc ici, mets en place les conditions de la première livraison ( programmée pour lundi), fait accélérer les travaux du bureau…

 

Et puis ce matin, je décide de monter quand même. Le temps a l’air clair, la météo parle d’une tempête, pour cet après midi. En fait elle n’arrive que maintenant. Il est 20 heures.

 

Doudouche, le chauffeur mécanicien logisticien  est en place. Il a remis en forme la voiture , huile, filtres, ventilateur, pneus. Il n’a pas perdu son temps pendant la pluie. Doudouche est ponctuel, intelligent, et plein d’initiatives. Il est précieux.

 

En avant.

 

La route par la rivière est coupée. Nous passons donc par la Vallée. La rivière est normalement  juste à la sortie de JACMEL . Il faut donc  d'habitude environ dix minutes pour la traverser et se retrouver de l’autre côté, un joli endroit appelé Sable-Cabaret.  Là, à cause de la pluie, on fait le détour par l’autre route aménagée d’un gué bétonné pour franchir la rivière. Et traversée de la zone appelée «  La Vallée ».

Montées, descentes, flaques, boue… La routine.

 

Mais cela passe bien. Il faut juste une heure pour se retrouver à …Sable-Cabaret, au début de la montée vers la Montagne.

La dernière fois, j’étais émerveillé de voir que la route avait été nivellée, ornières bouchées, un gros tracteur avait passé sa lame sur une bonne partie du parcours. C’était presque bien.

 

Là les pluies ont tout annulé. Ornières, roches à vif, creux, bosses. Un désastre.

 

Il a donc fallu deux heures pour arriver à la Montagne.

 

Mais ils étaient là, mes petits gars d’OPADEL ( pour ceux qui n’ont pas tout suivi : Organisation des Paysans Actifs pour le Développement de La Montagne.) C’est avec eux que je travaille.

Café d’accueil, papaye, quelques blagues, le mondial à fond sur la radio…

 

Puis  travail des dossiers des bénéficiaires des constructions ( 18 sont identifiés )  et visite des chantiers.

L’emplacement de la première maison est prêt, délimité. On commence dès la livraison des matériaux.

 

La pépinière, elle,  est en pleine phase de développement. On est à 9200 arbres plantés ou semés dans des sachets : cacao, café, avocats, papayes, mangues, citrus…

 

Aujourd’hui, c’est l’activité greffage qui fonctionne.

 

On prend un pied de citrus ( c’est un pépin d’orange amère mis en terre qui donne le pied de citrus) et dessus on greffe un rameau d’autre agrume qui donnera des fruits doux ( orange, mandarine, pamplemousse)

 

C’est tout simple.

 

Puis quand ce sera bon, et bien pris, on revendra à prix réduit le pied au paysan du coin qui le plantera près de chez lui et bénéficiera des fruits.

Economiquement intéressant, durable et pérenne.

Dans quelques mois, avec les pieds antérieurement plantés, on fera des récoltes qui seront vendues ou transformées sur place. Nous aurons à mettre en place cette filière de transformation.

Nous ferons appel alors aux spécialistes du séchage, de la confiture ou des conserves… Avis aux amateurs.

 

Voilà donc, cette partie s’appelle de l’agroforesterie. J’adore. C’est réjouissant, prometteur et visible. Il y a du vert partout.

 

L’autre partie agricole est la reforestation.

Là nous revenons à  l’érosion. En fait, ils ont entrepris de faire reprendre des arbres dans une partie ultra dégradée d’une colline surplombant le village. C’est à la fois gonflé, mais si cela marche, ce sera exemplaire. Le principe est de barrer les rigoles et les passages des eaux de ruissellement par des système rudimentaires de pailles de palmiers, de feuillages divers : l’eau passe, la terre reste. Ce qui crée des cuvettes pleines de ces boues emprisonnées, qu’ils enrichissent un peu de compost et où ils replantent des arbres. Ceux –ci se développent, les racines retiennent la terre qui se renouvelle avec les feuilles de ces nouveaux arbres qui pourrissent. La montagne reverdira donc.

 

Ils ont ce dynamisme provocateur qui fait qu’ils réussiront.

 

Voilà donc une belle journée à la Montagne. Le vent se lève.

 

Cette journée  me fait revenir à Giono («  Que ma joie demeure » )

 

«  L’homme, on a dit qu’il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc, mais composé d’images éparses comme les feuilles dans les branchages des arbres et à travers desquelles il faut que le vent passe pour que ça chante.

Comment voulez-vous que le monde s’en serve s’il est comme une pierre ? Regardez une pierre qui tombe dans l’eau. Elle troue. L’eau n’est pas blessée et la voilà qui fait son travail d’usure et de roulis. Il faut qu’à la fin elle gagne et la voilà au bout de sa course qui aplatit à petit coups de vagues la boue docile de ses alluvions. Regardez une branche d’arbre qui tombe dans l’eau. Soutenue par ses feuillages, elle flotte, elle vogue, elle ne cesse jamais de regarder le soleil.

A la fin de sa transformation, elle est germe, et des arbres et des buissons poussent de nouveau dans les sables. Je ne dis pas que la boue est morte. Je ne dis pas que la pierre est morte. Rien n’est mort. La mort n’existe pas.  Mais quand on est une chose dure et imperméable, quand il faut être brisé pour entrer dans la transformation, le tour de roue est plus long. Il faut des milliards d’années pour soulever le fond des mers avec des millimètres de boue, refaire des montagnes de granit. Il ne faut que cent ans pour construire un châtaignier en dehors de la châtaigne et quiconque a senti un jour de printemps sur les plateaux sauvages l’odeur amoureuse des fleurs de châtaigne comprendra combien ça compte de fleurir souvent. »

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 20:15

18 juin 2010 . 22H30 .  N.G.O.

 

 

NGO, c’est l’acronyme anglais de ONG. Organisation non gouvernementale.

Des gens, jeunes, et de moins jeunes, qui travaillent pour le bien du monde.

C’est hallucinant, le nombre d’ ong. Et le nombre de gens chargés d’essayer d’améliorer les choses.

 

Ce soir, c’est fête à l’hôtel Florita. Helena s’en va.

Elle a réuni du monde pour son départ.

C’est comme un mundial : l’anglais discute avec l’algérien, le mexicain toise le français ( qui ne va pas tarder à rentrer au pays) , l’américain s’organise avec le slovène, la belge originaire du chili déguste les pizzas…

Le monde a dû être refait mille fois.

 

Il n’y avait pas autant de nationalités, la première fois. Nous étions surtout une bande de jeunes volontaires, essentiellement français.

Là, c’est venu de partout. J’ai oublié le Canada, le Congo, le Vénezuela,  Marseille,  et tant d’autres.

 

Donc les NGO sont là pour remettre Haïti dans le bon chemin.

 

La plupart travaillent beaucoup, et on voit le résultat des interventions : secours, soins, protection des femmes ou des enfants.

Camps, distributions, travail de remise en ordre et de nettoyage ( cash for work)

 

Il y a des milliers de gens qui sont venus de partout.

 

Les haïtiens regardent un peu ce monde passer et tentent d’en tirer quelque chose.

La technique, la connaissance qui débarque est parfois un peu loin de ce qu’ils vivent au quotidien. Ces moyens là, ils ne les ont pas.

Des énormes camions siglés UN (Nations Unies ) traversent le pays.

 

Espérons qu’il sortira de toute cette énergie quelque chose d’utile et d’efficace.

 

 

 

23  JUIN 2010. OCCUPE !

 

Je n’ai pas vraiment laissé tomber, mais j’étais sur un rythme disons prenant.

Cela ne veut pas dire exactement efficace, et follement constructif, mais en tous cas chronophage.

Je vais donc raconter un peu ces derniers jours.

 

La dernière visite à la Montagne date de jeudi 17. La journée a été longue et passionnante car il s’est agi de faire le tour de toutes les écoles de la zone, à la fois pour les géolocaliser ( ces points GPS seront utiles pour déterminer les emplacements exacts et serviront de références à l’ensemble des organisations, tant pour la protection, que la distribution de bâches, ou de tentes)

Unicef a accepté de nous en fournir un certain nombre de tentes, en attendant la reconstruction des écoles.

 

Donc visite, en grande partie à pieds des coins reculés de la zone, des écoles plus ou moins détruites, des directeurs qui essayent de survivre et de faire tourner les établissements.

 

Le vendredi et le lundi sont partiellement consacrés aux réunions des coordinations ( éducation, construction…)

 

Ce week end a été studieux et difficile , entre les problèmes de connexion, la compta à tenir et le système informatique à comprendre et maîtriser.

 

Donc mardi, Port au Prince…

 

Mais je vais remettre un peu les choses dans le contexte.

 

Revenir en Haïti, c’est comme un roman de Dany Laferrière.

Je conseille à chacun de lire «  L’énigme du retour » ( prix Médicis )

Il y raconte bien cette nécessité du départ, du retour, et ce qu’il trouve .

 

Une phrase m’a particulièrement hantée pendant des semaines, avant de venir ; c’était exactement ça. L’appel au départ et la presque impossibilité de ce départ :

 

 "  Il arrive toujours ce moment,

le moment de partir.

On peut bien encore trainer un peu

à faire des adieux inutiles et à ramasser

des choses qu'on jettera en chemin.

Le moment nous regarde 

et on sait qu'il ne reculera plus."

 

Et voilà, pour rejoindre un autre livre de Dany Laferrière, ( « Pays sans chapeau », je crois), il y a une double vision permanente : le pays réel, et le pays rêvé.

Cela rejoint mon pile et face.

 

Ce pays est multiple et peut vous faire passer en quelques instants de la plus grande exaltation à la pire des dépressions.  En quelques minutes, le ciel bleu parfait se couvre et des cataractes tombent.

 

Un instant de pur bonheur à la Montagne est balayé par dix minutes dans un ministère.

 

Alors, quelques exemples du pays réel :

 

-       Bureaucratie.

J’ai acheté une voiture. Tout devait être très simple. Puis au moment du transfert de plaque à mon nom, on me demande mon permis de conduire. Je donne fièrement mon superbe permis international. Eh non … Il faut  le permis haïtien. Et pour l’avoir, il faut un numéro d’identité fiscal haïtien. ( NIF) Et pour avoir le NIF il faut aller à la DGI ( Direction générale des Impots)

Donc, retraversée de la ville. Port au Prince c’est en permanence, à toute heure ce qu’on appelle ici un blocus. C’est à dire qu’il faut deux heures pour faire 2 Kms.

Donc blocus, et arrivée à la DGI, dont les bâtiments ont été détruits et les équipes décimées… Le bureau actuel est un préfabriqué où se trouvent 4 agents répondant aux demandes de dizaines de personnes. Je demande donc mon NIF, et là on me demande … ma carte de séjour.

Il faut des semaines pour l’avoir.

Donc en gros une matinée perdue, une voiture qui restera encore quelques emeines au nom du vendeur…

 

-       Désolation.

La désolation, c’est ce que je risque de ne plus voir, très vite parce que cela fait partie du quotidien.

Faire des photos de paysages paradisiaques, avec des plages turquoise, c’est en fait montrer une image très limitée de la réalité. Ici, tout est désolation, chaos, destruction, fatras.

C’est extrêmement choquant, mais on s’y habitue très vite.

 

Et en plus, avec ces pluies , c’est terrible.

 

Je ne vois déjà plus cette route défoncée, ces carcasses de toutes sortes qui sont sur les bas côtés , ces centaines de maisons effondrées. Il reste des centaines de milliers de personnes déplacées, dont une majorité dans des endroits à risque ( ravines, endroits inondables…)

 

Cette situation est peu visible directement à La Montagne, mais chaque visite à Port au Prince est un rappel douloureux. Mais comment font ils pour survivre, là ?

Il y a une dose d’adaptabilité impressionnante dans ce peuple. On parlait d’inventivité.

Hallucinant.

 

Et moi qui rouspète quand je n’ai pas d’eau, de courant ou d’internet, pendant quelques heures.

Mais alors vivre sur un tas d’ordures, sous une toile trouée, ce serait quoi ?

 

J’ai déjà un peu dit tout ça, mais cela revient, revient, imprègne, c’est une sorte d’évidence quotidienne. Mais je suis sûr que très vite je ne le verrai plus. Que ceux qui passeront ici seront effrayés d’un quotidien qui ne me marquera déjà plus…

 

 

A part ça, on a tout bouclé pour le transport des matériaux des premières maisons : choix du fournisseur, choix des quantités, des ouvriers.

Tout est calé.

 

Sauf que depuis quelques jours  la route est impraticable ( rivière trop haute, boue partout)

 

On n’a donc pas pu faire le transport . Mais on espère …

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 08:21

Tête Chargée. 16 juin 2010 .

 

Tèt Chargé : en créole, cette expression est souvent utilisée. Elle a, je pense, plusieurs utilisations. Comme beaucoup d’expressions, ici. Boss Doudouche l’utilise souvent. On passe beaucoup de temps sur les routes et chemins, à parler et à rire. Il est très  fin, C’est du bonheur.

 

Pour moi, je prends cela, tèt chargé,  comme l’expression d’une trop grande affluence de trop de choses en même temps, un trop plein, un overbooking des neurones. Inexprimable.

 

Tu empiles les occupations, les idées, les problèmes, les frustrations, les découvertes, les joies, et soudain, bling … Tèt Chargé.

 

Cela tombe de partout, d’ici, d’ailleurs, du monde, est,  ouest, far ouest, de nulle part. Tu vas, calmement, suis ta route, et d’un seul coup, tu ne sais plus trop où tu vas, ni pourquoi tu y vas.

 

C’est un peu ce qui  est arrivé.

 

Je suis tranquille, j’avance, je regarde, je cumule, je rencontre, j’engage, je discute, je trépigne, je patiente, j’oublie,  je pars, je reviens, j’attends, j’attends … et bling . Black out.

 

Donc je vais démêler, retracer sans ordre, vider quelques cases – il en restera  un moulon – pour faire de la place.

 

Le travail . Cela avance à un rythme infernal  ( !) . Un peu bête, je me suis mis la pression : il faut accélérer.  Pas de nouveautés fulgurantes, mais des visites de fournisseurs de matériaux, des rendez-vous de chiffrages, des choix à faire, des budgets à suivre, des propositions à faire, des textes à rédiger, des comptes à tenir..

La Montagne, Jacmel, Port au Prince…

 

Lourd : les visites chez les fournisseurs. Le ciment, le fer, les blocs ( parpaings) , évidemment tout cela est très demandé tant par les Haïtiens que par les dizaines d’ONG qui travaillent dans le coin.

Du coup, pénurie ( volontaire ?) du coup, envol des prix.

Nos budgets sont explosés, et le prix de la première maison dépassera le budget. On est aux environs de 5500 Euros pour une maison de trois pièces. Etonnant, non ?  Foncia.fr…

Le problème aussi, c’est qu’il faut des heures pour avoir un devis : c’est multiplier des prix ( qu’ils ont) par des quantités  ( que je donne) : cela devrait aller vite .

Ce matin, royalement, j’en ai fait deux …  Dont un qui a refait ses calculs deux fois.

Patience, patience.  Pendant ce temps, il fait chaud, on dégouline, on perd de l’eau. J’en suis à Trois litres par jour. Come disait mon docteur, pour le cholestérol, pas de problèmes.

 

 

Je me suis vengé en allant photographier la mer, tout près. Bientôt les photos sur Facebook. « Topicales » mélange de Topic et de Tropiques. En fait une vraie faute de frappe… Marigot, s’appelle ce lieu turquoise. Je vais aller me tremper dans ce Marigot là .

 

Plus passionnant : la discussion des prix de main d’œuvre avec les «  boss ». Un boss, ici, c’est un professionnel d’une spécialité : un boss maçon, c’est un maçon. Un boss bois, un menuisier. Un boss caoutchouc, c’est celui qui répare les crevaisons…

Pour Pauline : c’est quoi, un boss anova ?

Donc , avec mes boss, discussion sur le prix de la main d’œuvre pour la construction. Ils partaient de 100 000 Gourdes, moi de 20 000 gourdes. Au fait, la gourde n’est pas autre chose que la monnaie locale. Ce n’est pas une pouffe locale.

 

39, 50  gourdes valent Un dollar américain

5 gourdes valent Un dollar Haitien.

Donc, que vaut un poney ? ( Pour Laurène)

 

Bref deux heures de discussions,  un grand théâtre, un moment de pur bonheur, envolées, faux départs, misère, misère, et on est arrivés à un accord qui tiendra un peu, à 40 000 Gourdes plus de la bouffe. On verra si cela tient.

 

Le mondial.

 

C’est donc plus grave qu’un tremblement de terre. En Haïti, pour chaque match, même un truc du style Kazaksthan contre Iles Feroe, toute la vie s’arrête. Les boutiquiers ont mis une télé sur le comptoir, et la vente s’arrête ; les fonctionnaires sont en réunion ; les taxi-motos roulent en tenant une radio d’une main ; les policiers s’enferment dans les commissariats. Bref la vie d’est arrêtée.

Le gouvernement a fait installer des écrans géants avec grosses génératrices dans certaines villes,  et certaines localités même reculées. Serait-ce un coup politique pour faire oublier que les élections sont pour bientôt ?

 J’en ai vu une près de la Montagne, à Terre Rouge, exactement .

PS : le 17 juin, j’ai visité une école à l’heure du pénalty du Mexique. Binetôt sur Facebook.

 

Mes petits gars de l’OPADEL ont mis en place une télé avec le générateur. Problème : on ne capte le signal que tout en haut de la Montagne. Donc, ils partent, télé, générateur sur le dos  pour monter au plus haut- et ça grimpe !!-  et capter un maigre signal.  Une antenne fixée au sommet d’un bambou .Je vais leur dire que cela ne vaut peut être pas la peine de le faire quand la France joue.

 

Mais surtout, tout Jacmel est pour le Brésil. Il y a un pic de maillots jaunes et verts les jours de match de la seleçao. J’essaierai de photographier le phénomène. Ce sera très chaud pour la finale, Brésil / Allemagne. Jacmel est une ville du Brésil.

 

La nuit.

La nuit est vivante. Je peux en témoigner, car j’ai des heures de réveil bizarres. Je veux dire matinales, très. Un bruissement d’aile au fin fond de la galaxie, venu d’un quelconque  continent, me réveille.

Et là je sors sur le balcon et contemple la nuit.

 

L’avantage de Jacmel, c’est qu’il n’y a pas de courant la nuit. De ce fait, la ville est dans le noir, pas de lumières parasites.

 

Il y a plus d’étoiles ici que partout ailleurs dans le monde. Ou bien on les voit mieux.  Véga de la Lyre ? Altaïr ? L’une ou l’autre scintille plus que d’autres.

 

Et puis les bruits : chiens  qui se répondent, coqs d’avant-jour ( dix secondes entre chaque cocorico ), premières motos, camions, vendeurs…  Nouveauté : démolition d’une maison dans la rue. On casse donc le béton ou le ciment à coup de masse. A partir de 5h.

Je reviendrais sur la nuit.

 

Les répliques.

 

Une réplique est une nouvelle secousse. Il y a une peur qui reste diffuse. Même sans avoir vécu le séisme, il y a cette inquiétude sourde. Et si …

J’avoue que j’y pense tous les soirs. Que se passerait-il et comment je réagirais s’il y avait une forte réplique, dans ces bâtiments déjà fragilisés. Fuir ? Rester ?

Chaque soir je vérifie que la grosse voiture des Nations Unies est bien garée sous mon balcon : je sauterai dessus en cas de problèmes.

Il y en a eu une hier à Jacmel : aftershock.

Une maison est tombée.

Mais j’étais à la Montagne (les corbeaux, pour Virginie ). Rien senti .

 

J’ai retrouvé un texte d’il y a longtemps, premier séjour en Haïti. Déjà il y avait eu une secousse. Je le ressortirai. C’est extrêmement étrange d’avoir écrit cela il y a 25 ans.

C’est surprenant de ressortir des textes d’il y a longtemps qui ont une résonnance actuelle…

 

La Savarine.

C’est un médicament contre le palu .

D’ordinaire, les maringoins ( moustiques) me laissent à peu près en paix, et s’attaquent à d’autres . Marine, tu viens quand, déjà ? Au Sri Lanka, j’étais cool. Les filles servaient d’attractif.

 

Je suis une cible vivante, un dalmatien, un terrain d’atterrissage pour des escadrilles de bestioles. Le mieux, c’est quand il y en a dans la moustiquaire. Enfin, je veux dire chaque nuit.

 

Bref, il faut prendre absolument de l’anti paludisme, maladie tropicale due à un parasite ( plasmodium) transmis par la piqure du moustique.

 

Les effets secondaires annoncés sont : troubles gastro intestinaux, réactions cutanées allergiques, éruptions de type urticaire, maux de tête, troubles visuels, dépigmentation, pertes de cheveux. 

 

Je confirme presque tous ces points … sauf les cheveux.

 

A cela se rajoute un problème de photo sensibilité. Il est vrai que je trouve mes photos actuelles assez sensibles… Hihi.

 

 

La joie.

 

J’ai relu des morceaux de Giono ( Que ma joie demeure. )

Cela m’arrive souvent dans les moments importants.

J’en mettrai quelques phrases, de temps en temps.

 

 En voici un morceau :

«  Il faudrait que la joie soit paisible. Il faudrait que la joie soit une chose habituelle, et tout à fait paisible et tranquille, et non pas batailleuse et passionnée… Je dis qu’on est dans la joie quand tous les gestes habituels sont des gestes de joie, quand c’est une joie de travailler pour sa nourriture… Il se rendait justement compte que pour lui, désormais, la joie ne serait plus paisible. Et il était là à  se débattre et à lutter parce que la joie n’est rien et ne vaut pas la peine si elle ne demeure pas. »

 

Je ferai donc tout pour que cette explosion de sentiments multiples du premier jour se poursuive, que ma joie demeure.

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 13:10

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 12:41

 

11 juin 2010 .  6h 30 . Slow down.

 

 

P1000273

Le rythme commence à baisser. Mais c’est normal, les journées sont chargées, et  le soir, commençant à connaître du monde dans le cercle mouvant des « humanitaires » de Jacmel, j’essaie de passer du temps, à la fois pour casser un peu la solitude, mais aussi pour faire avancer mon propre processus.

Il y a tant de choses à faire, et les démarches les plus simples sont encore un peu compliquées.

 

Dans quelques jours, avec un bureau fixe et un véhicule propre, ce sera sans doute plus simple …

Pour le moment, donc, des jours denses, des soirées de discussions et de recherche d’infos, il me reste la nuit pour écrire.

 

Heureusement, je me réveille tellement tôt, vers 5 heures, cela me permet de poser mes phrases, et de dire ce que je vis.

 

J’ai peut être zappé un peu vite Port au Prince.

A part de dire que c’est un cloaque, une ruine, un décor d’apocalypse… Mais ce n’était pas la peine d’y aller pour le voir .

 

L’environnement est donc terrible. Les rues encombrées, de fatras, de béton, d’ordures, de cochons, de tentes, de carcasses de voitures, dans une chaleur étouffante, une odeur pestilentielle, une vision de cauchemar.

Et il y a derrière tout cela des miracles permanents.

 

Du beau dans la m… Le contraire même de ce que chante Nougaro : «  je verrai toujours de la merde, même dans le bleu de la mer… »

Il y a en fait, au milieu de toute cette saleté, des moments doux, des moments forts, des moments bleus. Des sourires d’après le désastre. Post-disaster Smiles.

 

Les vendeuses se sont réinstallées sur les piles de fatras, les gens se regroupent dans la rue, font la queue des heures dans les banques, sans trop de cris, avalent des sachets d’eau, roulent dans leurs voitures .

 

Oui, une sorte d’étrange sérénité. Et si cela cachait une réplique bien plus forte, une explosion sociale en latence . Un millième de tout cela en France a causé des renversements et des révolutions. Qu’est-ce qui fait que l’homme, quelqu’il soit, quelque soit son origine et sa condition, puisse s’adapter à ces conditions dantesques ? On se rassure en parlant de cette sérénité. Mais c’est totalement inacceptable. Invivable. Infernal.

 

Cela me laisse vraiment pantois de voir – et bientôt déjà de ne plus voir- tout cela . D’où les photos en pagaille, pour me souvenir de ce que je ne verrai plus, très vite. Qui ne me choquera plus, dans quelques jours. L’adaptabilité. Ce sera mon prochain article, une auto analyse… Comment peut on changer de monde si vite, du trop plein – machines, objets- au vide, ou au difficile. Comment ne pas être frustré chaque cinq minutes par tout ce qui ne marche pas.

 

 

 

11 juin 2010 . 22H30. Frustrations.

 

Donc, on vient de France, plein de rêves et d’énergie. Le saut est fait, il faut donc se lancer. Donner le change. Rien n’est grave, tout va bien. Les tropiques, le rêve.

 

La vie est belle. Haïti est magique.

 

Et les jours passant, peu à peu, apparaissent les premières petites déconvenues, les frustations, le manque, et c’est sûr, l’absence aussi. Je ne m’étale pas sur ce dernier point.

L’absence, la solitude peuplée de gens qui passent…

 

Mais le reste est une accumulation de petits faits qui montrent ce qu’on avait, ce qui n’est plus important et ce qui manque vraiment.

Des évidences absentes. Non, des absences évidentes.

Quelques exemples, simples et matériels.

 

Après une chaude nuit, dégoulinant de sueur, moite et trempé de la tête aux pieds, parce qu’avec le black-out ( pas de courant …) le ventilateur ne tournait pas.  Premier reflexe, un peu groggy, un peu sonné. Une bonne douche, à l’eau froide, bien sûr. Et là, quoi de plus terrible qu’un tuyau qui ne coule pas.  Imaginer en France : pas de courant à l’interrupteur, pas d’eau au robinet … L’eau, si importante. J’en connais qui seraient surpris ( prises)  s’il n’y avait pas d’eau à la douche. Jamais je ne m’éatais à ce point confronté à cette abondance aquatique de nos villes.

 

Ce matin , petit déjeuner. Pain sec. J’ose demander un peu de beurre, de confiture ou de mamba ( peanuts butter) : rien, il n’y a rien. Dur quand même vu le prix de l’hôtel ( un bon deux étoiles à Paris) Mais bon, quoi faire ? Et là aussi, l’abondance des repas, face à une relative difficulté d’approvisionnement. Et encore, je ne me plains pas, parce que c’est une fois, comme ça.

 

Puis rendez-vous à 9 heures.  Bien fixé à l’avance, bien répété. Personne, bien sûr . J‘appelle … personne en ligne.

Puis tranquille, le Gregory attendu  arrive vers 9h 30 . La journée démarre mal … Mais c’est quoi une demi-heure ?

 

 

Puis direction internet. Là c’est une vraie frustration.  Quand cela marche : Discuter sur internet avec personne, quand tout le monde dort. Vous, ça va , il y a du monde en ligne . Mais moi, c’est pas évident de voir le plus souvent : il n’y a personne en ligne. Donc on fait comme on peut, on décale. J’écris le soir, j’envoie quand je peux .

 

C’est un vrai bonheur, par contre, de lire les commentaires. Allez y, lâchez vous !

 

Le plus dur avec internet, c’est que cela peut s’arrêter à tout moment : au milieu d’un long message comme aujourd’hui, perdu avant l’envoi . Et en fait, cela ne marche pas bien du tout !!

 

Enfin, dernier exemple : la coupe du monde.  Mais là, je vais faire une page spéciale sur la deuxième catastrophe de ce pays. Tout vient de s’arrêter. 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 21:47

8 juin 2010 -Blog à part.

 

Là je vais quand même faire une mise au point.

Ce blog est un récit off. Il n’y a pas d’aspects professionnels, ou seulement ce qui relève d’humeur, d’impressions, ou de moments fugaces.

Je n’y parle pas de ce qui est directement le travail.

Quand je le relis, j’ai donc l’impression de faire du tourisme.

Je vais donc rassurer mes employeurs, sponsors et coordinateurs s’ils me lisent : je note de temps en temps des choses fugaces, et j’écris la nuit, ou dans les moments d’attente.

Le reste du temps, c’est à dire la plus grande partie des journées, qui commencent tôt d’ailleurs, je travaille. J’essaie d’avancer. Avec ces gens formidables de l’Opadel.

Mais, en dehors de ces moments chauds,  le rythme, ici, c’est l’éloge de la lenteur… des autres.

Il y aura sans doute une baisse du rythme de l’écriture quand le métabolisme du sommeil sera recalé… Je ne vais quand même pas me réveiller à 5heures tous les jours.

Voilà donc, je suis essentiellement là pour travailler sur ce projet passionnant.

Avec des gens qui sont motivés. Un rêve de job, non ? Et ils sont au taquet en permanence, ce qui pour l’instant, est motivant.

 

 

8 juin 2010 . «  Les comédiens »

 

Bernard reconnaîtra l’endroit.  Katerine Marie aussi, d’après ce que je comprends.

L’hôtel Oloffsonn avec ses chambres qui portent un nom :  John Barrimore, Mick Jagger, Aubelin Jolicoeur.

 

Le cadre du roman de Graham Green «  les Comédiens ». Bien vu ! Il y a eu ici des jeux de rôles.

 

Mais avant, la venue à Port au Prince. L’expédition.

La route au petit matin, les mornes un peu verts quand même, la route déjà encombrée si tôt.

Il nous aura fallu trois heures pour faire la distance Jacmel Port au Prince. Une éternité, sous le soleil déjà chaud.

 

C’est la journée du saisissement. Pour ceux qui  ont accès aux photos sur Facebook, vous comprendrez . L’impact du séisme est énorme.  C’est quand même plus de cent fois le 11 septembre .

Des ruines, des gravats, des tas de petits morceaux de béton.

 

Et la vie continue : des marchands dans les ruines, des acheteurs de gravats, des concasseurs de béton au marteau, des enchevêtrements de fers à béton, de caillasse.

 

Froid dans le  dos : des ruines avec des messages, comme « Adieu Sonson, » « Adieu Noel »…  300 000 morts, cela en fait des deuils…

Des histoires à fleur de peau.

 

Port au Prince est un embouteillage total et permanent.  Une punition.

Il faut savoir que pour un document, il faut deux jours. La lenteur donc…

 

 

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 17:24

Lundi 7 juin . Pile ou face

 

La journée s’est passée en ville, de bureaux en réunion.

 

La réunion d’aujourd’hui s’appelait «  Cluster Shelter » .  Ce qui signifie en gros, réunion de coordination des acteurs impliqués dans la démarche de construction d’abris provisoires ou définitifs. Donc, c’est plus rapide de le dire  en anglais .

 

Retour à l’hôtel qui me sert de Qg, longue analyse des documents  - budgets, devis-  , connexion  le soir à une heure  où presque tout le monde dort ( j’ai les noms) et direction la plage pour un plat de cabrit.

 

 

Et vient  le côté pile.

 

Le soleil se couche sur la baie, une petite brise du large vient rafraîchir l’atmosphère, les vagues déroulent, régulières. Un canot de pêcheur s’élance vers le large… Donc, cadre idyllique

 

 

Je vais au bout du cliché. Les yeux vers l’horizon, un jeune homme et une jeune fille dont les silhouettes se détachent en contre-jour sont assis sur les galets. Ils se parlent, se regardent parfois. Il lui touche un peu le bras, elle s’écarte un peu. Un premier rendez-vous ?

Il lui parle encore, elle regarde le large. Ils se rapprochent à peine. Il lui pose la main sur la sienne. Elle ne bouge pas. Elle doit trembler. Il laisse la main sur celle de la jeune fille , remue  à peine les doigts. Elle laisse faire, mais veut peut être fuir. Elle ne sait pas.

 

Il relâchent  la tension, discutent d’autre chose, rient.

 

Ils se prennent la main à nouveau, la serrent fort , se regardent, ne bougent plus.  Il se passe comme une éternité.

Le soir descend très vite. Une lumière clignote au loin. Ils se lèvent. Il lui prend le bras, elle lui prend le bras. Ils marchent doucement, savourent l’instant, sans doute. Ils s’éloignent dans le soir. Je les perds de vue. Je suis sûr que leurs yeux doivent briller.

 

Moi, je suis tranquille, j’attends. La vie est douce.

 

Puis, en me  retournant, le côté face.

 

La plage qui pourrait être somptueuse est jonchée de plastiques et de débris divers, une décharge. L’hôtel si renommé de bord de plage est maintenant fermé. «  La Jacmélienne » n’a pas résisté au temps et au séisme. Murs disloqués.

La lumière au loin est un fait un feu dans les bois. Où sont les canadairs ?

 

Moi, j’attends toujours, en fait j’attends vraiment longtemps. Le charme est rompu. Je comprends pourquoi ils regardaient la mer, les petits jeunes. C’est pas très joli, côté terre…

Musique américano-bizarre à fond, coups de marteau dans la paillote, deux chiens au pied de la table, des motos traversent la plage. La brise annonçait la pluie. Une forte pluie. La coupure de courant, les nuées de moustiques.

 

Mais le cabrit était bon, finalement.

 

Demain, retour à Port au Prince. Monsieur le ministre de la planification et de la coopération externe, j’arrive !

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 21:54

Samedi 5 juin. Florita

 

Depuis quelques jours, dans cet hôtel de bord de plage, je trouvais que l’absence d’internet était un problème difficile.

Pas de contacts, pas de nouvelles.

Quelques connexions rapides dans les hôtels ou dans les locaux des ONG.

 

Je quitte donc «  l’Amitié » J’y laisse déjà des impressions et des moments forts.

 

S’endormir au son de la mer qui roule, pas de bruits de la ville… C’est en fait un luxe, rare.

 

Et ma visite sur la plage, juste au lever du jour, devenait une tradition: je regarde se former les vagues, dérouler lentement et venir mourir en fracas sur le sable.

 

Aujourd’hui, j’ai discuté avec les pêcheurs.

Un compresseur, un tuyau de plastique, et voilà le canot parti pour des plongées profondes. Ils n’ont pas l’air inquiets, mais ce moteur doit dater d’un siècle. Je suis impressionné de la façon dont les choses les plus complexes se font ici de manière simple. Le contraire est vrai aussi.

Mais là, ces pêcheurs sur leur canot antique chargé d’un compresseur d’un autre siècle… je crois qu’on ne respecte pas trop les normes.

Un canot de bois, d’ailleurs, alors que je joli bateau de fibre de verre offert par la coopération ( espagnole, je crois) reste inutile sur la plage. Les espagnols n’ont sans doute pas pensé qu’un simple raclage des coraux qui affleurent ferait couler ce joli bateau.

 

Samedi, et je fais mon transfert à l’ hôtel « Florita. » Juste face aux locaux que j’ai choisi pour le futur bureau. Cela me permettra de sentir l’ambiance du quartier.

 

C’est le plein centre du Jacmel historique avec ses maisons de bois et de fer. Importées de France il y a plus d’un siècle, quand la ville exportait son café par milliers de tonnes.

Quelques bâtisses ont bien souffert. Certaines sont à terre.

 

Mais la plupart sont encore debout, usées par le temps, décrépites mais encore majestueuses. Florita a perdu une aile.

Mais le reste semble encore solide.

Du moins j’espère. Pourvu qu’il ne se passe rien de violent. Il y a quelques fissures.

 

Grande après midi sur la défense de l’environnement, et manifestation dans l’hôtel.

 

Ce qui est étonnant, c’est la rapidité et la simplicité des contacts : entre un ambassadeur, des responsables d’Ong, et autres autorités le rapport est simple et agréable.

 

 

Puis la journée se termine par un mariage dans l’hôtel. L’officier d’état civil a tenu son discours pendant au moins deux heures, dans une salle surchauffée, ou les participants ont tenu avec patience, malgré la chaleur étouffante.

 

La chaleur est un facteur que j’avais oublié. C’est une donnée constante qui ralentit les gestes, qui rend difficile chaque mouvement, et demande un effort permanent.

 

Mais bon, il faudra bien que je m’y fasse !

 

 

La nuit, en ville est peuplée de bruits. Surtout celui du générateur électrique qui démarre au petit matin. Oui, j’oubliais, Jacmel n’a du courant qu’une partie de la journée.

 

 

Dimanche 6 juin .

 

Aujourd’hui, grande journée à la montagne.

 

Pour situer l’endroit : il faut quitter Jacmel, traverser la rivière à gué. C’est l’endroit où la ville se rassemble pour la lessive, le lavage des voitures, des petits vendeurs, des bourriques, des motos qui font le taxi . Le record est quand même quatre personnes par motos.

 

 

Puis la route monte par une piste de roches défoncées.

Environ une heure de route, de secousses, de tremblements.

 

Puis, la zone de la Montagne, sol de terre rouge – cela me fait penser aux pistes en latérite – où je suis attendu.

 

L’accueil est somptueux, ils savaient que je venais, et m’ont préparé le café ( local) le chocolat ( local) et les fruits. J’avoue que de prendre un café ou un chocolat chaud près de l’arbre qui a produit les grains ou les cabosses rend ces boissons encore plus précieuses.

 

Ensuite, grande réunion de l’Opadel ( Organisation des paysans pour le développement de la montagne ) .

Sérieux, implication, dignité, attention. Je suis particulièrement impressionné par la conviction et l’implication de ces jeunes gens qui prêchent l’union, le travail et le bien commun.

 

Leurs discours me semblent coller à leurs actes. Je verrai à l’usage.

 

Les  vieux sont particulièrement touchants. Ce moment a été émouvant , tant pour moi que pour eux. Cette chance de parler créole qui me permet de réagir au quart de tour à leurs phrases, à leurs plaisanteries et à leur foi dans leur projet.

 

On a laissé tomber tout de suite les fioritures et ils ne m’ont appelé «  blanc » ou Monsieur Philippe qu’une fois. Maintenant je suis Philippe pour tout le monde.

 

 

Je pense qu’ils feront de belles choses. Déjà 1700 plantules mises en terre dans la pépinière en un mois. Le reste suit, très vite.

 

Nous allons démarré l’opération de construction d’une première maison en dur dans quelques jours.

 

 

Et puis un moment dur, lorsque j’ai demandé à rencontrer les gens venus de Port au Prince, «  réfugiés » à la Montagne. Des femmes qui ont tout perdu, qui vivent dans la rue, qui tremblent rien qu’en racontant leur histoire. Ce moment là a été d’une force inouie, et cela m’a également sonné.  On n’imaginera jamais l’étendue des dégâts sur les gens eux mêmes.

Le traumatisme est ancré très profondément.

 

Aujourd’hui, dimanche, j’ai retrouvé cette ambiance particulière.

Jeunes gens cravatés, jeunes enfants habillés de leurs belles tenues, coiffés, superbe, allant vers quelque église.

 

Haïti devrait toujours vivre un dimanche.

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