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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 21:39

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 25 AOUT  2010. JE N’AVAIS PAS TOUT VU.

 

 

Presque trois mois que je sillonne les chemins, les pentes et les ravines de La Montagne.

 

Que je passe régulièrement sur cette route qui monte.

 

Que je traverse les jardins, les « lacous » ( espaces autour des maisons) à plaisanter et à discuter  de toit et d’avenir .

 

Tantôt  secoué et brinqueballé, après la pluie, quand le ruissellement de la veille a détruit des jours de travail des escouades de villageois payés en «  Cash for Work » ( monnaie contre travail)  et qui avaient  patiemment rebouché les trous dus à la pluie.

 

Tantôt calme et tranquille, comme depuis ces derniers jours un peu plus secs, et où le trajet passe à nouveau sous les trois quart d’ heure.

 

Et puis voir que les choses avancent, cela donne une certaine confiance:

 

-       la première maison est finie,

-       Josette, Haïti Futur et ses ingénieurs ont fait avancer d’un grand pas notre dossier technique ; et elle nous a ouvert des horizons passionnants vers l’éducation numérique dont on reparlera.

-       Les greffes ont bien pris, et les mandariniers se multiplient,

-       Les tonnes de graines de la FAO distribuées lundi ont fait des centaines d’heureux

-       Edo Zenny, le maire de Jacmel, a mis notre maison en fond d’écran

-       On démarre les autres la semaine prochaine…

 

Rien qui ne me perturbe trop sur cette route depuis quelques jours. Même les cyclones passent au large, pour le moment.

 

Je pensais tout connaître de cette route vers La Montagne.

 

La rivière à traverser, mais Doudouche calcule avec soin les passages les plus sûrs.

 

Le passage dans la plaine côtière, Sable Cabaret, où les gens semblent sereins et zen.

 

La montée du Morne Laporte et les bonjours qui se succèdent. Junior va m’attendre au passage, juste pour son petit salut quotidien.

 

Terre Rouge, et ses cultures opulentes et variées. Sous-bois de bananiers, palmiers, caféiers… Les grandes flaques d’eau couleur de latérite.

 

Les caillasses de Colin.  Roche blanche coupante. Gladys est en vacances et je ne la vois plus à l’école avec ses quarante bambins.

 

Bellevue, Dénoué enfin où m’attendent à chaque fois les jeunes gens d’Opadel à la porte de la pépinière. Le mardi, c’est le mieux, quand les 170 femmes travaillent en journée collective.

 

Donc voilà. Mon petit itinéraire devenu presque habituel.

 

Et puis cette journée avec Robespierre. Lui, c’est le représentant de la ville dans le secteur. On a vu pas mal de choses ensemble, même si je n’ai pas avec lui la même proximité qu’avec Christian ou Romuald, de l’Opadel.

 

Et là, c’était la journée de visite des bénéficiaires potentiels.

 

Un retard inattendu nous a fait nous retrouver plus bas que prévu.

A Sable Cabaret.

Juste la partie située à la sortie de Jacmel, mais qui dépend de La Montagne. Théoriquement, notre territoire, bien que je ne considérais pas cette zone comme faisant partie de La Montagne. C’est tellement près de la mer.

 

Juste après la rivière. Le long des plages de galets gris. Même forme, même couleur que sur les plages de la Promenade des Anglais. Et l’eau, pareil, turquoise et bleu foncé. Et au fond, comme un mont Boron des Tropiques, les premières collines arrondies et boisées.

Donc, pour moi, il n’y avait rien à voir là.

On y ajoute un peu de touristes, et c’est « la Bella » tout craché.

 

Mais là, aujourd’hui,  je me suis arrêté.

Robespierre m’attend.

 

Au premier carrefour, une maison détruite. Pas vue,  depuis trois mois. Et pour cause , il n’y a plus rien. Rasée aux fondations. Et une autre à côté, puis une autre encore.

 

En m’éloignant de la route, le spectacle se multiplie. Rien de très car le séisme a rasé entièrement beaucoup d’ habitations. Les gens sont dans des tentes, plus loin.

 

Je pensais voir deux ou trois cas.

 

C’est calamiteux.

 

Des dizaines et des dizaines de maisons disparues.

 

A droite de la route, cela ira : les occupants sont sur leurs propres terres et peuvent justifier de leurs titres.

A gauche, ils se sont installés, au fil du temps et des générations, sur les terres publiques. Personne ne construira là pour eux.

 

Les  murs effondrés, les toitures démantibulées, les poteaux cisaillés.

 

C’est pire qu’à La Montagne, je veux dire en haut.

 

 

Ils n’ont pas d’autres endroits. Pour celles qui n’ont pas disparu, des maisons sans murs et sans toit.

 Et celle-là, où il n’y a plus que la porte  fermée qui tienne debout, où les murs sont des passages béants. Quelqu’un a écrit : « frape avan dantré «  ( Frappez avant d’entrer ). Je frappe à la porte et entre par le mur.

 

Et l’après midi est ainsi, de ruine en ruine, de misère en misère.

 

Des femmes seules avec une tripotée d’enfants, le plus souvent. Des femmes debout, courageuses et vaillantes et dignes.

 

Les hommes sont partis, ou sont morts. Ou sont aux jardins car c’est le moment de préparer la terre.

 

A Sable Cabaret, même les jardins sont misérables : un, puis deux puis trois cyclones ont détruit le réseau d’irrigation qui permettait de multiplier les récoltes de légumes et de fruits. Il reste des bananiers qui tiennent un peu à la sécheresse. Deux kilomètres de rigoles qui faisaient vivre des centaines de familles.

 

Je n’avais pas vu tout ça.

 

La situation ici est pire que tout ce qu’on dit.

 

Et c’est trop pour nous. Notre quota de cinquante maisons est une goutte d’eau. La liste est si longue : Shubert, le jeune responsable du groupement local m’a laissé, comme un message d’espoir, sept pages où  est dressée, d’une écriture serrée, la liste des familles victimes de dégâts ou de destruction. 

 

J’ai rencontré Charlemagne, Homère, Eustache, Siméon, Ladouceur, Mentor. Je n’ai pas vu Paris, Michelet, Saint Ange,  Laguerre, Ronald Egalité, Fleurette et la centaine d’autres.

 

Un petit espoir ce matin : à en parler à droite et à gauche, j’ai découvert qu’une ONG locale va faire 85 maisons de bois dans la zone.

 

Demain, avant de faire ma route habituelle, j’irai voir Schubert pour lui annoncer.

 

PHOTOS SUR  : link 

 

 



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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 10:55

 

21 AOÛT 2010 . Roseline est heureuse...

 

 

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Roseline sourit. Ce n’est pas un sourire éclatant. Un sourire ému et timide. C’est sa façon à elle de montrer qu’elle est heureuse.

 

C’est ainsi qu’elle fait comprendre que ce moment est intense pour elle et sa famille. Inespéré.

 

Elle parle très peu.

Ses frères, ses sœurs sont comme elle. Discrets, silencieux.

 

Roseline a seize ans. Elle a un jumeau qui s’appelle Jocelyn.

 

C’est une famille de jumeaux. Ici on dit des « marassas ».

 

Trois portées de marassas… Très rare, même en Haïti.

 

Les deux ainés, les deux suivants, et le dernier.

Son jumeau à lui est mort à la naissance. Sa mère aussi. Ils auraient été six, trois fois deux.

 

En Haïti, les marassas sont craints et respectés.

 

 

 

LES JUMEAUX ( MARASSA) vivants et morts sont investis d’un pouvoir surnaturel qui fait d’eux des êtres d’exception. Dans le panthéon vaudou, une place privilégiée leurs est réservée à côté des grands « mystères ». D’aucuns prétendent même que les MARASSAS sont les plus puissants que les LOAS. Ils sont invoqués et salués au début d’une cérémonie, tout de suite après LEGBA. Dans certaines régions, ils ont la préséance sur cette divinité.

Toute famille compte des jumeaux parmis les siens ou dans une de ses lignées ancestrales doit, sous peine de « châtiment », leurs faire des offrandes et des sacrifices. Parfois, une famille frappée par une succession de malheurs apprend de la bouche d’un hougan qu’elle est punie pour avoir négligé les MARASSA appartenant à sa lointaine parenté, "au temps de la Guinée". On considère aussi comme MARASSA l’enfant qui naît avec les doigts adhérents, signe auquel on reconnaît qu’il a "mangé" son frère jumeau dans le sein maternel.

L’enfant qui, dans l’ordre des naissances, suit immédiatement les jumeaux est appelé le DOSSOU si c’est un garçon, la DOSSA si c’est une fille.  Il unit en sa seule personne la puissance des deux et possède donc un pouvoir plus étendu que le leur. « Le DOSSOU est plus fort que le MARASSA, plus fort que les LOAS. » ( Extrait du site : http://www.alliance-haiti.com)

(LOAS : divinités du  vaudou ; Hougan : « prêtre » vaudou )

Roseline a connu des malheurs, dans sa pourtant courte existence.

 

Sa mère est morte, son père est parti à Saint Domingue et ne donne plus signe de vie.

Ses grands parents sont vieux et malades.

 

Et la maison où elle habitait a fini de s’effondrer le 12 janvier.

 

Plus rien, plus d’espoir, plus de toit et plus d’avenir.

 

 

C’est sans doute pour ça qu’ils ne sourient jamais.

 

 

Et puis le choix est tombé sur elle et ses frères.

 

La première maison sera pour eux. Pour les sortir du cabanon défoncé où ils s’entassent pour dormir. Parce qu’en plus, la maisonnette des grands parents est dangereuse avec ses murs fissurés et ses tôles rouillées.

 

Tout  le monde à la Montagne pensait qu’il n’y aurait plus rien sur ce lopin. Une ruine, des herbes…

 

Jocelyn et ses frères ont nettoyé le jardin, arrangé la cuisine, réparé la porte des toilettes, planté quelques arbustes.

 

Roseline, elle, a balayé les chambres et le séjour, astiqué les dernières traces de poussière du chantier.

 

Elle a mis son joli corsage blanc immaculé, son petit haut rayé,  les garçons ont trouvé des chemisettes propres.

 

Et ils se sont assis sous la galerie.

 

A attendre.

 

Tout s’est ensuite enchaîné quand Christian a mis la musique à fond.

Un bon « compas » traditionnel. Le compas, c’est une musique qui peut même se danser assis. Tu es obligé de bouger, ne serait-ce que le bout du pied, en rythme.

 

Edo Zenny, le maire de Jacmel, a fait le déplacement avec son staff.  Un personnage, une figure, une star. Il aurait pu être chanteur de hip-hop internationalement connu, tellement il a de la présence.

 

Il a embrassé Roseline et ses frères, a dansé avec quelques vieilles réjouies – les femmes du « groupe des femmes » étaient là en foule –,  peu d’hommes, pris au jardin pour préparer les terres,  et il a dit trois mots bien placés.

 

Et tous les notables ont fait  leur discours.

C’était beau à entendre, tant d’harmonie, de volonté d’avancer. Nous avions dit une petite fête familiale, pour donner les clés très vite et sortir les enfants de leur cahute pourrie. Et c’est une cérémonie intense et  émouvante qui se déroule.

 

Christian et Romuald, et toute l’équipe d’OPADEL sont aux anges. Motivés, actifs, fiers.

 

Boss Marc, le chef maçon, s’est éclipsé à l’arrière. Je vais le voir. Il pleure.

 

Robespierre, autorité locale,  fait l’autorité locale et rappelle que nous sommes tous là grâce à lui. Christian m’envoie un clin d’œil complice et sceptique.

 

Moi, j’ai parlé longtemps aussi.

De l’émotion de ce moment, de la vision d’un meilleur avenir, des français qui se sont émus lors du séisme et ont donné leur temps et leur argent pour en arriver là. C’est essentiel  de savoir que des gens très loin ont fait parfois un sacrifice financier important pour que ce jour arrive. Je leur ai demandé de respecter cela et que jamais ils ne pensent qu’une ONG comme la nôtre ramasse des billets de banque dans les arbres. Rien ne tombe du ciel.

Et de l’énorme importance de ce moment, pour moi…

 

 

Roseline est restée assise, silencieuse. Les yeux un peu plus brillants que d’ordinaire.

 

 

Les frères regardaient le monde assemblé devant eux, applaudissant, ému, remerciant le ciel et le bon dieu, terminant les phrases des orateurs…

 

 

Enfin, Christian a sorti la petite boîte en forme de cœur où il avait déposé les clés de cette première maison. C’est un sensible, Christian : une boîte en forme de cœur, fabriquée par d’autres enfants de la Montagne. Il fallait en avoir l’idée. Un cadeau. Un signe. Un symbole.

 

Et quand j’ai remis ces clés à Roseline, elle n’a rien dit, a à peine souri.

 

Elle s’est tournée vers moi et j’ai vu, dans son regard,  qu’elle était heureuse.

 


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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 20:20

17 Août 2010 . L’art et la manière.

 

 

Marine est partie. Aujourd’hui.

Nous ne sommes, ni elle, ni moi, de grands communicants.  Elle plus que moi, d’ailleurs.

Mais sa présence était bien. J’ai un peu de tristesse, ce soir.

 

Elle est venue, un peu sans savoir, la tête pleine des histoires d’Haïti vieilles de 25 ans.

Un vague sentiment  de savoir un tout petit peu de ce pays.

 

Trois mots de créole : pa pi mal. 

C’est ce que répondent les gens quand on leur demande si ça va. Cela veut dire : pas plus mal…

Même le plus malheureux des plus malheureux, disons, par exemple, un mendiant, malade, vivant dans la rue. Pas plus mal … Et pourtant, souvent, il n’y a pas pire.

Ce que disaient les gens le 11 janvier. Pa pi mal…

Et que pourtant ils disent encore.

 

Bref, elle savait ça, avant de venir.

 

Elle n’avait rien prévu, rien préparé.

 

Et s’est retrouvée propulsée le premier jour, après des heures de vol, dans le chaudron grouillant de Port au Prince. Poussière, chaleur et bruit.

 

Elle est rentrée, après trop peu de jours.

 

Je crois qu’elle était triste.

Je crois qu’elle a aimé, elle aussi ce pays.

Je crois qu’elle l’a senti.

 

Elle a eu l’intelligence et la subtilité de laisser le temps faire son travail.

 

On ne comprend rien, les premiers jours.

Ce  rapport au temps si étrange : tout est rapide et lent…

 

Elle a suivi ses propres  routes, trouvé des chemins inconnus.

 

Laissé dire et laissé faire.

 

A peine à Jacmel, nous visitions les artistes de FOSAJ  ( groupe d’artistes de  JACMEL) . Et elle m’annonce , en sortant, qu’elle reviendra donner des cours de dessin.  C’est le deuxième jour.

Et elle a donné ses cours de dessins.

Le président de Fosaj m’a dit, le dernier jour, que les élèves ont adoré.

Il l’ont fêtée comme une princesse et j’étais fier pour elle.

 

Cette idée de découverte d’un pays par l’art est tout simplement magique. Elle a fait passer des choses, laissé des traces et des regrets…

Partager ce savoir, c’est un cadeau superbe.

Adoptée à Fosaj.

 

 

Elle arrive à la Plaine de l’Arbre. L’enfer de poussière et de chaleur.

Pareil : les gamines se lancent à l’aquarelle. Et ne la quittent plus.

 

Elle passe un moment avec moi à la Montagne : distribue ses pinceaux, ses couleurs.

Les enfants ne décollent plus.

 

Et en plus, ils sont bons.

Ils l’adorent, maintenant. Ils l’adoptent.

 

 

C’est une belle idée, ça, Marine : la découverte, l’échange et l’éducation par l’art. Tu l’avais fait au Brésil. Et ici, bingo : tes trois mots de créole ont suffi. Ils ont tout compris.

 

Ton coup de maître, c’est quand même d’avoir apporté un jeu de UNO. A l’ARBRE, ils ont multiplié les parties endiablées. Cela devenait presque l’émeute… Tu as apporté un Jungle Speed. Je ne sais pas si je vais le sortir : il y aurait trois blessés avant la fin de la deuxième partie.

Mais là, chapeau. Plus fort qu’une soirée de contes.

 

Le jeu est aussi un accélérateur de connaissance et d’échanges.

 

Tu restais peu, tu as gagné du temps. Au plus court…

Tout le monde se souviendra de toi, et de ta touche subtile..

 

Même Maître Manassé, directeur de l’Ecole Nationale de la Plaine de l’Arbre qui a donné ton nom au jardin qu’on a lancé ensemble : deux gouttières, un réservoir, quelques graines.

Et hop : le «  JARDIN DE MARINE » est né en août 2010.

 

Tu as pourtant toujours gardé ton calme, ton rythme. Tu as bien compris que ce pays est une question de rythme. Toujours.

Cadencé, le soir de fête, CARIMI qui balance son «  compa » ( danse de bal) dans la nuit de JACMEL.

Lent et doux dans la mer des Caraïbes et à Bassin Bleu.

Chaud et surexcité sur le marché, dans les rues.

 

Merci d’être venue mettre un peu de couleurs dans ce monde-ci. Merci pour le sourire de ces enfants.

 

Reviens vite leur faire découvrir la perspective et l’aquarelle.

 

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 23:08

Qu’est ce qu’on mange ?

 

C’est une question récurrente.

 

Soit générale : qu’est qu’ils mangent, les haïtiens ?

Soit particulière : qu’est ce que tu manges ?

 

Alors je vais essayer de répondre à tout.

 

La cuisine haïtienne ne semble pas, à l’usage, très variée.

Chez Sarafina, le petit restaurant où je vais déjeuner de temps en temps avec Doudouche, c’est clair : Cabrit ( chèvre) ou Poulet.

On a d’ailleurs appelé la serveuse «  cabrit-poulet ».

 

Alexandrine, son vrai prénom, est pourtant plus joli.

Elle a une sœur jumelle : Alexandra.

Quand j’y vais, je pense à Fabienne, elle adorerait :  «  Alexandrine – Alexandra… J’ai plus d’appétit qu’un barracuda »

 

Mais c’est vrai que l’on arrive souvent au restaurant – quand on y va – à des heures indues.

 

Le cabrit et le poulet sont donc les repas de base.

 

 

Un repas est en général composé ainsi :

 

-       une petite entrée de salade, carottes, avocat, tomates

-       une viande grillée ou en sauce : cabrit, ou poulet, ou griot de porc ou tassot de bœuf. Griot et tassot c’est de la viande cuite ou grillée très longtemps. La viande a en effet passé un moment sur les étals du marché et la longue cuisson ou la marinade dans le  jus d’orange amère vient lui redonner un peu d’acceptabilité.

-       Parfois un poisson : Haïti est quand même une île.

-       Du riz ak pois (avec des haricots rouges)

-       Des bananes pesées (des bananes plantain frites dans l’huile et écrasées.)

 

Voilà le commun.

 

Et c’est souvent ce que je mange.

 

Mais, en fait, il y a des tas d’autres choses.

 

L’avantage, avec la Montagne, ce sont les légumes et les fruits.

 

Donc il m’arrive régulièrement (voir les photos sur Facebook) de revenir avec : des choux, des avocats, des bananes fruits ( appelées figues ici), des papayes ( énormes), des mangues, des oranges, citrons.

 

On trouve facilement des pommes de terres, poireaux, oignons. La frite n’est pas inconnue.

 

Et les repas se diversifient :

 

-       pour le grands jours, des langoustes à peine pêchées

-       du lambi ( sorte de grand coquillage )

-       des poissons

-       de l’arbre véritable ( fruit à pain de Martinique)

-       du mirliton ( Christophine de Martinique)

-       du giraumon ( potiron dont on fait de superbes soupes)

-       des courgettes, de l’avocat à profusion.

-        

Le tout arrosé de jus de citron, d’orange, de mangue,  de jus grenadia. Parfois, un petit coup de lait  de « cocoyer », juste ouvert à la machette.

 

 

Le plat national, c’est quand même le riz ak pois. Ou le riz sauce pois. Dans le premier, les haricots sont entiers et de multiples sortes. Dans le deuxième, c’est une sauce composée de haricots rouges qui ressemble à de la crème au chocolat. Le riz djon-djon est cuisiné avec des champignons noirs.

 

On produit aussi du manioc, et des patates douces, dans cette région.

 

Bref, si on prend le temps de préparer, la cuisine est riche et succulente.

 

Le bouillon est aussi un plat recherché : c’est une soupe de viande et de légumes multiples.

 

Le maïs (polenta des niçois) est un petit déjeuner apprécié, servi avec du foie, tout comme les spaghettis servis avec une sauce au hareng salé.

 

La banane souvent frite et pesée peut être aussi bouillie et entière.

 

Et il y a des quantités de petits à côté :

 

On trouve des marchandes de toutes sortes qui sillonnent les rue :

Le pain, bien sûr. Fractionnable en petites parts, pour permettre une vente plus facile.

L’eau « gelée » : des multiples commerces d’eau traitée par osmose inverse se sont développés.

Les surettes (bonbons artisanaux ou industriels) qui, comme disent les guides, sont chère aux enfants,

Les douces (sucreries variant d’une région à l’autre. La plus connue est la douce Macoss de Petit Goâve. Au goût, cela doit être composé de sucre et de sucre ; douces coco ou douce pistache)

Les biscuits, chips, crackers  et autres cochonneries importées qui envahissent les paniers des vendeuses de rue,

Le morceau de canne à sucre : on mord, on aspire fort, on avale le jus de canne,

Les « SAPIBON » glaces à l’eau aromatisées de colorants. On appelait ça les fresco, il y a quelques années.

Le mamba, beurre de cacahuète un peu pimenté.

 

Voilà donc ma réponse à cette question.

 

Cela donne les grandes lignes.

 

Mais cela ne traduit pas la qualité exceptionnelle de certains produits : le café est une pure merveille, les avocats presque sucrés, le miel délicieux, comme  tous les fruits en général.

Les bananes, particulièrement ici, dont je découvre la vraie saveur, sucrée et multiple.

 

On cuisine dans des chaudières, sortes de marmites sphériques en aluminium massif.

 

Et à la campagne, toute la cuisine se prépare dans une pièce annexe, sur des réchauds au charbon de bois, ou des feux de bois. Seule la femme cuisine, ou les filles ou les servantes.

 

L’homme est servi d’abord. La femme ne mange pas souvent avec son mari.

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 19:58

10 AOUT 2010. ADAPTATION.

 

J’ai perdu l’habitude de faire des généralités.

Tous les Africains ne sont pas indolents, tous les Français ne sont pas râleurs, tous les avocats ne sont pas véreux, tous les garagistes ne sont pas des escrocs, tous les Suisses ne sont pas lents, toutes les femmes ne sont pas bavardes …

 

C’est vrai, c’est pratique.

 

On classe, on étiquette, on catégorise.

 

Et le tour est joué.  Cela permet d’éviter d’analyser ou d’approfondir.

 

Mais ce n’est pas mon truc. Et puis, j’ai passé l’âge d’avoir des idées définitives sur la vie, sur le monde.

 

Il m’arrive encore d’avoir envie d’avoir raison, mais je sens que cela va me passer aussi. Je commence à laisser à chacun ses certitudes inébranlables, tout autant que cela ne bloque pas ma route.

 

Cela pour en arriver à ce qui semble être un élément très partagé ici : la capacité d’adaptation.

 

Donc, à une époque, j’aurai pu dire : les Haïtiens ont une très grande faculté d’adaptation.

 

Je dirai aujourd’hui : cette capacité de s’adapter à toutes sortes de situations est une donnée largement partagée.

 

Il y a chaque jour des dizaines d’exemples.

 

Les premiers jours, j’avais été frappé de cette activité recommencée au milieu des ruines. Puis des trésors d’inventivité de chacun pour survivre, et repartir.

Les écoles sous les tentes, les marchandes assises sur les tas de gravats.

Des rues bloquées, on en découvre de nouvelles.

 

Des rivières en crue, on trouve le détour.

 

Pas de transport en commun, on se met à quatre sur une moto.

 

Un mur fissuré, on le soutient de trois bouts de bois, d’un bout de corde.

 

On plante des bananiers dans le lit de la rivière. Cela tient jusqu’à la prochaine crue …

 

A la Montagne, l’autre jour, je visite une famille vivant dans sa maison détruite : tous les murs sont à terre, et il reste les portes. Mais le toit est à peu près en place. Tout le monde vit donc en plein vent. C’est moi qui ai eu  l’air un peu bête d’ouvrir une porte pour entrer…

 

Il y a donc eu, pour sauver les gens de la folie qui nous aurait prise, cette capacité d’adaptation.

 

L’exemple de ces familles du Nord Ouest est édifiante.

L’exode rural, l’érosion, a poussé les paysans vers les villes.  GONAIVES est la ville du Nord Ouest qui a connu une énorme croissance, anarchique, évidemment. Puis le cyclone Jeanne, le Cyclone Hannah, le cyclone Ike ont détruit une grande partie de la ville. Certains sont restés, dans la boue pendant des mois. A enjamber des canaux de fortune. Aujourd’hui encore, l’urgence de l’époque n’est pas réglée. Mais la ville vit, bouillonne, fonctionne.

 

Beaucoup sont partis… vers Port au Prince. Où le tremblement de terre les a surpris. Ils ont, à nouveau, tout perdu. Les survivants, je veux dire.

Et ils sont repartis vers Gonaives. Où rien ne les attendait. Et ils sont revenus, depuis, à Port au Prince, à s’entasser dans des tentes.

Sous la poussière, sous la pluie.

 

Et là, ils ont récréé des morceaux d’existence. Des armoires sous les tentes, des pots de fleurs à l’entrée. A attendre que le ciel les aide.

 

Et je trouvais, au départ, que cette capacité à résister à tout  était une qualité, essentielle.

 

Puis Josette en a parlé.

Josette, c’est une amie haïtienne vivant en France et passionnée. Elle préside  «  Haïti Futur » ( allez sur le site ! rejoignez la sur Facebook). Un milliard de bonnes idées à la seconde. Et des actions qui suivent. On se retrouvera, elle a adoré  La Montagne. Je glisse aussi un remerciement à Jean Claude, son mari, et à Philippe et Claire, fils et amie, pour le coup de main sur le plan des maisons.  Avec Josette et Jean Claude, on va essayer de mettre OPADEL et la Montagne dans les premiers utilisateurs des systèmes d’enseignement numérique qu’ils vont développer.

 

Josette a donc trouvé, et l’a exprimé avec véhémence, que cette capacité d’adaptation n’est pas une qualité. Elle a raison.

 

Ces gens qui s’habituent trop à ne plus voir le malheur, ou à s’en accommoder : on ne règle pas les problèmes.

 

On accepte les  abris d’urgence, qu’on vous présente comme une maison.

 

Ce cadre de Port au Prince, habillé nickel avec son costume cravate, et qui enjambe les immondices pour entrer et sortir de chez lui.

Ces jeunes qui acceptent ce paysage parsemé de bouteilles en  plastique vides.

Ces automobilistes qui s’accommodent des rues défoncées.

Ces enseignants qui diffusent des programmes inutiles.

Ces usagers des administrations qui patientent des heures pour ne rien obtenir.

 

Cela ne permet pas d’avancer, de remplacer, d’améliorer, de viser plus haut.

 

Et le normal devient exceptionnel : manger correctement dans un joli restaurant simple et propre devient un luxe dont on s’étonne.

 

Une belle maison finie et bien faite est une exception.

 

Bref, cette fabuleuse capacité d’adaptation est un frein à une «  révolte » constructive.

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 19:31

3 Août 2010.  Cent fois sur le métier.

 

J’ai piqué une grosse colère. C’était à Sources Chaudes, dans le Nord Ouest.

Lieu de vie et de travail pendant trois ans.

En partant, il y a 25 ans je pensais avoir fait un bon travail.

 

Des centres d’artisanat en fonctionnement, des métiers à tisser en bon état, des produits sympas, des débouchés.

 

Cela aurait pu durer un bon moment. Dieuseul, Décius, Escanié, Mémène, Eugénie, et les autres, ils avaient bien intégré les nouvelles techniques que nous avions développées.

 

On était passés des grossières tapisseries un peu lourdes aux dessins simplistes à ce qu’on appelait des tableaux tissés.

 

On avait, ensemble, mis en œuvre des techniques sympas, des tissages aux cadres peints, des sérigraphies sur tissage, des couleurs vives. Ils adoraient faire ça.

Cela se vendait très bien.

 

Ils avaient pris en main les choses, les commandes arrivaient.

 

On avait trouvé des trucs intéressants comme la teinture à l’eau froide, pour éviter d’utiliser le bois pour chauffer l’eau, la sculpture sur cactus, là aussi pour ne pas utiliser le bois pour notre artisanat.

 

L’argent rentrait.

 

Les artisans envoyaient leurs enfants à l’école, achetaient des vélos ou des tôles pour les maisons. L’horizon dépassait la journée. Un avenir se dessinait.

 

Le développement par la création de ressources.

 

Ceux qui me connaissent savent que c’est mon dada : les projets divers ne servent à rien s’il n’y a pas, d’abord,  un accroissement des moyens de subsistance.

 

Le travail apporte des revenus qui permettent de diversifier l’alimentation, l’éducation, l’ouverture à autre chose. Le reste c’est du baratin. On ne diffuse aucune formation utile à des gens qui ont faim. Ou qui ne savent pas ce qu’ils feront demain matin. »

 

Bref j’étais confiant sur l’avenir.

 

Et là, je retrouve « mon » centre occupé par je ne sais quelle organisation bureaucratique, et surtout, massacre total, « mes » métiers à tisser qui rouillent dans les herbes.

 

Alors j’ai piqué ma colère quand le magistrat (maire) est passé près de nous. Je lui ai parlé dur. Mais bon. Il s’en fout, sans doute.

 

Que s’est il passé ?

 

Tout s’est ligué pour cet effondrement de l’artisanat créateur de ressources que les artisans regrettent encore : ils m’ont demandé dix fois de revenir pour relancer la machine…

 

Mais, il y a eu les révolutions politiques, l’anarchie qui a conduit l’usine de fil à fermer, les boutiques à disparaître, les touristes à s’enfuir. Les matières premières ont disparu avec l’embargo.

 

Osnel le disait : j’ai continué tant que j’ai pu. Mais quand les enlèvements ont commencé, je n’ai plus osé aller vendre mes tissages à Port au Prince.

 

Alors les artisans ont baissé les bras.

 

Beaucoup, les plus vaillants sont partis vers Miami ou Port au Prince, d’autres ont repris leur vie de misère.

Mémène a eu d’autres problèmes, et pourtant elle les vendait comme des petits pains, les tissages sérigraphies. Elle en a gardé quelques uns, poussiéreux, sur l’armoire de sa masure. Elle les sort de temps en temps.

 

Il suffisait de presque rien pour que cela dure.

 

Alors les métiers à tisser qui rouillent dans les piquants, je n’ai pas supporté.

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 05:20

30 JUILLET 2010. Nord Ouest.

 

C’est le voyage le plus long.

Retourner là-bas, dans le Nord Ouest,  après 25 ans.

Pourtant le pays est tout  petit.

Il faudra presque 12 heures pour aller de Jacmel, Sud-Est, à l’Arbre,  Nord- Ouest.

 

Là où nous avions travaillé trois ans.

Là où cet amour du pays d’Haïti nous a pris, jour après jour, il y a si longtemps. Montrer ce pays qui nous avait tant ému à Marine, qui a entendu ses parents parler créole quand la nostalgie de ce coin perdu les prenait.

 

Le risque est grand de faire un retour d’anciens combattants et de s’entendre dire  en permanence : «  moi, quand j’étais là, il y a 25  ans… »

 

Donc un voyage très long, une route qui n’en finit pas pour retrouver tous ces gens, tous ces visages ou plutôt ceux qui restent.

 

C’est seulement en route qu’on s’est rappelé que tous ces jeunes gens, et ces gamins  de l’époque ont vingt cinq ans de plus. Et que les vieux de l’époque sont sans doute morts…

 

Le premier contact avec Mina et sa famille, dans ce village perdu du fin fond de nulle part a été d’une émotion folle.

La première soirée est passée si vite, en bas de la tonnelle: soirée contes.

Les devinettes fusaient, les histoires se suivaient.

 

Le principe est simple : « Cric » dit celui qui raconte. « Crac » répond l’assistance. Et on pose la devinette, et le chahut démarre jusqu’à ce que la solution soit trouvée. Tout le monde a la sienne. ( sa solution)

 

Doudouche, le chauffeur, est comme un gamin.

 

Et, ce matin, juste après le lever du jour, il est à peine cinq heures, Ghislaine chante.

 

Elle est une des trois nièces de Mina que nous venions voir chaque semaine.

 

Elles étaient belles.

Ghislaine avait vingt six ans.

 

Elle a peu changé, elle.

Olga est partie vivre aux Etats Unis.

Josette est morte.

 

Ces trois filles sont un résumé de l’histoire du pays, de ce village aussi.

 

Instruites, bien élevées, intelligentes, curieuses de tout, ouvertes au monde … Mais vivant dans ce village loin de tout.

 

 Jeunes, et belles, elles étaient institutrices ou étudiantes. Puis la vie a continué.

 

Olga a trouvé un mari et est partie vivre à Fort Lauderdale.

La majorité de jeunes actifs de l’Arbre a quitté le pays. Cela avait commencé à l’époque, on les appelait les boat people. Ils tentaient leur chance sur des canots ou des bateaux de fortune, se retrouvaient à Nassau, ou Miami pour les plus chanceux. Aujourd’hui, ces premiers arrivés ont réussi à obtenir leur carte de résidence et certains font venir leurs enfants ou leurs parents. Beaucoup ne sont pas arrivés. Mais ici, à l’Arbre, le résultat de ces départs anciens se fait sentir : beaucoup de nouvelles maisons, du courant dans certaines, des motos, même la télé… Justin, mon chef artisan, est parti à New York. Il a certains de ses onze  enfants là bas. Et ici, sa maison à deux étages.

Mais le centre d’artisanat est désert depuis longtemps. Osnel a continué bien longtemps à faire des hamac et des couvre-lits. Mais les rebondissements politiques, économiques ont découragé les plus accrochés. Osnel, lui, s’est arrêté d’aller à Port au Prince pour vendre ses produits à cause des enlèvements. Et du manque de débouchés. Il recommencerait bien...

 

Josette a trouvé un mari et elle en est morte. La plus belle. La plus vive. Une maladie dont on ne parle pas. Beaucoup de jeunes gens en sont morts. Mais on n’en parle pas. La jeunesse d’une époque a été décimée. C’est un massacre avant même le tremblement de terre. Il semble qu’aujourd’hui l’éducation commence à porter ses fruits. Osnel dit que la conscientisation sur cette maladie a sauvé bien des vies. Mais pour lui, cela a été une lutte quotidienne, une information permanente, au porte à porte. Il y avait, à un moment, cinq nouveaux cas de sida par semaine, à l’Arbre, village perdu au fin fond du Nord Ouest.

 

Ghislaine, a trouvé un mari, et il est parti. Elle, chante ce matin. Elle nourrit sa bourrique. Elle est restée, parce qu’elle n’a pas pu partir. Son mariage est parti à la dérive après dix ans, et elle bénit le ciel d’avoir vu son fainéant de mari s’en aller un matin de février. Pourtant la place était bonne, pour lui : elle avait des terres, des salines, des biens, un peu d’argent. Le dernier échec du mari a été de se présenter aux élections locales, et d’assécher en les perdant  les économies de Ghislaine. Puis il est parti. Elle en parle comme d’une délivrance.

Elle avait pourtant aussi tenté le départ vers les USA , payé un passeur, très cher, et celui-ci lui a tout volé. Des milliers de dollars. Elle est donc restée, a relancé son activité dans les salines. Elle avait récolté tout son sel, entreposé sa production dans un entrepôt sur la saline. Le cyclone Hannah a déversé ses trombes d’eau qui ont tout dilué… «  Le matin, en ouvrant la porte, il n’y avait plus rien. » Et elle s'est remise au travail.

Alors aujourd’hui, elle nourrit ses chèvres, paye des fermiers pour cultiver son jardin, qui n’a rien donné depuis deux ans, cherche à réparer sa moto, a relancé ses deux " trous sel" (salines) .  Elle est forte, Ghislaine, mais semble fatiguée de cette vie là.

Surtout de puis le tremblement de terre qu’elle a vécu en direct à  Port au Prince.  Elle a peur d’y retourner. Elle voit encore souvent les murs se rejoindre. Elle voit encore souvent la maison du voisin écraser celle où elle habitait à Port au Prince.  Elle sursaute toujours quand un camion passe et fait vibrer le sol. 

 Comme Noela, la quatrième sœur que j’avais oublié, elle y retournera encore, pour que son enfant aille à l’école privée.

Mais je ne peux pas tout dire en une fois.

 

Il  dire ce qu’ils sont devenus, les Frantz, Méméne, Elvite , ti-Fille  et les autres .

 

Cela reviendra peu à peu, par petites touches.

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 06:10

2 aout 2010.

 

Uu peu de silence, dû à un problème d'outil de publication et à un voyage dans le NORD OUEST.

Du coup: je rattrappe.

 


Six mois après donc, c’est quoi ? (remix  d’un texte  que j’ai transmis à Planète Urgence)

 

 

Au lendemain du séisme, les premières actions d’urgence de l’aide internationale se sont concentrées sur la fourniture des premiers soins, la sécurité alimentaire, la mise en place d’abris d’urgence pour les rescapés du séisme : tentes, bâches en plastique   se sont multipliées dans des camps organisés ou improvisés. Les terrains de sport sont devenus des zones d’accueil au nom mille fois répétés : Pinchinat, Wolf , et tant d’autres. Le pays est devenu un grand terrain de camping.

 

Les écoles ont suspendu temporairement leur activité, les hôpitaux partiellement détruits ont été débordés. Mais très vite, ces secteurs ont redémarré avec les moyens du bord. Les examens de cette année auront tous bien lieu.

 

Beaucoup de gens ont tout perdu : non seulement des membres de leur famille, leur logement, et surtout leur activité.

 

Les commerçants ont perdu leur stock, les artisans leurs locaux et leur outillage, et les clients potentiels ont perdu leur revenu. On appelle cela un cercle vicieux.

 

Aujourd’hui, les journalistes et les éditorialistes de tous les pays unissent leurs plumes pour lancer un cri unanime : six mois après, les choses n’avancent pas, et la reconstruction tarde. Haïti fait de nouveau la une des quotidiens.  Mais vite, c’est bientôt le mois d’août.

 

Nous aurons sans doute la même fièvre journalistique en janvier.  Sauf si quelques cyclones viennent bousculer les quotidiens.

 

Le discours unique consiste à expliquer que les ONG ne fournissent pas assez de résultats, que tout est trop peu ou trop lent,  que le désastre est encore total. Les résultats ne sont pas visibles. Sans parler des autorités, trop occuppées par leur réélection.

 

 

Il subsiste toujours plus de 1,3 million de personnes qui vivent dans des conditions extrêmement précaires selon l’ONU.  Un grand nombre  de personnes s’entassent encore dans des zones non sécurisées et à la merci des prochaines catastrophes annoncées (cyclones, inondations et glissements de terrain)  ou de désordres sociaux.

Beaucoup n’ont, pour survivre que l’aide alimentaire ou financière distribuée par les ONG.

 

Six mois après le séisme, la phase reconstruction  durable démarre à peine  à Haïti.

 

Le travail d’urgence a été essentiel pour tenter de sauver les vies qui pouvaient l’être, soigner les blessures et les traumatismes psychologiques, nourrir au mieux le maximum de personnes, et mettre en œuvre les base d’un retour à une future vie normale.

 

Il n’y a pas eu, contrairement aux prévisions pessimistes, ni famine grave, ni épidémie majeure, ni soulèvement populaire. La coupe du monde, très suivie, a pour un temps donné un sursis aux éventuelles manifestations de mécontentement qui démarrent seulement ces jours-ci, en prélude aux prochaines élections.

 

Les Haïtiens ont, pour le moment, fait face. Ils ont cherché des solutions aux difficultés quotidiennes. Souvent de façon originale : des tentes sont encore installées sur les terrasses des maisons partiellement détruites, et une sorte de vie a repris au pied des décombres.

 

 

Les décombres, à évacuer, avec des méthodes différentes, mais toujours avec courage :

 

-       Certains, propriétaires de leur terre où se trouvait leur maison détruite, ont immédiatement décidé de déblayer  eux mêmes leurs emplacements, réduisant les murs et toitures de béton en petits gravats, transportables et déplaçables, à l’aide de marteaux et de scies pour découper les fers à béton.

Déjà, dans les villes, des bâtisses effondrées commencent à disparaître. Pour laisser les emplacements utilisables pour rebâtir. Parfois d’ailleurs avec les mêmes techniques qu’avant.

 

A Jacmel, par exemple, ville frappée dans son cœur historique aux allures de Nouvelle Orleans, deux courageux ouvriers démontent une ancienne maison de la Rue du Commerce depuis plusieurs semaines, de 5 heures du matin à 6 heures du soir. Il leur faudra encore deux bons mois pour arriver au niveau du sol.

 

-       Dans un premier temps, les gravats s’amoncellent dans les rues. Mais peu à peu, les rues sont nettoyées et vidées des milliers de mètres cubes de béton, de tôles, de fers, de meubles écrasés.

 

-       Une partie est enlevée par des ONG internationales équipés de moyens lourds. Pelleteuses logotées aux couleurs de l’ONU, Caterpillar de location, norias de camions poussiéreux.  Une autre par les équipes municipales, pelles et râteaux en main.

 

 

-       Une partie est dégagée par des escouades de travailleurs payés à la semaine par le moyen du « Cash for Work », argent contre travail, financés par les organisations locales ou internationales. Les équipes habillées de t-shirt au diverses couleurs vives sont présentes partout dans les villes, de Port  au Prince à Léogane et à Jacmel, localités les plus touchées.

 

Peu à peu, l’image des villes aux maisons effondrées au milieu des rues s’estompe pour laisser place à des espaces dégagés. Les rues redeviennent praticables.

 

Là encore, l’inventivité des Haitiens est sans limite : les fers sont rachetés et recyclés, les gravats servent de fondement aux routes et aux bâtiments qui commencent à être reconstruits.

Les sacs, les bâches, les tentes sont transformés en villages sur des terrains publics, des terre-pleins de grand-routes, des terrains de sport.

 

Mais l’ampleur du travail est immense.

 

Des écoles, des bâtiments administratifs, des commerces, des bureaux, des églises sont encore « en expertise ».

 

J’imagine souvent la même chose en France : il y aurait d’abord, les premiers jours, les télés déversant leurs discours larmoyant ; les experts interrogés ; les assureurs rassurants ; les politiques en première ligne.

Puis on ferait des commissions étudiant les risques de contamination  par les poussières des ruines, l’amiante découverte bloquerait le processus, les écologistes refuseraient les camions de gravats …

 

 

Les éléments moteurs de la vie sociale ont été profondément touchés.

 

Tous les secteurs ont cherché des solutions d’attente :

la mairie de Jacmel est dans la bibliothèque intacte ; la police sous des abris de toile ; les écoles ont été rétablies sous des tentes ou sous des bâches et les examens de fin d’année viennent de démarrer.

 

Les routes sont réparées, peu à peu, par le ministère ou par les Nations Unies. Ou alors, on évite les crevasses, en roulant. Sauf ce crétin qui s’est mis au fossé, vendredi en s’envolant sur une fissure de la route, en roulant trop vite.

 

Les organisations internationales et nationales qui interviennent se sont très vite coordonnées dans des « clusters » ou « réunions de coordination » pour se partager le travail. Oui, les Ong se voient et se parlent.

 

Chacun, ONG locale ou extérieure, sait où il doit intervenir et comment. Les villes sinistrées sont découpées en zones d’intervention. Il est vrai que certaines zones sont vides.

 

Cette harmonisation des interventions est précieuse, améliore l’efficacité des réalisations, et permet à chacun de viser un objectif précis : un organisme Allemand démolit les restes d’une école, un organisme Espagnol prend le relais pour construire un nouvel établissement avec la concours des services administratifs haïtiens concernés.

 

Des ONG ont construit des abris provisoires, d’autres organisent la vie dans les camps de réfugiés, la santé, l’éducation, d’autres enfin se chargent d’organiser les retours des réfugiés chez eux, quand c’est possible.

 

 

Le vrai défi d’aujourd’hui est de vider ces camps.

 

Ces villages de plusieurs milliers de gens, vivant sous des bâches ou sous des tentes, ne résisteront ni aux cyclones proches, ni aux pluies permanentes en cette saison, ni à l’impatience qui va grandir. Et il n’est pas sain de laisser se perpétuer des situations de ce type où certains profiteront de la situation. Il a été constaté à Jacmel que, dans un camp, 25% des tentes sont vides, sauf au moment des distributions de nourriture.

 

L’urgence a été traitée : pas de grosses conséquences immédiates en termes d’alimentation, de santé ou d’éducation.

 

Certains pans de l’économie ont connu une énorme expansion : vendeurs ou loueurs de voitures, hôteliers, marchands de matériaux ou de ciment pour ce qui est le plus visible. Un marchand d’informatique de Port au Prince a créé une structure de vente  des matériaux les plus demandés (ciment, tôles, barres de bois )

 

Mais aussi des dizaines de petits métiers : cuisines ambulantes dans les rues des villes ou au bord des camps, vendeuses d’eau glacée traitée, chauffeurs des camions et automobiles des ONG, traducteurs… Les démolisseurs, nettoyeurs des rues, monteurs de tentes, recycleurs de matériaux… Et même, pour le sourire, les cireurs de chaussure se sont multipliés dans les rues devenues extrêmement poussiéreuses. Adaptation…

 

Dans le même temps, des milliers d’Haitiens, surtout de classe moyenne, ont perdu leur activité : garagiste dont les outils sont détruits, propriétaires de commerces n’ayant plus d’argent pour racheter un peu de marchandise, cadres moyen dont l’entreprise a disparu…

 

Les victimes sont partout, mais la vraie cible, les vrais perdants sont les membres de cette classe moyenne qui émergeait, devenait propriétaire de sa maison en dur, menait une activité à peu près régulière, juste à l’équilibre. Les très pauvres d’avant le séisme sont restés très pauvres. Il trouvent une nouvelle activité avec le cash for work : nettoyer des rues, charrier des gravats, ils le font et touchent leurs 200 gourdes par jour même si la rue est encore  aussi encombrée après leur passage. Les très riches sont restés très riches : ils ajoutent des activités à leur panoplie déjà fournies.

 

Les classes moyennes, elle, ont souvent perdu le résultat d’années d’efforts. Une famille réfugiée maintenant à la campagne a perdu sa maison, détruite, et aussi son terrain envahi par la mer. Une femme a perdu son mari, et le bénéfice de la promesse de vente qu’ils avaient engagé sur leur maison de Port au Prince : les papiers ont disparu, l’argent versé ne sera pas rendu. Elle reste avec ses six enfants, sous une tente surchauffée.

 

La reconstruction, en tant que telle, prendra des années.

 

 

Des quantités d’obstacles existant partout dans de telles situations deviennent plus criant face à la situation politique particulière d’HAITI.

Les élections sont programmées pour novembre, et certains ont intérêt à maintenir une situation  critique. Les troubles vont sans doute ralentir le processus de redémarrage.

 

Le but ultime est donc de reconstruire.

 

Reconstruire où ?

 

Les villes étaient surchargées avant le séisme. Des terres dangereuses ( flans de collines instables, creux de ravines inondables, terrains gagnés sur la mer – souvent d’anciennes décharges - ) ont été investies par des dizaines de milliers d’habitation.

Reconstruire sur ces terres est suicidaire, mais cela commence déjà à se faire … Une partie de ces surface a disparu, soit en effondrements, soit repris par la mer.

 

Il faut reconstruire en province, à la campagne. Equiper les zones qui étaient oubliées, avant. Mettre de routes pratiquables, du courant, des structures. Deux heures pour aller à la Montagne : c’est un motif de l’exode rural.

 

Reconstuire quand ?

 

Le travail de déblaiement des gravats est un énorme chantier où des milliers de gens travaillant des milliers d’heures dégagent peu à peu les terrains pour permettre aux propriétaires de reconstruire. Certaines familles, décimées, ne peuvent d’ailleurs plus justifier de leurs titres, et il faut recommencer toute la démarche d’arpentage et de validation de propriétés transmises parfois selon une tradition orale.

Le coût des matériaux a, bien sûr, explosé.

Les artisans spécialisés (maçons, menuisiers, couvreurs, charpentiers…) vendent leurs services aux plus offrants.

Construire vite est donc très cher.

Mais c’est maintenant qu’il faut le faire : les millions de dollars sont sur la table.

 

Reconstruire quoi ?

 

Un énorme travail d’innovation et d’imagination serait nécessaire. Construire durable, anticyclonique, anti sismique et pourquoi pas écologique serait la solution. Utiliser des matériaux nouveaux,  économiques, solides et légers serait idéal : bois, agglomérés, béton cellulaire, …

 

Il faudrait tout importer et former des spécialistes. Deux types de constructions se sont effondrées :

-       les immeubles de béton, construits rapidement ou sans respecter les normes. A Port au Prince, dans certaines rues, un immeuble sur deux est tombé, l’autre n’ayant subi que quelques fissures. Les bâtiments trop vite construits des familles de la classe moyenne sont à terre.

-       Les constructions en dur érigées dans les bidonvilles : murs de parpaings non assurés, toits de béton trop lourds.

Il faudrait inventer un autre type d’habitat, déconcentrer les villes, recréer de la vie dans les campagnes. Créer des centres d’attraction différents.

 

Reconstruire mieux, et selon les techniques de demain, déjà connues.

 

Reconstruire des maisons n’est pas la seule question. Il faut repenser les villes et les villages. Installer la culture, les universités, les activités ailleurs que dans la seule ville de Port au Prince.

 

Le cas des zones rurales est un peu différent.

 

Les sinistrés ont fui les villes très vite après le séisme. L’urbain Haitien est un paysan récent.

Dans les campagnes une partie de la population arrive à subvenir à ses  besoins alimentaires quotidiens.

Mais l’arrivée des rescapés rend la situation tendue.  Il faut donc relever d’abord les campagnes.

 

Installer  des habitats, durables,  et  favoriser la reprise des activités agricoles et économiques, plutôt que de reconcentrer les zones urbaines.

 

En un mot, renverser les flux migratoires. 

 

 

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 05:59

26 JUILLET 2010.  15 JOURS APRÈS.

 

Il y a quinze jours, une envolée d’articles divers annonçait , sur tous les grands médias : Haïti, six mois après… Et, en gros tous disaient que rien n’a été fait.

 

J’ai déjà, par quelques touches, de-ci de-là, exprimé mon désaccord sur ce jugement à l’emporte pièces.  Expression parfaitement choisie si on donne à « pièces » son sens immobilier.

 

Donc, je vais affiner.

 

D’abord, mon opinion des journalistes en général n’a pas varié. L’avantage d’avoir un jugement général sur une profession est que l’on peut être ultra négatif, voire destructeur, mais glisser dans ce jugement dévastateur qu’ils ne sont pas tous comme ça.

Par exemple, au hasard, les syndics : ce sont, en général, des voleurs incompétents… sauf le mien qui se débrouille pas trop mal ; les notaires sont, en général, des escrocs, mais j’en ai trouvé un qui est bien ; les médecins, en général, s’en mettent plein les poches, mais là, celui-ci est pas mal ; les fonctionnaires, en général, n’en font pas une… etc

 

Pour les journalistes, c’est ainsi : les journalistes, en général, répètent les idées que quelqu’un a eues, font preuve de peu d’originalité, vont tous au même endroit, recopient les mêmes sources.

 

Dans certains cas, c’est normal : le vainqueur du Tour de France est unique. (C’est bien l’Espagne qui a gagné ?) Et même un journaliste original aurait, dans ce cas, du mal à inventer autre chose. Peut être un article sur le dopage serait une idée originale ?

 

Mais pour Haïti, la pensée unique est : six mois après, rien n’est fait.

 

Et tous ont repris la même rengaine : malgré les milliards d’aide promise,  Haïti ne fonctionne pas encore normalement. Et on ne sait pas où tout cet argent s’en va. L’aide promise n’est qu’une  promesse de don…

 

Donc, il y a quinze jours, tout le monde s’est dit : tiens,  on ne parle plus d’Haïti depuis bien longtemps, il n’y a pas eu de catastrophe récente, on va se faire un numéro anniversaire.

 

Je n’ai pas tout lu, mais j’imagine les titres :


Le Monde : « Six mois après, Haïti n’a pas reconstruit le palais  présidentiel ni le sénat. La démocratie est en danger»

Le Figaro : «  Six mois après, le garage Mercédès est encore sous une tente: l ‘Amérique promet une intervention. »

Libération : «  Les « RUES...IN ».  Six mois après, le guide des  rues dégagées, les débris à la mode, les coins sympas derrière les gravats.

La Croix : « Six mois après, le Sacré Cœur de Turgeau n’accueille toujours pas de fidèles, le dimanche »

L’Equipe : «  Six mois après, Richter :7, Haïti : 0 »

 

Bref plus sérieusement, des dizaines d’articles pour célébrer ces six  mois. Je suppose qu’on en a profité pour écrire dès maintenant les articles de dans six mois : Haïti, un an après… Rien n’est fait.

 

Je suis contre cette pensée unique.

 

Haïti se relève.

 

Haïti se reconstruit, à sa façon.

 

Avec son extrême énergie, son courage à toutes épreuve, son inventivité permanente. Enfin, je veux dire les Haïtiens au quotidien, ceux de la base.

 

Vous croyez que c’est simple ? En Vendée, on en est où, de la reconstruction ? Six mois après les inondations, les gens sont rentrés chez eux?

 

Le défi, ici, est colossal : reconstruire un pays qui était déjà en ruine…

 

Je disais, en  arrivant :

 

« Dans un décor d’après le  dernier jour, où le bâti se confond avec le détruit ; cette maison est effondrée ? Non elle était comme ça avant. Ce quartier est à terre ? Il n’était pas beaucoup plus haut avant. »

 

Qui peut juger ? Les journalistes de palaces ? Les doctes Haïtiens de la diaspora qui n’ont pas mis les pieds ici depuis trente ans et qui se répandent chaque jour dans la presse régionale ?  Les redresseurs de torts ? Les spécialistes ?

 

Moi, je dis que ce pays a une puissance extrême, une force, une  capacité d’adaptation sidérante.

 

Les larmes aux yeux, ce matin, de cette famille qui vit sous une tente depuis janvier et qui voit arriver trois camions de blocs. Mamie, qui nous dit qu’elle est centenaire : « j’ai pris connaissance de mon âge, sur les registres, il y a longtemps, et j’avais quatre vingt dix ans. »

 Et elle me dit : je peux mourir maintenant, mes enfants auront une maison… ( à suivre )

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 22:36

ACTION… REDACTION - 19 Juillet 2010 .

 

La difficulté de l’exercice, quand on raconte ses journées, c’est qu’il faut d’abord les vivre, retenir les choses à dire, le formuler de façon à peu près lisible, donc retenir, choisir les mots, prendre du  temps, rectifier, polir, évacuer l’inutile, valoriser le minuscule ou l’extraordinaire, donc passer du temps.

 

Au début, c’était facile.

 

Vivre le jour, de six heures à dix-huit heures. Ecrire en dehors de cette plage ( horaire)

 

J’avais gagné sur :

-       les heures de sommeil

-       les heures des repas

-       les heures des infos

-       les réunions du soir

-       les heures perdues pour trouver une place de stationnement

-       la lecture du journal

-       les soirs de matches

 

Je trouvais, en arrivant, que les journées étaient trois fois plus longues qu’avant.

 

Mais avec les jours, les cernes autour des yeux et l’estomac qui se manifeste, je dors maintenant comme une souche, et je mange correctement  ( ma mère me lit … D'ailleurs, j'ai agrandi la police, elle vient de perdre ses lunettes...)  Et j’ai regardé quelques matches quand même. Sauf la finale : Florita ( l’Hôtel ) s’est fait voler la télé.

 

Et puis, l’action des journées devient très dense.

 

Les cyclones arrivent.

 

Les journalistes français s’énervent et racontent que rien n’est fait.

Six mois après, il  faut des résultats. Les donateurs ne comprendraient pas. Les journaux ont besoin de trouver des choses à dire. Occuper la une.

 Il faut amortir le coût du voyage des journalistes : leurs séjours dans les hôtels climatisés de la capitale coûtent cher.

 

Alors, nous,  on accélère sur le terrain. On les y attend, d’ailleurs. A part Jessica et Deborah, je n’ai vu personne.

 

Il faut y aller, voir les choses, bâtir, développer. Avancer.

 

Donc on allonge les horaires, on slalomme entre les orages, on s’infiltre ( !) dans les espaces sans pluie.

 

On monte des murs.

 

On brasse des cargaisons, des sacs de ciment, des planches. Des caisses de clous.

 

On érige.

 

On s’agite, enfin. On démontre. ( mot français composé de dé ( chance) et  de montre ( temps))

 

A partir, comme ça ,  au dernier moment de La Montagne, il arrivera un jour où la rivière me bloquera de l’autre côté. L’autre jour, c’était tout juste. L’eau à hauteur du capot. Les branches dans l’eau. Doudouche me dit qu’on voit parfois passer des chèvres ou des vaches.  J’en ai perdu le Klaxon, organe majeur d’un véhicule ici. Panne fatale.

 

Du coup, deux taxi-motos se sont ramassés dans la montée, non prévenus de notre arrivée.  En effet, normalement, c’est TUUUT TU TUUUT  à chaque virage, comme dans le tunnel après Saint Christophe en Oisans .

 

Pas de bobos, mais impressionnant. Je rappelle que c’est quatre passagers par terre à chaque fois. Celui qui montait avec sa chaine HI FI sur la tête m’a fait le plus de peine, quand il a ramassé les morceaux.

 

Tout ça pour expliquer les jours de silence, occupés par un peu d’action.

 

Zéro visiteurs, sur le blog, hier.

 

Je perds de l’audience. J’ai du mal à être au four et au moulin.

 

En fait, vous avez été 444 visiteurs uniques (donc différents) depuis le premier jour . Vous êtes uniques.

 

Merci de votre curiosité, et aussi de vos messages.  C’est encourageant.

 

Je dois donc relancer l’intérêt. Piquer les curiosités.

Je ne peux pas refaire le coup de la fête en deux épisodes. Tout le monde n’a pas aimé. Surtout le suspense à la fin de la saison 1.

 

 

La question du jour, c’est donc cela : trouver quand même un moment, comme ce soir, pour raconter la vie ici.

 

Parce que c’est essentiel, pour la mémoire, pour les gens qui vont passer et que je côtoie chaque jour, pour garder l’œil qui voit, pour ne pas me lasser. Pour ne pas s’user trop vite.

 

Depuis huit jours, la vie est active. Hyper.

 

Je n’ai rien raconté, et vous ne savez pas.

 

Vous ne voyez rien s’afficher sur le blog.

 

Zéro visiteur, hier.

 

Cela m’a quand même fait un choc. C’est comme une boutique vide, une journée sans appel téléphonique, une auto sans klaxon. La rue du Commerce sans camions qui passent. Un jour sans pluie.  Une nuit sans les chants des églises alentours.

Un marché de Jacmel le dimanche.  Rappelez moi qu’il faut que je raconte le marché, et aussi le recyclage des bouteilles en plastique, les tableaux naïfs, la technique du téléphone mobile, les deux ouvriers qui démolissent la maison d’en face, l’histoire des cochons américains, la méthode pour faire du jus de citron, la culture du café, la propriété foncière à travers les âges dans les campagnes, la saga de la famille Colin, comment rien n’est impossible et tout peut arriver, que six mois après il y a eu quand même pas mal de choses, Joe Dassin qui chante «  les Champs Elysées » sur la route vers la Montagne, le déambulateur du matin, l’eau que l’on boit, les moustiques et les méthodes pour s’en protéger, les éclairs du soir…

 

Plus d’histoire pendant quelques jours. Cela doit être un peu tristounet pour les fans. Comme Marseille au mois d’Août. C’est un peu vide et mort.

 

Vous ne savez donc pas :

 

-       que ma visite à Port au Prince du lundi 12 juillet s’est très bien passée. Belle réunion, à l’heure, sur les volontaires du service civique. Proposer à des jeunes gens de se rendre utiles 6, 9 ou 12 mois, au service du pays, ou au service d’autres pays. Dix français de moins de 26 ans viennent de vivre une expérience unique en HAITI. Enfin, une mesure intelligente. Merci, Monsieur Martin HIRSCH.  Cette mesure est une bénédiction. Même si l’ambassadeur est arrivé après, juste un coucou dans la cour. Merci Monsieur Le Bret. Vous faites un bon travail. Envoyez vos enfants de 18 à 26 ans en service civique, à Port au Prince ou à Félix Pyat. ( Marseille, 3ème)

 

-       que mon ordinateur vient de se bloquer, là,  au 12 950 ième mot de ce blog. Et que là, « action, rédaction, » exaspération… J’ai pris un fond de Barbancourt ( rhum national ) avant de balancer le Mac par la moustiquaire, et trois coups de tonnerre et deux éclairs plus tard, il est reparti. La moustiquaire l’ a échappé belle. J’ai perdu deux paragraphes, et là, vraiment, vous ne saurez pas.

 

 

-       que mes visites chez les futurs bénéficiaires des futures maisons me retournent au plus profond, à chaque fois.  Je souris, de façade. Je blague, je détourne. J’ai envie de hurler et de pleurer. Je raconterai cela, quand même. Il faut que je laisse macérer, cette colère, cette souffrance.  Cette indicible peine. Et ils ne se révoltent pas ? Il y aura une page sur les bénéficiaires. Juste le temps de laisser tomber la pression.

 

-       que le maire n’était pas chez lui, quand j’y suis allé…

 

-       que pour faire une bonne latrine, dans une école, il faut creuser au moins jusqu’à 2m20 . Ce n’est rien de le dire, sauf quand la roche est à 80 cm de la surface. Il faut alors, soit beaucoup de temps ( ça va) , des courageux ( ça va),  des outils affûtés ( ça commence à aller moins) , de l’essence qu’on enflamme pour casser la pierre ( ça ne fonctionne pas toujours ) . Ou bien, il faut creuser là où il n’y a pas de roches… Ou bien, les enfants continueront à faire dans la nature environnante.

 

-       qu’Altagrace PAYEN, nouvelle coordinatrice du cluster éducation est venue à la Montagne, ainsi que Fritz Auplan, ingénieur, ainsi que le canado Haitien dont j’ai oublié le nom, puis la responsable locale du projet de Plan International, Save the Children, Médair, Unicef, et tant d’autres. La Montagne devient la « it » place. Les people s’y bousculent. J’adore. Il nous manque Lyonel Messi, Florent Malouda, et Angelina Jolie. Je ne désespère pas :   il y a bien eu une séance de photos de mode au FLORITA (vous vous souvenez, l’hôtel du début) avec des mannequins plein le hall.  Je n’y suis pas resté trop longtemps. Pour la Montagne, je sais, pour l’avoir répété souvent, le nombre exact de mandariniers greffés à ce jour. ( 789), le nombre total de plantules dans les sachets de la pépinière, avec ou sans les caféiers. ( Quizz :  j’attends vos réponses sur facebook, sauf pour le personnel de l’association, leurs familles et apparentés, et les lecteurs de mes rapports officiels)

 

-       que samedi a eu lieu une superbe réunion pour expliquer aux gens influents de la zone comment seront distribuées les plantules, à qui, à quel prix, où et quand. Le chocolat chaud était divin. Vous ajoutez au chocolat préparé à partir des cabossses que vous avez récoltées dans le jardin, des graines que vous aves grillées lentement et pilées pour former une pâte épaisse,  homogène, et un peu amère, que vous avez  rapée, et fondue dans le lait frais,  un peu de cannelle. Servez très chaud.

 

-       qu’à  cette même réunion, les femmes avaient préparé un fabuleux repas.

 

 

 

Donc, pendant tout ce  silence, il y a la vraie vie.

 

Mais, comme dit Jean Claude  IZZO, «  Vivre fatigue ». Donc le soir, je n’écris plus. Je dors.

 

N’ayez pas peur je vais m’y remettre.

 

J’ai promis de raconter, notamment ce qu’on mange, ici. J’ai déjà le titre : «  Qu’est-ce-qu’on mange ? »  Je garde ce chapitre pour un jour où je  ne  saurai pas trop quoi raconter.

 

Mais, par exemple, ce soir, j’ai mangé :

 

  • la moitié de l’avocat que m’a donné la sœur de Boss Doudouche
  • un plat de spaghettis, succulents, que m’a donné Paule Baruk, ma voisine. Merci encore, Paule.
  • une tranche de papaye que m’avait donné samedi la présidente du groupe des femmes de la Montagne, sous section d’OPADEL. (Femmes Opa) Phonétiquement, c’est un joli nom, pour un groupe de femmes.
  • Un verre de PRESTIGE, bière locale qui mousse quatre secondes puis… pouf…
  • Une banane juste mûre que m’a donnée Romuald. Enfin je veux dire une des 24 bananes.
  • Une tasse de café, que j’ai préparé, moi-même. C’est d’un paquet que j’avais acheté au market de Port au Prince, l’autre jour. Le paquet ressemblait aux Cafés ANDRE, un truc africain.
  • Je n’ai pas pris de fromage.  Mais cela arrive. Du cheddar en pâte.

 

 

Un repas, tout seul, mais où tant de monde est présent. J’en ai profité pour mettre Alain Bashung à fond, vous savez, cette chanson de Gérard Manset : «  Il voyage en Solitaire, mais nul ne l’oblige à se taire … ».

 

Je m’arrête. Il est 22h30. Je vais être en vrac, demain, je viens de perdre deux heures de sommeil. J’en ai encore au moins pour dix minutes à charger cela dans le blog pour les lecteurs de demain matin.  C’est à dire dans une demi-heure à Marseille, Montpellier, Aix, Paris, Saint Germain, Santorin, Marquette, Nice, Lille, Salon, Bordeaux, Pouillon, Asnières, Félix Pyat, Mazargues, Le Vieux Port, le Prado, le David, Castellane,  Cours Julien… zut j’en ai oublié plein. Je vais me faire tuer.

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Published by planete-haiti
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