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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 22:43

24 Septembre 2010. LE MARIAGE DE MANU.

 

J’ai été invité au mariage de Manu et de Mamoune, vendredi.

 

Vous ne les connaissez pas ?

 

Quand j’ai appris qu’il m’invitait avec beaucoup d’insistance, j’ai été un peu surpris.

Je ne connais pas de Manu à Jacmel.

Et encore moins de Mamoune…

 

Vendredi Doudouche, (le chauffeur, pour les nouveaux, )  me parle du type que nous avions  transporté à la fête de La Montagne, et qui avait de gros problèmes dans la montée.

 

Vous vous souvenez : ( VOIR : LA FÊTE 1 ÈRE PARTIE , 5 ET 6 JUILLET)

 

« Au milieu de la pente, trois hommes, une roue de secours, un énorme baffle , pas de machine à l’horizon.  En général, je ne donne jamais de « roue libre » ( auto-stop).

Là c’est tellement étonnant que je m’arrête.

C’est un groupe de dominicains, (de Saint Domingue), qui vont faire les DJ à la fête. Je les invite à monter à l’arrière du Pick-Up. Au moins, il y aura de la musique. Et puis, ils m’inviteront, tout à l’heure à venir dans leur programme. (l’enclos où ils feront leur musique).

 

 

P1000883.JPG

 

En fait, Manu, c’est l’un des trois, avec la casquette, sur cette photo de la Fête.

On s’est salué, de temps en temps, en ville. Il est resté à Jacmel , et les hasards nous ont amenés à nous croiser. Oh, à peine, un salut de loin, un grand sourire. Sans plus.

Et quand il rencontre Doudouche dans la voiture vendredi, il lui fait des grands signes, le stoppe, et le presse à toutes forces à m’emmener à son mariage qui a lieu … le soir.

 

Je dis OK. Il a l’air d’y tenir.

 

Puis la journée, longue et dure à La Montagne me fait un peu oublier cet accord.

Au retour, une énorme pluie, du vent.

Des conditions dantesques (il y aurait eu 5 morts à Port au Prince.)

 

La pluie sur cette route de Montagne, c’est un moment de terrible stress. J’ai eu un peu peur.

Et puis, arrivés en bas, va –t’on pouvoir traverser ?

L’eau monte très vite.

 

Retour long, pesant,  mais sans graves évènements vers Jacmel.

Ça passe… Par un grand détour. Mais on doit être les seuls à avoir été assez fous pour faire la route sous cette pluie.

 

Et, à l‘arrivée,  l’invitation me revient en tête.

 

En fait Doudouche n’avait pas tout compris du créole hésitant de Manu. Mariage, fiançailles ?

 

Mais j’ai dit : «  on y va ». Donc, on y va.  

 

Je pensais une grande fête, une grande famille, un monde fou où on pourrait se mêler à la foule pour passer inaperçu et partir vite.

Devant la maison, pas de voitures garées. Sommes nous arrivés trop tôt ?

 

On nous attend. Manu est à la porte. costume rayé à la mafioso – quoique j’ai vu des banquiers avec le même – un peu comme dans Borsalino.

Avec sa future femme.

Et sa famille.

 

En fait, c’est moi qu’ils attendent…

 

Mon ami, mon grand ami.

Je ne sais toujours pas son prénom, à ce moment là…

Accolades chaleureuses.

 

A peine arrivé, les festivités commencent.

 

Assis près du couple. Elle jeune fille, émue, belle.

Lui, déjà un peu éméché.

Les parents.  Un peu âgés. Bourgeoisie moyenne. En fait ce ne sont pas les vrais  parents, mais le couple qui comme beaucoup d’haïtiens, a pris chez lui  des enfants, orphelins ou non, pour les élever.

On appelle ces enfants des «  RESTAVEK » ( reste avec )

 

Quand tout se passe bien, comme ici, ils sont presque adoptés, éduqués, suivis, aimés. Bon, en fait, les « parents » habitent Miami.  Et le mariage a été précipité car ils repartent dimanche.

 

Je repense à Sources Chaudes, chez « Ma Tante », mamma qui avait chez elle les belles Tatoune, Masilia, Rosemita et d’autres qui ont fait leur chemin

Quand cela ne se passe pas bien, ces enfants sont tout simplement des esclaves au service de la famille.

 

Là, Mamoune a l’air heureuse.

Manu est rayonnant, frétillant.

 

Puis, au milieu de la famille, je me retrouve l’invité d’honneur. Assis avec le couple dans le sofa du salon. Photos…

 

L’officier d’état civil arrive, et commence la cérémonie dans le salon, costume de circonstance et chapeau mou vissé sur la tête.

 

Le témoin est l’ancien délégué (un peu comme un préfet en France : le représentant du gouvernement dans le département)

La « mère » est l’autre témoin.

 

Manu – j’apprends enfin comment il s’appelle quand l’officier énonce les états-civils -  jure qu’il sera fidèle et qu’il aimera Mamoune jusqu’à la mort.

J’ai un doute.

Il répond «  si señor » aux questions de l’officier.

Après l’alliance, Mamoune pleure.

Ils s’embrassent, sourient… Je n’ai pas pris mon appareil photo. Erreur fatale. L’ambiance est douce.

 

Puis, Champagne, discours du délégué.

 

Et signatures.

 

On me tend le stylo…

 

Je suis donc signataire du mariage de Manu et Mamoune, le 24 septembre 2010, à 19h30, à Jacmel, Haïti.

 

Mais je ne suis garant de rien.

 

En tout, nous étions quinze, avec l’officier d’état-civil.

 

Un repas rapide, des boissons, et le Manu, DJ de profession, crooner latino aussi , se lance.

Musique. Il chante bien.

Doudouche est aux anges.

On danse un peu.

Lui bien, même très bien. Il fait très danseur de salon.

Moi, je danse à ma façon. Hum.

Il va falloir vraiment que je prenne des leçons. Je ne vais quand même pas rester assis, quand il y a cette musique caraïbe qui ferait même bouger les statues.

 

Voilà donc une nouvelle page du : tout peut arriver.

 

En rentrant, je demande à Doudouche ce qu’il pense des serments de Manu.

Il est mort de rire : Manu a une autre femme à Jacmel, et une famille à Saint Domingue. Doudouche a fait son enquête pendant la soirée.

 

Le pire pour Manu, sera la suite : Doudouche, pensant bien faire, a appelé son pote de la radio pendant la fête. Le mariage de Manu et de Mamoune a été annoncé sur les ondes. Avec les félicitations de l’animateur. Manu n’avait pas l’air content…

Ses autres conquêtes vont lui mener une vie d’enfer.

 

Mamoune avait l’air heureuse.

Peut être de pouvoir aller maintenant à Saint Domingue quand elle voudra, avec son mari, sans blocage à la frontière.

 

 

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 21:05

22 septembre 2010. REPLIQUE.

 

 

La terre a tremblé, à nouveau.  Mardi. Une secousse furtive, au milieu de la nuit. Quelques secondes. Comme un frisson. Comme un animal qui s’étire.

 

Nous en parlions, la veille, des autres failles, des autres risques.

 

La nuit qui chantait, les musiques, les cris des chiens, juste avant.

Quelques secondes à peine.

 

Et un long silence : tout  s’est tu.

 

Comme si le vent avait tourné.

La surprise, et la peur encore.

 

Quelques murmures, des plaintes, des questions,  sans doute aussi. La  blessure est trop récente.

 

La peur est vive. Se retrouver au centre de ces faisceaux telluriques. Encore ?

Savoir que tout peut arriver, à chaque instant. Que même la terre, symbole de solidité, est maintenant fragile. Mince couche mobile.

 

Rétrospectivement, se dire que ça n’était presque rien, mais fuir, quand même. Echapper à nouveau.

 

Certains ont bondi dans la rue, dans la cour.

 

Finir la nuit dehors, puis rentrer sous les toits, ennemis, la peur au ventre, parce que la pluie est venue. Dense et longue.

 

Torrents de pluie. Eclairs.

 

Il y a eu des courses éperdues, des fuites. Des pleurs encore.

 

Ecouter les craquements, surveiller les fissures. Regarder le ciel. Regarder la terre.

 

Appeler les amis. Attendre. La ville attend le jour. La ville attend la lumière. La ville s’éveille, enfin, engourdie de trop peu de sommeil.

 

A part la secousse, réelle, 4,4 sur l’échelle de Richter, tout le reste est imaginé : je dormais.

 

Cela ne m’a pas réveillé.

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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 21:49

18 SEPTEMBRE 2010. LE COMMANDANT A LA MAIN VERTE.

 P1020863.JPG

Nous avons 18 500 arbres à planter d’ici fin 2011.

 

Déjà, plus de 10 000 sont prêts, alignés, greffés, choisis.  Ils seront très bientôt distribués.

 

Mais l’idée n’est pas seulement de planter des arbres. Il reste des cimetières de pépinières d’anciens projets, un peu partout, et même à la Montagne. Des sachets vides, crevés.

 

A la réunion préparatoire à la grande distribution, aujourd’hui, une nouvelle venue nous disait :

 

« donnez-moi des arbres, et après quelques mois,  vous serez contents de nous ( ou ap complimanté nou )»

 

Je lui ai répondu qu’il ne fallait pas voir les choses ainsi. Et  que le but n’est surtout pas de nous faire plaisir.

 

J’ai proposé une autre version :

 

« donnez-moi des arbres, et après quelques années, je serai nettement plus riche ( m’ap fè plis kob )

 

L’idée est là : non seulement sauver la terre, mais aussi faire d’autres cultures qui rapportent de l’argent aux paysans. Des cultures, des techniques nouvelles, des méthodes  de conservation et de transformation, et des réseaux de commercialisation.

 

 

Depuis quelques jours tout tourne autour de ça , relancer l’activité par la relance paysanne :

 

Le voyage à Camp Perrin.

La mise en place des distributions d’arbres.

La rentrée scolaire est l’ennemie des arbres.

 

Camp Perrin, pour moi, c’était un retour, encore, sur des lieux d’il y a longtemps. Jean et son atelier-école  qui m’avait dit, il y  a 27 ans, qu’il travaillait pour l’éternité. Je lui ai rappelé cette phrase. Il m’a indiqué que c’est toujours vrai, mais aussi que c’est une lutte de chaque minute.

Mais quand même les ateliers de Camp Perrin ne sont pas seulement une action durable. C’est une œuvre, comme celle d’un auteur. ( www.aecphaiti.org)

Une star qui s’adapte : ils proposent des formations et des outils pour de la construction  anti-sismique aux maçons. Non, ce n’est pas trop tard :  il nous reste un paquet de failles qui n’ont pas encore bougé, dont celle d’Enriquillo, la plus dangereuse, qu’on pensait être responsable du 12 Janvier ( dixit JR Clérismé, membre du CIRH, hier )

 

Avec mes amis d’Opadel, ce voyage a aussi été une découverte.  J’avais le souvenir des superbes tissages des Ateliers de Mousson.

Aujourd’hui, elle a bâti aussi une œuvre. A quitté le tissage, comme mes artisans de Sources Chaudes, et pour les mêmes raisons. Plus de fil … Des arbres greffés se sont alors multipliés, des semences sélectionnées, des fruits parfaits, des idées multiples et leur application. (www.oreworld.org)

 

ORE est une ruche, un complexe où tout est possible.

 

Quand Josette (HAITI FUTUR)  dit que Camp Perrin est le plus bel endroit d’Haïti, on a envie de lui donner raison. Surtout parce que c’est un tissu de compétences qui se croisent, et se permettent, l’un à l’autre, d’avancer.


 

 

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L'exemple ?

 

Le mangues séchées d'ORE.

Des mangues sont produites dans la région , et d’autres endroits du pays pour être exportées. La sélection a été faite par greffage. Et à force de soins, d’éducation et d’attention, 90% des mangues proposées pour l’exportation sont acceptées.  C’est un miracle quand on connaît les conditions calamiteuses du transport et de la logistique ici.

Celles qui sont rejetées, pour des tâches ou défauts d’allure sont découpées et séchées.

ORE de Camp Perrin ( CP) a fait fabriquer  son laboratoire de séchage par l’atelier école de CP, et le sachet est dessiné par une designer de CP.

 

Le développement, comme dit Josette, est une simple question de collaboration ( Tèt ansanm), c’est aussi simple que ça : «  il y a un paquet de gens intéressants dans ce pays et il est essentiel de les mettre en réseau pour faire une "masse critique" .

Plus les mains sont nombreuses et moins lourde est la charge. (Min ampil, chay palou )

 

 

Donc ce voyage à Camp Perrin , avait aussi pour but de montrer à mes développeurs néophytes montagnards que leur énergie et leur persévérance peut les conduire loin. Mais qu’il y aura des obstacles et des jalousies.

Les arbres greffés de Mousson, on les traitait de communistes, au début. Le changement fait toujours peur à quelqu’un.

 

Et, parmi mes amis d’Opadel, Romuald, «  le commandant ».

C’est le spécialiste de la communication. Des discours toujours profonds et pleins de sagesse.

Il est revenu à La Montagne. Une vraie volonté. Une vraie décision.

Il a quitté son poste de commandant de police, ou il était haut placé, pour revenir à la Montagne. Paysan. Un choix, un avenir.

Il y croit, et il entraine les jeunes avec son expérience et son enthousiasme.

 

Et c’est lui, le citadin, le militaire qui, à Camp Perrin,  posait les questions, multipliait les recherches, et les achats d’arbres greffés, les pieds de bambous, récupèrait les graines de tout ce qu’il pouvait.

 

Ecoutait, émerveillé, comme nous,  l’agronome Eliassaint nous raconter les avocats chouquettes et les mangues cœur d’or.

 

Il a trouvé des pieds de cannelle, de carambole, a même acheté des plants de fleurs à l’hôtel.

 

Il reviendra à Camp Perrin, pour le poivre de Mousson … Il a la main verte, le commandant.

 

 

Juste une remarque, mais j’y reviendrai, sur l’école, « ennemie » des arbres.

C’est une provocation, évidemment.

Mais je n’ai jamais vu autant d’arbres coupés, de foyers de charbon de bois, des planches emportées des campagnes qu’en ce moment.

 

Malheureusement, les productions paysannes ne rapportent pas assez.

 

Les familles coupent et vendent du bois, préparent du charbon de bois, essentiellement pour payer l’école des enfants, les fournitures et les uniformes.

 

Il faut donc vraiment changer les sources de revenus, augmenter les ressources dans les villages.

Et Haïti pourra remplumer ses mornes. 

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 21:21

11 Septembre 2010 – CHRISTOPHE COLOMB et L’AMERIQUE.

 


Le 11 septembre, je pense, comme tout le monde, à l’Amérique.

 

Je me souviens de ces incroyables images vues sur la télé du concierge des Oliviers de Fabron, juste avant la réunion. Et mon silence effaré.

Une tour, puis deux. Des avions qui s’écrasent. Des gens qui sautent dans le vide.

Trois mille morts.

 

Et en plus, j’adorais ces tours.

 

Pour plusieurs raisons.

 

La découverte de New York, de là haut, en 1983.

La visite avec les filles, en 2000.

 

L’étonnement d’être si haut, si vite. Tous ces étages. Et au loin, tout en bas, Manhattan. La finesse de cette construction. Un défi.

 

Et s’y ajoute l’histoire du funambule (Philippe PETIT) qui tend son fil entre les tours, le  7 août 1974. Traverse le vide. Les passants, en bas, attendent qu’il tombe.

 

Une certaine envie de revoir l’Amérique. New York et cette beauté minérale. Chrysler  Building, Central Park, Times Square, le Moma. Et même  Brooklin,

 

Mais je me dis que l’Amérique est si proche.

 

La culture, le langage, les échanges des diasporas.  Tout nous rapproche de l’Amérique. Quand je dis nous, je veux dire Haïti. Miami est la banlieue de Miragoane.

Hier sous la pluie, j’ai croisé un camion de matelas usagés. Direct sorti du bateau.

Des haïtiens vont dormir sur des King Size de deuxième main.

 

 

Et j’ai pensé  que c’est un retour d’histoire.

 

Le 9 décembre 1492, Christophe Colomb  « découvre » l’Amérique. Un dimanche et il pleuvait.

Il était parti sur la route des épices menant vers l’Inde. Enfin, on me dit qu’il cherchait en fait Cipango, au Japon. A moins que ce ne soit le 6 décembre.

 

Il s’est trompé sur tout.

 

Ni les Indes,  ni l’Amérique.

 

Mais le Nord Ouest d’Haïti. Et en plus, il échoue son bateau, la Santa Maria.

 

J’imagine Michel Desjoyeaux planter son nouveau voilier Foncia sur les rochers du Môle Saint Nicolas.

 

Mais Christophe Colomb, héros parmi les héros, célébré partout au point même qu’il y avait, il y a longtemps, une statue de lui à Port au Prince, ne s’avoue pas vaincu.

 

Il rebaptise le pays qui s’appelait Ayiti en Isla Espanola, tellement ça lui rappelle la Castille, fait construire un fort, «  La Nativité », avec les restes du bateau, laisse une partie de son équipage et rentre chez lui chercher un autre bateau. La Route du Rhum à l’envers.

 

Implantation, conquête, religion… destruction. Ça ne vous rappelle rien, en ce 11 septembre ?

 

Bref quand il revient, plus d’équipage, plus de « Nativité ». Les marins ont tenté d’envahir la région appelée le  caciquat de Magua. ( Je lis  celui de Marien, ailleurs… Imprécisions.)

Ils pensaient que les autochtones, sympathiques et accueillants au départ, se laisseraient plumer. Normal, pour des «  Indiens ».

 

Les habitants de l’époque étaient les Tainos, issus des Arawacks arrivés depuis un bon moment dans l’île. Si j’ai bien compris, ils venaient d’ailleurs du continent américain. Installés là depuis plus d’un millier d’années. Leur langage a laissé quelques traces : Hamac, tabac, barbecue… C’est dire s’ils étaient cools.

 

Les gars de la Nativité se sont quand même  fait massacrer par Caonabo, mari de la fameuse Anacaona.  Tout le monde pense qu’elle était belle, Anacaona. C’est presque sûr, avec un nom pareil.

 

 

Christophe revient. Plus d’hommes, plus de fort, plus rien. Il pique une crise : «  Caramba !! » avec son accent génois.

Un chef militaire en colère, ça donne une guerre (à l’époque), ou le terrorisme ( aujourd’hui).

 

Caonabo (le mari, enfin le cacique) est enlevé, les Espagnols s’installent se dispersent, trouvent de l’or, (aujourd’hui, on chercherait du pétrole), font fructifier leur petit pactole, usent les gentils Indiens Tainos à la tâche.

 

Selon Borah et Cook, chercheurs Californiens, il y avait 8 millions de Taïnos en décembre 1492.  Enorme ! Mais estimatif.  Un autre chercheur bien connu, Frank Moya Pons a estimé la population de l’époque à 370 000 habitants. Un autre appelé Zuazo calculait, en 1517 une population d’un peu plus d’un million.  (1,130 Millions)

 

Difficile de fixer le chiffre, mais l’important n’est presque pas là.

 

 

Christophe Colomb et ses amis ont mis tout le monde d’accord.

 

A force de batailles, de travail et de maladies importées, il ne restait, cinquante ans plus tard, que 200 Tainos.  Deux fois cent.

On appelle ça, aujourd’hui, un génocide.

 

Un peuple paisible, ne connaissant pas la propriété, pratiquant une culture égalitaire, rayé de la carte en quelques décennies.

 

Tout ça pour dire quoi ?

 

Que le grand terroriste qui a fait  tuer de façon effroyable trois mille personnes dans les tours jumelles, que même le séisme de janvier et ses 300 000 morts estimés, n’ont pas eu la puissance destructrice de Christophe Colomb, ses frères, et ses soldats.

 

Il faut donc cesser de dire qu’il était un héros.

 

Et savoir que ce massacre fulgurant des indiens Tainos a conduit à la mise en place d’un système pervers conduisant les esclaves venus d’Afrique à remplacer les indiens dans les champs et dans les mines.

 

Au moins jusqu’en 1804, date de l’indépendance d’Haïti.

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 19:49

 

 

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11 Septembre 2010. KIT SCOLAIRE.

 

Nous avons prévu, dans le programme «  un Toit , un Avenir », la fabrication et la distribution de kits scolaires.

 

C’est un des piliers de l’association Planète Urgence. ( Cliquez sur le " link" ci-dessus )

 

Et c’est simple : pour 2 Euros, les enfants du Sud bénéficient d’un kit composé de quelques fournitures, cahiers et stylos, le tout dans une sacoche fabriquée localement.

L’idée est bonne.

Le budget est serré.

 

Donc depuis quelques semaines, je tourne autour de la question.

 

OPADEL me laisse venir.

 

Ils savent que 2 Euros, c’est un peu court.

 

Alors, comment fait-on ?

 

Une sacoche revient à peu près à 100 Gourdes, c’est à dire … 2 euros.

 

Une sacoche sans fournitures, c’est bête.

Des fournitures sans sacoches, c’est bête aussi.

 

Alors, nous avons, enfin, j ‘ai  tranché. Ils étaient morts de rire.

Comment il va faire, le Philippe ?

C’est une équation délicate.

 

Donc, après un peu de réflexion, j’ai trouvé qu’il était plus important de lancer la fabrication des sacoches.

C’est toujours ça de pris.

Du travail, des revenus.

 

Si on fait les 5000 kits, cela fera toujours 10 000 euros payés pour un travail réalisé sur place.

Le projet devrait s’appeler «  un toit, un revenu ».

 

Pour les cahiers et les stylos, on trouvera une solution. Peut être existe-t’il  un stock de l’Unicef…

 

 

Donc lancement de la fabrication des sacoches.

 

Des modèles, des échantillons… Trop de toile, trop de main d’œuvre.

Deux euros, c’est deux euros….

 

 

A moins qu’on lance une opération spéciale : kits scolaires  pour Haïti , à 4 Euros.

 

Mais bon, cela ne ferait pas sérieux. S’ils y arrivent ailleurs.

 

 

J’ai donc lancé la manœuvre. On fait les sacoches.  On démarre, et on verra…

 

Boss couture mobilisés, tarifs discutés, mesures prises.

 

C’est simple : une aune de tissus donne cinq sacs , elle coûte 200 gourdes, la main d’œuvre est à 50 gourdes par sac. Vous avez calculé : il reste 10 gourdes pour les fournitures.

 

On lance… Pourvu que l’Unicef…

 

 

Donc ce matin, avec le boss, achat des toiles.

La rentrée est le 5 octobre.

Il ne faut plus traîner.

 

 

Samedi. Marché de Jacmel . Foule. Chaleur.

La boutique de toiles est une sorte de couloir.

Surpeuplée.

 

La question est simple : combien coûte une aune de ce tissu kaki, un peu solide, pas trop salissant, épais, pour faire des sacs.

 

Au fait, un sac, ici, s’appelle «  valise ».

Je ferai un jour un quizz pour demander ce que signifient les mots  français dans leur usage créole.

 

Exemples :

 

Une Valise est … un  sac.

Une Figue est une… banane.

Une Pistache est … une arachide.

Une Plume est … un stylo.

Une Machine est … une auto.

 

Il y a d’autres exemples.

 

Donc nous voilà avec Arnold ( le boss), chez Ronald ( le marchand). En Haïti, on réutilise souvent les choses. Là, avec les lettres de l’un, on fait un prénom pour l’autre.

 

 

Arnold : nous avons besoin d’acheter des rouleaux de toile. Il y a bien 48 aunes dans un rouleau ?

Ronald : Cela dépend des rouleaux

Arnold : Ah ? Et pourquoi ?

Ronald : Parce que tous les rouleaux n’ont pas la même longueur. Mais souvent, ils font 50 yards.

Arnold : et un yard, c’est combien d’aunes ?

Ronald : c’est 0,75 aunes. Donc c’est très simple. Il suffit de….

 

Là, Ronald prend sa calculette.

 

Nous étions partis avec l’idée de payer une aune 200 gourdes. Arnold a lâché prise.

 

Ronald nous donne le prix approximatif du rouleau en yard et en dollars haïtien. Tout le monde sait qu’un dollar haïtien, monnaie qui n’existe pas réellement, vaut 5 gourdes.

 

 

Au bord de la suffocation, j’ai alors demandé au vendeur de me faire le prix au mètre en dollars américains, sachant qu’un dollar américain vaut quarante gourdes.

Cela m’aurait permis de faire le calcul en nombre de sacs pour savoir si mon kit tiendrait bien dans les 2 euros.

 

Les couturières, clientes normales de la boutique/boyau s’énervaient.

 

Mais Ronald nous a annoncé un discount, du fait que nous prenions plusieurs rouleaux.

 

On va commencer par deux.

Cela nous permettra de calculer et d’évaluer.

 

J’ai voulu payer par chèque. Il a refusé, parce que cela l’oblige à faire la queue à la banque. Du coup, c’est Arnold qui ira patienter deux heures pour transformer le chèque en cash.

 

Tout le monde a suivi ?

 

Donc : sachant que deux rouleaux de 50 yards ( 0,75                   aunes par yard ) nous coûteront 350 Dollars US, le change étant à 40, combien nous coûtera la toile d’un sac en gourdes, espérant faire 5 sacs par aune, et en Euros ?

 

C’est la magie de ce pays au confluent d’histoires et de cultures.

 

Tout se mesure différemment.

 

Hier, un paysan m’expliquait avoir planté une marmite de pois, et n’avoir eu un récolte que de deux pots…

 

Les grains se mesurent en marmites

Les liquides en gallons

Les poids en livres

 

Imaginez moi essayer de traduire en euros l’achat de trois gallons d’eau, deux livres de farine, et une marmite de maïs…

Heureusement qu’il n’y a pas de robinets ou de trains dans l’affaire, car les kits scolaires seraient un vrai problème.

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 18:08

8 SEPTEMBRE. DES GENS ET DES HISTOIRES.

 

 

DSC05601.JPG

 

Ce qui est bien, dans le travail que je fais à La Montagne, c’est d’écouter les histoires des gens.

J’y passe du temps. Et c’est de toutes façons nécessaire pour savoir si le choix de l’affectation des maisons est le bon.

 

En fait je pars d’une liste d’inconnus, dans divers endroits de la localité, et je vais les rencontrer chez eux.

Pour savoir : fait on quelque  chose, et  si oui, quoi ? Construction, réparation, rien ?

Parce que sur le papier, ils sont toujours les plus malheureux dans la maison la plus détruite…

 

Au départ, je ne sais pas vraiment sur qui je vais tomber, ni sur quoi.

 

On m’a dit qu’ils sont parmi les défavorisés, ou les « rescapés ».  Un rescapé, à La Montagne, c’est quelqu’un qui était en ville, Jacmel, Port au Prince ou ailleurs, et qui a perdu son logement. Il a décidé de se réinstaller à La Montagne.

 

Et je vais donc les voir.

Sur place.

 

Parfois, c’est tranquille. Pas trop loin.  Un coup de voiture, quelques secousses sur le chemin.

 

Quelquefois, c’est nettement plus loin.

 

Et le trajet, à pied, est plus douloureux. C’est en général dans des sentiers caillouteux, sur des pentes un peu raides, et en plein midi.

 

Mes pieds s’en souviennent.

 

Et là, je découvre… Je ne vais pas refaire l’histoire de l’autre jour,( « je n’avais pas tout vu » ) mais ce sont, à chaque fois, des moments intenses.

 

J’ai retenu, un peu au hasard, quelques histoires.

 

Laudèse est une femme en colère. Son mari est mort. Elle a eu six enfants avec lui, et vit dans la maison qu’elle partageait avec lui. Sauf qu’une fille dudit mari, née d’une première union, ne veut pas que Laudèse reste dans cette maison.

Et Laudèse sera  à la rue avec ses six enfants. Elle s’incruste dans la maison de feu son mari. Mais la belle-fille est acharnée.

Il faudra que Laudèse trouve un moyen pour rassembler le sable et les roches nécessaires, car c’est la condition . Elle  passe ainsi lors de cette visite au statu de  bénéficiaire.

 

C’est pour moi un instant magique de passer quelqu’un de la colonne «  à visiter » à la colonne «  maison à construire »

Cela va âtre difficile pour les autres, mais il n’y aura que cinquante bénéficiaires.

Les critères sont précis. Le choix parfois difficile. Et, heureusement, je ne le fais pas tout seul. Les responsables d’Opadel ont aussi une vision précise de la chose.

 

Micheline et son mari sont « rescapés ». Ils habitaient Port au Prince, Cité de Dieu. Joli nom pour un terrain gagné sur la mer. Des anciens marais comblés par des fatras et des détritus, qui peu à peu se sont transformés en terre émergée. C’est comme ça que Port au Prince s’est agrandi. Et des gens se sont installés là.  Comme dans beaucoup d’endroits dangereux.

Micheline et son mari étaient bien. Sortis de la misère, un peu début de classe moyenne. Jusqu’en janvier où les mouvements du sol ont fait revenir la mer.

Micheline me dit que la mer a avalé la terre.  Et sa maison, et son activité, ses revenus.

Heureusement, elle avait  hérité d’une terre à La Montagne. Elle s’y réinstalle. Mais là, cette maison sera difficile, du fait de la configuration du terrain. On la fera.

 

Henri Samedi, je l’ai rencontré …  un samedi. Il était remonté.  Il rouspétait. Il vit dans une tente depuis janvier. Enfin, il vit à côté, car la chaleur est infernale à l’intérieur.

Il était assis là, devant sa tente et pestait contre les vauriens qui lui ont coupé les cordes et volé les sardines. Sa femme, plus calme, tressait des feuilles de latanier pour faire des chapeaux. On lui achète ses tressages à la douzaine. A un prix que je n’ose pas répéter.

Henri et sa femme ont eu quinze enfants. Ils ont l’air en forme, bien qu’aucun de leurs enfants ne se soit occupé d’eux depuis le séisme. Il raconte, Henri, que son mariage avec sa femme a été une grande fête : il y a eu, ce jour là, soixante mariages en même temps. Dans une église qui travaille à la chaine, sans doute. Mariage collectif. Elle le regarde d’un air attendri. Il la houspille un peu quand elle se trompe dans les réponses. Henri a 98 ans. Sa femme est une jeunette : elle n’en a que 95. Ils ont une maison très abimée. On pourra la réparer.

 

Les enfants de Lito sont beaux. Ils ont un sourire radieux. Pourquoi ? Parmi les sept, j’ai rencontré deux des grands. Une fille, un garçon, la trentaine.

 

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Je visitais la zone de Belle Hôtesse. Mort de fatigue.

Ils  n’étaient pas sur la liste des visites prévues. Elle, je ne sais pas son prénom, en fait, m’a suivi et petit à petit amené à visiter la maison.  Je le fais rarement et l’essaie de respecter les pré- sélections d’OPADEL. Mais là, je suis allé voir. Le sourire, peut-être ?

Certains cumulent. La maison a perdu une partie de sa structure au tremblement de terre.

On ne dit jamais d’ailleurs, le tremblement de terre.

On dit «  bagay la », c’est à dire «  la chose » ( on prononce bagaille, et ainsi on comprend mieux d’où vient ce mot : cela ressemble  à «  pagaille »)

Donc secousse et premier round. Puis, quelques jours après, conséquence ou pas, un cocotier s’est effondré sur la toiture.  Et a cassé ce qui tenait encore. Et pourtant, ils sourient …

 

Mirlande est belle. Elle est assise devant la maison de sa mère. Ses deux enfants se mêlent aux autres, neveux, voisins. Elle vivait à Port au Prince. Histoire normale. Et puis le tremblement de terre est arrivé. A détruit la maison. Elle a perdu son mari . Non, il n’est pas mort, pas même blessé. Il a juste profité du chaos pour la quitter et partir avec une autre, une «  diaspora ».

Les « diaspora » sont les Haitiens qui ont quitté le pays pour aller à l’étranger, souvent Miami. Et qui ont obtenu les papiers. Ils leur arrive de rentrer au pays Mirlande est donc seule et nous construirons sa maison sur un bout de terre appartenant à sa mère.

 

Il y en a tous les jours.

 

Il y en aura d’autres.

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 22:15

LES BOULES.  31 AOÛT 2010

 

 

Boule.

 

« Jouer boule »

C’est comme cela que l’on désigne le fait de jouer au football.

C’est un sport tous terrains.

 

Ils jouent sur la plage, et Marine a passé des heures à admirer le gardien de Ti Mouillage.

Un expert…

 

Ils jouent dans la rue. Il y a mille mi-temps, chaque fois qu’une voiture passe.

 

Sur les trottoirs, dans les champs, dans les jardins.

 

Hier, mort de rire.

 

Je faisais mes repérages sur Google Earth pour localiser les terrains des maisons.

Celui de Langlade, près de Lacroix, à côté de la maison qu’on va construire pour Sergo est sorti sur l’image du  globe.

 

J’ai prouvé, grâce à Google Earth, que le terrain était crochu et mal tracé…

 

J’ai montré à Opadel leurs maisons, leurs jardins. Et puis aussi la mienne, à Marseille.

Tu tapes  «  Rue Mireille » sur Google Earth, et voilà…

 

Mais je m’égare.

 

Boule, en fait, ce soir, c’est au pluriel : les boules.

 

 

La journée a été ( surprise ?) très dense.

 

En deux mots :

 

-       terminaison du dossier  de financement su centre avec Mickael en net et au téléphone, à recharger chaque 5 minutes. Au fait, je vous ai dit que j’ai trouvé le nom du centre qu’on va construire à La Montagne ? « CAFÉ  de La Montagne » . Centre d’Activités, de Formation et d’Échanges de la Montagne.  Vendeur, non ?

-       Visite du centre de transformation de fruits de Meyer. Un modèle du genre ; le genre désastreux. Je raconterai…

-       Visite du centre de fabrication de construction et meubles en bambou de Cayes Jacmel. Et si on construisait en bambou ?

-       Livraison de 840 blocs pour rester dans le réel

-       Passage à la Quincaillerie Moderne pour commander des trucs.

-       Rencontre rapide avec le magistrat. ( L’adjoint au maire ) Rendez-vous reculé à jeudi à l’aube… Un centre d’enfants des rues à Jacmel, à recaser dans leurs familles rurales.

-       Comptabilité du mois d’août. (En Gourdes, en Dollars Haïtien, en Dollars Américain,)

-       Fin de rédaction du rapport d’août.

-       Déjeuner à 16h

-       Laurène qui décide, justement aujourd’hui , de balancer ses 88 photos de vacances, juste après les 122 de Pauline. Sans parler des 200 de Virginies et toutes celles ( jolies)  de la Globe Parade… Je n’ai pas pu tout voir.

-       Johanne a décidé de me préparer une « bouillie » pour ce soir . C’est un grand moment quand même. ( Johanne est la dame qui travaille chez moi, en fait, la sœur de Doudouche)

-       Etc etc

 

 

Donc ce soir je pensais mériter le droit de dormir tôt.

 

Et, les boules … donc.

 

Il y a un tournoi de football de rue ( VF) , Street football ( V US) , ou de Boule nan La Ri ( VH)

 

Si ce n’était que ça . Bon …

 

« Bruits de ballons n’empêchent pas le roupillon » ( Proverbe néo jacmélien )

 

Mais il y a autour des matchs une sono tonitruante qui diffuse des sous navets américains, rap avec vocoder, déformeur de voix et basses surpuissantes. Les musiques trop mortelles et infantilisantes dont parlent quelques neveux. Zim, Boum…

 

Certaines ont des paroles créoles. « Mouin rinmin » ou, à la place de « I Love You ». Ça ne change pas le volume sonore.  C’est quoi, déjà la mesure de ce son ? L’échelle de Richter ?

 

Donc les boules. Il est 22 heures, et je devrais dormir depuis au moins 2 heures, après une journée pareille.

 

Mais, zim, boum… C’est pas possible.

 

Donc voilà.

 

Je rends l’antenne. A vous les studios.

 

NB: pas de lien photos , aujourd'hui....

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 21:38

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HISTOIRE D’EAU .  29 AOUT 2010.

 

Cette journée à Bassin Bleu me donne envie de parler d’eau.

 

Bassin Bleu, c’est un bel endroit magique.

 

Une cascade, des bassins successifs d’eau turquoise.

Et le dernier bassin, le plus haut, mystérieux, encaissé, et dont on dit qu’il est magique.

Simbie, la divinité des eaux, s’y trouverait…

 

La première fois, il y a quelques semaines, avec Marine, nous avions pris la route touristique.

L’autre route.

 

Jacmel, Lavanneau, Bassin Bleu.

 

En voiture. On gare le pick-up devant la dernière maison. Il est écrit, à la craie : parking   10 Dollars.

      

Avant même de stationner, vous avez déjà quatre guides autour de vous, le responsable local, les traceurs de route, les désœuvrés divers qui vous demandent de l’argent.

 

C’est rare, dans cette région. Ils sont peu « agressifs » en général. Et je n’avais jamais trop perçu cela.

 

Mais là … Ils ont dû voir trop de blancs. Les dollars leur sont montés à la tête.

 

La première fois, donc, j’ai piqué une crise. Marine et Doudouche se sont planqués derrière leur chapeau.

 

Trop de monde, trop de demandes.

 

J’ai demandé au vieux qui parlait fort, et qui, à midi, sentait le clairin ( alcool de première distillation) combien me coûterait l’air que je respire, le chant des oiseaux et l’eau du bassin que j’avalerai en nageant.

      

Il n’a pas tout compris, sauf que j’étais en colère.

 

J’ai renvoyé trois des quatre « guides » et emprunté le petit bout de chemin.

 

Nous avions passé un bon moment. A lutter contre le courant, à plonger, enfin plouffer, dans l’eau bleu et verte, à oser, pour certains ( pas moi) aller au bout du dernier bassin.

 

Belle journée, dont nous parlions avec le maire adjoint à La Montagne, l’autre jour.

 

 

Et Christian nous dit : mais pourquoi n’allez-vous pas à  Bassin Bleu par le chemin de La Montagne. Vous évitez les guides, le parking, les vieux ivrognes.

 

Direct dans l’eau …

 

Et nous avons pris rendez-vous pour aujourd’hui.  Et le magistrat est venu.

 

C’est facile : arrivés à La Montagne, vous bifurquez à Colin, laissez la voiture un peu plus loin, finissez à pied.

 

Une demi-heure de marche et vous êtes direct dans le dernier bassin, par le haut…

 

 

C’était exactement ça, comme prévu.

 

Sauf qu’on ne m’avait pas dit que les communautés locales m’attendraient, pour me parler de leurs maisons, de leurs pépinières, de leur projet de route touristique de la Montagne à Bassin Bleu… D’autant qu’ils savaient que l’adjoint serait là.

 

     

Donc la demi-heure s’est transformée : un peu de marche, grande  réunion, et tout le monde est descendu vers le bassin.

 

Je pensais faire une petite visite de week-end.

 

Nous étions quarante, au bord du bassin.

 

Descente à pic, vertigineuse. Marche délicate.  Soleil de midi. Mille degrés.

Trempé, dégoulinant…

 

Donc petite baignade à l’arrivée.

 

C’est impressionnant de se baigner devant 39 personnes qui vous regardent. Surtout pour moi … Hum.

 

Mais bon, c’était impératif.

 

Doudouche a piqué une tête aussi.

 

Puis, au bout d’un moment, retour.

 

Le contraire d’une descente vertigineuse, c’est une montée abrupte.

 

Abrupte est insuffisant, comme mot. Epuisant mais beau.

 

Mais, il y en avait qui soufflaient plus que moi.

 

 

 

Et on a déliré sur cette idée de chemin touristique.

 

L’idée, pourtant est bonne :

      

On arrangerait un peu le chemin, et on proposerait des visites du bassin par la Montagne. La pente avec des mulets ou des chevaux, comme à Santorin.

 

En haut, un bar-buvette, cool et frais.

 

Des gens gentils sur le parcours.

 

Un barbecue en bas, ou un riz ak pois au bord de l’eau.

 

Les touristes, ils viendraient, vers ce joyau.

 

On leur demanderait un forfait global pour tout, écrit sur un tarif calligraphié, ils n’auraient pas d’attaques en règle de guides et de parkmen…

 

Bref, une excursion calibrée et organisée. Sereine et calme.

      

Imaginez :

 

Vous arrivez de votre Europe, du Canada ou d’ailleurs.

Même de Port au Prince après une nouvelle insupportable semaine.

 

Votre hôtel de Jacmel, un dimanche, c’est un peu triste et vous connaissez déjà toutes les plages.

 

Un pick up vous prend à la réception, en route vers Bassin Bleu.

Traversée de rivière. Vous trouvez ça tellement merveilleux. L’aventure à la porte de la ville.

On pourrait vous proposer un siège à l’arrière du pick-up, pour le vent dans les cheveux.

Attention, il arrive qu’elle soit en crue, la rivière. Le picotement du suspense et de l’imprévu.

On a même vu des voitures emportées par le courant…

Mais pour vous, cela passe.

      

Puis le passage de Sable Cabaret, mer turquoise. Tellement romantique.

 

Le difficile commence, dans cette montée caillouteuse et variée. La vue est sublime.

Jacmel au loin.

 

La Montagne, et on vous dépose dans les sous-bois au bout de la route. Exubérance tropicale. Moiteur, chaleur. Les feuilles de bananier sont parfaites dans ce décor de paradis. On dirait une pub.  ( de quoi, au fait ? Shampoing, yaourt, assurance-vie ?)

 

Puis après un grand verre de jus glacé (fruit de la passion, papaye, goyave, citron vert …) on vous installe confortablement sur la selle d’un mulet calme.

 

Descente au rythme lent d’une caravane.  Les mulets connaissent le chemin. Ils le font depuis des générations pour transporter l’eau des habitants.

 

      

Découverte des bassins. Bleu-vert à couper le souffle.

Beauté et mystère.

 

 

Après le barbecue, ou le raps sur la berge, remontée lente des mulets.

 

Vous somnolez sous le soleil.

 

J’hésite à mettre un groupe de musique  rurale pour le retour sur le plateau où vous retrouvez le pick-up.

 

Mais je pense qu’on vous offrira le café, le chocolat à la cannelle.

 

Il y aurait peut être une boutique : souvenirs, artisanat de Jacmel et environs, produits agricoles du centre de transformation, photos de vous plongeant. Un peu de rhum, si vous voulez.

      

 

Et puis retour à l’hôtel. Pourvu que la rivière soit franchissable. Sinon, c’est le détour.

 

 

Voilà, vous rentrez, fatigués, heureux, dépaysés.

 

 

Je vais y  réfléchir…

 

Je voulais parler de l’eau… J’y reviendrai très vite.

 

Cela s’appellera : Dis moi quelle eau tu bois, je te dirai qui tu es.

Parce qu’ici, l’eau est différente, selon l’endroit où on vit et la classe à laquelle on appartient.

 

      

Pour les photos : c’est long de les charger sur le blog.

Alors, j’ai trouvé une technique : un lien vers un album Picasa.

Il suffit de cliquer sur le lien : «  link » tout en haut, au dessus de la photo

    

 

 

Et puis, au hasard du net, un très bon blog écrit par quelqu’un, quelque part , ailleurs, en Haiti.

 

C’est très bien écrit , par Jean François Labadie, et ça s'appelle : " Pour ne pas oublier"   Vous y êtes en direct en cliquant sur ce "link" ci-dessous.

 

  link

 

 

 

 

 

 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 21:39

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 25 AOUT  2010. JE N’AVAIS PAS TOUT VU.

 

 

Presque trois mois que je sillonne les chemins, les pentes et les ravines de La Montagne.

 

Que je passe régulièrement sur cette route qui monte.

 

Que je traverse les jardins, les « lacous » ( espaces autour des maisons) à plaisanter et à discuter  de toit et d’avenir .

 

Tantôt  secoué et brinqueballé, après la pluie, quand le ruissellement de la veille a détruit des jours de travail des escouades de villageois payés en «  Cash for Work » ( monnaie contre travail)  et qui avaient  patiemment rebouché les trous dus à la pluie.

 

Tantôt calme et tranquille, comme depuis ces derniers jours un peu plus secs, et où le trajet passe à nouveau sous les trois quart d’ heure.

 

Et puis voir que les choses avancent, cela donne une certaine confiance:

 

-       la première maison est finie,

-       Josette, Haïti Futur et ses ingénieurs ont fait avancer d’un grand pas notre dossier technique ; et elle nous a ouvert des horizons passionnants vers l’éducation numérique dont on reparlera.

-       Les greffes ont bien pris, et les mandariniers se multiplient,

-       Les tonnes de graines de la FAO distribuées lundi ont fait des centaines d’heureux

-       Edo Zenny, le maire de Jacmel, a mis notre maison en fond d’écran

-       On démarre les autres la semaine prochaine…

 

Rien qui ne me perturbe trop sur cette route depuis quelques jours. Même les cyclones passent au large, pour le moment.

 

Je pensais tout connaître de cette route vers La Montagne.

 

La rivière à traverser, mais Doudouche calcule avec soin les passages les plus sûrs.

 

Le passage dans la plaine côtière, Sable Cabaret, où les gens semblent sereins et zen.

 

La montée du Morne Laporte et les bonjours qui se succèdent. Junior va m’attendre au passage, juste pour son petit salut quotidien.

 

Terre Rouge, et ses cultures opulentes et variées. Sous-bois de bananiers, palmiers, caféiers… Les grandes flaques d’eau couleur de latérite.

 

Les caillasses de Colin.  Roche blanche coupante. Gladys est en vacances et je ne la vois plus à l’école avec ses quarante bambins.

 

Bellevue, Dénoué enfin où m’attendent à chaque fois les jeunes gens d’Opadel à la porte de la pépinière. Le mardi, c’est le mieux, quand les 170 femmes travaillent en journée collective.

 

Donc voilà. Mon petit itinéraire devenu presque habituel.

 

Et puis cette journée avec Robespierre. Lui, c’est le représentant de la ville dans le secteur. On a vu pas mal de choses ensemble, même si je n’ai pas avec lui la même proximité qu’avec Christian ou Romuald, de l’Opadel.

 

Et là, c’était la journée de visite des bénéficiaires potentiels.

 

Un retard inattendu nous a fait nous retrouver plus bas que prévu.

A Sable Cabaret.

Juste la partie située à la sortie de Jacmel, mais qui dépend de La Montagne. Théoriquement, notre territoire, bien que je ne considérais pas cette zone comme faisant partie de La Montagne. C’est tellement près de la mer.

 

Juste après la rivière. Le long des plages de galets gris. Même forme, même couleur que sur les plages de la Promenade des Anglais. Et l’eau, pareil, turquoise et bleu foncé. Et au fond, comme un mont Boron des Tropiques, les premières collines arrondies et boisées.

Donc, pour moi, il n’y avait rien à voir là.

On y ajoute un peu de touristes, et c’est « la Bella » tout craché.

 

Mais là, aujourd’hui,  je me suis arrêté.

Robespierre m’attend.

 

Au premier carrefour, une maison détruite. Pas vue,  depuis trois mois. Et pour cause , il n’y a plus rien. Rasée aux fondations. Et une autre à côté, puis une autre encore.

 

En m’éloignant de la route, le spectacle se multiplie. Rien de très car le séisme a rasé entièrement beaucoup d’ habitations. Les gens sont dans des tentes, plus loin.

 

Je pensais voir deux ou trois cas.

 

C’est calamiteux.

 

Des dizaines et des dizaines de maisons disparues.

 

A droite de la route, cela ira : les occupants sont sur leurs propres terres et peuvent justifier de leurs titres.

A gauche, ils se sont installés, au fil du temps et des générations, sur les terres publiques. Personne ne construira là pour eux.

 

Les  murs effondrés, les toitures démantibulées, les poteaux cisaillés.

 

C’est pire qu’à La Montagne, je veux dire en haut.

 

 

Ils n’ont pas d’autres endroits. Pour celles qui n’ont pas disparu, des maisons sans murs et sans toit.

 Et celle-là, où il n’y a plus que la porte  fermée qui tienne debout, où les murs sont des passages béants. Quelqu’un a écrit : « frape avan dantré «  ( Frappez avant d’entrer ). Je frappe à la porte et entre par le mur.

 

Et l’après midi est ainsi, de ruine en ruine, de misère en misère.

 

Des femmes seules avec une tripotée d’enfants, le plus souvent. Des femmes debout, courageuses et vaillantes et dignes.

 

Les hommes sont partis, ou sont morts. Ou sont aux jardins car c’est le moment de préparer la terre.

 

A Sable Cabaret, même les jardins sont misérables : un, puis deux puis trois cyclones ont détruit le réseau d’irrigation qui permettait de multiplier les récoltes de légumes et de fruits. Il reste des bananiers qui tiennent un peu à la sécheresse. Deux kilomètres de rigoles qui faisaient vivre des centaines de familles.

 

Je n’avais pas vu tout ça.

 

La situation ici est pire que tout ce qu’on dit.

 

Et c’est trop pour nous. Notre quota de cinquante maisons est une goutte d’eau. La liste est si longue : Shubert, le jeune responsable du groupement local m’a laissé, comme un message d’espoir, sept pages où  est dressée, d’une écriture serrée, la liste des familles victimes de dégâts ou de destruction. 

 

J’ai rencontré Charlemagne, Homère, Eustache, Siméon, Ladouceur, Mentor. Je n’ai pas vu Paris, Michelet, Saint Ange,  Laguerre, Ronald Egalité, Fleurette et la centaine d’autres.

 

Un petit espoir ce matin : à en parler à droite et à gauche, j’ai découvert qu’une ONG locale va faire 85 maisons de bois dans la zone.

 

Demain, avant de faire ma route habituelle, j’irai voir Schubert pour lui annoncer.

 

PHOTOS SUR  : link 

 

 



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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 10:55

 

21 AOÛT 2010 . Roseline est heureuse...

 

 

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Roseline sourit. Ce n’est pas un sourire éclatant. Un sourire ému et timide. C’est sa façon à elle de montrer qu’elle est heureuse.

 

C’est ainsi qu’elle fait comprendre que ce moment est intense pour elle et sa famille. Inespéré.

 

Elle parle très peu.

Ses frères, ses sœurs sont comme elle. Discrets, silencieux.

 

Roseline a seize ans. Elle a un jumeau qui s’appelle Jocelyn.

 

C’est une famille de jumeaux. Ici on dit des « marassas ».

 

Trois portées de marassas… Très rare, même en Haïti.

 

Les deux ainés, les deux suivants, et le dernier.

Son jumeau à lui est mort à la naissance. Sa mère aussi. Ils auraient été six, trois fois deux.

 

En Haïti, les marassas sont craints et respectés.

 

 

 

LES JUMEAUX ( MARASSA) vivants et morts sont investis d’un pouvoir surnaturel qui fait d’eux des êtres d’exception. Dans le panthéon vaudou, une place privilégiée leurs est réservée à côté des grands « mystères ». D’aucuns prétendent même que les MARASSAS sont les plus puissants que les LOAS. Ils sont invoqués et salués au début d’une cérémonie, tout de suite après LEGBA. Dans certaines régions, ils ont la préséance sur cette divinité.

Toute famille compte des jumeaux parmis les siens ou dans une de ses lignées ancestrales doit, sous peine de « châtiment », leurs faire des offrandes et des sacrifices. Parfois, une famille frappée par une succession de malheurs apprend de la bouche d’un hougan qu’elle est punie pour avoir négligé les MARASSA appartenant à sa lointaine parenté, "au temps de la Guinée". On considère aussi comme MARASSA l’enfant qui naît avec les doigts adhérents, signe auquel on reconnaît qu’il a "mangé" son frère jumeau dans le sein maternel.

L’enfant qui, dans l’ordre des naissances, suit immédiatement les jumeaux est appelé le DOSSOU si c’est un garçon, la DOSSA si c’est une fille.  Il unit en sa seule personne la puissance des deux et possède donc un pouvoir plus étendu que le leur. « Le DOSSOU est plus fort que le MARASSA, plus fort que les LOAS. » ( Extrait du site : http://www.alliance-haiti.com)

(LOAS : divinités du  vaudou ; Hougan : « prêtre » vaudou )

Roseline a connu des malheurs, dans sa pourtant courte existence.

 

Sa mère est morte, son père est parti à Saint Domingue et ne donne plus signe de vie.

Ses grands parents sont vieux et malades.

 

Et la maison où elle habitait a fini de s’effondrer le 12 janvier.

 

Plus rien, plus d’espoir, plus de toit et plus d’avenir.

 

 

C’est sans doute pour ça qu’ils ne sourient jamais.

 

 

Et puis le choix est tombé sur elle et ses frères.

 

La première maison sera pour eux. Pour les sortir du cabanon défoncé où ils s’entassent pour dormir. Parce qu’en plus, la maisonnette des grands parents est dangereuse avec ses murs fissurés et ses tôles rouillées.

 

Tout  le monde à la Montagne pensait qu’il n’y aurait plus rien sur ce lopin. Une ruine, des herbes…

 

Jocelyn et ses frères ont nettoyé le jardin, arrangé la cuisine, réparé la porte des toilettes, planté quelques arbustes.

 

Roseline, elle, a balayé les chambres et le séjour, astiqué les dernières traces de poussière du chantier.

 

Elle a mis son joli corsage blanc immaculé, son petit haut rayé,  les garçons ont trouvé des chemisettes propres.

 

Et ils se sont assis sous la galerie.

 

A attendre.

 

Tout s’est ensuite enchaîné quand Christian a mis la musique à fond.

Un bon « compas » traditionnel. Le compas, c’est une musique qui peut même se danser assis. Tu es obligé de bouger, ne serait-ce que le bout du pied, en rythme.

 

Edo Zenny, le maire de Jacmel, a fait le déplacement avec son staff.  Un personnage, une figure, une star. Il aurait pu être chanteur de hip-hop internationalement connu, tellement il a de la présence.

 

Il a embrassé Roseline et ses frères, a dansé avec quelques vieilles réjouies – les femmes du « groupe des femmes » étaient là en foule –,  peu d’hommes, pris au jardin pour préparer les terres,  et il a dit trois mots bien placés.

 

Et tous les notables ont fait  leur discours.

C’était beau à entendre, tant d’harmonie, de volonté d’avancer. Nous avions dit une petite fête familiale, pour donner les clés très vite et sortir les enfants de leur cahute pourrie. Et c’est une cérémonie intense et  émouvante qui se déroule.

 

Christian et Romuald, et toute l’équipe d’OPADEL sont aux anges. Motivés, actifs, fiers.

 

Boss Marc, le chef maçon, s’est éclipsé à l’arrière. Je vais le voir. Il pleure.

 

Robespierre, autorité locale,  fait l’autorité locale et rappelle que nous sommes tous là grâce à lui. Christian m’envoie un clin d’œil complice et sceptique.

 

Moi, j’ai parlé longtemps aussi.

De l’émotion de ce moment, de la vision d’un meilleur avenir, des français qui se sont émus lors du séisme et ont donné leur temps et leur argent pour en arriver là. C’est essentiel  de savoir que des gens très loin ont fait parfois un sacrifice financier important pour que ce jour arrive. Je leur ai demandé de respecter cela et que jamais ils ne pensent qu’une ONG comme la nôtre ramasse des billets de banque dans les arbres. Rien ne tombe du ciel.

Et de l’énorme importance de ce moment, pour moi…

 

 

Roseline est restée assise, silencieuse. Les yeux un peu plus brillants que d’ordinaire.

 

 

Les frères regardaient le monde assemblé devant eux, applaudissant, ému, remerciant le ciel et le bon dieu, terminant les phrases des orateurs…

 

 

Enfin, Christian a sorti la petite boîte en forme de cœur où il avait déposé les clés de cette première maison. C’est un sensible, Christian : une boîte en forme de cœur, fabriquée par d’autres enfants de la Montagne. Il fallait en avoir l’idée. Un cadeau. Un signe. Un symbole.

 

Et quand j’ai remis ces clés à Roseline, elle n’a rien dit, a à peine souri.

 

Elle s’est tournée vers moi et j’ai vu, dans son regard,  qu’elle était heureuse.

 


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