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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 21:15

2 novembre 2010 . Tomas est attendu.

 

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Le modèle de trajectoire du cyclone Tomas est étrange. OUEST à plein, puis soudain, jeudi ou vendredi, NORD toutes.

Et au Nord, ce jour là, il y aurait Haïti. Pile sur la route.

 

Modèle étrange. Tensions, préparations, ici.

 

J’ai dit il y a quelques jours que rien ne semblait se préparer. Ce n’était pas exact.

 

En fait, un plan de contingence est établi depuis plusieurs mois.

Toutes les autorités locales, toutes les ONG ont mis leurs moyens en commun pour être prêts à agir en cas de cyclone.

Et mettre en place des moyens d’évacuation et de protection.

 

Même mon pick-up a été répertorié comme moyen d’aide.

Des messages, des réunions…

 

Une protection civile présente.

 

Le Président de la République est venu à Jacmel, aujourd’hui.

 

Pour vérifier que tout est en place. Et il semble que cela soit le cas.

 

Mais que pourra t’ on vraiment faire, en bas d’une tente, ou à Sable Cabaret, localité située au pied de La Montagne, sous le niveau de la mer.

 

Les modèles montrent une violente arrivée de vents et de pluies, une montée des eaux de deux mètres.

 

Courant, téléphone et routes coupées.

 

La communauté Jacmélienne  est mobilisée pour  diffuser les informations.

 

Tomas, avec un T. Donc, vingtième cyclone de l’année.

 

La chance tournerait-elle ?

 

Il reste un espoir que Tomas, voyant la grande misère d’Haïti, poursuive sa route et se désintéresse de l’île.

 

Après la rencontre avec le président et les autorités, je suis allé voir Marie, autre blogueuse Jacmélienne.

 

 Voir : http://deuxfamilles.wordpress.com/

 

Et dans la cour, sa voisine m’a affirmé qu’il n’y aurait pas de problèmes : elle va organiser un jeûne, une prière forte, pour que Tomas passe au loin.

 

Je lui ai promis d’aller à son Eglise si ça marchait… Et, bizarrement, depuis ce soir, les modèles modifient la trajectoire de Tomas… voir : http://www.stormpulse.com/

 

Il s’en irait vers Kingstown et la Jamaique…

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:58

Les  Guédé . 1er novembre 2010.

 

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Tapisserie en perles; Baron Samedi un des Guédé.

Art : LAFLEUR. Courtoisie : Hôtel FLORIA.


Le jour des défunts. C’est ce qui figure sur le calendrier au 2 novembre.

Et l’image qui me vient est une journée sombre et triste, une pluie grise, un vent glacial, des feuilles mortes plein les caniveaux.

 

Un temps de Toussaint.

 

Pour cette année, j’avais prévenu : je vais voir les cérémonies pour les Guédés.

J’avais mis la définition  des Guédé sur «  En attendant Tomas » , mais en deux mots, ce sont les génies de la mort. Ils sont comme les autres loas du panthéon Vaudou, mais leur domaine particulier, c’est La Mort.

 

Depuis  plusieurs jours j’ai donc annoncé que j’irai me mêler aux festivités.

 

M’pral nan gede.

 

Et j’avais lancé l ‘annonce au groupe des «  Femmes décidées de Difou », avec qui nous avions programmé une réunion aujourd’hui. ( Et oui, il y en a même qui travaillent les jours fériés.)

 

Je vais donner le sens de ces festivités : c’est un extrait du livre très connu d’ALFRED METRAUX : « Le Vaudou Haïtien », Gallimard, écrit en 1958.

 

«  De nombreux Guédé s’abattent, à l’époque de la Toussaint, sur les villes et les campagnes . Leurs possédés vont jusqu’à s’exhiber en plein midi dans les rues et au marché. Le seul aspect des Guédé suffit à susciter l’effroi en raison des visions funèbres qu’ils évoquent, mais, par leur cynisme, leur jovialité et leurs grivoiseries, ils tempèrent la peur et la vague d’angoisse qu’ils provoquent. Leur venue est toujours accueillie avec joie par l’assistance…. »

 

En pleine réunion un peu soporifique avec les dames de Difou, dont l’objet était la rédaction des statuts de l’Association, nous mettions au point les règles de fonctionnement jusqu’alors inexistantes, quand une musique est apparue au loin, puis s’est rapprochée.

Nous avons continué, mais secoués un peu par le rythme de plus en plus proche.

J’ai commencé aussi à frétiller de gauche à droite sur ma chaise.

Puis elles m’ont dit, voyais que je ne tenais pas trop en place : « vas-y, vas voir ! »

 

Donc me voilà parti pour voir passer une des groupes de musique qui avançait sur le chemin tout proche, en route vers le site sacré ( Saint Christophe, et son rocher magique, et un peu plus loin, Sainte Catherine.)

 

Première alerte, et je suis revenu terminer les statuts avec elle.

 

Puis, après la réunion, Ghislaine, secrétaire active, m’a proposé discrètement de me mener au site sacré pour y voir les Guédé de plus près.

 

Elle avait noté que je voulais y aller …

 

 

Donc, et j’espère que mes responsables parisiens ne me lisent pas, me voilà parti à enfreindre toutes les règles de sécurité : m’éloigner vers l’intérieur , dans une sorte de forêt dense, me mêler à la foule, m’approcher au cœur même du mouvement, à deux jours d’un cyclone annoncé.

L’ambiance était dense, la foule serrée et déjà un peu imprégnée de rhum, de clairin et des mélanges étranges vendus par les marchandes. La musique très prenante.

Et déjà plusieurs manifestations de «  possession ». Des femmes , des hommes, dans un état second, secoués de mouvements clairement incontrôlés, et parlant des langues étranges. Ou alors exprimant des vulgarités que même Doudouche n’a pas voulu me traduire.

Mes quelques années de créole m’ont cependant permis de comprendre la plus grande partie de ces grossièretés.

 

Je pensais être un peu un intrus.

Mais, non, un accueil pacifique m’a été réservé, et je me suis vite retrouvé au milieu du mouvement, apostrophé par les Guédé,  et les personnes qu’ils habitaient.

C’est fort, impressionnant, mais très amusant en même temps. Et ce n’était rien : la nuit allait tomber, et la fête ne faisait que commencer.

 

Après un bon moment, retour quand même vers JACMEL pour assister à une fête des Guédé  plus spectacle et plus touristique dans la galerie de peinture derrière le Florita.

 

Cette Toussaint a donc été festive, joyeuse, frétillante  et gaie. Et aussi tellement ensoleillée.

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 11:23

30 octobre 2010. En attendant  Tomas.

 

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Il se passe toujours quelque chose, ici.

Quand je pense à toutes ces années où l’événement essentiel de la semaine c’était le match de football de l’OM, ou encore une grève du métro, ou des éboueurs, je me dis que pour l’animation, les rebondissements  et le suspens, ici,  on les bat tous à plate couture.

 

A  peine après avoir encaissé le séisme, puis le choléra, voilà Thomas.

 

Ce qui ressemble à un ouragan déjà menaçant.

 

Il est, malheureusement, exactement dans l’axe de Jacmel et du Sud d’Haiti.

 

 

Donc, on se dit que ça va peut-être nous arriver. Mardi ? Mercredi ?

Et moi qui n’ai pas vécu d’ouragan, je suis là à attendre, en me disant que non, ce n’est pas possible, pas ça, pas maintenant …

Avec juste une petite curiosité de voir comment on peut aller au-delà, dans l’impossible et l’impressionnant.

 

Je suis passé à travers David, Gordon, Jeanne et les autres.

J’étais loin.

 

Le pire ouragan que j’ai connu s’appelait… (non, je ne dirai pas )

 

Donc, peut être, Thomas va arriver.

 

 

Je pensais que ce genre d’événement, prévisible et annoncé, serait précédé de grandes précautions, de mesures de sécurité, de branle-bas de combat.

 

L’habitude, ou le long week-end ? Samedi, Dimanche, Jour des morts (et des «  guédé »)

 

Les Guédé sont les esprits de la mort dans le vaudou.

Ils sont traditionnellement menés par les Barons (Baron Samedi, Baron La Croix, Baron Cimetière, Kriminel), et Maman Brigitte. Les Guédés forment une famille bruyante, grossière (bien qu'allant rarement jusqu'à l'insulte), sexuelle, et qui aime habituellement rire et s'amuser.

Ayant déjà vécu, ils ne craignent rien, et manifestent souvent leur état d'esprit lorsqu'ils surgissent - mangeant du verre, des piments crus, et enduisant leurs parties sensibles de piment et de rhum. Leurs couleurs traditionnelles sont le noir et le violet.

Ils sont vus comme des psychopompe, car ils ont pour rôle de mener les morts vers l'autre vie. Ils sont fêtés les 1er et 2 novembre, qui est aussi le jour des morts dans le culte catholique.  Source : Wikipedia, évidemment.

 

 

 

Rien ne semble mis en place pour un choc qui pourrait être très rude.

 

Doudouche me dit qu’au dernier moment, Thomas changera de route. Comme les autres.

Mais les cartes de prévisions ont l’air des plus pessimistes.

 

On verra !

 

 

Donc, peut être, Tomas va arriver. Dans les jours qui viennent !

 

Un ouragan, quand même, c’est pas d’la maquette (comme disent les gens du Sud)

 

Donc on attend, on scrute les messages météo (vert, jaune orange, rouge, rouge vif)

 

Et, pour occuper les heures d’attente, il faut vivre.

 

Et je n’ai jamais vu Jacmel vivre autant.

 

Des bals,des orchestres connus,  des expositions, des touristes dans les rues, et même un tournage ( pub, clip ?) au Florita.

L’Alliance Française fonctionne à plein régime : des soirées, des films.

 

Un hasard, ou une façon d’oublier ? Non, une vie  presque normale, ce qui semble incongru, ici, et maintenant.

 

Il est bien que la vie, avec ses futilités, ses évènements culturels reprennent.

 

La semaine prochaine, un rassemblement littéraire : « Livres en liberté »

 

Alors, entre une pluie faramineuse à Port au Prince, et une tornade  attendue à Jacmel, je fais comme tout le monde : je sors, et j’attends Tomas.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:50

 

24 Octobre 2010. L’ ARTIBONITE au temps du Choléra.

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Déjà six jours. Je n’ai pas encore tout dit du retour, de l’Arbre, de la route, que déjà il y a eu  d’autres catastrophes…

Je vais tout dire en peu de mots, alors.

 

Ce sera un peu mélé.

 

Donc pour finir de l’enterrement, je me suis dit, en partant, que cette morte singulière avait tout eu : ses rites, sa fête, son deuil, son chemin vers la terre.

La foule, les pleurs, rien que pour elle. Un caveau, allongée  près de son homme. Un joint de ciment frais.  De la musique, jusqu’au trombone au pied de la tombe. Bye !

 

Ces gestes qui accompagnent, si importants ici. Cette présence tellement nécessaire.

 

Et j ‘ai pensé à ces milliers de morts de janvier,  sans rites et sans deuil. Ces morts collectifs. Trop de morts pour faire le deuil. Tous ces murs effondrés sur des groupes de travailleurs, d’étudiants et d’écoliers. Ces familles décimées. Il reste qui pour les rites ?  Il reste qui, pour pleurer ? Des messages sur les téléphones, jusqu’à la fin des batteries.

 

Pas de deuil, pas de passage accompagné. Direction nulle part, avec personne autour. Pas assez de larmes pour tout le monde. Il y a des milliers d’âmes qui errent, dans la région des fosses communes.

 

Le séisme a créé ça aussi : ce traumatisme des morts sans deuil. Sans veillée. Sans pleurs rien que pour eux. Et beaucoup de survivants  en restent marqués.

 

 

Donc direction l’Arbre.

Un village vide. Les jeunes sont repartis. La ville, les études…

Il reste les vieux et les moustiques. Des nuées de moustiques. Des escadrilles.

 

Quelqu’un a eu l’idée de faire un lac avec les eaux de pluie.  Bonne idée. Il pleut si peu, ici, que cette étendue d’eau crée un point de verdure.

 

Et ça sert à tout : les gamins se baignent, les femmes font la lessive, et les bêtes viennent boire, et se baigner aussi.  Je pensais à ce moment là (la semaine dernière)  que ce lac était un grand danger.  Un bouillon de culture, une eau croupie et immobile.

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Et je comprenais mieux ces fièvres permanentes et multiples  dont parlait Mina.

 

Puis une grande soirée, samedi soir,  avec Maître Manassé, le directeur de l’école et chef de clan,  qui, librement et en public, pendant la soirée a raconté sa vie. «  Les femmes m’ont créé beaucoup de problèmes, » dit il. Trois mariages, sept femmes ou concubines en tout,  l’une après l’autre.

Trop long pour tout dire. Et c’est sa vie. Mais croustillant, dans le contexte. Enorme, même.  Doudouche, curieux et finaud le harcelait de questions. Et Manassé, leader vieillissant, fier de tout dire. Mina est allée se coucher…

 

Au retour, Lisbonne chante dans la voiture : «  Haïti Chérie ». Elle rentre à Gonaives.

Similia raconte et parle vite. De tout et de rien.  A parler toujours et toujours, elle me rappelle quelqu’un.

 

Les autres vont à Port au Prince. « Roue libre », donc en route vers Jacmel.

 

Ils racontent leur séisme.

Juste un exemple : les enfants de Muriel ne sont pas morts sous le béton de l’école.

Le directeur les avait exclus la veille, « rentrez chez vous ! ».

 Muriel, à court d’argent, n’avait pas pu payer le trimestre. Le 12 janvier, ses enfants sont donc restés à la maison. Muriel avait vite trouvé des sous. Et ils devaient reprendre l’école le lendemain. 

Mais entre temps, l’école s’est effondrée comme une crêpe sur les élèves à jour de leur scolarité.

Et Roobens, le fils de Similia, gamin qui jouait chez Ti Fi il y a longtemps, master de génie civil et master d’informatique, sorti de la misère  à force de courage et de sacrifices de sa mère a tout perdu ce jour là.

Sa maison s’est effondrée sur sa voiture, son bureau l’a licencié pour cause de ruines, et il cherche comme un acharné. Il est allé jusqu’à Porto Rico pour trouver un nouveau job.

 

Ce dimanche après midi, nous traversons la plaine de l’Artibonite, superbe, admirable. Sans savoir ce qui commençait à tuer, juste là.

 

Mais un autre drame nous cueille sur la route.

Johanne m’appelle, et me dit qu’il y a une énorme explosion de violences à Port au Prince, que nous devons traverser un peu plus tard.

 

Elle nous dit :

« Les prisonniers du pénitencier national se sont mutinés, tué les gardes, pris les armes et envahi la ville. Cela tire de partout.  La ville est à feu et à sang.  N’y allez pas. » Mais elle est à Jacmel, Johanne.

 

Etonnant quand même cette mutinerie dans une prison, surpeuplée, certes, mais avec des bataillons de gardiens et de surveillants soutenus par les casques bleus.

 

Que faire, alors ?  Il faut traverser port au prince pour aller à Jacmel. Il y a des barrages de police partout.

 

La radio annonce la mutinerie.

 

Mais en fait à l’intérieur même de la prison. Et pas d’évadés … La ville est calme.Même presque vide.

Les gens sont restés chez eux, ou sous leur tentes.

 

Je ne peux pas m’empêcher de penser que cette mutinerie, là, à quelques semaines des élections n’est pas seulement le fruit du hasard.  Qui  a intérêt à troubler le calme ? Qui souhaite le bazard ?

 

Puis ce jeudi, cette nouvelle, terrible. Une épidémie de choléra. Dans ces lieux mêmes que nous venons à peine de traverser.

L’Artibonite. Le grenier à riz de l’ancienne Haïti. La culture se poursuit, mais, aujourd’hui, le riz haïtien est un produit rare.  Le riz  importé des US a massivement détruit les systèmes de production. Ils ne pouvaient pas lutter, les paysans contre le riz blanc de l’oncle Ben, non, Sam.

 

Clinton s’est excusé de cette erreur. Merci, un peu tard. Les paysans sont partis, à Port au Prince ou Miami.

 

Donc aux premières nouvelles, cinq morts.

Puis 100, puis 250  après trois jours.

 

L’épidémie, elle devait venir. Ces cloaques partout, ces poubelles, ces détritus.

Ces villages de tentes. Promiscuité. Port au Prince est un bouillon de culture. Une infection, une plaie vive.

Des maladies galopantes, des morts en cohorte : une évidence attendue.

 

Pour moi qui ne suis pas médecin, c’est un miracle qu’aucune catastrophe nouvelle ne se soit pas ajoutée au séisme, dans les regroupements surpeuplés des villes.

 

Mais là ? Je suis perplexe. Le premier foyer d’une maladie inconnue en Haïti, donc partant d’un germe importé, éclate vers Marchand Dessalines.

Une petite ville proprette et agréable, respirant la douceur de vivre.  Loin des concentrations urbaines dégoulinantes de crasse qu’on aime nous montrer, souvent en disant «  mais où est passé l’argent ? ». Loin des camps, des villages de tôle et de papier-carton.

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Comment expliquer la source de cette épidémie foudroyante, juste là ?  Et en plus sur le cours de l’Artibonite, fleuve essentiel, qui irrigue une bonne partie du centre du pays. Comme s’il fallait toucher, vite, le maximum de personnes ?

Comment accepter cette fatalité là ? Que nous réserve-t’on après ?

Une souche importée, par quel voyageur, quel étranger ???

 

L’attention du monde entier à nouveau attirée sur les malheurs du pays. Ça va mouliner dans les gazettes.

Je pense à ces nouveaux morts collectifs…

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 20:56

Le 30 juin, j'ai fait un article sur deux journalistes.

Cela s'appelle : " journalistes"

Et j'avais trouvé le travail de Jessica et Deborah super pro. Leur approche de La Montagne très intéressante.

Jessica a gagné un "Emmy award", il y a quelques jours. Pour une série d'articles sur les femmes voilées d'Afghanistan. " Behind the veil"

L'Emmy Award, pour un journaliste, c'est comme de gagner la coupe du monde.

Bravo Jessica.

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 19:41

Les funérailles de Ti Fi (2) . 18 octobre 2010.

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A l’arrivée dans la nuit à Sources Chaudes, la veillée a commencé.

 

La foule est dense autour de la maison. La famille, les proches, les amis.  Et un bon paquet de curieux.

 

La veillée est le moment fort des cérémonies. On se retrouve, on vient de loin, on se raconte la vie. On mange, on boit. Une explosion de vie pour célébrer un décès.

 

Je retrouve Madame Gérard, venue de Miami. Une des filles de Ti fi.

Elle se souvient que nous avions logé chez elle, en Floride,  il y a bien longtemps.   Elle a pris la dimension des américaines : XXL.

 

Ti Fi avait eu 10 enfants. Six sont vivants, et sont présents.

Deux venus des USA, les autres d’ici, ou de Gonaives. Ils se sont croisés la dernière fois, il y a sept ans, à la mort du père.

 

Le chef de clan, c’est Elvite.  Bourru, ours, fort. Mais tendu, très tendu.

Il a réussi, à force de travail. Grande maison à Gonaives, des camions, des engins.

Il a pris les choses en main. Il a fait les choses en grand.

Il est loin le temps où nous faisions nos essais de nouveaux produits, les cadres des tableaux, les tap tap miniatures, les chaises longues, sur un coin de son établi.

 

La veillée s’annonce chargée.

 

Ici, une veillée funèbre ne se limite pas aux condoléances autour du défunt.

C’est une fête publique. On a tué un bœuf, un cochon, une basse cour entière.

Des boissons à profusion. Des pains de glace.

Les groupes électrogènes fournissent le courant pour les lumières. Cela fait une tâche claire sur le paysage nocturne.

 

Pour la mort, il faut inviter au plus large, nourrir, abreuver et faire tenir tout le monde toute la nuit. Tenir son rang, pour faire respecter le proche défunt.

 

Elvite me montre la tente qu’il a montée, pour me reposer. Entre l’orchestre et les femmes qui cuisinent. Je ne dormirai pas beaucoup.

 

L’orchestre en est aux chants religieux. Puis accélère le rythme. Les corps oscillent lentement. Et les paroles deviennent moins bibliques, les musiques plus profanes. Les gens dansent maintenant.  Les premiers alcools circulent. 

Et s’il en manquait, des marchandes ont installé leur étal aux alentours, et leurs lampes à pétrole. Ce soir, c’est nocturne.

 

Le boeuf grille, le poulet cuit, les boissons coulent.

 

Erita, l’ainée, me parle de sa mère, en me servant le bouillon de cabrit. Une femme droite et travailleuse.

Génite, aux USA depuis trente ans parle créole avec l’accent américain. Yes, I.

 

Carambolage de deux mondes. Le fin fond du plus loin d’Haïti et les plages de Floride.

Les lampes à pétrole et les i-phones. Paysannes en savates et ultra-fashions aux talons hauts.

 

La nuit se prolonge, les chants durent. Les conversations deviennent fortes.

 

Et quand l’orchestre s’arrête, vers quatre heures, les chanteurs des rues et leurs bidons s’y mettent. Rythmes antiques. C’est éthylique, à cette heure là. Les derniers danseurs titubent.

Je vais aux cuisines, discuter avec les femmes. Une incroyable activité. La femme d’Elvite organise, Lisbonne commande, Muriel et les autres s’exécutent. De multiples réchauds à charbon ont été réquisitionnés.

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Le claquement des dominos sur la table ajoute au bruit ambiant. Oui, car on joue aussi dans la veillée. On passe le temps. Certains s’endorment, dans des endroits improbables,

Les uns sur les autres sous les tonnelles. A l’arrière des pick-up, sur des bancs, à terre.

 

Je m’effondre sous la tente. Jusqu’au petit matin ou des bruit de paroles fortes explosent au dehors.

 

Elvite est furieux. Les paroles vont loin. Bataille autour d’une morte. La tension du moment fait craquer les unions apparentes.   Mais c’est l’histoire d’une famille. Je n’en dirai pas plus.

 

Après un plongeon dans la piscine d’eau chaude, tout le monde sort le costume, la toilette. ( Le nom de Sources Chaudes provient évidemment de la température de l’eau aux odeurs de souffre qui sort de terre en haut du village. C’était un lieu de cure. On dit que Pauline Bonaparte venait se soigner  ici.)

 

Ti Fi est arrivée de la ville dans son beau cercueil blanc.

 

Le cortège se dirige vers l’église baptiste ou elle avait coutume de chanter avec un bel entrain, souvent jusque tard dans la nuit. 

 

Les cantiques commencent, l’église est trop petite. Le pasteur s’enflamme, raconte la vie laborieuse de la défunte. L’assistance est en nage.

Il est midi. Le cimetière en plein midi, loin,  sur le chemin de poussière blanche.

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Il y a longtemps, la mort était plus expéditive : on mourrait le matin, on veillait le soir et on était enterré à l’aube suivante. Les porteurs de  cercueil faisaient des tours et des détours pour que les mauvais esprits ne retrouvent pas le chemin.

Aujourd’hui, les morgues privées ont créé un nouveau business.

On garde le mort au frais plusieurs jours, le temps de permettre aux parents installés  aux USA de revenir se recueillir, et payer leur part.

 

La cérémonie, tout comme en 1951 (voir  partie 1 ) doit être somptueuse. Aucune critique n’est supportée. Le phénomène des diasporas est maintenant une composante essentielle du quotidien, même dans les traditions aussi ancrées que les funérailles. That’s it.

 

Les musiciens, les toilettes, le cercueil, le repas d’après la cérémonie, le transport des invités. Tout cela coûte une fortune. Mais ne doit pas être négligé, sous peine de s’attirer les critiques.

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Puis après un dernier repas distribué, tout le monde se disperse, vers sa campagne, vers la ville, vers l’aéroport…

 

Elvite est parti depuis longtemps, à l’aube. Il n’a pas participé à l’enterrement.

 

Je m’en vais chez Mina, Plaine de l’Arbre.

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 21:17

 

Les funérailles  de Ti Fi. (1) 17 octobre 2010.

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«  Le cérémonial traditionnel qui entoure la mort contribue à faire de chaque décès un événement extraordinaire. Les lamentations et les cris rituels ainsi que les veillées funèbres avec leur profusion de boissons, de nourriture, de chants et de plaisanteries, les noirs vêtements de deuil que les gens portent, tout ceci contribue à faire de la mort un événement mémorable que, dans le fond, (l’Haïtien) accepte avec résignation et calme intérieur. » Rémy Bastien. Le paysan haïtien et sa famille. Ed. Khartala. 1951.

 

 

Pour raconter l’enterrement de Ti Fi, il me faudra un moment.  Tant de moments, depuis le départ de Jacmel, jusqu’au retour. Ici, même le trajet est une histoire.

Comment je ferai, au retour, sur les lisses autoroutes et les aires de restauration ?

 

Car, pour aller à Sources Chaudes,  c’est d’abord une route longue  avec son cortège de situations.

Puis une arrivée dans le village, dans la nuit, en pleine veillée funèbre.

Une nuit agitée. Très agitée.

La cérémonie, sous un soleil de plomb, le lendemain.

Et une journée d’images et de paroles.

Puis, une nouvelle soirée à l’Arbre. Avec des échanges incroyables. Sous la lueur de la lune.

Et enfin la route du retour. Avec, là encore son  lot de rebondissements.

 

 

Je commence donc, (d’où le (1) dans le titre).

Mais je ne sais pas vraiment où ça va me mener. Trop de choses se bousculent. Passé, présent. Carambolages de moments forts, tristes et gais.

 

 

Quitter Jacmel au  petit matin, dans la lumière du soleil à peine levé, est toujours un instant magique. La marchande de pain passe déjà. Les coqs ont chanté depuis longtemps. Mais s’arrêtent-ils de chanter ? Je les entends à toutes heures du jour et de la nuit.

 

La ville s’agite. Motos, camions. Les gens d’ici sont dans les rues. La rue est à eux.

Les blancs des ONG n’ont pas commencé leur ballet incessant de pick-ups.  Il est trop tôt pour eux.

L’autre jour, en attendant, je ne sais plus quoi d’ailleurs, je comptais les voitures qui passaient dans la rue. ONG, ONG, camion, ONG, ONG, Curé, ONG, ONG, voiture privée, ONG, ONG… Mais il est vrai que certains travaillent dur.

 

Il y a eu du mouvement, cette nuit : la ville s’est couverte d’affiches géantes des candidats. On en était resté jusqu’à hier soir aux petits posters sur les pylônes.

Là, la campagne accélère : banderoles, panneaux publicitaires, portraits … Bientôt les meetings.

 

Je ne parlerai pas trop du contenu cette fois.

 

Mais des couleurs, des images.

L’un des partis a choisi les couleurs du Brésil pour faire campagne. Bonne idée, vu la popularité démontrée de cette équipe pendant la coupe du Monde.

Pour le paysan qui ne sait pas lire, ça flashe immédiatement. Ronaldino président !  Tudo Bom.

 


Celui qui a choisi le bleu aura-t’il une chance  de passer le premier tour ?


La route qui monte vite, dans la montagne à la sortie de Jacmel : Coq Chante, Fond d’Oie, Poste Bernard, Saint Etienne…

Et toujours, la foule qui marche sur la bas côté. Il y a toujours un endroit où aller : marché, église, école. Une incroyable densité de gens qui marchent. Ou rassemblés. On se croirait dans la montée de l’Alpe d’Huez un jour d’étape du Tour.

 

Les cohortes de «cash for work» sont au travail. Ou du moins sont présents. Enfin, je veux dire qu’ils ne sont pas tous assis.  Les  pentes, non protégées, qui longent la Route de L’Amitié  ont encore lâché des tonnes de pierres et de boue pendant la pluie de la veille. On transporte donc les monceaux de terre un peu plus loin, jusqu’à la prochaine pluie. Quelques camions en panne dans la montée du morne «  karaté ».

 

Arrêt à Léogane, dans une guildive, l’une des dernières. C’est un moulin où les cannes à sucre  sont pressées pour en extraire le jus qui servira à faire le clairin, alcool fort de première distillation.

 

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Les machines broient, le jus mousse, le moteur tourne … Des montagnes de cannes. C’est un moment rare, qui disparaît. Les champs de cannes se réduisent à vue d’œil, et le rhum importé envahit les échoppes. Horreur. Déjà, le sucre vient d’ailleurs.

 

Puis Mariani. Un convoi de l’ONU. Des soldats armés jusqu’aux dents, casques lourds, gilets pare-balles, aux aguets, gardent… un camion de sable. Après le ciment, le sable deviendrait un produit rare ?

 

Carrefour.  9 heures du matin, puis, 10, puis 11. On a avancé de 200 mètres.

 

Il a plu sur Port au Prince. Des trombes, sans doute. La route est devenue rivière. Les piétons cherchent un endroit pour poser les pieds sans trop se mouiller. La boue, les ordures descendues du haut de la ville. Des voitures et des camions enlisés, noyés. Les filles habillées à quatre épingles marchent au bord du cloaque. Mais comment font-elles pour rester nickel dans ces conditions ?

 

Sur le terre plein au milieu des chaussées, des tentes de fortune. Des pots de fleurs à l’entrée, et cette femme qui balaie la rue devant son abri, comme si c’était sa cour.

 

Midi. La ville est bloquée : c’est donc un «  blocus ».

Champ de Mars. On passe enfin… Non, il y a une manifestation vers la rue Capois.

Port au Prince s’est aussi couverte d’affiches. Les murs sont tous tagués. Il faudra repeindre, après la campagne. « Bon retour, J.C. Duvalier ». Certains ne sont pas rancuniers.

 

Aéroport Toussaint Louverture. Je passe juste devant.

15 octobre.

Je ne m’arrête pas, personne à venir  prendre.

 

 

Je retrouve Justin, mon ami Justin. Le chef des artisans de l’Arbre, il y a 28 ans. Il rentre de New York. Il n’a pas changé. Il me présente quelques uns de ses onze enfants. Enfin, ceux qui sont ici.  Justin, paysan du Nord Ouest, 68 ans, toujours entre deux avions ! Il semble un peu sonné. Il doit être sous quelque traitement. Euphytose ?

 P1030277.JPG

Je lui ai promis une roue libre pour rentrer à l’Arbre. Il y a Asnate aussi, avec nous, la fille de Flavie que je conduis à Sources Chaudes. Je suis trop bon, chaque roue libre finit en galère.

 

Puis, la route vers Gonaives. Elle commence à être belle. Presqu’entièrement refaite. Il ne reste quelques kilomètres de l’ancienne, poussière et nids de poules. Mais c’est un grand bonheur de rouler à presque 100 Km/heure. Laisser la ville de toile qui commence à être dense. On l’appelle Canaan.

 

Enfin, dernière passagère à conduire à la veillée de Ti Fi : Similia, ma commère, que je retrouve à Gonaives. Parrain et marraine d’un même enfant sont compère et commère. Pourquoi je l’appelle ainsi depuis toujours ? Mystère.

Dernière station avant la piste. Défoncée. Je crains ce passage dans la nuit déjà tombée. C’est déjà une punition le jour. Là ça frise le cauchemar. Surtout après les pluies.

 

21 heures. Sources Chaudes enfin. Lumières, musique, foule. La veillée a commencé. Elvite, le fils de Ti Fi m’accueille. Il a tout préparé pour cet «  événement mémorable » Il a l’air épuisé, mais pas encore en colère.

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 21:28

12/10/10. L’homme avec un poisson sur l’épaule.

 

 

 

Ce matin, en partant, j’ai pris la caméra.

Pour filmer quelques scènes de la vie à La Montagne.

Et les envoyer, je ne sais pas encore comment, à Marine, pour ses élèves Bulgares.

 

La vie quotidienne, le présent.

 

Et la journée était bien programmée : un tour sur les chantiers, un instant avec les boss maçons.

 

Puis un long périple au travers des chemins, avec les CASEC ( représentants locaux de l’autorité municipale) dans Bellevue et Terre Rouge.

 

Voir des maisons détruites, des gens qui souffrent et qui luttent…

 

J’avais donc de la matière à filmer.

 

Mais comme souvent, les plans sont bouleversés, parce que … il y a toujours une bonne raison de changer les plans. La pluie était souvent le motif ces dernières semaines, ou un événement particulier, une panne de voiture, une réunion soudaine.

 

Là, ce matin, juste avant de partir, un coup de fil m’apprend que je dispose d’un camion pour la journée, pour monter les matériaux.

 

Inattendu, et surtout inespéré.

Les premiers jours, j’aurais fulminé, trépigné… Comment, moi, changer mon planning, mais vous n’y pensez pas ?

J’ai changé, en quelques mois.

 

Trois ou quatre coups de fils, on annule tout, on change tout et on s’adapte à toute vitesse. On passera la journée en ville, pour charger les bois, les fers, les fils, les tôles.

 

Résultat, tranquille, serein, à attendre devant le marchand de matériaux, je sors même la caméra pour filmer la rue.

 

Des pick-ups d’Ong, des camions de l’ONU (marqués UN), des motos, des tap-taps, un trafic dense et continu.

Le monde Jacmélien est actif, ou en tous cas, mobile.  « Monte, Cale »,  dirait Suzanne la provençale.

Tout le monde « brasse », dit Doudouche.

 

Et puis, il passe, au milieu du va et vient : un homme avec un poisson sur l’épaule. Comme un baluchon. On ne sait pas où il va, son énorme poisson qui se balance au rythme des pas.

 

 P1030217.JPG

 

Et là je me rappelle : tout peut se passer, à tous moments.

 

Tout peut arriver, à n’importe quel instant. Il faut s’attendre à tout, s’adapter  aux situations.

 

Donc, un homme avec un poisson sur l’épaule, pourquoi pas ?

 

Puis, vers midi, toujours en ville, écrasés de soleil.

 

Un mouvement un peu plus vif. Des voitures de police, des ambulances…

On regarde, on cherche, on s’informe.

 

En fait, on vient juste de vivre un mouvement de panique, bref, violent, ponctuel, localisé.

 

Un bull-dozer est passé près d’une école.

Les gamins, sentant les vibrations crées par la machine en mouvement s’affolent, croient qu’un nouveau tremblement de terre se produit, s’enfuient , s’échappent, se bousculent. Se sauvent, sautent par les fenêtres des classes, s’agglutinent aux sorties.

 

Résultat,  des bras cassés, des chevilles foulées.

 

C’est pour dire aussi l’impact du séisme dans les esprits, des mois plus tard.

 

On me demandait il y a quelques jours s’ils y pensaient encore. C’est incrusté, cette peur.

 

A la Montagne, beaucoup de familles ont été touchées : des enfants à Port au Prince, des proches.

 

Ils en parlent avec discrétion, mais aussi avec les larmes qui montent. On parle des évènements, ou du «  bagay la » ( la chose )

 

C’est inscrit au plus profond, avec une peur permanente. La dernière réplique avait  été mal vécue.

 

Là, un simple bull qui passe …

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 19:04

11/10/10 -   RÈL PÉTÉ (*)

 

 

Le vieux blues au bord de la plage avait une raison.

Ce matin, à l’aube, un coup de fil qui m’apprend la mort de TI FI.

 MAN KEL

( Man Kel, dite Ti Fi; Sources Chaudes, Haïti 1982) 


Qu’on le veuille ou non, la mort flotte, dans ce pays, circule, se promène, hésite, et bim, un jour choisit sa cible.

La mort tournait, dans cet espèce de vent sec, de silence étrange de fin de jour.

 

Ti Fi ( petite fille) c’est Man Kel, ou exactement, madame Dezakel Beauplan.

 

C’est un autre séisme qui me secoue. Ti Fi, c’était ma tante d’Haïti, ma marchande de café préférée. Mon ancrage dans le village de Sources Chaudes.

 

Pourquoi cette tristesse, avant, puis ces pleurs non retenus ? Ces souvenirs qui se bousculent ?

 

J’ai passé des heures chez Ti Fi, il y a 28 ans.

 

A l’écouter parler de son monde, de sa vie, de son mari, Dezakel,  parti à Miami, l’un des premiers.  Boat People, on les appelait, ceux-là. Ils prenaient un vieux voilier de bois, sans argent, sans papiers. Ceux qui arrivaient mettaient des années avant de sortir de la clandestinité. Quand ils arrivaient.

Dezakel ne donnait pas de nouvelles. Il cueillait des oranges pour un  salaire misérable.

 

Il est rentré, il y a quelques années. Fou. 

 Ti Fi s’est occupé de son mari revenu jusqu’au jour où il est mort.

 

Des heures, assis, calé sous la galerie de derrière,  à l’entendre parler des traditions, des familles, de religion, du vaudou.Des mystères des nuits noires, des madichons (malédictions), de la difficulté d’être femme et mère, seule , en Haïti. De ses enfants, dont elle était fière.

 

Des rires, des soupirs, des histoires.

 

Ces heures chez Ti Fi ont marqué un bon moment de ma vie.

 On a travaillé si fort avec Elvite, son fils, créé des tas de  choses nouvelles, inventé.

Elvite , maintenant gros patron à Gonaives.

 On a tant parlé avec Eliette, Similia, Mémène, assis sur la galerie de Ti Fi. Mille fois on a refait le monde.

 

Et cette Ti Fi, qui aujourd’hui devait avoir mille ans, je l’avais revue, à Gonaives, en août. J’ai été si  heureux de la revoir.

 Couchée dans une chambre chez Elvite, tremblante et perdue, recroquevillée avec son masque de mort.  Alzeimer ?

 

Ce n’était plus la Ti Fi que j’avais connue, droite, fière avançant d’un pas décidé, assise au bord du marché à l’aurore pour vendre son café si sucré. Elle était morte de rire quand je prenais sa place pour vendre le café. On faisait chaque mercredi l’attroupement, la surprise. Ce blanc, assis à la place de Ti Fi …

 

Quand je l’ai revue , elle était là, menue et « disparaissante », secouée de tremblements, il y a quelques semaines.

Elvite m’avait prévenu : elle est très mal, elle déparle, elle ne se souvient de rien.

 

Et pourtant,  en me voyant, elle me demande directement : comment vont François, Anne, Aurélie, Odile , ta mère, ton père. Mais cela revenait de quel repli de sa mémoire fanée, de quel coin mystérieux de sa tête fatiguée, ces souvenirs de nos visiteurs, frères, sœurs, parents, venus nous voir en 1982 ou 83 ? Je lui tenais la main, écrasé d’émotion. Ils vont bien, Ti Fi, ils vont bien.

Je  suis sorti, vite, trop vite, pleurant comme un gamin.

 

Ma Ti Fi, ma grande dame, là, toute petite, sèche, regard dans le vide… Mais là, présente encore un peu.

 Aujourd’hui, partie, elle ne tremblera plus.  

 

Merci pour toutes ces heures, Ti Fi.

 Elle doit déjà avoir installé ses marmites à la porte du paradis, à vendre son café aux anges, à Saint Pierre et même à Dieu le Père.

 

(*) Rèl Pété : Explosion de pleurs et de cris.

Rèlé = pleurer ou appeler.

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 21:08

10/10/10

 

Un blog c’est une feuille blanche qu’il faut remplir.

Et cela prend du temps.

Mais j’ai déjà dit que le temps n’est pas un problème : pas de faux rendez-vous, pas de journal à lire, pas de télé. Ça laisse du temps.

 

Il y a donc des plages de temps longues comme celle de Jacmel.

 

Mais le dimanche soir est parfois un peu mou. Parler de ?

 

Je ne me suis pas encore autorisé la critique du système, ni la politique, ni la religion.

J’en aurai des choses à dire, quand j’ouvrirai les vannes.

 

Pas d’idées, là au moment d’ouvrir la page.

 

Je vais lire les autres.

Un peu d’envie. Un peu d’admiration  aussi de voir qu’ils écrivent bien.

Il faudrait écrire avant, souvent, sinon, ils ont une longueur d’avance.

 

Celui-ci, surtout :

http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/

 

Mais le dimanche soir, s’y mettre, c’est dur.

Surtout un dimanche comme aujourd’hui.

 

Collé à la toile, à voir des visages et entendre des voix, qui, avec le temps s’éloignent quand même  un peu.

 

Je pensais  avoir gagné la bataille du dimanche soir. La boule au ventre de se dire que demain…

Je l’ai un peu perdue. Mais pas totalement.  Comme si on ne trimballait pas ses histoires au bout du monde.

 

Je me disais qu’en m’asseyant un bon quart d’heure sur la plage de Jacmel j’aurai bien un  événement, une scène, un souvenir à garder. Un sujet, oui, c’est ça, un sujet.

 

Oui, peut être ce gamin avec son roller unique, suivi de l’autre gamin, avec l’autre roller.

 DSC05741.JPG

DSC05744

 

Mais bon, c’est de ma faute aussi.

 

J’aurais pas dû mettre l’anthologie du blues. Sonny Boy Williamson n’est pas d’une grande gaité, ni Champion Jack Dupree.

 

Mais aussi, c’est un moyen de décaler du réel.

 

Donc, à part parler des vagues qui roulent sur la plage, des musiques qui montent de droite et de gauche, de la nuit qui tombe ….

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