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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 22:59

Monsieur DUFFAUT . 18 décembre 2010.

 

C’est un Monsieur né il y a si longtemps, un peu gauche quand il monte les marches des la ruelle.

Mais 1923, c’est une année lointaine.

Et cette lenteur est belle aussi.

 

Il est là, maintenant, assis, chez moi, devant moi.

 

C’est une légende, une icône.

 

Il boit son verre de jus glacé, son regard pétille derrière d’immenses lunettes.

 

On écoute un peu Gérard Lafontant, notre ami, qui me l’a présenté.

 

Mais c’est lui que je regarde.

 

On parle peu de temps.

Je suis pétri d’admiration et de joie. Je le remercie trop.

 

Ce pays réserve des miracles. Dans le fond du fond, dans ce paysage de boue et de gravats, des miracles sont quotidiens.

L’inattendu à chaque instant.

 

Catastrophes et rédemptions.

 

Un maître est venu chez moi.

Pas un faux artiste, pas un people de circonstance. Pas un apprenti gribouilleur.

Un vieux peintre de lumières et de couleurs, de pays fantastiques, de villes Babel infinies.

Un inventeur de mondes  bigarrés, de routes enchevêtrées, qui s’élèvent et ne redescendent jamais, comme des illusions d’optique.

 

Tableaux peuplés de foules assemblées, lointaines esquisses humaines. Ports fantastiques.

 

On a parlé d’André Pierre, autre légende de la peinture Haïtienne, décédé aujourd’hui, de ses chansons à Erzulie, de sa bouteille de Barbancourt pleine d’animaux bizarres mais qu’il faut partager avec lui, de sa cour de Croix des Missions. De ces heures passées assis devant lui à écouter les mélopées vaudoues en voyant se révéler la toile.

 

Puis Monsieur Duffaut  est reparti.

 

Monsieur Préfète Duffaut,  légende vivante, est venu me dire bonjour ce matin.

 

J’en suis resté longtemps ému.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 22:35

Vol de Nuit.  18 décembre 2010.

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«  C’est beau de se tirer d’affaire, et de lâcher avec santé, en reprenant pied, de bonnes injures.

Quelle joie puissante !

Mais ensuite, quand on se souvient, on doute on ne sait quoi.

La lutte dans le cyclone, ça, au moins, c’est réel, c’est beau.

Mais non le visage des choses, ce visage qu’elles prennent quand elles se croient seules.

Il pensait : «  C’est tout à fait pareil à une révolte : des visages qui pâlissent à peine, mais changent tellement. »

 

(…)

 

«  Il aurait  pu lutter encore, tenter sa chance : il n’y a pas de fatalité extérieure.

Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige.

Et c’est à cette minute que luirent sur sa tête, dans une déchirure de la tempête, comme un appât mortel au fond d’une nasse, quelques étoiles.

Il jugea bien que c’était un piège : on voit trois étoiles dans un trou, on monte vers elles, ensuite on ne peut plus descendre, on reste là à mordre les étoiles…

Mais sa faim de lumière était telle qu’il monta. »`

Antoine de Saint-Exupéry . VOL DE NUIT. Gallimard . 1931

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 22:41

À MARISA. 16 DÉCEMBRE 2010.

 

 P1000237


 

Hier soir, après une autre dure journée, je me suis intéressé aux éléments annexes de ce blog.

Statistiques, blog-rank, origine des visites, liens…

 

Bien qu’il s’agisse de textes de feeling, d’à côtés, de petits instants, de réflexions parfois fugaces, je suis maintenant assez curieux  de voir les fréquentations.

 

L’audience, coco…

 

J’adore ces montées en flèche au lendemain des parutions.

110 pages vues le lendemain des élections.  Waouh !!!

2500 visites cumulées…

 

Triste de voir s’effondrer le nombre de lecteurs quand je n’écris pas pendant dix jours, intrigué et un peu flatté des messages des lecteurs et lectrices assidus ( es) qui s’inquiètent de trop de silence ( continuez les commentaires, en fait, j’adore…) et obligé de poursuivre pour éviter la chute trop longue.

Je commence à comprendre Murdoch. L’angoisse du scribe devant sa plaque de marbre lisse. ( C’est un beau métier ça, scribe ?)

 

Et puis, hier soir, ce commentaire de Marisa. ( J’espère qu’elle ne sera pas fâchée de me voir publier une partie de son texte)

 

Que d'émotion à te lire et te relire depuis qu'on a découvert ton blog...tellement d'émotions que ça nous a laissé sans voix, nous les anciens jacméliens et habitués de la Montagne...content de t'avoir retrouvé ! On a du faire exploser les stats de fréquentation de ton blog...Une question : tu parlais lors de ton départ au mois de mai de "compléter un livre ouvert, un chapitre pas fini, un tableau pas fini"...est-ce que tu crois que tu peux un jour, finir ce tableau ???

 

L’émotion, c’est ça que je veux essayer de faire passer, les poussées de frissons qui prennent à tous moments, la beauté, la laideur, la joie, la tristesse.

 

J’avais pris des notes, hier soir, vite écrit quelques lignes avant de dormir pour répondre à Marisa.

 

Je ne devrais pas m’y remettre aujourd’hui, maintenant que je sais qu’elles ne viendront pas. Maintenant que, déchiré, effondré, j’ai capitulé contre l’évidence. Que ma decision de reporter leur venue est la seule à prendre.

Je devrai plutôt penser à autre chose.

Oui, c’était peut être une folie que de vouloir maintenir leur visite le jour même des résultats des élections définitifs du premier tour. Quand  rien n’est encore dit.

Quand les heurts se préparent et les routes vont à nouveau se bloquer.

 

Alors pour reprendre pied, pour regarder ailleurs, pour qu’elles ne sachent pas que je pleure et que je peste  comme un gamin, je continue ma réponse à Marisa.

 

 

Donc, l’émotion, les statistiques, c’et vu.

 

Reste le livre ouvert et le tableau pas fini.

 

Tu me demandes , Marisa, si je pourrai finir le tableau?

 

C’est ce que je pensais. En revenant.

J’avais lu “ L’énigme du retour”, de Dany Laferrière , et ça m’avait tourneboulé.

Comme tant d’autres, cette première période lointaine en Haïti a marqué tout ce qui allait suivre.  L’idée c’était de retrouver intacts ces impressions d’alors.

 

Pourquoi André, Claude, Bernard, Jean Claude, Jean Marc, Alain et tellement d’autres ont encore la poussière de ce pays collée à leurs souliers, plusieurs dizaines d’années après ?

Pourquoi, même dix jours ici bouleversent les visiteuses et les visiteurs? Bouleversé , dans le sens : on ne peut plus être pareil après.

Pourquoi, même loin, même en vacances en Italie, le blogueur du Cap Haïtien continue à parler chaque jour d’ici, en dégustant un ristretto sur une piazza romaine ? ( lien : “pour ne pas oublier.”)

 

Cela fait des années que je réfléchis à ça.

Que je cherche des réponses.

Que je lis les Lafferrière, Victor, Trouillot et les autres.

 

Qu’il me fallait resortir du quotidien hexagonal pour comprendre à nouveau.

 

Ici, la vie et la mort se touchent et se mélangent à chaque minute.

L’extrême existence et la mort subite jouent sur le meme tempo.

Et c’est le seul endroit de la planète où c’est aussi fort et aussi permanent.

 

La beauté parfaite qui sort des décombres. La fille impeccable en talons hauts qui marche dans la boue, à Carrefour, Mariani ou ailleurs.

 

La surprise et le rebondissement à chaque instant. L’inattendu toujours possible.

Haletant et usant.

 

Y a t’il au monde d’autres endroits si beaux et si laids à la fois ?

 

Y a t’il d’autres endroits où l’inexpliqué, le surnaturel, l’incroyable le détestable, le fabuleux sont aussi imbriqués ? Naturels.

 

Où un malade peut être diagnostiqué avec le même symptôme pour l’hyper tension par l’un et déclaré être habité par sept zombis par un autre ?

Y a t’il un pays où l’homme possède autant d’atouts, multiples et cumulés, et que la vie lui fait gaspiller aussi vite ? La vie et les autres.

 

Où la proximité des uns et des autres est très forte, comme la jalousie et la haine.

 

Le tableau, je l’ai compris maintenant, est une représentation figée d’un instant, d’un paysage, d’un monde.

 

Fouillé, touffu, multiple, coloré et presque vivant, il n’est qu’une image fixe.

 

Donc pour te répondre Marisa, je dirai qu’il ne sera jamais fini, que le modèle bouge trop, que le paysage représenté n’est jamais le même à chaque regard.

 

Et que plusieurs vies n’y suffiront pas. 

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 21:12

ON NE SE TOUCHE PLUS. 14 Décembre 2010.

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En Haïti , quand on se rencontrait, quand on se retrouvait, quand on se saluait, on se touchait. Peau contre peau.

 

Le tactile, me disait-on.

 

Pas vus depuis huit jours, mes amis de la Montagne, et c’était les effusions, les accolades, les embrassades.

Des mains qui se touchent, des corps qui se rapprochent, des bises, des effleurements, des bras autour des épaules.

 

Le salut dans le contact.

 

Sueur contre sueur, cet été.

 

Des vieux, des jeunes, des gars, des filles.

J’en ai  tenus  dans mes bras, collés, serrés, étreints. Juste de l’amitié, du bonheur quotidien qui se partage.

 

La joie d’être là, ensemble.

 

Des mains tenues longtemps, des doigts dans les doigts.

 

De la proximité, du rapprochement.

 

 

Et maintenant, on ne se touche plus.

 

Proximité devient promiscuité.

Je te serre la main, et file les laver à l’eau de javel ou au gel d’alcool.

 

Je te touche l’épaule et le bras, et je prends peur ?

 

 

Voilà,  au temps du choléra, on ne se touche plus.

 

Bonjour aux filles avec les yeux, et que les yeux. Plus de bises qui claquent.

Aux garçons, poing contre poing, petite tape. On appelle ça « koré ». On peut aussi se frotter le coude contre le coude.

 

Après le sucre, le riz, la joie, voilà qu’Haïti perd une autre spécialité .

On a peur de l’autre, on s’écarte, tout est contaminable, tout est risque.

 

On ne se touche plus.

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 20:41

 

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FRENCH DOCTOR.  10 Décembre 2010.

 

Il y a très, très longtemps, une éternité, j’ai raconté l’histoire de Chantal qui jouait aux dominos dans la rue.

 

Le soir des élections, je crois.

 

Puis, le silence.

 

Tant de choses, tant d’histoires depuis…

 

Je ne raconterai pas tout.

 

Donc je résume, très très fortement.

 

Les élections.

Les visites des responsables du siège, les rencontres, les bailleurs.

La remise des clés à d’autres bénéficiaires, moment inoubliable à la Montagne

Les résultats des élections

La contestation

La flambée

Le retour à Jacmel.

 

Je reviendrai sur certains épisodes.

 

La remise des clés a été belle, émouvante. Amorze pleurait de bonheur.

 

Pour la soirée de résultats, un autre blogueur a fait ça très bien : voir le texte de «  Débris d’Haïti » dans le lien de la page d’accueil. Il a décrit exactement ce que je voulais dire. Moi,  je l’aurai fait avec Aznavour, mais Michèle Torr c’était bien aussi.  Bravo, Monsieur Herman.

 

http://planete-haiti.over-blog.com/ext/http://humanitaire-herman.blogspot.com/

 

 

Aujourd’hui, je me contenterai du retour à Jacmel.

 

Parce que c’est encore chaud.

 

Et que les autres évènements se grefferont sans doute. Réminiscences.

 

Etre à Port au Prince le jour des résultats était une provocation.  Pas très malin. Mais je devais y être ce jour là… Intérêts supérieurs.

 

Et depuis cette date, le 7,  il n’y a que peu de jours, les évènements se sont multipliés.

Cela semble une éternité.

 

Ce soir là, un calme étrange s’est étendu sur la ville.

Prévus à 18h, les résultats  ont été donnés le soir vers 21h.

 

Et après l’interminable liste des députés et sénateurs, la divulgation des deux candidats restant pour le deuxième tour des présidentielle est tombée :

Mirlande Manigat, épouse d’un ancien président éphémère.

Jude Celestin, entrepreneur inconnu il y a quelques semaines, candidat du pouvoir ( couleur jaune).

 

Michel Martelly, chanteur populaire ( Sweet Micky) arrive troisième à très peu d’écart.

 

Manigat et Martelly avait déjà claironné leur victoire, avant l’annonce.

Célestin était sûr de gagner. Et n’avait rien claironné d’autres que ses 52 % assurés d’avance.

 

La campagne avait été très axée sur les personnes, les photos.

Les programmes ? Je ne sais pas.

Je n’ai pas tout vérifié, mais je n’ai pas vu grand chose.

Un grand silence, une attente forte.

Des heurts en fin de journée sur la place Saint Pierre, à Pétionville. Quelle idée d’être à cet endroit là, à cette heure là !

 

Rien de très visible mais une tension palpable dans l’air, sur les visages.  Les marchandes replient leurs étals. Et Doudouche, rassurant qui nous explique que les marchandes sont en général chassées avant la castagne et les coups de feu.

 

Et ce blocus, long serpent de véhicules arrêtés dans la montée.

 

Juste après 21h, résultats annoncés, la rue a vibré de rumeurs étranges, au loin des sons plus forts, des coups de feu ? des pétards ?

 

La nuit est tendue.

 

Et le lendemain matin, le 8 décembre, un grand silence.

 

Coup d’œil du balcon de l’Hôtel : la rue est vide.

Pas n’importe quelle rue : LALUE !! Un des axes majeurs de Port au Prince. Par où les gens descendent en masse  le matin travailler en ville ou brasser leurs affaires, puis remontent le soir.

 

Vide et calme, puis, au loin, des clameurs, des chants :  « Si yo tiré sou nou, n’ap mété du fè » ( si on nous tire dessus , on mettra le feu ). Des groupes denses remontent l’avenue.

Et très vite, les roches, les containers, les arbres, les pneus qui brûlent. Des milliers de gens arrivent et défilent.

Dans les couloirs de l’hôtel  les guirlandes clignotent et stridulent leur musique de Nöel métallique.

 

Comment se concentrer sur autre chose quand tout un peuple bouillonne ?

 

Deux jours de ce régime.

Les policiers passent, repassent, les camions des forces spéciales, de la Minustah.( force de maintien de la paix en Haïti, armée jusqu’aux dents)

 

Nerfs à vif. Tension .

L’enfermement n’aide à rien. Des rumeurs, des informations. La ville des Caye serait en feu, le tribunal de Jacmel aussi.

 

Quelques évènements viennent casser la monotonie : un voisin lance des pierres sur la foule. Qui s’échappe, revient.  Hurle, riposte. Ils vont lui brûler la maison ? Non… Bizarrement la police arrive, les choses s’arrangent. La foule passe.

 

Nous sortons le deuxième jour. Discuter avec ceux qui «  gèrent » la zone. Jeunes gens désœuvrés, diplômés sans emploi, et sans espoir.

La désespérance qui s’est accumulée depuis des années va faire tout sauter ?

Sweet Micky, l’idole des foules, c’est un prétexte, une étincelle.

Faire quelques photos pour les souvenirs. Des pneus qui fument, ça fait image choc.

L’avantage, pour les manifestants, c’est que partout il y avait des décombres à portée de main. Recyclage des débris.

Les photos roses sont brandies à bout de bras. Les photos jaunes piétinées.

 

Et le troisième jour, à bout de patience, en manque de chargeurs, une sortie plus lointaine nous mène au Plaza, hôtel placé sur le Champ de Mars en plein cœur de l’action.

Des journalistes, donc des « Mac », donc un chargeur. Je branche le mien.

Mais un mouvement les fait courir dehors, les photographes en kaki. Eh ! Attendez, je n’ai pas chargé ma batterie.

Aimablement, un serveur nous demande si nous sommes journalistes. « Il se passe quelque chose dehors, vous devriez y aller. » Le service est compris.

 

Pas téméraire, je ne sors pas, je monte avec Doudouche sur la terrasse qui surplombe la place couverte de tentes. Très vite une fusillade. Quelle idée d’être là à cette heure là.

Repli, un peu plus tard, vers notre hôtel de Lalue.

 

 

Le soir , très chaud sur Delmas, autre axe stratégique ( montée/descente, voir plus haut)

Des mouvements très forts. La Minustah envoie des soldats népalais pour mettre de l’ordre. Ceux là même qui sont accusés d’avoir importé le choléra en Haïti. Celui qui a décidé ça est un  âne. Force de maintien de la bêtise ? Les népalais, aujourd’hui, ils devraient se cacher, si vraiment ils sont à l’origine de cette contamination.

 

Et vendredi matin, des voitures montent et descendent, des bus, du mouvement. De la vie. Entracte, ou calme réel ?

 

Je décide donc de laisser Mickael en attente de son avion espéré pour samedi et de rentrer à Jacmel au plus vite.

 

Doudouche comme chauffeur, Romuald le policier paysan qui rentre avec nous.

 

Je n’ai jamais circulé aussi vite dans Port au Prince. Doudouche slalome entre les pierres, les arbres, les carcasses calcinées. Je suis tétanisé, derrière.

Mais on passe. Vite.

 

Champ de Mars / Mariani : d’ordinaire c’est une heure.

Là, un quart d’heure. Des foules attendent le long des trottoirs. Nous regardent.

Nous parlent : passez, passez, mais ne revenez pas…

 

Dans Carrefour, un copain de Doudouche qui nous a vu passer dans les parages, nous appelle pour nous indiquer une voie libre ; juste devant, en effet, une foule est massée.

Détours, contours, petites rues… on passe.

 

A la sortie de Carrefour, Doudouche respire, ralentit et dit : «  tout va bien »

Je  lui dis : « attends d’être arrivés dans la rue du Commerce, à Jacmel… »

 

Prémonition, trouille, ou prudence. Je n’avais pas tort.

 

Léogane : un groupe dépenaillé a refait un barrage. Il veulent de l’argent, semble-t’il .

 

Nous sommes seuls. Aucun autre véhicule en vue depuis le Champ de Mars. Serai-je parti trop vite ? J’ouvre la route ?

 

Un peu plus avant, des hommes de la Minustah nettoyait la rue, au balai. Force de maintien de la propreté ?

 

Discussions au bord du barrage.

 

Doudouche lance alors : « il faut qu’on passe, on a un docteur français dans la voiture, à conduire à Jacmel. »

 Je ne dis rien.  Me voilà docteur.  Et s’ils me demandent de soigner les malades du coin, je suis littéralement dans la m…. Je ne suis plus sensé comprendre le créole. Mais le mensonge semble faire son effet. Un docteur, le choléra…

Désolé Mr Kouchner d’avoir usurpé ce titre et cette fonction. Me voilà French Doctor.

Discussion, le chef n’est pas visible. Cela dure. Ils enlèvent un arbre. On passe.

 

A fond pendant … trois kilomètres. Autre barrage. Verre cassé, pneus brûlant.

Mais ils acceptent le coup du docteur.  Laissent juste traîner un peu pour montrer qu’ils maîtrisent.  Cassent encore quelques bouteilles devany nous pour bien couvrir la chaussée de tessons.Je fatigue.

Doudouche passe sur les roches pour éviter le verre, ça frotte ça grince ça touche , puis  soupire. «  Tout va bien, maintenant ».

 

La dernière surprise se présente en haut de la « route de l’Amitié » dans les mornes ( montagnes) qui mènent à Jacmel.

 

Morne karaté.

Juste après un virage. Des pierres volent sur la route, de plus haut. Stop, back.

 

Un groupe mené par un rasta passe près de nous. Puis ils reviennent.

Je résume… French Doctor, choléra, Jacmel.

 

Ok passez. Mais, un peu plus haut, les roches pleuvent toujours,  le barrage ne s’ouvre pas.

 

On nous escorte, on nous parque.

Eux sont plus futés : «  donnez nous votre carte prouvant que vous êtes bien docteur ». Sans hésiter une seule seconde, je sors la carte consulaire avec ma photo et le drapeau tricolore qu’on m’a établie il y a quinze jours.

Ils la consultent, se la passent, la montrent au chef de barrage ( le rasta n’était qu’un sous fifre ) caché par un masque, et en concluent que je suis bien docteur. Merci, l’ambassade. Votre carte, c’est un vrai laisser-passer.

 

Discussions, échanges, souricière, stress, et la fumée des pneus…

 

Plus le temps passe, plus le ton monte. Ils s’apostrophent, s’accusent, théâtre sordide et pesant. Adrénaline.

 

Une heure et demi plus tard, par un ingénieux système de câbles cachés, la carcasse de voiture qui barrait la route bouge  enfin et laisse le passage. Des professionnels du barrage.

 

L’un des bloqueurs nous accompagne… étrange. Plus loin, barrages, roches. Plus loin encore, même chose. Le bloqueur donne des ordres. On nous laisse passer.

 

Enfin, au milieu de l’après-midi, Jacmel. Le bloqueur nous salue amicalement et remonte « gérer » sa zone.

 

J’apprendrai, un peu plus tard, que même le chemin de La Montagne a été barré.

 

 

LIEN POUR LES PHOTOS RECENTES :link

 

 


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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 21:36

28  NOVEMBRE 2010.  CHANTAL JOUE AUX DOMINOS.

 

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J’avais dit que je ne parlerai pas de politique, ni de religion.

Mais ici, en Haïti, c’est la politique qui est le sujet actuel.

Avec le choléra. 

Depuis des jours et des jours.

 

Les murs, les panneaux, les poteaux, tout s’est couvert d’affiches multiples et variées.

Des couleurs fortes.

 

Du jaune et du vert, à la Brésilienne, pour le candidat du pouvoir. C’était facile : l’équipe de football du  Brésil est adorée par la population mâle d’Haïti. Hier encore, on m’a reproché le match de Zidane, en 1998, qui a éliminé Ronaldo et ses collègues.

Jude Celestin a donc coloré avec des milliers d’affiches, des millions même peut-être, les rues du pays au couleurs de la séléçao.

Micky, chanteur « hot », à la Franckie Vincent, a pris les couleurs de mes nouveaux polos : rose fuschia.

Mirlande Manigat, plus classique a choisi une couleur de base, bleu, vert, je ne sais plus. Enfin, de base.

 

Cela donnait l’impression d’une campagne électorale, avec des candidats, des affiches, des spots à la télé, à la radio… J’ai même reçu des sms m’invitant à voter XX. Internet n’était pas en reste. Cela devenait trop.

Les sonos  ambulantes balançaient leurs slogans dans les rues. Des installations embarquées sur des camions, ultra puissantes.  Des dominicains, notamment, qui avaient leurs quartiers sur la plage, et passaient, le soir, de la musique du grand Julio Iglésias à fond, pour se changer des slogans politiques.

 

Une campagne à l’américaine : on fait parler les couleurs, les sons, les numéros, les banderoles et les drapeaux…

 

Mais je n’ai pas entendu de programme, ni de plans, ni de projets, ni d’idées.

 

Comme disait Jean Paul Deux ( ex-pape ) « il faut que ça change en Haïti ».

Ils disaient à peu près tous ça. Changer , mais pour quoi d'autre ?

 Sauf un, qui prônait la continuité et la stabilité.  J’imagine les gens dans les tentes quand ils entendaient : continuité…

 

Mais bon. A part quelques mouvements et incidents, et jusqu’à midi, cela semblait se passer bien.

 

Jacmel était d’un calme surprenant. Rues vides, quartiers chauds silencieux.

Peu de chants dans les églises, peu de sonos… Pas de motos dans les rues. On a marché, discuté, fait les touristes.

 

Le CEP, comité électoral provisoire (!!) se disait « confortable », à mi journée.

 

Mais les radios commençaient à remonter les informations : listes incomplètes, électeurs non inscrits, bureaux introuvables. Mouvements. Tensions, crispations, cris.

On parlait même de coups de feu à La Montagne, de saccages.

Romuald, au téléphone, a démenti les désordres, pas les ratés électoraux.

 

Effectivement, autour de nous, des choses surprenantes :

 

-       à La Montagne, les bureaux ont été très vite fermés, dès ce matin. Les gens n’ont pas voté : les bulletins reçus n’étaient pas les bons. La Montagne dépend de «  La Vallée » selon une loi, de « Jacmel » selon une autre. Personne ne l’aurait vu avant, pendant la campagne ? Bref, pas de vote possible. Les partisans de certains candidats ont donc poussé à fermer les bureaux de vote.

 

-       Johanne, qui habite le plein centre de Jacmel, s’est retrouvée sur une liste électorale de La Voûte. C’est comme si moi, habitant avenue Perrier, on me disait d’aller voter aux Goudes. Elle a dû prendre un bus pour aller voter loin de chez elle.

 

La tension est montée au rythme de la radio qui recueillait les nouvelles. Des envoyés spéciaux, des extraits de bruits et de vacarmes.

 J’ai appelé mes informatrices de Gonaives et d’ailleurs : pour elles tout était calme.

 

Et puis, vers 15h coup de théâtre : 13 des candidats, sur 18 renoncent à l’élection et demandent son annulation pour cause de fraudes multiples.

Y en a t’il eu ? Ou est-ce un prétexte pour créer des tensions ? 

 Les bureaux ont fermé à 16h, comme prévu

 

Wiclef Jean , ex-chanteur des Fugees, ex-King du hip-hop, ex-candidat à la candidature, parlant un créole nouveau genre ( trois mots américains sur quatre) a pris la tête d’une manifestation quand il n’a pas trouvé son nom sur les listes. ( S’était-il d’ailleurs inscrit ?)

 

Les villes se sont embrasées les unes après les autres. Cap Haïtien, Saint Marc, Les Cayes… selon la presse. Des urnes éparpillées, des bureaux brûlés. Enfin, c’est ce que dit la radio.

 

Le CEP, a estimé les que les élections s’étaient bien déroulées, en ne dénombrant que 56 difficultés sur 1250 bureaux de votes.

La radio locale faisait pourtant  état de gros mouvements dans les rues de Jacmel.  Batailles, roches…

 Evidemment, je suis allé voir. Une foule est passée dans la rue voisine, suivant des musiques de ra-ra, des tambours, des trompes… Il y avait eu des bruits, dehors, vers 18h. Un peu comme des pétards.

 

Et en sortant, déguisé en ombre, j’ai trouvé les rues vides.

 

Poussant jusqu’à la rue Saint Anne, j’ai discuté avec Chantal. Elle avait sorti sa planche, ses chaises, ses dominos et commençait une de ces interminables parties.

 

Oui, elle a bien vu un cortège passer. Oui, ils voulaient mettre un peu de désordre (brûler l’école qui a servi pour le vote ). Oui, des roches avaient volé.

Les caillasses restées sur la route m’ont convaincu que les tas de débris avaient servi aux manifestants .

 

Mais les deux policiers en faction avaient calmé la foule qui s’est éparpillée, très vite, on ne sait où.

 

J’empêchais Chantal  de se concentrer sur ses dominos.

 

Et en parlant, j’ai vu qu’elle parlait bien français : elle a passé, il y a quelque temps,  des années dans le quartier du Moulin Rouge, à Paris,  danseuse dans la revue vaudoue de Simone Beauvoir.

 

Elle vit aujourd’hui à Jacmel, et joue au dominos, au coin de la rue Sainte Anne, le soir.

Même les soirs d’élection mouvementés.

 

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 18:46

24 NOVEMBRE.  À  FEU ET À SANG.

 NB: CET ARTICLE A ÉTÉ ÉCRIT MERCREDI....

 

Hier, 23 novembre, le but était d’aller voir Mousson à Camp Perrin.

De partager, à nouveau, son enthousiasme communicatif et de lui proposer des pistes d’actions communes.

 

Jacmel/ Camp Perrin, c’est plus de 6 heures de route. Quand tout va bien, en roulant cool.

 

Alors quand votre ami Doudouche est arrivé le matin, que son pneu arrière s’est dégonflé, et que ses freins sont restés un peu collés, je me suis dit que la journée ne commençait pas trop bien.

 

Pourtant, tout devait être sympa, soft.

 

Une jolie journée de début d’hiver tropical, un soleil juste chaud et un ciel clair, des banderolles de candidats, colorées, bariolées, qui donnent un air de kermesse aux rues de Jacmel.

 

Des musiques à fond, des klaxons, du son. De la musique tropicale qui me fait, même moi, un peu chalouper.

 

Une journée normale, quoi.

 

Le pneu réparé, le plein fait, cap vers le sud à un rythme de … sénateur. Les freins collent. Pas de puissance dans la montée. Ça me rappelle ma panne de turbo sur le 807, sur l’A8, vers Saint Tropez.

Ou celle de la Lexus ( car j’ai conduit une Lexus, oui, dans  la plaine de La Crau, un jour où on allait voir Marine à Monps.

 

Quatre arrêts plus tard, vers 14 heures, à fond … sur le bitume collant.

 

Et puis, un ralentissement, quelques voitures à l’arrêt. On se croirait en août.

 

Blocus ( bouchon), accident ?

 

Non, barrage. Un camion et son énorme remorque sont en travers, puis un autre, et un autre encore. Pourquoi ils ont tous un pneu crevé ?

 

La police arrive,  et débloque le barrage.

Et 500 mêtres plus loin, un autre arrêt. Autres camions.

 

Et là on en apprend un peu plus. Tout est bloqué un peu plus loin.

Manifestation liée aux élections : des arrestations suite à des contestations, puis des contestations suite aux arrestations…

 

J’y étais et j’ai vécu l’évènement.

 

Je vais donc raconter. Ce que j’ai vu, photos à l’appui.

Il y  aura deux versions : la dramatique, à la journaliste fraichement débarqué de son studio du XVIème ( faut qu’ça saigne, coco ) ( version 1)

 

Et puis, la réelle. ( Version 2)

 

Elles seront également exactes, vécues, vérifiables et réelles.

 

Version 1.

 

Nous arrivons au premier barrage. On sentait la tension croître, ce camion des forces spéciales passant à fond ne présageait rien de bon.

 

Un peu plus devant, la route est bloquée.

Un énorme semi-remorque chargé de fers à béton est en travers et empêche tout passage. Si cela n’était pas suffisant, un autre camion barre le côté.

Des corps d’élite de la police sont là, déjà, musclés, bardés de protections et s’activent à faire sauter le barrage.

 

On nous dit que plus loin la route est à nouveau coupée, que les émeutes font rage.

Des témoins affirment que deux partis s’affrontent, que la violence est extrême.

Les policiers ont dégagé un passage et nous disent de passer quand même.

 

Y aller, pour tomber dans un autre blocage ?

 

Les passagers des taps taps passent à pied.

Des motos qui filent, des gens grimés : en fait ils se mettent du dentifrice sous le nez et sous les yeux pour atténuer les effets des gaz lacrymogènes. ( Pau, Lau, essayez…)

 DSC05963.JPG

Un rasta, couteau en mains vient menacer un chauffeur de tap tap de lui crever les pneus. Personne ne bouge. Le chauffeur accepte de se mettre en travers.

 

De la fumée rend floue la vision,  des heures d’attente, on fait quoi, on va dormir  où ?

La route est bloquée des deux côtés. Souricière.

Pas d’issue. Tension extrême.

 

Et si cela tournait en émeute ?

 

Et si cela devenait « à feu et à sang » ?

 

 

Puis, après des heures interminables,  on réussit enfin  à s’enfuir par des chemins de traverse.

Retour à Jacmel.

 

Version 2.

 

Nous arrivons au premier barrage. Un énorme semi-remorque chargé de fers à béton est en travers et bloque tout passage. Si cela n’était pas suffisant, un autre camion barre le côté.

Des corps d’élite de la police musclés, bardés de protections  discutent tranquillement, on parle de leur camion , Français et ancien,  et décident enfin à demander au chauffeur du camion de bouger un peu . Juste pour que les voitures passent.

 

Je discute avec un policier qui me dit : c’est la vie.

 

Il remonte dans son camion. Le Sticker «  GENDARMERIE » est à peine effacé. Un don de nos gendarmes ?

 

De la fumée s’étale sur la route : des vendeuses qui chauffent un repas improvisé.

Elles reviennent de Miragoane, dans leur tap –tap plein de matelas. On aura de quoi dormir ce soir.

 P1040207.JPG

On attend, on discute. Si ça dégénère, pas de problèmes : Doudouche s’est parké devant la base de l’ONU…

 

Puis, fatigué d’attendre, je décide de repartir vers Jacmel. Un autre camion bouche la route du retour.

 

Un saut à Diffou, chez les «  femmes décidées » , les copines de Laurène et de Catherine. Nos amies. Elles nous expliquent la situation : un gars arrêté pour avoir décollé des affiches, une manifestation de ses copains pour qu’il sorte de prison. A quatre heure, on le libèrera …

 

Entre temps, on dort où ?

On dormirait ici, sans problèmes. Les femmes d’OFDD se sont concertées : elles nous recevront chez elles…

 

Mais vers cinq heures, la route se libère.

Nous rentrons.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 21:44

CHIFFRES. 21 NOVEMBRE 2010.

 

C’est une journée étonnante.

 P1040124.JPG

Les 5 troubadours continuent imperturbablement à jouer ce soir  à l’Hôtel Florita.

 

« Moin soti la vil Jacmel

La Vallée m’tap ralé

An awivan kafouw Bainet

Panama mouin tombé.

Panama mouin tombé

Panama mouin tombé

Panama mouin tombé

Sa ki déiyè

Ramassé li pou mouin. »

 

Je laisse Laurène traduire. 

 

Mais si vous lisez ce texte  à haute voix, vous aurez l’impression de  parler créole, et vous comprendrez facilement  le texte de la chanson.

 

Puis je me souviens d’un article en une de La Provence ou de Nice Matin il y a quelques semaines :

« Deux cas de Fièvre Dengue dans la région. » ( lire : Dingue )

La une, j’ai bien dit.  En gros titres ! Alerte , alarme, épidémie en vue…

Ils ont été sans doute hospitalisés, soignés, et sont rentrés chez eux requinqués, prêts à regarder à nouveau «  Questions pour un Champion ».



Ici, pour le choléra, on arrivait  à 1 250  morts et 20 867 hospitalisations, le 17 novembre.

C’est sans compter les morts et les malades non comptés. Les abandonnés dans un coin. Mémène me dit que pour ceux-là, on n’ose pas faire de veillée funéraire.

 

Mémène, elle  m’appelait de Sources Chaudes, tout à l’heure.

 

Le centre de santé est débordé : des tentes ont été ajoutées, des gens s’entassent dans la cour. Il y a eu des morts. Des dizaines de cas suspects. Or , Sources Chaudes, vous vous souvenez ? ( voir l’enterrement de Ti Fi) C’est le trou du cul du pays, à deux millions de kilomètres d’une ville, à trois cents ans d’une terre habitée. Pourquoi le choléra se développe aussi vite là bas ? Pourquoi dans un village aussi éloigné ?

Le microbe aurait des ailes ?

Et le plus inquiétant, c’est que là-bas, il y a une source ( chaude), que les gens peuvent trouver de l’eau propre, se laver, boire sain. Alors pourquoi ? 

Hier, c’était Mina qui me disais qu’à quelques kilomètres de là, à l’Arbre,  au motif d’une soit-disant  infection de la source, on leur a coupé l’eau qui alimente tout le village.

Une chance : les gouttières qu’on a installé il y a quelques semaines sur le toit de l’école pour récupérer l’eau de pluie ont rempli le réservoir pendant TOMAS. Cette eau miraculeuse devait servir à arroser le «  jardin de Marine ».  Là ils s’en servent pour survivre.

Marine : il n’y aura pas de jardin pour le moment, mais les gens de l’Arbre te bénissent chaque jour en récupérant leur ration d’eau de pluie.

 

 

  Opadel a organisé une réunion  d'information à la Montagne( photo) sur le choléra : il y avait 1120 participants..


Panama mouin tombé

 

Puis, je regarde les couvertures des revues qu’on vient de m’apporter de France, en mangeant un carré de chocolat  : Le Point, L’Express.

Sarkozy sous toutes les coutures. Ses ennuis, sa chanteuse, ses courtisans. S’il n’existait pas, il ne faudrait pas l’inventer, lui.

Bon, ok, ça n’a rien à voir.

Juste pour dire d’annuler vos abonnements.  Il y a quand même des choses plus importantes. Les études de journalisme, c’est combien, déjà ? Cinq ans ?

Je ne dis pas ça trop fort, parce qu’ils vont débarquer en masse : bientôt les élections. Et puis bientôt l’anniversaire du séisme, où ils rajouteront dans le sordide et l’extraordinaire. Je vois déjà les titres : Haïti, un an après. Où sont passés nos sous ?

 

« Merci pour le chocolat. »

 

Puis, je découvre un article sur la menace qui vise les grenouilles en Haïti.

 

http://news.yahoo.com/s/livescience/20101117/sc_livescience/scientistshaitiswildlifefacesmassextinction

L’horreur totale, non ?  : si rien n’est fait, les grenouilles, dont la fameuse grenouille à Brévin, vont disparaître.

En cause : la déforestation.

Des gens sont payés pour analyser ça. Ici, où, me semble-t’il, il y a d’autres urgences. Haïti serait donc sur la voie du développement : on s’occupe activement  de la survie des bestioles, ce qui signifie que l’homme est sauvé, et que cette question là est réglée.

En tous cas, un race en extinction dans le coin : quatre cadavres de rats en une journée, devant la maison. Envoyez les scientifiques… après les évangélistes. Ça va se bousculer à l'aéroport.

 

Puis, je tombe sur une photo, dans le blog de Jonas  Jolivert  l’ Haïtien de Marseille 

( HAITI RECTO VERSO) :

http://2.bp.blogspot.com/_LOeALSvarww/TOLbs7-uQNI/AAAAAAAAQIM/TB9KUOBIws8/S350/COLERAMINUSTAH.jpg

La question était  : l’ONU et sa force de maintien de la paix est elle responsable du déversement de déjections humaines qui auraient contaminé le fleuve Artibonite ?

Et infesté le pays avec le choléra venu du Népal ?

Il n’y a pas de réponse positive, des dénégations un peu rapides. Mais des photos...

Le microbe, ou virus, ou l’agent responsable de l’épidémie a juste un accent d’Asie du Sud Est quand les microscopes le questionnent. Yéti ou Yéti pas ?

 

Panama mouin tombé.

 

Puis je regarde une photo de la « force de maintien de la paix », sur le blog de JF. Labadie

 

http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2010/11/bonne-idee.html

 

Voici la photo :

 

http://3.bp.blogspot.com/_wU-egKozJUg/TOcwdnkbqAI/AAAAAAAADbE/B4YRfWFTP5Q/s1600/IMG_5779.jpg

 

(si ça ne marche pas, allez voir ce blog extra bien écrit et ultra  documenté en faisant : jeanfrancoislabadie.blogspot.com   sur google)

 

Pour maintenir la paix en Haïti, l’ONU s’habille en Robocops. Pas étonnant que les foules se déchainent. Ils s’habillent en boucs émissaires, puis s’étonnent d’être caillassés.

 

Panama mouin tombé.

 

 

Puis je lis un sondage. En fait un e-sondage. Les gens qui ont fait part de leurs e- intentions de vote pour dimanche prochain ont  répondu par internet.

Donc, ils ont un ordinateur en état, une connection qui fonctionne, du courant sans black-out, savent lire couramment le français, et ont du temps pour répondre.

Ça élimine du monde.

Cela doit expliquer que sur les 8 000 000 d’Haïtiens, dont 173 068 à Jacmel, pour répondre à Elise ( faites passer l’info),   seuls 28 923 internautes « cumulés » ont répondu.  Cumulés, veut dire qu’on peut y aller plusieurs fois.

C’est comme moi, quand je dis que j’ai eu 2072  visites sur le blog : certains y vont souvent…

 

Les résultats sont surprenants :

 

Charles Henry Baker , candidat blanc des élites commerciales de Port au Prince est en tête avec plus de 24 % des intentions de vote, et Jude Célestin, candidat du pouvoir en place est huitième avec 2, 35 % des intentions.

Ailleurs, on dit que les sondages mettent madame Mirlande Manigat en tête, avec 30 % des intentions. Son mari est un ancien président d’Haïti, du 7 février au 20 juin 1988…  Une partie de son programme : «  La tache du gouvernement va être de développer une véritable mystique de la production en mettant tout notre peuple au travail. Il faut une volonté politique pour ouvrir enfin les dossiers qui commandent notre avenir et, dans le cadre d’une stratégie de croissance, développer de toute urgence les forces productives de la nation par la mobilisation complète de toutes les ressources économiques disponibles.”

 

On croirait entendre Josette , d’ HAITI FUTUR…

 

Sa ki déiyè

 

Beaucoup pense qu’elle pourrait  gagner, Madame Manigat à la surprise générale.

Ce qui expliquerait les “ émeutes”  qui font la une de TF1 , et qui seraient des manoeuvres de destabilisation qui permettrait au pouvoir, se sentant menacé, de reporter les élections.

 

 

En commençant à écrire, je voulais parler de l’eau.

 

Cela fait bien longtemps que je veux le faire, d’ailleurs.

Et c’est maintenant vraiment d’actualité.

 

 

Mais j’ai fait la compta, aujourd’hui, et les chiffres m’ont emporté un peu loin.

Je parlerai de l’eau, comptez sur moi…

 

Ramassé li pou mouin.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 22:59

17 NOVEMBRE . LE SILENCE EST UNE FORME DE MESSAGE.

 

J’ai reçu quelques messages.

Etonnements, questionnements.

Tu n’as rien écris depuis dix jours.

C’est quoi ce silence ?

 

Moi aussi j’ai pensé que cela allait en perturber quelques uns…

Dix, onze jours sans écrire.

 

Ma fréquentation journalière va s’effondrer, mon blogrank va friser le zéro.

 

Et pourtant, quand même, une bonne dizaine de visiteurs quotidiens.

Des nouveaux : ils sont allés lire les articles du début.

 

Pour le fun :

 

 2020 visiteurs du blog depuis le premier jour

5402  pages lues.

 

Ça fait du monde et ça donne envie de continuer. Merci !

 

Alors pourquoi ce silence ?

 

Ceux qui savent, savent.

Pour les autres : j’ai eu des visiteuses ! Héhé !!!

Et je n’ai pas prévenu.

J’aurai pu laisser un message : « out of the web », ou « site en travaux ». Mais je n’y ai pas pensé.

 

Et je ne pense pas que de rester coller à l’ordi aurait fait bon effet. Elles n’auraient pas aimé. Donc les jours ont filé, sans blog.

Rien dit.

 

Déjà qu’on me trouve un peu ours et  ombrageux. Silencieux et un peu ailleurs…

Limite mysanthrope… Bref, dans mon monde. La tête pas là.

 

Alors, j’ai quitté le monde virtuel, la toile, les facebook et les blogs.

 

J’ai essayé, et je crois réussi, à faire aimer ce pays et surtout les gens à mes visiteuses.

 

J’ai essayé, à ma façon, de faire comprendre, enfin, pourquoi je suis là.

 

Pourquoi il fallait que je sois là.

 

Pour ces moments d’échanges intenses avec Christian, Sylvia, Doudouche, Romuald, Prince Luc, Marco, tous ces gens de la Montagne, de Jacmel, d’ailleurs.

Ces vendeuses du marché, ces paysans, ces écrivains, ces chanteurs, ces artistes.

Pour tous ces gens que j’aime. Et qui me le rendent tellement.

 

Pendant ces dix jours de silences, il y a eu tant de choses, tant de gens.

 

Un ouragan, un meeting électoral, une soirée troubadours à l’institut Français, une émeute au Cap, des avocats Chouquette, un café de la Montagne, une inondation à Léogane, des peintres, des écrivains au Florita, un homard sur le bord de la mer des Antilles, de la musique sur la plage, des couturières, un  paysan artisan à la Vallée, les portes ouvertes chez Moro, le Champagne de Fabienne ( du Ruinart, merci Fabienne),

deux bouteilles de Plaisance 2002, pour changer du vin Chilien ( merci Jean Jacques et Franck, merci  Mr Chollet), des cadeaux reçus, des cadeaux donnés ( Doudouche et ses lunettes !!!), des dizaines d’hommes et de femmes qui ont pris du temps pour nous parler… Des clins d’œil, des couleurs, des lumières.

Des maisons qui poussent, des arbres…

 

Une densité de vie, à la minute… Des rebondissements, des évènements.

 

Il faudrait trouver une échelle de la densité de vie, comme celle de Richter pour les séismes, ou celle de Saffir-Simpson pour les ouragans.

 

C’est décidé, une échelle de Philippe :

 

1 , c’est la journée de merde où rien ne se passe

10, c’est tout qui va bien : fort, dense et beau.

 

 

Elles ont aimé, les visiteuses !  Elles ont oscillé entre le 8 et le 9.

 

Elles ont dévalisé les artistes et les boss métal, étonné les marchandes, séduit les paysans. Marché et marchandé.

 

Tant mieux. Ce pays, comme dit Marine, c’est une mouche qui nous pique.

Ça s’attrape en arrivant,  ça surprend quelques jours : ce que je vois est il possible ?

Ceux que je rencontre sont-ils des vrais gens ?

Et ça ne vous lâche plus.

 

 

DoDSCF5430.JPGnc, voilà, le silence était un message

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 16:07

TOMAS TEMPETE TROPICALE . 5 novembre 2010.

 

Tomas était prévu comme un ouragan et devait frapper violemment le Sud d’Haïti.

Les prières de la voisine de Marie, ou autre chose ?

Il a dévié sa route.

La trajectoire est d’ailleurs étonnante.

 

Au départ, il y a quelques jours, ouragan, il doit passer au Sud, en se dirigeant vers l’Ouest.

Puis il  remonte vers nous, hésite, bifurque et   reprend son chemin vers l’Ouest.

Et quand il trouve le passage (le «  Passage du Vent ») entre Cuba et Haïti , il remonte au Nord et s’y engouffre.

Tomas baisse dans le classement et devient tempête Tropicale. Les vents ralentissent.

 

Puis, cette nuit, il se réveille et redevient Ouragan.

 

Des vents très forts, mais loin. A l’Ouest. Ce qui nous donne ici de la pluie, une quantité de pluie astronomique. Et du vent, par rafales, courtes, mais supportables.

 

Donc, pour le moment, 5 novembre à midi,  Jacmel n’a pas été frappé de plein fouet. Et ne le sera pas par Tomas.

 

Il faudra attendre quelques heures pour savoir, pour Gonaives, le Nord Ouest, l’Arbre, Sources Chaudes.

 

Alors, bloqué ici, à Jacmel, j’appelle les uns et les autres, pour savoir ce qui se passe.

 

Jacmel : beaucoup de pluie, donc sans doute des grosses difficultés dans les maisons peu étanches, dans les tentes. Plus de courant depuis hier. Des problèmes de riches, donc : plus de frigo, plus d’eau dans les réserves sur le toit. La rivière à l’entrée de la ville serait très grosse.

 

La Montagne : les grosses pluies ont détruit la route. La rivière est infranchissable. Et surtout, les vents ont dévasté les jardins. Ils étaient trop beaux ? La récolte de maïs, qui s’annonçait belle, les pois-congos, la pépinière… Tout est à terre. Je saurai bientôt si tout est perdu. Un coup encore sur la tête des paysans. Pourquoi passer des mois à se tuer à la tâche si tout est détruit en un jour. Si vite.

 

Port au Prince : beaucoup de pluie. J’imagine le bas de la ville. Les camps, ou ce qu’il en reste. Les cabanes au bord des ravines.

 

Gonaives : de la pluie ce matin. Pas de nouvelles, pour l’instant.

 

Souces Chaudes, Nord Ouest : encore calme ce matin.

 

 

P1030873.JPG 

 

 

Ici, à Jacmel, vers 16 heures, la pluie  a cessé.

Je suis sorti.  D’autres aussi. Les rues étaient désertes, tout à l’heure. Pas de motos, pas de voitures. Ecoles et boutiques fermées.

 

Et juste à la fin de la dernière averse, j’ai fait un petit tour, comme beaucoup d’autres.

Voir les rues, voir la mer.

 

Rien de catastrophique , le canal des Orangers est bien gros, le rivière doit être énorme. La mer est gris sale. Le ciel noir.

Les rues jonchées de détritus.

 

Mais tout s’est calmé.  Le vent s’est apaisé.

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