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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 08:21

Tête Chargée. 16 juin 2010 .

 

Tèt Chargé : en créole, cette expression est souvent utilisée. Elle a, je pense, plusieurs utilisations. Comme beaucoup d’expressions, ici. Boss Doudouche l’utilise souvent. On passe beaucoup de temps sur les routes et chemins, à parler et à rire. Il est très  fin, C’est du bonheur.

 

Pour moi, je prends cela, tèt chargé,  comme l’expression d’une trop grande affluence de trop de choses en même temps, un trop plein, un overbooking des neurones. Inexprimable.

 

Tu empiles les occupations, les idées, les problèmes, les frustrations, les découvertes, les joies, et soudain, bling … Tèt Chargé.

 

Cela tombe de partout, d’ici, d’ailleurs, du monde, est,  ouest, far ouest, de nulle part. Tu vas, calmement, suis ta route, et d’un seul coup, tu ne sais plus trop où tu vas, ni pourquoi tu y vas.

 

C’est un peu ce qui  est arrivé.

 

Je suis tranquille, j’avance, je regarde, je cumule, je rencontre, j’engage, je discute, je trépigne, je patiente, j’oublie,  je pars, je reviens, j’attends, j’attends … et bling . Black out.

 

Donc je vais démêler, retracer sans ordre, vider quelques cases – il en restera  un moulon – pour faire de la place.

 

Le travail . Cela avance à un rythme infernal  ( !) . Un peu bête, je me suis mis la pression : il faut accélérer.  Pas de nouveautés fulgurantes, mais des visites de fournisseurs de matériaux, des rendez-vous de chiffrages, des choix à faire, des budgets à suivre, des propositions à faire, des textes à rédiger, des comptes à tenir..

La Montagne, Jacmel, Port au Prince…

 

Lourd : les visites chez les fournisseurs. Le ciment, le fer, les blocs ( parpaings) , évidemment tout cela est très demandé tant par les Haïtiens que par les dizaines d’ONG qui travaillent dans le coin.

Du coup, pénurie ( volontaire ?) du coup, envol des prix.

Nos budgets sont explosés, et le prix de la première maison dépassera le budget. On est aux environs de 5500 Euros pour une maison de trois pièces. Etonnant, non ?  Foncia.fr…

Le problème aussi, c’est qu’il faut des heures pour avoir un devis : c’est multiplier des prix ( qu’ils ont) par des quantités  ( que je donne) : cela devrait aller vite .

Ce matin, royalement, j’en ai fait deux …  Dont un qui a refait ses calculs deux fois.

Patience, patience.  Pendant ce temps, il fait chaud, on dégouline, on perd de l’eau. J’en suis à Trois litres par jour. Come disait mon docteur, pour le cholestérol, pas de problèmes.

 

 

Je me suis vengé en allant photographier la mer, tout près. Bientôt les photos sur Facebook. « Topicales » mélange de Topic et de Tropiques. En fait une vraie faute de frappe… Marigot, s’appelle ce lieu turquoise. Je vais aller me tremper dans ce Marigot là .

 

Plus passionnant : la discussion des prix de main d’œuvre avec les «  boss ». Un boss, ici, c’est un professionnel d’une spécialité : un boss maçon, c’est un maçon. Un boss bois, un menuisier. Un boss caoutchouc, c’est celui qui répare les crevaisons…

Pour Pauline : c’est quoi, un boss anova ?

Donc , avec mes boss, discussion sur le prix de la main d’œuvre pour la construction. Ils partaient de 100 000 Gourdes, moi de 20 000 gourdes. Au fait, la gourde n’est pas autre chose que la monnaie locale. Ce n’est pas une pouffe locale.

 

39, 50  gourdes valent Un dollar américain

5 gourdes valent Un dollar Haitien.

Donc, que vaut un poney ? ( Pour Laurène)

 

Bref deux heures de discussions,  un grand théâtre, un moment de pur bonheur, envolées, faux départs, misère, misère, et on est arrivés à un accord qui tiendra un peu, à 40 000 Gourdes plus de la bouffe. On verra si cela tient.

 

Le mondial.

 

C’est donc plus grave qu’un tremblement de terre. En Haïti, pour chaque match, même un truc du style Kazaksthan contre Iles Feroe, toute la vie s’arrête. Les boutiquiers ont mis une télé sur le comptoir, et la vente s’arrête ; les fonctionnaires sont en réunion ; les taxi-motos roulent en tenant une radio d’une main ; les policiers s’enferment dans les commissariats. Bref la vie d’est arrêtée.

Le gouvernement a fait installer des écrans géants avec grosses génératrices dans certaines villes,  et certaines localités même reculées. Serait-ce un coup politique pour faire oublier que les élections sont pour bientôt ?

 J’en ai vu une près de la Montagne, à Terre Rouge, exactement .

PS : le 17 juin, j’ai visité une école à l’heure du pénalty du Mexique. Binetôt sur Facebook.

 

Mes petits gars de l’OPADEL ont mis en place une télé avec le générateur. Problème : on ne capte le signal que tout en haut de la Montagne. Donc, ils partent, télé, générateur sur le dos  pour monter au plus haut- et ça grimpe !!-  et capter un maigre signal.  Une antenne fixée au sommet d’un bambou .Je vais leur dire que cela ne vaut peut être pas la peine de le faire quand la France joue.

 

Mais surtout, tout Jacmel est pour le Brésil. Il y a un pic de maillots jaunes et verts les jours de match de la seleçao. J’essaierai de photographier le phénomène. Ce sera très chaud pour la finale, Brésil / Allemagne. Jacmel est une ville du Brésil.

 

La nuit.

La nuit est vivante. Je peux en témoigner, car j’ai des heures de réveil bizarres. Je veux dire matinales, très. Un bruissement d’aile au fin fond de la galaxie, venu d’un quelconque  continent, me réveille.

Et là je sors sur le balcon et contemple la nuit.

 

L’avantage de Jacmel, c’est qu’il n’y a pas de courant la nuit. De ce fait, la ville est dans le noir, pas de lumières parasites.

 

Il y a plus d’étoiles ici que partout ailleurs dans le monde. Ou bien on les voit mieux.  Véga de la Lyre ? Altaïr ? L’une ou l’autre scintille plus que d’autres.

 

Et puis les bruits : chiens  qui se répondent, coqs d’avant-jour ( dix secondes entre chaque cocorico ), premières motos, camions, vendeurs…  Nouveauté : démolition d’une maison dans la rue. On casse donc le béton ou le ciment à coup de masse. A partir de 5h.

Je reviendrais sur la nuit.

 

Les répliques.

 

Une réplique est une nouvelle secousse. Il y a une peur qui reste diffuse. Même sans avoir vécu le séisme, il y a cette inquiétude sourde. Et si …

J’avoue que j’y pense tous les soirs. Que se passerait-il et comment je réagirais s’il y avait une forte réplique, dans ces bâtiments déjà fragilisés. Fuir ? Rester ?

Chaque soir je vérifie que la grosse voiture des Nations Unies est bien garée sous mon balcon : je sauterai dessus en cas de problèmes.

Il y en a eu une hier à Jacmel : aftershock.

Une maison est tombée.

Mais j’étais à la Montagne (les corbeaux, pour Virginie ). Rien senti .

 

J’ai retrouvé un texte d’il y a longtemps, premier séjour en Haïti. Déjà il y avait eu une secousse. Je le ressortirai. C’est extrêmement étrange d’avoir écrit cela il y a 25 ans.

C’est surprenant de ressortir des textes d’il y a longtemps qui ont une résonnance actuelle…

 

La Savarine.

C’est un médicament contre le palu .

D’ordinaire, les maringoins ( moustiques) me laissent à peu près en paix, et s’attaquent à d’autres . Marine, tu viens quand, déjà ? Au Sri Lanka, j’étais cool. Les filles servaient d’attractif.

 

Je suis une cible vivante, un dalmatien, un terrain d’atterrissage pour des escadrilles de bestioles. Le mieux, c’est quand il y en a dans la moustiquaire. Enfin, je veux dire chaque nuit.

 

Bref, il faut prendre absolument de l’anti paludisme, maladie tropicale due à un parasite ( plasmodium) transmis par la piqure du moustique.

 

Les effets secondaires annoncés sont : troubles gastro intestinaux, réactions cutanées allergiques, éruptions de type urticaire, maux de tête, troubles visuels, dépigmentation, pertes de cheveux. 

 

Je confirme presque tous ces points … sauf les cheveux.

 

A cela se rajoute un problème de photo sensibilité. Il est vrai que je trouve mes photos actuelles assez sensibles… Hihi.

 

 

La joie.

 

J’ai relu des morceaux de Giono ( Que ma joie demeure. )

Cela m’arrive souvent dans les moments importants.

J’en mettrai quelques phrases, de temps en temps.

 

 En voici un morceau :

«  Il faudrait que la joie soit paisible. Il faudrait que la joie soit une chose habituelle, et tout à fait paisible et tranquille, et non pas batailleuse et passionnée… Je dis qu’on est dans la joie quand tous les gestes habituels sont des gestes de joie, quand c’est une joie de travailler pour sa nourriture… Il se rendait justement compte que pour lui, désormais, la joie ne serait plus paisible. Et il était là à  se débattre et à lutter parce que la joie n’est rien et ne vaut pas la peine si elle ne demeure pas. »

 

Je ferai donc tout pour que cette explosion de sentiments multiples du premier jour se poursuive, que ma joie demeure.

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commentaires

marie pierre 18/06/2010 21:38


très beau....
très remuant...


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