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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 12:41

 

11 juin 2010 .  6h 30 . Slow down.

 

 

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Le rythme commence à baisser. Mais c’est normal, les journées sont chargées, et  le soir, commençant à connaître du monde dans le cercle mouvant des « humanitaires » de Jacmel, j’essaie de passer du temps, à la fois pour casser un peu la solitude, mais aussi pour faire avancer mon propre processus.

Il y a tant de choses à faire, et les démarches les plus simples sont encore un peu compliquées.

 

Dans quelques jours, avec un bureau fixe et un véhicule propre, ce sera sans doute plus simple …

Pour le moment, donc, des jours denses, des soirées de discussions et de recherche d’infos, il me reste la nuit pour écrire.

 

Heureusement, je me réveille tellement tôt, vers 5 heures, cela me permet de poser mes phrases, et de dire ce que je vis.

 

J’ai peut être zappé un peu vite Port au Prince.

A part de dire que c’est un cloaque, une ruine, un décor d’apocalypse… Mais ce n’était pas la peine d’y aller pour le voir .

 

L’environnement est donc terrible. Les rues encombrées, de fatras, de béton, d’ordures, de cochons, de tentes, de carcasses de voitures, dans une chaleur étouffante, une odeur pestilentielle, une vision de cauchemar.

Et il y a derrière tout cela des miracles permanents.

 

Du beau dans la m… Le contraire même de ce que chante Nougaro : «  je verrai toujours de la merde, même dans le bleu de la mer… »

Il y a en fait, au milieu de toute cette saleté, des moments doux, des moments forts, des moments bleus. Des sourires d’après le désastre. Post-disaster Smiles.

 

Les vendeuses se sont réinstallées sur les piles de fatras, les gens se regroupent dans la rue, font la queue des heures dans les banques, sans trop de cris, avalent des sachets d’eau, roulent dans leurs voitures .

 

Oui, une sorte d’étrange sérénité. Et si cela cachait une réplique bien plus forte, une explosion sociale en latence . Un millième de tout cela en France a causé des renversements et des révolutions. Qu’est-ce qui fait que l’homme, quelqu’il soit, quelque soit son origine et sa condition, puisse s’adapter à ces conditions dantesques ? On se rassure en parlant de cette sérénité. Mais c’est totalement inacceptable. Invivable. Infernal.

 

Cela me laisse vraiment pantois de voir – et bientôt déjà de ne plus voir- tout cela . D’où les photos en pagaille, pour me souvenir de ce que je ne verrai plus, très vite. Qui ne me choquera plus, dans quelques jours. L’adaptabilité. Ce sera mon prochain article, une auto analyse… Comment peut on changer de monde si vite, du trop plein – machines, objets- au vide, ou au difficile. Comment ne pas être frustré chaque cinq minutes par tout ce qui ne marche pas.

 

 

 

11 juin 2010 . 22H30. Frustrations.

 

Donc, on vient de France, plein de rêves et d’énergie. Le saut est fait, il faut donc se lancer. Donner le change. Rien n’est grave, tout va bien. Les tropiques, le rêve.

 

La vie est belle. Haïti est magique.

 

Et les jours passant, peu à peu, apparaissent les premières petites déconvenues, les frustations, le manque, et c’est sûr, l’absence aussi. Je ne m’étale pas sur ce dernier point.

L’absence, la solitude peuplée de gens qui passent…

 

Mais le reste est une accumulation de petits faits qui montrent ce qu’on avait, ce qui n’est plus important et ce qui manque vraiment.

Des évidences absentes. Non, des absences évidentes.

Quelques exemples, simples et matériels.

 

Après une chaude nuit, dégoulinant de sueur, moite et trempé de la tête aux pieds, parce qu’avec le black-out ( pas de courant …) le ventilateur ne tournait pas.  Premier reflexe, un peu groggy, un peu sonné. Une bonne douche, à l’eau froide, bien sûr. Et là, quoi de plus terrible qu’un tuyau qui ne coule pas.  Imaginer en France : pas de courant à l’interrupteur, pas d’eau au robinet … L’eau, si importante. J’en connais qui seraient surpris ( prises)  s’il n’y avait pas d’eau à la douche. Jamais je ne m’éatais à ce point confronté à cette abondance aquatique de nos villes.

 

Ce matin , petit déjeuner. Pain sec. J’ose demander un peu de beurre, de confiture ou de mamba ( peanuts butter) : rien, il n’y a rien. Dur quand même vu le prix de l’hôtel ( un bon deux étoiles à Paris) Mais bon, quoi faire ? Et là aussi, l’abondance des repas, face à une relative difficulté d’approvisionnement. Et encore, je ne me plains pas, parce que c’est une fois, comme ça.

 

Puis rendez-vous à 9 heures.  Bien fixé à l’avance, bien répété. Personne, bien sûr . J‘appelle … personne en ligne.

Puis tranquille, le Gregory attendu  arrive vers 9h 30 . La journée démarre mal … Mais c’est quoi une demi-heure ?

 

 

Puis direction internet. Là c’est une vraie frustration.  Quand cela marche : Discuter sur internet avec personne, quand tout le monde dort. Vous, ça va , il y a du monde en ligne . Mais moi, c’est pas évident de voir le plus souvent : il n’y a personne en ligne. Donc on fait comme on peut, on décale. J’écris le soir, j’envoie quand je peux .

 

C’est un vrai bonheur, par contre, de lire les commentaires. Allez y, lâchez vous !

 

Le plus dur avec internet, c’est que cela peut s’arrêter à tout moment : au milieu d’un long message comme aujourd’hui, perdu avant l’envoi . Et en fait, cela ne marche pas bien du tout !!

 

Enfin, dernier exemple : la coupe du monde.  Mais là, je vais faire une page spéciale sur la deuxième catastrophe de ce pays. Tout vient de s’arrêter. 

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aurélie 12/06/2010 20:24


tiens justement quand je veux te faire un comm on parle d haïti pour les familles adoptantes,
c'est vrai tu as raison nous vivons dans l'opulence c est même trop, on ne se rend plus compte de l'importance des choses et des gens.
En même temps, on se dit que là bas, il y a tellement de mouvement d'aides d'Ong, mon sentiment c est que c est l'anarchie dans l'anarchie et que rien vraiment ne bouge pour eux, y a t il un
gouvernement? y a t il quelqu'un qui gère toutes ces ONG, comment fais tu pour tirer ton épingle du jeu? le travail de reconstruction est il vraiment en marche?


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