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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 06:10

2 aout 2010.

 

Uu peu de silence, dû à un problème d'outil de publication et à un voyage dans le NORD OUEST.

Du coup: je rattrappe.

 


Six mois après donc, c’est quoi ? (remix  d’un texte  que j’ai transmis à Planète Urgence)

 

 

Au lendemain du séisme, les premières actions d’urgence de l’aide internationale se sont concentrées sur la fourniture des premiers soins, la sécurité alimentaire, la mise en place d’abris d’urgence pour les rescapés du séisme : tentes, bâches en plastique   se sont multipliées dans des camps organisés ou improvisés. Les terrains de sport sont devenus des zones d’accueil au nom mille fois répétés : Pinchinat, Wolf , et tant d’autres. Le pays est devenu un grand terrain de camping.

 

Les écoles ont suspendu temporairement leur activité, les hôpitaux partiellement détruits ont été débordés. Mais très vite, ces secteurs ont redémarré avec les moyens du bord. Les examens de cette année auront tous bien lieu.

 

Beaucoup de gens ont tout perdu : non seulement des membres de leur famille, leur logement, et surtout leur activité.

 

Les commerçants ont perdu leur stock, les artisans leurs locaux et leur outillage, et les clients potentiels ont perdu leur revenu. On appelle cela un cercle vicieux.

 

Aujourd’hui, les journalistes et les éditorialistes de tous les pays unissent leurs plumes pour lancer un cri unanime : six mois après, les choses n’avancent pas, et la reconstruction tarde. Haïti fait de nouveau la une des quotidiens.  Mais vite, c’est bientôt le mois d’août.

 

Nous aurons sans doute la même fièvre journalistique en janvier.  Sauf si quelques cyclones viennent bousculer les quotidiens.

 

Le discours unique consiste à expliquer que les ONG ne fournissent pas assez de résultats, que tout est trop peu ou trop lent,  que le désastre est encore total. Les résultats ne sont pas visibles. Sans parler des autorités, trop occuppées par leur réélection.

 

 

Il subsiste toujours plus de 1,3 million de personnes qui vivent dans des conditions extrêmement précaires selon l’ONU.  Un grand nombre  de personnes s’entassent encore dans des zones non sécurisées et à la merci des prochaines catastrophes annoncées (cyclones, inondations et glissements de terrain)  ou de désordres sociaux.

Beaucoup n’ont, pour survivre que l’aide alimentaire ou financière distribuée par les ONG.

 

Six mois après le séisme, la phase reconstruction  durable démarre à peine  à Haïti.

 

Le travail d’urgence a été essentiel pour tenter de sauver les vies qui pouvaient l’être, soigner les blessures et les traumatismes psychologiques, nourrir au mieux le maximum de personnes, et mettre en œuvre les base d’un retour à une future vie normale.

 

Il n’y a pas eu, contrairement aux prévisions pessimistes, ni famine grave, ni épidémie majeure, ni soulèvement populaire. La coupe du monde, très suivie, a pour un temps donné un sursis aux éventuelles manifestations de mécontentement qui démarrent seulement ces jours-ci, en prélude aux prochaines élections.

 

Les Haïtiens ont, pour le moment, fait face. Ils ont cherché des solutions aux difficultés quotidiennes. Souvent de façon originale : des tentes sont encore installées sur les terrasses des maisons partiellement détruites, et une sorte de vie a repris au pied des décombres.

 

 

Les décombres, à évacuer, avec des méthodes différentes, mais toujours avec courage :

 

-       Certains, propriétaires de leur terre où se trouvait leur maison détruite, ont immédiatement décidé de déblayer  eux mêmes leurs emplacements, réduisant les murs et toitures de béton en petits gravats, transportables et déplaçables, à l’aide de marteaux et de scies pour découper les fers à béton.

Déjà, dans les villes, des bâtisses effondrées commencent à disparaître. Pour laisser les emplacements utilisables pour rebâtir. Parfois d’ailleurs avec les mêmes techniques qu’avant.

 

A Jacmel, par exemple, ville frappée dans son cœur historique aux allures de Nouvelle Orleans, deux courageux ouvriers démontent une ancienne maison de la Rue du Commerce depuis plusieurs semaines, de 5 heures du matin à 6 heures du soir. Il leur faudra encore deux bons mois pour arriver au niveau du sol.

 

-       Dans un premier temps, les gravats s’amoncellent dans les rues. Mais peu à peu, les rues sont nettoyées et vidées des milliers de mètres cubes de béton, de tôles, de fers, de meubles écrasés.

 

-       Une partie est enlevée par des ONG internationales équipés de moyens lourds. Pelleteuses logotées aux couleurs de l’ONU, Caterpillar de location, norias de camions poussiéreux.  Une autre par les équipes municipales, pelles et râteaux en main.

 

 

-       Une partie est dégagée par des escouades de travailleurs payés à la semaine par le moyen du « Cash for Work », argent contre travail, financés par les organisations locales ou internationales. Les équipes habillées de t-shirt au diverses couleurs vives sont présentes partout dans les villes, de Port  au Prince à Léogane et à Jacmel, localités les plus touchées.

 

Peu à peu, l’image des villes aux maisons effondrées au milieu des rues s’estompe pour laisser place à des espaces dégagés. Les rues redeviennent praticables.

 

Là encore, l’inventivité des Haitiens est sans limite : les fers sont rachetés et recyclés, les gravats servent de fondement aux routes et aux bâtiments qui commencent à être reconstruits.

Les sacs, les bâches, les tentes sont transformés en villages sur des terrains publics, des terre-pleins de grand-routes, des terrains de sport.

 

Mais l’ampleur du travail est immense.

 

Des écoles, des bâtiments administratifs, des commerces, des bureaux, des églises sont encore « en expertise ».

 

J’imagine souvent la même chose en France : il y aurait d’abord, les premiers jours, les télés déversant leurs discours larmoyant ; les experts interrogés ; les assureurs rassurants ; les politiques en première ligne.

Puis on ferait des commissions étudiant les risques de contamination  par les poussières des ruines, l’amiante découverte bloquerait le processus, les écologistes refuseraient les camions de gravats …

 

 

Les éléments moteurs de la vie sociale ont été profondément touchés.

 

Tous les secteurs ont cherché des solutions d’attente :

la mairie de Jacmel est dans la bibliothèque intacte ; la police sous des abris de toile ; les écoles ont été rétablies sous des tentes ou sous des bâches et les examens de fin d’année viennent de démarrer.

 

Les routes sont réparées, peu à peu, par le ministère ou par les Nations Unies. Ou alors, on évite les crevasses, en roulant. Sauf ce crétin qui s’est mis au fossé, vendredi en s’envolant sur une fissure de la route, en roulant trop vite.

 

Les organisations internationales et nationales qui interviennent se sont très vite coordonnées dans des « clusters » ou « réunions de coordination » pour se partager le travail. Oui, les Ong se voient et se parlent.

 

Chacun, ONG locale ou extérieure, sait où il doit intervenir et comment. Les villes sinistrées sont découpées en zones d’intervention. Il est vrai que certaines zones sont vides.

 

Cette harmonisation des interventions est précieuse, améliore l’efficacité des réalisations, et permet à chacun de viser un objectif précis : un organisme Allemand démolit les restes d’une école, un organisme Espagnol prend le relais pour construire un nouvel établissement avec la concours des services administratifs haïtiens concernés.

 

Des ONG ont construit des abris provisoires, d’autres organisent la vie dans les camps de réfugiés, la santé, l’éducation, d’autres enfin se chargent d’organiser les retours des réfugiés chez eux, quand c’est possible.

 

 

Le vrai défi d’aujourd’hui est de vider ces camps.

 

Ces villages de plusieurs milliers de gens, vivant sous des bâches ou sous des tentes, ne résisteront ni aux cyclones proches, ni aux pluies permanentes en cette saison, ni à l’impatience qui va grandir. Et il n’est pas sain de laisser se perpétuer des situations de ce type où certains profiteront de la situation. Il a été constaté à Jacmel que, dans un camp, 25% des tentes sont vides, sauf au moment des distributions de nourriture.

 

L’urgence a été traitée : pas de grosses conséquences immédiates en termes d’alimentation, de santé ou d’éducation.

 

Certains pans de l’économie ont connu une énorme expansion : vendeurs ou loueurs de voitures, hôteliers, marchands de matériaux ou de ciment pour ce qui est le plus visible. Un marchand d’informatique de Port au Prince a créé une structure de vente  des matériaux les plus demandés (ciment, tôles, barres de bois )

 

Mais aussi des dizaines de petits métiers : cuisines ambulantes dans les rues des villes ou au bord des camps, vendeuses d’eau glacée traitée, chauffeurs des camions et automobiles des ONG, traducteurs… Les démolisseurs, nettoyeurs des rues, monteurs de tentes, recycleurs de matériaux… Et même, pour le sourire, les cireurs de chaussure se sont multipliés dans les rues devenues extrêmement poussiéreuses. Adaptation…

 

Dans le même temps, des milliers d’Haitiens, surtout de classe moyenne, ont perdu leur activité : garagiste dont les outils sont détruits, propriétaires de commerces n’ayant plus d’argent pour racheter un peu de marchandise, cadres moyen dont l’entreprise a disparu…

 

Les victimes sont partout, mais la vraie cible, les vrais perdants sont les membres de cette classe moyenne qui émergeait, devenait propriétaire de sa maison en dur, menait une activité à peu près régulière, juste à l’équilibre. Les très pauvres d’avant le séisme sont restés très pauvres. Il trouvent une nouvelle activité avec le cash for work : nettoyer des rues, charrier des gravats, ils le font et touchent leurs 200 gourdes par jour même si la rue est encore  aussi encombrée après leur passage. Les très riches sont restés très riches : ils ajoutent des activités à leur panoplie déjà fournies.

 

Les classes moyennes, elle, ont souvent perdu le résultat d’années d’efforts. Une famille réfugiée maintenant à la campagne a perdu sa maison, détruite, et aussi son terrain envahi par la mer. Une femme a perdu son mari, et le bénéfice de la promesse de vente qu’ils avaient engagé sur leur maison de Port au Prince : les papiers ont disparu, l’argent versé ne sera pas rendu. Elle reste avec ses six enfants, sous une tente surchauffée.

 

La reconstruction, en tant que telle, prendra des années.

 

 

Des quantités d’obstacles existant partout dans de telles situations deviennent plus criant face à la situation politique particulière d’HAITI.

Les élections sont programmées pour novembre, et certains ont intérêt à maintenir une situation  critique. Les troubles vont sans doute ralentir le processus de redémarrage.

 

Le but ultime est donc de reconstruire.

 

Reconstruire où ?

 

Les villes étaient surchargées avant le séisme. Des terres dangereuses ( flans de collines instables, creux de ravines inondables, terrains gagnés sur la mer – souvent d’anciennes décharges - ) ont été investies par des dizaines de milliers d’habitation.

Reconstruire sur ces terres est suicidaire, mais cela commence déjà à se faire … Une partie de ces surface a disparu, soit en effondrements, soit repris par la mer.

 

Il faut reconstruire en province, à la campagne. Equiper les zones qui étaient oubliées, avant. Mettre de routes pratiquables, du courant, des structures. Deux heures pour aller à la Montagne : c’est un motif de l’exode rural.

 

Reconstuire quand ?

 

Le travail de déblaiement des gravats est un énorme chantier où des milliers de gens travaillant des milliers d’heures dégagent peu à peu les terrains pour permettre aux propriétaires de reconstruire. Certaines familles, décimées, ne peuvent d’ailleurs plus justifier de leurs titres, et il faut recommencer toute la démarche d’arpentage et de validation de propriétés transmises parfois selon une tradition orale.

Le coût des matériaux a, bien sûr, explosé.

Les artisans spécialisés (maçons, menuisiers, couvreurs, charpentiers…) vendent leurs services aux plus offrants.

Construire vite est donc très cher.

Mais c’est maintenant qu’il faut le faire : les millions de dollars sont sur la table.

 

Reconstruire quoi ?

 

Un énorme travail d’innovation et d’imagination serait nécessaire. Construire durable, anticyclonique, anti sismique et pourquoi pas écologique serait la solution. Utiliser des matériaux nouveaux,  économiques, solides et légers serait idéal : bois, agglomérés, béton cellulaire, …

 

Il faudrait tout importer et former des spécialistes. Deux types de constructions se sont effondrées :

-       les immeubles de béton, construits rapidement ou sans respecter les normes. A Port au Prince, dans certaines rues, un immeuble sur deux est tombé, l’autre n’ayant subi que quelques fissures. Les bâtiments trop vite construits des familles de la classe moyenne sont à terre.

-       Les constructions en dur érigées dans les bidonvilles : murs de parpaings non assurés, toits de béton trop lourds.

Il faudrait inventer un autre type d’habitat, déconcentrer les villes, recréer de la vie dans les campagnes. Créer des centres d’attraction différents.

 

Reconstruire mieux, et selon les techniques de demain, déjà connues.

 

Reconstruire des maisons n’est pas la seule question. Il faut repenser les villes et les villages. Installer la culture, les universités, les activités ailleurs que dans la seule ville de Port au Prince.

 

Le cas des zones rurales est un peu différent.

 

Les sinistrés ont fui les villes très vite après le séisme. L’urbain Haitien est un paysan récent.

Dans les campagnes une partie de la population arrive à subvenir à ses  besoins alimentaires quotidiens.

Mais l’arrivée des rescapés rend la situation tendue.  Il faut donc relever d’abord les campagnes.

 

Installer  des habitats, durables,  et  favoriser la reprise des activités agricoles et économiques, plutôt que de reconcentrer les zones urbaines.

 

En un mot, renverser les flux migratoires. 

 

 

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Published by planete-haiti
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commentaires

gisele 03/08/2010 07:03


Merci Phil, pour ces explications claires et de terrain... pourquoi ne pas faire publier tes articles, PU doit peut être avoir quelques connections, et il serait bien de contre-balancer des
informations moins informées...


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