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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 20:24

28 février 2011.  Paul est tombé, raide.

 

En ville, on a fêté le carnaval, assez tard.

Les masques ont défilé l’après midi.

Puis sont venues les bandes à pied. Des trompes, des tambours, et des gens qui suivent.

Enfin, bien tard, les chars des sponsors ont démarré, avec des orchestres de bon niveau.

« Carimi », a fait son show.

Mais la foule, la vraie foule, le peuple en folie a suivi « Kréol la ».

Les danseurs se sont déchainés.

Puis, vers 11h, en « début » de nuit, la pluie est tombée.

Drue. Forte et soudaine.

 

Résultat, les chars ont plié les sonos, et tout le monde est rentré.

Entre la pluie et la police, il n’y a pas eu de grave problème en fin de cortège.

 

Ouf !!

 

Maintenant, il faut se préparer aux trois jours gras : dimanche, lundi, mardi gras  à remettre ça.

 

 

Défilés, festivités. La vie va encore être suspendue aux sonos et aux défilés.

 

Débordé !!!

 

 

Aujourd’hui, à Lamontagne, on parlait plutôt de la mort.

 

Depuis plusieurs jours, des cortèges de gens venus de partout montent pour enterrer des morts. Des vieux, des moins vieux.

Comme pour Tifi, on vient de partout, de l’autre bord ( Lot bo d’lo , comme on dit pour parler de l’étranger, textuellement, l’autre bord de l’eau )

 

Colin, Lacroix, Bellevue, les décès se multiplient.

 

Romuald, dans son costume noir me parlait des enterrements où il allait, de l’un à l’autre …

 

Aujourd’hui, une dame issue de Lamontagne qui vit depuis pas mal de temps à Port au Prince. Grosse commerçante, grande famille. Elle s’est fait assassiner en ville, en allant porter sa recette à la banque.

 

Les gens important sont venus, au regard du nombre de 4X4 croisés sur le chemin vers Lamontagne.

 

On parlait donc, quand un cri a jailli : « Paul est tombé, Paul est tombé. »

 

Paul est un de nos paysans. Un pilier d’Opadel. Le père de Guy. Un élément essentiel de la communauté.

Un de ces paysans qui ne payent pas de mine. Mais toujours présent, toujours vaillant à aider le groupe et le village.

 

Et dès le cri, tout le monde fonce, court, va voir. Je cours aussi.

 

Paul est là bas, plus loin au pied d’un grand arbre. Il est tombé. Raide. AVS ? Infractus ? Je n’y connais rien. Il est complètement tétanisé. Les gens se pressent. Il bouge les yeux. Les paupières. Seulement les paupières. C’est impressionnant. Je ne sais que faire.

 

Le laisser, le bouger ?

 

 

On l’emporte chez lui. Tout le groupe suit, l’entoure.

 

Et puis ça s’organise.

On l’allonge, on le secoue un peu, on lui parle. «  Reviens Paul, T’en vas pas. Mon dieu, fais le revenir ; c’est nous, Paul… »

 

Et le bizarre se mêle à l’étrange. Christian coupe un peu de cheveux, les mêle à du coton, met le feu à l’ensemble et fait respirer la fumée à Paul. Une secousse, les bras bougent en saccade. Il ne supporte pas l’odeur. Christian insiste. On sort les sels, les tisanes, on frotte les pieds.

Madame Paul est plus loin.

 

Que fait-on ?

Certains disent :   « vite, l’hôpital, » d’autres, « vite le docteur vaudou… »

 

 

On n’ose pas me demander.

Je leur dit : on va où vous voulez. Je suis prêt à l’emmener.  Où ils veulent.

L’hôpital ou le hougan.

Je ne suis pas curé breton, et je ne vais pas choisir pour eux.

 

Paul revient peu à peu à la vie. Christian, à qui j’ai posé la question ne sait pas pourquoi. Mais il me dit que ça marche à chaque fois : quand  quelqu’un perd connaissance, on coupe une mèche  de cheveux sur le somment du crâne, on mêle ça à du coton, on y met le feu et on fait respirer la fumée qui se dégage. Il parâit que c’est radical. L’odeur est tellement irritante que l’évanoui se réveille.

 

Et Paul se réveille. Il est sonné, quand même.  On l’assoie, on le lave, on l’habille. Direction, pour un premier temps, l’hôpital.

 

 

P’tit père , dans la voiture, secoué… mais réveillé. Il délire, compte sur ses doigts. Quoi ?

 

Le médecin diagnostique une tension très forte. Paul est vivant, mais bien atteint. Sonné.

On lui a donné des médicaments pour faire chuter le pic de tension.

 

Mais je ne suis pas certain que ça ne finisse pas chez le docteur vaudou. Je les entendais peser les chances de la médecine et de la magie, spéculer sur la provenance du mal, de la tension ou un mauvais « air » qu’il aurait pris cette nuit en allant voir pourquoi son cochon criait…

 

Je saurai demain.

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Published by planete-haiti
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