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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 23:12

30 mars 2011. Naissance.

 

Christine est la sœur de Christian. Normal…

 

 

DSC08613.JPG

 

A ma dernière visite, elle préparait, lavait, pliait des vêtements de bébé.

Petits ensembles d’occasion, grenouillères  venus  d’ailleurs. Bonnets, chaussettes…

 

Le ventre est bien gros. Pour bientôt.

 

Puis, vendredi,  Christian m’a parlé des douleurs de sa sœur. Ici, les douleurs de l’enfantement s’appellent : «  tranchée ».  Comme en 14 ?

Elle est allée en ville. Une heure de route cahotique et défoncée, dans la benne d’une camionnette déglinguée.

 

Pierres, poussières, chocs. La route de la maternité de l’hôpital est un chemin de croix. Sans doute pour ça qu’elles préfèrent accoucher chez elles. C’est un sale moment de moins.

 

On est en 2011. Des femmes souffrent pour faire simplement le chemin vers  la maternité.

On se rassure en disant qu’elles sont fortes et courageuses.  « Des femmes merveilleuses ! »

 Pendant ce temps, des médecins préparent leur week-end, ou  poursuivent un quelconque colloque médical dans un grand hôtel de la capitale.

Il a eu mal aux tripes, le fiston Duvalier, en allant soigner ses bobos dans la clinique du Canapé Vert ?

 

Christine est toute jeune. Sa première grossesse. Elle avait un peu peur.

Et si peu préparée.

 

Samedi, après un bon moment de souffrance, elle a eu «  les ciseaux ». Expression créole pour parler de l’épisiotomie. (si je ne fais pas d’erreur, je ne suis pas docteur, moi)

 

C’est une accumulation de douleurs : la route, les tranchées, les ciseaux, la naissance… Des vies qui commencent très fort. Sauf exception, la vie sera peine et lutte pour un bébé d’une section rurale.

 

Dimanche matin, à la première heure (6h), j’ai bien entendu vibrer le téléphone.

Mais mon programme du jour étant à l’eau à cause des troubles de Miragoane, j’avais décidé de dormir tard… Grasse matinée. Enfin !!!

 

C’était un vœu pieux, de rester au lit. (Pau, elle est pour toi, celle-ci)

 

Mais bon, trop loin le téléphone, vibrations lointaines. Pas envie de bouger. Il fait déjà si chaud.

J’ai vu, à 8 heures, les quatre appels de Christian.

 

Il m’annonce à la fois la naissance du bébé, la nuit de souffrance, et la décision de l’hôpital de donner « l’exéat. » C’est à dire : « c’est fini, rentrez chez vous, chère Christine » …

 

Je récapitule : arrivée à l’hôpital samedi matin, naissance samedi à 18h, sortie de la maternité à 7h du matin , le dimanche…

 

Alors que personne ne se bousculait à l’entrée. C’est un pur scandale. Une honte.

 

Des millions pour des projets de santé qui se déversent sur le pays, des sommes phénoménales englouties pour ce résultat : une femme rentre chez elle quelques heures à peine après avoir été charcutée pour faire le bébé.  

Il faut des sous pour  payer les 4x4 des personnels médicaux ?

 

Bref, Christian me demande une «  roue libre » pour rentrer à Lamontagne. Chez ses parents. Lieu dit : Lacroix.  (Pour Lau : et la bannière…)

Le père du bébé, Christine, Christian, Jésula ( !) l’autre sœur de Christian, le bébé, et un docteur que j’ai réquisitionné pour le voyage. Je n’y connais rien, moi, en risque post-natal. Je m’entoure des spécialistes. 

 

Et en avant. Christine souffre à nouveau. Le bébé est beau. Il est silencieux. Sait-il déjà qu’hurler ne sert à rien, ici ?

Tous serrés dans le pick-up que je ne conduis pas, d’ordinaire. Je fais la route sur des œufs. Lentement, très lentement. Rocaille après rocaille. Une heure et demi, d’une ornière à l’autre.

 

On parle de l’enfant à la naissance, des rites et coutumes, du bain à l’eau chaude, ou à l’eau froide, du cordon ombilical qui sera enterré sous un arbre, du bonnet enfoncé pour chasser les esprits rebelles, de la potion fortifiante (le lok) qui faudrait donner  ou pas, du fait que le bébé ne tête pas encore. 

Allaiter, et seulement ça, dit le docteur. Même pas d’eau, à cause du choléra.

 

Christine sourit parfois, pendant le parcours interminable.

 

Christine ne sait pas grand chose.  Comment s’occuper de cet enfant, dans les premiers jours ?

On ne leur dit rien, ou on parle  des rites , des coutumes. Comme dans tout moment de vie, la magie se mélange au quotidien.

Si l’enfant survit, tant mieux. S’il meurt, c’est Dieu qui l’a repris. Il suffit parfois de changer une coutume, une habitude ancestrale pour diminuer fortement les risques.

 

 

La maison de Lacroix. Le grand-père et la grand-mère du bébé viennent l’accueillir sur le chemin. On conduit Christine, qui marche lentement, tenue par le gentil mari. Pour une fois, ce n’est pas un vagabond parti aux premiers signes de grossesse. Il est là, attentif, impliqué. Présent.

La famille chante «  Gloire à Dieu » ou un truc du genre.

 

On parle encore un peu, et on s’éloigne, doucement.


 DSC08616.JPG

 

C’est un garçon. Il s’appellera «  Christin ».

Normal.

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Published by planete-haiti
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