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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 08:23

17 Octobre 2011.  « Marins perdus. »

 DSC02457.JPG

Accosté au wharf, il est là depuis un mois et demi.

Bateau de guerre transformé en caboteur. Silhouette noire aux formes inattendues, inusitées. 

Amarré, ligoté, presque.

Attaché à la terre. Retenu.

 

Il posait des balises et des bouées pour marquer les routes maritimes de destroyers, de porte-avions, de lance-torpilles, il y a des années.

 

Il lui reste, dans les fonds de cales, les couleurs grises d’une flotte de guerre, des peintures usées, des couchettes crasseuses de marins américains débarqués depuis longtemps .

Les coursives, les échelles, les hublots. Une cheminée massive.

La machinerie est surdimensionnée, les moteurs de secours, les supports de mitrailleuses,  l’épaisseur de la tôle …

Un vrai navire. 

Un outil de combat.

 

Il est là, dans le port de Jacmel. Incongru. Déplacé. Les amarres et les haussières commencent à s’user du balancement unique et prolongé.

 

Proue droite et ferme, poupe arrondie, douce et belle. Aguicheuse.

 

Un bateau qui reste au port est un animal blessé.

 

Wilkens, le capitaine, et les deux mécanos blancs  barbus attendent.

Comptent les jours en vidant des fioles et des bouteilles d’alcool trop fort.

Jason, l’américain, regarde son enfant métis jouer sur le pont.

Jennifer, sa trop jeune femme s’ennuie, se remaquille, sourit à peine. Et parcourt le bâtiment d’un air las.

 

La vaisselle croupit dans l’eau sale de l’évier des cuisines.

 

Les fauteuils club du carré des officiers sont défoncés et décolorés.

 

Les derniers clients n’ont pas payé le voyage.  Ils faisaient rentrer dans le pays des camions usagés, des pick up d’occasion.

Les réservoirs sont vides.

Plus de carburant.   Les moteurs sont à l’arrêt.

 

Le port devient un piège, une nasse.

Le capitaine attend l’armateur, et lui même attend les clients.

 

Tout le monde attend, et le bateau croupit. Vide et comme abandonné.

 

J’ai l’impression de retrouver le texte du roman de Jean Claude Izzo. «  Les marins perdus ». Comme à Marseille, les matelots sont à quai.

 

Et si l’attentese prolongeait ? Et si, peu à peu, le temps venait grignoter les structures, si la rouille et l’usure s’étendait ?

 Si cela devait durer…

 

Wilkens m’invite pour le prochain voyage : «  viens avec nous à Saint Martin. »

Bonne idée, capitaine.

Mais quand ? Dans une semaine, un mois, un an…

 

 

Son bateau devient décor  de film. Un quelconque activiste croupit dans une cellule.

Je deviens acteur du scénario à peine écrit.

 

On joue la scène dans la chambre froide. Moteurs éteints, au fin fond des cales,  il doit y faire 60 degrés.

 

Même immobile, même  à quai, c’était une sorte de voyage.

 

Un dimanche au bord du wharf. 

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Published by planete-haiti
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commentaires

Charlotte 20/10/2011 04:53


Bonjour, je suis la fille de marie (mémé attaque Haiti) elle voulais que je te passe le message, elle n'a pas ton numero ni internet donc si tu pouvais l'appeler au 3116 7771 ce serait apprécié
Merci, bonne soiree


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