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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 21:17

 

Les funérailles  de Ti Fi. (1) 17 octobre 2010.

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«  Le cérémonial traditionnel qui entoure la mort contribue à faire de chaque décès un événement extraordinaire. Les lamentations et les cris rituels ainsi que les veillées funèbres avec leur profusion de boissons, de nourriture, de chants et de plaisanteries, les noirs vêtements de deuil que les gens portent, tout ceci contribue à faire de la mort un événement mémorable que, dans le fond, (l’Haïtien) accepte avec résignation et calme intérieur. » Rémy Bastien. Le paysan haïtien et sa famille. Ed. Khartala. 1951.

 

 

Pour raconter l’enterrement de Ti Fi, il me faudra un moment.  Tant de moments, depuis le départ de Jacmel, jusqu’au retour. Ici, même le trajet est une histoire.

Comment je ferai, au retour, sur les lisses autoroutes et les aires de restauration ?

 

Car, pour aller à Sources Chaudes,  c’est d’abord une route longue  avec son cortège de situations.

Puis une arrivée dans le village, dans la nuit, en pleine veillée funèbre.

Une nuit agitée. Très agitée.

La cérémonie, sous un soleil de plomb, le lendemain.

Et une journée d’images et de paroles.

Puis, une nouvelle soirée à l’Arbre. Avec des échanges incroyables. Sous la lueur de la lune.

Et enfin la route du retour. Avec, là encore son  lot de rebondissements.

 

 

Je commence donc, (d’où le (1) dans le titre).

Mais je ne sais pas vraiment où ça va me mener. Trop de choses se bousculent. Passé, présent. Carambolages de moments forts, tristes et gais.

 

 

Quitter Jacmel au  petit matin, dans la lumière du soleil à peine levé, est toujours un instant magique. La marchande de pain passe déjà. Les coqs ont chanté depuis longtemps. Mais s’arrêtent-ils de chanter ? Je les entends à toutes heures du jour et de la nuit.

 

La ville s’agite. Motos, camions. Les gens d’ici sont dans les rues. La rue est à eux.

Les blancs des ONG n’ont pas commencé leur ballet incessant de pick-ups.  Il est trop tôt pour eux.

L’autre jour, en attendant, je ne sais plus quoi d’ailleurs, je comptais les voitures qui passaient dans la rue. ONG, ONG, camion, ONG, ONG, Curé, ONG, ONG, voiture privée, ONG, ONG… Mais il est vrai que certains travaillent dur.

 

Il y a eu du mouvement, cette nuit : la ville s’est couverte d’affiches géantes des candidats. On en était resté jusqu’à hier soir aux petits posters sur les pylônes.

Là, la campagne accélère : banderoles, panneaux publicitaires, portraits … Bientôt les meetings.

 

Je ne parlerai pas trop du contenu cette fois.

 

Mais des couleurs, des images.

L’un des partis a choisi les couleurs du Brésil pour faire campagne. Bonne idée, vu la popularité démontrée de cette équipe pendant la coupe du Monde.

Pour le paysan qui ne sait pas lire, ça flashe immédiatement. Ronaldino président !  Tudo Bom.

 


Celui qui a choisi le bleu aura-t’il une chance  de passer le premier tour ?


La route qui monte vite, dans la montagne à la sortie de Jacmel : Coq Chante, Fond d’Oie, Poste Bernard, Saint Etienne…

Et toujours, la foule qui marche sur la bas côté. Il y a toujours un endroit où aller : marché, église, école. Une incroyable densité de gens qui marchent. Ou rassemblés. On se croirait dans la montée de l’Alpe d’Huez un jour d’étape du Tour.

 

Les cohortes de «cash for work» sont au travail. Ou du moins sont présents. Enfin, je veux dire qu’ils ne sont pas tous assis.  Les  pentes, non protégées, qui longent la Route de L’Amitié  ont encore lâché des tonnes de pierres et de boue pendant la pluie de la veille. On transporte donc les monceaux de terre un peu plus loin, jusqu’à la prochaine pluie. Quelques camions en panne dans la montée du morne «  karaté ».

 

Arrêt à Léogane, dans une guildive, l’une des dernières. C’est un moulin où les cannes à sucre  sont pressées pour en extraire le jus qui servira à faire le clairin, alcool fort de première distillation.

 

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Les machines broient, le jus mousse, le moteur tourne … Des montagnes de cannes. C’est un moment rare, qui disparaît. Les champs de cannes se réduisent à vue d’œil, et le rhum importé envahit les échoppes. Horreur. Déjà, le sucre vient d’ailleurs.

 

Puis Mariani. Un convoi de l’ONU. Des soldats armés jusqu’aux dents, casques lourds, gilets pare-balles, aux aguets, gardent… un camion de sable. Après le ciment, le sable deviendrait un produit rare ?

 

Carrefour.  9 heures du matin, puis, 10, puis 11. On a avancé de 200 mètres.

 

Il a plu sur Port au Prince. Des trombes, sans doute. La route est devenue rivière. Les piétons cherchent un endroit pour poser les pieds sans trop se mouiller. La boue, les ordures descendues du haut de la ville. Des voitures et des camions enlisés, noyés. Les filles habillées à quatre épingles marchent au bord du cloaque. Mais comment font-elles pour rester nickel dans ces conditions ?

 

Sur le terre plein au milieu des chaussées, des tentes de fortune. Des pots de fleurs à l’entrée, et cette femme qui balaie la rue devant son abri, comme si c’était sa cour.

 

Midi. La ville est bloquée : c’est donc un «  blocus ».

Champ de Mars. On passe enfin… Non, il y a une manifestation vers la rue Capois.

Port au Prince s’est aussi couverte d’affiches. Les murs sont tous tagués. Il faudra repeindre, après la campagne. « Bon retour, J.C. Duvalier ». Certains ne sont pas rancuniers.

 

Aéroport Toussaint Louverture. Je passe juste devant.

15 octobre.

Je ne m’arrête pas, personne à venir  prendre.

 

 

Je retrouve Justin, mon ami Justin. Le chef des artisans de l’Arbre, il y a 28 ans. Il rentre de New York. Il n’a pas changé. Il me présente quelques uns de ses onze enfants. Enfin, ceux qui sont ici.  Justin, paysan du Nord Ouest, 68 ans, toujours entre deux avions ! Il semble un peu sonné. Il doit être sous quelque traitement. Euphytose ?

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Je lui ai promis une roue libre pour rentrer à l’Arbre. Il y a Asnate aussi, avec nous, la fille de Flavie que je conduis à Sources Chaudes. Je suis trop bon, chaque roue libre finit en galère.

 

Puis, la route vers Gonaives. Elle commence à être belle. Presqu’entièrement refaite. Il ne reste quelques kilomètres de l’ancienne, poussière et nids de poules. Mais c’est un grand bonheur de rouler à presque 100 Km/heure. Laisser la ville de toile qui commence à être dense. On l’appelle Canaan.

 

Enfin, dernière passagère à conduire à la veillée de Ti Fi : Similia, ma commère, que je retrouve à Gonaives. Parrain et marraine d’un même enfant sont compère et commère. Pourquoi je l’appelle ainsi depuis toujours ? Mystère.

Dernière station avant la piste. Défoncée. Je crains ce passage dans la nuit déjà tombée. C’est déjà une punition le jour. Là ça frise le cauchemar. Surtout après les pluies.

 

21 heures. Sources Chaudes enfin. Lumières, musique, foule. La veillée a commencé. Elvite, le fils de Ti Fi m’accueille. Il a tout préparé pour cet «  événement mémorable » Il a l’air épuisé, mais pas encore en colère.

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Published by planete-haiti
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