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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 22:50

2 juillet 2011. Les étranges  mystères de la pluie.

 

IMG_0093.jpg

 

La pluie est un personnage.

 

J’avais raconté Jacmel, la ville,  sous l’orage. Les filles riant, serrées  à quatre sous un seul parapluie. Vêtements collés à la peau. Pieds dans les flaques.

 

Mais d’autres scènes, d’autres séquences surviennent au rythme des mouvements du ciel et des systèmes météo. Caprices tropicaux.

 

Dans le noir foncé et humide de cette nuit, Léo Ferré marque l’ambiance.

«  La mémoire et la mer. »

Ferré, c’est tellement fort que c’est mauvais signe quand il revient sur ma scène.

Je sais pourquoi je l'ai mis.

Il ne faut surtout pas que j’écoute Léonard Cohen après ça. Comme «  One of us cannot be wrong ».

 

La pluie a ses mystères.

 

Une projection, l’autre soir.

 

Le film de Charles Najman avec  Frankétienne. En avant première.

Un colosse qui pleure. Une puissance tellurique. Un cri singulier venant du coeur de la foule.

Hurlement d’alarme et de tristesse. De colère tonitruante. Et voix d’espoir enfin.

Une sorte de prophète  qui prédisait l’effondrement.

Il savait, le poète, que la ville allait devenir  un monde de ruines. Il l’a écrit, peu avant.

Les poètes ont leurs fulgurances qu'ignorent les hommes communs.

Homme unique, représentatif de tout, pourtant.

Par certains aspects, il me fait un peu penser à Ben, artiste Niçois.

 

«  Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres ». Le film de Charles Najman. Un titre de film parfaitement illogique et inenvisageable. Il faut du temps pour s'en souvenir. Pas cartésien, innatendu. Comme les oeuvres de Frankétienne. 

Mais il traduit le contenu de ce désespoir devant le chaos. La vie qui se relève et se poursuit malgré tout.

Le monde nouveau, d'après séisme,  vu depuis les tas de gravats de la Cathédrale de Port au Prince.

Frankétienne refuse les termes des reporters : résilience, disent-ils.

Non, énergie du désespoir. Sauve qui peut. On ne s’adapte pas à ces conditions, on survit, c’est tout. On protège sa peau pour l'instant qui vient.

 

Et au milieu de ce  film émouvant, un groupe chante une mélopée vaudoue.

« La pluie tombe, et je ne suis pas trempé » ( Lapli tombé min m’pa mouiyé )

 

Par magie, par extraordinaire, une pluie dense tombe juste à ce moment  précis, crée la panique dans la cour de l’Alliance Française où se déroule l’événement.

Tous aux abris. Bousculade, chaises poussées. La pluie tombe, et nous, nous sommes bien mouillés.

L’averse s’achève exactement à la fin de la chanson. 

Il fallait que cette magie s'opère.

 

Ce soir, spectacle de danse. Au même endroit.  

 Ciel menaçant toute l’après midi. Alerte météo, jaune orange. Nuages lourds.

C’est un autre scénario, cette fois.

Les danseurs resteront secs. Les maquillages des superbes danseuses subsisteront jusqu’au final.

La  fille, fine et élancée qui donne le rythme, belle à n’y pas croire, ne glissera pas sur le sol détrempé.

Elle enchaînera ses pas et ses figures. Epargnée.

 

Je  regagne la voiture, en repensant encore à cette jeune femme.

Je suis sûr qu'elle m'a regardé, assis dans le public face à la scène.

 

La première goutte tombe juste à ce moment. En ouvrant la portière.

Une pluie localisée : en rentrant, je m’aperçois qu’elle ne tombait que sur le bas de la ville. Pile sur le quartier, et seulement là.

C'est toujours étonnant de traverser la lisière de la pluie : bruit assourdissant sur les tôles de la Nissan, puis fin du bruit. Un rideau que l'on passe. Une frontière, dirait ma Lau.

 

Au loin, à Lamontagne, la fête est sans doute sauvée des eaux.

Mais je n’y suis pas allé, par peur de la pluie et de la rivière à traverser.  J'aurai pu passer.

 Je relirai ma page de l’an dernier. ( Et oui, me voilà à revivre les mêmes évènements…)

 

 

Entrefilet : J'ai rencontré une brave vieille dame, hier qui marchait dans la rue.

Elle portait un magnifique Tshirt blanc. Une inscription sérigraphiée en rouge sur la poitrine : " LA FIN DU MONDE EST POUR LE 21 MAI 2011" 

 

Nous sommes tous des survivants.

 

 

 

( Pour les nouveaux, voir dans ce blog les articles auxquels je fais allusion : " La fête patronale 5 et 6 juillet 2010 " et " Le jugement dernier du 15 mai 2011". C'est bon pour l'audience, ça, coco.)

 

 

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Published by planete-haiti
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commentaires

Ton Claude 13/07/2011 22:29


salue professeur Buron, que t'a appris Garry Victor que tu ne savais déjà...
Biz de toute la famille qui va bien


planete-haiti 28/07/2011 00:31



Qu'il faut une histoire, pour écrire. Un début, un objectif, un problème, une réponse et un dénouement.


Ampil bagay, tonton...



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