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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 23:11

14 Avril 2011. LA RIVIERE .

 

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La rivière, à Jacmel, est un lieu de vie.

 

Une destination, une limite, un territoire, un passage, une épreuve.

 

Les cyclones successifs ont façonné un vaste lit, large et caillouteux. On a replanté sur les bancs du milieu. Bananes et pois congo.

 

Et  traverser cette rivière, pendant ces mois trop secs, était une formalité. Pour Lamontagne, la traversée est le début du voyage à l’aller, la porte sur la ville au retour.

 

 

Un cours cool, une force calme, un moment de fraicheur fugace.

 

De l’eau à peine au bord des roues, ça lave les pneus.

 

 

Tu accélères juste un peu dans le passage de l’eau pour éclabousser le dessous, laver le bas de caisse. C’est ce qu’il pense, Doudouche.

 

Je parlerai un jour de la rivière comme une déchetterie, comme une honte urbaine.

 

Mais pour l’instant, c’est du changement que je parle.

 

L’eau serpentait  donc, lente et claire.

Des mois que ça dure. Pas d’orages sur les mornes, pas de crainte à l’arrivée.

Tu passes ? Tu passes !

 

De l’eau tranquille. On y lave les vêtements, les motos et les corps. Juste au bord du soir.

 

Et puis, en ces jours de calme, quelqu’un a rassemblé des fonds, des euros français, pour canaliser le cours.

 

Tracteurs, bulls, pelles. Des tas de terre remaniés. Pas facile à comprendre, même au milieu du lit.

Des blocages, des gabions, des tracés resserrés.

On va dompter cette eau, la mener où on veut, l’empêcher d’attaquer les berges.

«  Si tu as peur, si tu vois que la berge se dérobe … »

 

Les berges vont partir, il suffirait d’une pluie.

 

Mais on canalise, on obture, on bloque, on s’acharne. Un filet d’eau qui passe outre, et la colline s’effondrera.

On dresse des monticules, des tas de pierres, on bouche, on se dit qu’il faut vaincre ce filet trompeur.

 

 

Le ciel est vide, et la saison tarde. La terre est sèche. La rivière est gentille.

 

Tout est trop simple. Le caterpillar taille, entasse, empile. (merci, empile )

 

 

Les motos traversent encore, tongs au rétro.

 

La météo s’est endormie. On peut croire au succès.

L’eau est vaincue : elle va où l’homme à voulu, elle respecte le tracé des ingénieurs, les euros français seraient donc utiles ?

 

Puis, un jour d’avril, la pluie s’annonce enfin.

Pas le jour pour parler des jardins, des paysans aux abois.

 

Juste des orages sur les hauteurs. De cette journée aux instants contradictoires.

L’orage explose et le soleil brille.

Le matin triste et sec, lourd et chaud, et le soir explosant d’éclairs et de tonnerres  multiples.

 

Il ferait presque froid.

Les mornes se colorent de lumière noire. Un bruit  de gouttes qui claquent s’approche.

 

La pluie est là, soudaine et forte, l’eau se trouve des chemins nouveaux, la rivière rassemble les cours.

 

Elle grossit, elle monte, elle va venir, elle va descendre.

 

Au départ, cela n’est qu’un peu de terre dans le courant, puis le niveau qui s’élève, la vitesse qui augmente.

La rivière devient furie. Dévale, enfonce les digues et les monticules.

Les euros se dissolvent, partent à la mer.

Le cours forcé ne résiste pas. Le canal est un souvenir.

 

Il faut voir comme elle retaille un chemin, large et boueux. Elle aurait bien emporté le Caterpillar,  s’il avait eu le culot de rester dans les parages.

 

La rivière, quand elle descend, tu la regardes de loin. Tu restes sur un côté du passage.

Tu gardes les pneus sales.

 

Et au retour, juste après la nuit, le paysage n’est plus le même.

 

La rivière a choisi de ne pas se laisser dompter.

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Published by planete-haiti
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