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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 06:58

21 mai 2011. LA FIN D’UN MONDE.

 

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« Les oiseaux noirs volent dans la lumière de la profonde nuit sombre. » (*)

 

Je n’ai pas entendu les cohortes d’élus décoller vers l’Eden.

Et, à l’autre bout du monde, je vois des amis présents.

 

Donc, nous sommes vivants. Ou pas partis vers les contrées célestes.

 

Ce matin, seuls les oiseaux noirs.

 

Les coqs ont fait leur travail, dès quatre heures. Et bien en forme, tous ! Orchestre cacophonique et multiple.

 

La voisine de droite, la vieille Claire, a commencé ses mélopées, allumé un feu pour le café du vieux. Les odeurs matinales des gouttes de gaz oil aspergeant le réchaud pour démarrer la combustion sont bien présentes.

La jeune fille, celle qui vit avec les deux vieux, a fait sa toilette dehors, a sorti ses cahiers, s’est assise sur la chaise trop étroite pour son envergure imposante,  et s’est lancée dans ses leçons matinales.

 

Sur le toit de la maison de gauche, une autre jeune fille s’est enveloppée d’un drap fleuri.

Et a répété des centaines de fois le rôle des philosophes français, Voltaire et Montesquieu, dans l’émergence des idées menant à la révolution américaine. Chaque matin, elle s’assied là, et révise à haute voix.

 

 

Les bougainvilliers, pourpres et blancs ont accroché les tous premiers rayons du soleil.

 

Des chants beuglés dans une sono criarde ont brisé le silence : une église, vers l’est, s’est donné pour mission de pourrir le réveil des habitants du quartier. Et plus c’est fort et plus c’est faux. Entendant ça, Dieu a dû faire demi-tour. Il venait chercher les justes.

Hier soir déjà, jusqu’au milieu de la nuit, des cantiques lancinants ont perturbé le calme. Cela venait de l’ouest.

 

Ils devraient se concerter et tous faire leurs offices le même jour à la même heure. Il n’en resterait qu’un mauvais moment à passer.

 

Le ciel est rose martellien.

 

Un mélange de douceur et d’éclat.

 

Le quartier s’éveille, premières motos, premiers klaxons.

 

Avant hier, j’ai réussi à me perdre dans les rues des environs.

C’était pourtant tout simple : sortir de la grand rue, passer chez le tailleur ( Il te salue, Marine) emprunter la ruelle de droite, face à la fabrique de blocs, éviter les flaques, monter un peu dans la ligne droite et retrouver le grand portail.

J’ai pris à gauche, et encore à gauche.

Mon retour du coin de l’Eglise Osanna à la maison aurait dû durer cinq minutes. Une heure après je tournais encore dans les dédales du quartier.

 

Evidemment je ne demande pas. J’ai mes repères, l’antenne, le manguier, le camion… Mais trop d’antennes, trop de manguiers…

 

On m’a changé les lieux, le sens des rues, pourquoi poursuivre ?  

 

J’aurai dû juste m’asseoir, attendre que la pression retombe, chasser l’émotion du moment. Mais la chaise est déjà prise, quelqu’un, bien installé, me regarde avec un sourire en coin. Il était là avant, bien en place.  Installé juste au carrefour de plusieurs routes qui montent et qui descendent.

 

Moi, perdu, là, sur ce chemin parcouru tant de fois.

Où avais-je la tête ?

 

Arrivé au bord de la campagne, en limite des zones construites, j’ai lâché prise, cessé de persévérer dans ces lieux jamais vus.

 

Je suis rentré au bord de la nuit. Des éclairs annonçaient l'orage.

 

( *From Blackbird. Beatles)

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Published by planete-haiti
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