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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 21:11

 

 La Fête Patronale.  Lundi 5 juillet / Mardi 6 juillet 2010.

 

La pluie m’a réveillé.

J’étais dans un rêve d’océans, d’îles, de vagues. Et le bruit de l’eau… sur le carrelage  m’a fait sortir du sommeil.

Il y a une fuite au plafond.

La quantité d’eau qui se déverse dehors est faramineuse.

Un énorme pluie, inattendue, ou en tout cas pas vraiment annoncée. Le ciel était noir, mais, là, c’est un déluge.

 

Et le bruit des gouttes s’écrasant sur les tôles ondulées me rappelle d’autres étés, d’autres lieux. Montagne aussi, mais froide et grise, Oisans, Ecrins.

 

Les routes seront difficiles, tout à l’heure.

 

Donc, tant qu’à faire de ne pas dormir, comme promis, voici la chronique de la Fête Patronale de La Montagne.

Il y avait depuis quelques jours une sorte de fièvre ambiante. On me parlait de la fête, sans trop me dire ce qui se passerait, j’ai promis de venir, deux jours là-haut.

Une première nuit sur place.

Dormira t-on, où ? Mystère.

 

Samedi matin, courses à gauche et à droite, déménagement .

 

C’est samedi que j’ai quitté Florita. Je commençais pourtant à bien l’aimer. Le calme était pourtant revenu. J’avais trouvé une sorte d’équilibre : un coin préservé et un peu calme, dans cette chambre au si grand lit.

J’y avais fait mon logement, mon bureau.

Donc départ de l’Hôtel  Florita.

 

Aménagement dans le bureau sur la rue, et dans l’appartement situé dans le même bâtiment.

 

Aménager ici prend tout son sens.  J’ai besoin d’une table, de chaises ?

Je vais chez le menuisier :

-       « Je veux une table et quatre chaises pour le bureau »

-       «  Pas de problème, blanc, je peux vous vendre quatre chaises et une table » ( ici, on m’appelle «  blanc ». Actuellement,  ce serait plutôt « rouge »)

-       « Je peux les voir ? »

-       « Non , mais elles seront prêtes lundi, si Dieu veut »

 

Il n’y a pas de stocks, on fabrique à la demande.

 

J’ai pris l’habitude d’appeler avant d’aller prendre livraison. En général le délai annoncé n’est jamais tenu. Deux ou trois jours d’écart ne pose leur pose pas de problèmes . A moi, oui…

 

Donc samedi, la table était prête, les chaises, non. Je le soupçonne de les avoir fabriquées , et vendues à quelqu’un d’autre.

Un peu comme mon marchand de blocs ( parpaings)

J’ai commandé 4000 blocs, pour les faire transporter à La Montagne ce mercredi. Par précaution, je vais voir tout à l’heure. Il avait bien commencé à les faire. Mais comme je n’avais pas versé d’acompte, il les vendait au fur et à mesure de la demande. Il y avait donc 200 ou 300 blocs disponibles cet après midi . Je lui ai payé la moitié de la facture, et là, je pense que cela devrait changer.  Je vais peut-être  pouvoir faire transporter mes blocs mercredi, comme prévu.

 

Le bureau que j’ai loué pour Planète Urgence commence à prendre tournure : il y a du courant, une table, un meuble récupéré… Je vais pouvoir y travailler.

 

L’appartement me semble immense, c’est toujours plus grand qu’une chambre d’hôtel.

Un grand rez-de-chaussée, salon cuisine, un demi étage, salle de bains, une chambre au demi étage suivant, et une autre tout en haut. Tout ouvert, en mezzanines sur un grand vide. Le plafond est bien à 12 mètres du sol. Une ancienne bâtisse Jacmélienne.

 

Le samedi matin est s’est donc passé entre des valises à refaire, et à transporter de l’autre côté de la rue : j’ai la vue sur le Florita.

 

Puis départ en début de l ‘après-midi vers la Fête Patronale de La Montagne.

 

La rivière est encore haute, les chemins  boueux, mais cela passe.

La montée est peuplée. Les motos taxis sont innombrables, et chargées à plein.

J’ai compris comment les passagers traversaient la rivière : le pilote de la moto vous laisse au bord, vous traversez à pied, de l’eau jusqu’à la cheville, le genou ou la ceinture selon les jours et les endroits, puis vous récupère de l’autre côté…

 

Et la moto est le moyen le plus fréquent pour monter à La Montagne : très peu de voitures, d’habitude.

Aujourd’hui , il y en a nettement plus, des 4x4.

 

Il y aura du monde là-haut.

 

Et la montée est peuplée, ce samedi, de voiture en panne. Et oui, cela monte, c’est caillouteux. Les espèces de vieilles machines ( automobiles) ne tiennent pas la distance.  Tiens, un mot qui a un sens différent en créole et en français.

Je mettrai, pour la suite, les mots créoles qui ont un sens différent  en Français en italique, parce que cela donne un peu de sens et de précisions à l’histoire.

 

Au milieu de la pente, trois hommes, une roue de secours, un énorme baffle , pas de machine à l’horizon.  En général, je ne donne jamais de « roue libre » ( auto-stop).

Là c’est tellement étonnant que je m’arrête.

C’est un groupe de dominicains, (de Saint Domingue), qui vont faire les DJ à la fête. Je les invite à monter à l’arrière du Pick-Up. Au moins, il y aura de la musique. Et puis, ils m’inviteront, tout à l’heure à venir dans leur programme.( l’enclos où ils feront leur musique).

 

Arrivés à La Montagne, dans la localité de Lacroix, un peu plus peuplée que le village où nous travaillons, il ne semble pas y avoir trop d’animations. Du monde arrive, mais ce n’est pas encore la folie.

Il n’est que quatre heures de l’après-midi. Je comprendrai tout à l’heure qu’il faut attendre la nuit…

 

Retour au local d’Opadel.

Pour la fête, la rue sera éclairée, et de la musique commence à fuser, à fond.

Cela semble tout simple, mais ils ont fait preuve d’ingéniosité et de pragmatisme : les lampadaires sont des tiges de bambou, le fil électrique aussi fin que du câble de téléphone, l’électricité vient du delco ( génératrice) qu’on m’a demandé de monter de Jacmel.

 

Une  longue attente commence, vautrés à l’arrière du pick-up à regarder les jeunes gens et les jeunes filles qui montent à quatre par moto vers la fête.

 

Serge, l’agronome, me demande un  petit service :

«  Peux-tu aller chercher les mères ( les religieuses, enfin les sœurs…) qui montent pour la messe de demain et qui sont en panne, à Jacmel ».

Soit une heure aller, une heure retour.

Là, à leur grande surprise, j’ai refusé.

« Elles n’ont qu’à prendre une moto, comme tout le monde. Ou une autre voiture. » Il y a une floppée de curés, d’ecclésiastiques qui vont monter. Il en passe déjà, dans leurs beaux 4x4 blancs. Ma mère va encore me traiter de mécréant.

 

Il passe vraiment du monde. Les motos taxis font des allers et retours. C’est pour montrer le temps passé à attendre : j’en vois qui sont déjà à leur troisième voyage.

 

Puis, vers 21 heures, je n’en peux plus d’attendre. En fait, on attend l’arrivée de Christian, le président d’Opadel,  qui était à une réunion en ville, et Romuald, le vice-président,  qui était à Port au Prince.  Il a récupéré les mères et les transporte dans sa voiture.

 

On se décide donc tous à partir enfin vers la fête à Lacroix.

 

Mais, enfin, qu’est ce que c’est, cette fête ? La fête patronale, c’est tout un village ou une ville qui fête le saint patron de la ville . Jacmel, par exemple, c’est le jour de la Saint Philippe ( et Saint Jacques), le 3 mai .

 

C’est donc au départ une fête religieuse catholique, avec une grande messe le dimanche, où tous les religieux du coin viennent, en grandes pompes, avec parfois, comme ce sera le cas ici, la présence de l’évêque.

On astique et on  décore l’église. On la fleurit, ici avec des fleurs artificielles  ( dommage …)

 

Départ donc vers Lacroix. Le pick-up est plein. Des jeunes gens sapés et parfumés, des filles en bigoudis ( pour la coiffure de la messe de demain)

 

Et la, vraiment, cela ressemble à une fête.

Sur un petit espace, au centre du village, des marchandes, des vendeuses de manger, poulet grillé, cabrit frit, beignets des toutes sortes, cela sent la friture, le grillé,  un peu comme à l’entrée du Vélodrome les soirs de match de l’OM.

 

Il y a des sonos, des DJ, je retrouve mes dominicains. Les enclos de palme sont fermés : les filles entrent gratuitement, les garçons payent.  On passe  d’un endroit à l’autre, on cherche le meilleur son.  La musique est tonitruante, et le volume sonore est maximum : on n’entend plus les moteurs de génératrices…

 

C’est assourdissant, chaque programme cherche à attirer plus que les autres .

 

Les ouvreurs cherchent à faire entrer les filles dans leur enclos, pour attirer les garçons ( qui payent, donc)

 

Le dispensaire est ouvert et distribue des capotes par paquets. Tiens donc…

Grégory en récupère une boîte entière. Pour mémoire, une boîte, c’est 144 unités.

Je  retrouverai la boîte demain dans la voiture, …vide !!! Sacré Grégory. Il me dira plus tard les avoir distribuées. Mais bon…

 

On choisit un des enclos , on s’installe et c’est parti : manger, boire ( des mélanges étranges à base de rhum, sucrés et fruités, traitres, donc), et danser.

 

Il fait nuit noire, on ne s’entend pas.

J’avais décidé de m’asseoir et ne plus bouger. Mais le rythme du compa est trop fort.

 

Quelques danses avec Milouse. Je suis loin d’avoir le style des jeunes gens, mais cela fait du bien de bouger un peu ses vieux os. Mais je reste en fait très académique. Ils se  marrent, bien sûr.

 

Le compa est une danse avec un rythme assez simple. Cela se danse un peu comme un zouc en plus lent et en frottant les pieds au sol.  La danse normale est très collée. Le haut du corps  jusqu’au nombril bouge peu, les pieds, et les jambes jusqu’au dessus des genoux,  en fait assez peu aussi.  Le reste semble par contre bouger pas mal. Je veux dire entre le nombril et plus haut que les genoux.

 

Une danse un peu hot, donc, et les couples se forment peu à peu. Il fait noir, je disais. Pour être précis, on dit d’un couple qui danse le compa qu’il est « plugué ». Qui vient de l’anglais «  Plug », prise électrique. Symbolique, non ?

 

La suite demain…

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Published by planete-haiti
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commentaires

goni 10/07/2010 22:00


coucou Philippe
tu nous fait rêver et en même temps comprendre que tout est besoin de volonté...
bravo continue
JJ le niçois


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