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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 21:28

12/10/10. L’homme avec un poisson sur l’épaule.

 

 

 

Ce matin, en partant, j’ai pris la caméra.

Pour filmer quelques scènes de la vie à La Montagne.

Et les envoyer, je ne sais pas encore comment, à Marine, pour ses élèves Bulgares.

 

La vie quotidienne, le présent.

 

Et la journée était bien programmée : un tour sur les chantiers, un instant avec les boss maçons.

 

Puis un long périple au travers des chemins, avec les CASEC ( représentants locaux de l’autorité municipale) dans Bellevue et Terre Rouge.

 

Voir des maisons détruites, des gens qui souffrent et qui luttent…

 

J’avais donc de la matière à filmer.

 

Mais comme souvent, les plans sont bouleversés, parce que … il y a toujours une bonne raison de changer les plans. La pluie était souvent le motif ces dernières semaines, ou un événement particulier, une panne de voiture, une réunion soudaine.

 

Là, ce matin, juste avant de partir, un coup de fil m’apprend que je dispose d’un camion pour la journée, pour monter les matériaux.

 

Inattendu, et surtout inespéré.

Les premiers jours, j’aurais fulminé, trépigné… Comment, moi, changer mon planning, mais vous n’y pensez pas ?

J’ai changé, en quelques mois.

 

Trois ou quatre coups de fils, on annule tout, on change tout et on s’adapte à toute vitesse. On passera la journée en ville, pour charger les bois, les fers, les fils, les tôles.

 

Résultat, tranquille, serein, à attendre devant le marchand de matériaux, je sors même la caméra pour filmer la rue.

 

Des pick-ups d’Ong, des camions de l’ONU (marqués UN), des motos, des tap-taps, un trafic dense et continu.

Le monde Jacmélien est actif, ou en tous cas, mobile.  « Monte, Cale »,  dirait Suzanne la provençale.

Tout le monde « brasse », dit Doudouche.

 

Et puis, il passe, au milieu du va et vient : un homme avec un poisson sur l’épaule. Comme un baluchon. On ne sait pas où il va, son énorme poisson qui se balance au rythme des pas.

 

 P1030217.JPG

 

Et là je me rappelle : tout peut se passer, à tous moments.

 

Tout peut arriver, à n’importe quel instant. Il faut s’attendre à tout, s’adapter  aux situations.

 

Donc, un homme avec un poisson sur l’épaule, pourquoi pas ?

 

Puis, vers midi, toujours en ville, écrasés de soleil.

 

Un mouvement un peu plus vif. Des voitures de police, des ambulances…

On regarde, on cherche, on s’informe.

 

En fait, on vient juste de vivre un mouvement de panique, bref, violent, ponctuel, localisé.

 

Un bull-dozer est passé près d’une école.

Les gamins, sentant les vibrations crées par la machine en mouvement s’affolent, croient qu’un nouveau tremblement de terre se produit, s’enfuient , s’échappent, se bousculent. Se sauvent, sautent par les fenêtres des classes, s’agglutinent aux sorties.

 

Résultat,  des bras cassés, des chevilles foulées.

 

C’est pour dire aussi l’impact du séisme dans les esprits, des mois plus tard.

 

On me demandait il y a quelques jours s’ils y pensaient encore. C’est incrusté, cette peur.

 

A la Montagne, beaucoup de familles ont été touchées : des enfants à Port au Prince, des proches.

 

Ils en parlent avec discrétion, mais aussi avec les larmes qui montent. On parle des évènements, ou du «  bagay la » ( la chose )

 

C’est inscrit au plus profond, avec une peur permanente. La dernière réplique avait  été mal vécue.

 

Là, un simple bull qui passe …

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Published by planete-haiti
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commentaires

Vincent 14/10/2010 21:31


Bonne nuit et merci de partager tout cela.


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