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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 13:00

10 Janvier 2011

 

Il ne faut pas reconstruire Haïti.

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Hasparren, Pays Basque. C'est comme La Montagne, Haïti.      

Avec l'électricité.  

 

 

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La Montagne, Haïti. C'est comme le Pays Basque.

Sans l'électricité.

 

 

De retour d’un voyage au pays basque, j’ai lu l’abondante presse gratuite offerte par Air France.

Evidemment, comme prévu, les titres qui parlent d’Haïti rivalisent de non-originalité.

Je vais donc me contenter de celui du Monde : « Haïti toujours en attente de reconstruction. »

 

Et on y parle que des quartiers de Port au Prince toujours en ruine, et des familles toujours dans les tentes.

Et la technique est alors de se payer les ONG en expliquant que si rien n’est fait, c'est évidemment  à cause d’elles.

 

Bref, le discours ambiant facile.


Haïti, la reconstruction n’est pas encore partie.

 

«  ça fait peut être une rime, Monde,

Mais ça ne fait pas une solution… »  ( Maxime le Forestier : Raymonde )

 

Il faut reprendre les choses à la base.

Pour reconstruire, il faut des terrains, des plans d’urbanisme, des normes, des équipements publics, des décisions de gouvernance, des orientations pour l’avenir.

Des choix politiques, et des politiques pour faire les choix.

 

On se plaint que chacun fait ce qu’il veut dans son coin.

C’est justement parce qu’il n’existe aucune règle à laquelle se raccrocher, pas de choix stratégique, pas de direction précise.

 

Mes rapports d’activité, envoyés  chaque mois dans les ministères. Qui les lit ?

Et après on nous dit qu’ils ne sont pas informés ?

 

Assis sur son tas de ruine, l’urbain Port-au-Princien n’a pas de solution : pas d’assurance pour payer la reconstruction, pas de moyens pour déblayer les ruines et les mettre où ?, pas d’argent pour payer la nouvelle maison, pas de crédit sur 25 ans, pas de prêt à taux zéro. Et le terrain sur lequel il avait bâti à l’arrache, était-il à lui ?

 

Alors l’urbain, il reste dans sa tente en attendant une solution hypothétique. D’autres ne touchent pas à leur ruine, même s’ils en ont les moyens, pour être sûr d’épuiser tous les dons possibles. ( aïe !!!  phrase délicate… comment, tu veux dire que des gens restent volontairement dans les tentes pour obtenir une aide internationale alors qu’ils pourraient peut être reconstruire ou même rentrer chez eux, dans leur maison à peine abimée ? Oui, il y en a. Pas majoritaires, mais ils existent aussi. On peut difficilement leur en vouloir d’essayer de profiter des occasions qui se présentent )

 

Il est venu, l’urbain, il y a des années, de sa campagne. Paysan depuis des générations, comme ses parents et ses grands parents, il est venu à la ville, parce que sa production ne se vendait plus, parce que le café était malade, les manguiers coupés transformés en charbon de bois, les cochons exterminés au motif d’une maladie risquant de contaminer les élevages des pays voisins et que sa terre est partie à la mer.

Il est venu en ville parce que ses gamins n’avaient pas d’école à la campagne, et que le seul moyen de sauver les enfants est qu’ils aient des diplômes pour exercer un bon métier, ailleurs. Un bon diplôme, en Haïti, est celui qui vous permet de travailler à Montréal ou à Miami.

 

Les campagnes se sont vidées et les villes se sont développées dans l’anarchie. Et on a oublié les provinces et les campagnes pour se concentrer sur le furoncle de la capitale. Un récent article du Miami Hérald explique que le processus de normalisation, de déblaiement et de remise en route est plus rapide à Jacmel qu’à Port au Prince parce que peu d’ONG y sont intervenues, ce qui a obligé les gens et les autorités locales de s’y coller eux mêmes.  C’est une façon de voir les  choses. Pas parfaitement exacte, mais suffisamment amusante pour être répétée.

 

Hasparren, pays basque.

Le fin fond de la campagne, au bout de la route, au bord des collines à potoks. ( les poneys qui vivent en liberté dans les landes de fougères).

Cela ressemble, de loin, au paysage de La Montagne : des montagnes basses, arrondies, avec peu d’arbres.

Les paysans ont disparu aussi : il en reste trente, dans ce pays rural, m’a dit Bittor.

Mais les gens sont restés pour vivre dans le coin et ont même fui les villes : 5000 habitants de plus dans le village, en quelques années. Venus de Bayonne ou des villes alentour, quittant les quartiers hors normes ou trop denses.

Parce que la campagne s’est équipée d’écoles, de routes, de commerces, d’activités différentes. Oh, je ne dis pas que tout est simple. Je ne sais d’ailleurs pas tout.

 

Mais ce repeuplement des campagnes, alors même que le nombre de paysans s’effondre, c’est une bonne chose. Pourquoi s’empiler dans les ghettos des villes quand on peut vivre et travailler à la campagne.

 

C’est pour moi la solution : il ne faut pas reconstruire en Haïti ce qui existait. Il ne faut pas rebâtir aux mêmes endroits, dans les mêmes conglomérats sordides de baraques et de taudis.

 

Il faut un plan de développement ou de redéveloppement des campagnes. Il faut déverser l’aide internationale dans des projets provinciaux ou ruraux. Fuir la capitale. Remettre les choses à leur place.

 

Il ne faut pas reconstruire Haïti, comme avant.

Il faut construire autrement. Il faut revaloriser les provinces et les campagnes. Même si c'est loin des grands hôtels internationaux où se regroupent journalistes et donateurs. 

Il y a un modèle : le programme sur vingt ans que vient de signer le PNUE ( Programme des Nations Unies pour l'Environnement à Port Salut, dans le Sud )

 

Quand il y aura suffisamment d’écoles, de l’électricité, internet, des activités  techniques, artisanales,  ou même touristiques, des commerces, des routes correctes, La Montagne deviendra un endroit recherché, animé,  et peuplé.

Et on ira en ville pour vendre les fruits, les légumes, les produits transformés sur place.

 

Ou bien  les citadins et les "diasporas" en congé viendront à la campagne pour remplir leur panier bio.

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Published by planete-haiti
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