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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 20:41

 

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FRENCH DOCTOR.  10 Décembre 2010.

 

Il y a très, très longtemps, une éternité, j’ai raconté l’histoire de Chantal qui jouait aux dominos dans la rue.

 

Le soir des élections, je crois.

 

Puis, le silence.

 

Tant de choses, tant d’histoires depuis…

 

Je ne raconterai pas tout.

 

Donc je résume, très très fortement.

 

Les élections.

Les visites des responsables du siège, les rencontres, les bailleurs.

La remise des clés à d’autres bénéficiaires, moment inoubliable à la Montagne

Les résultats des élections

La contestation

La flambée

Le retour à Jacmel.

 

Je reviendrai sur certains épisodes.

 

La remise des clés a été belle, émouvante. Amorze pleurait de bonheur.

 

Pour la soirée de résultats, un autre blogueur a fait ça très bien : voir le texte de «  Débris d’Haïti » dans le lien de la page d’accueil. Il a décrit exactement ce que je voulais dire. Moi,  je l’aurai fait avec Aznavour, mais Michèle Torr c’était bien aussi.  Bravo, Monsieur Herman.

 

http://planete-haiti.over-blog.com/ext/http://humanitaire-herman.blogspot.com/

 

 

Aujourd’hui, je me contenterai du retour à Jacmel.

 

Parce que c’est encore chaud.

 

Et que les autres évènements se grefferont sans doute. Réminiscences.

 

Etre à Port au Prince le jour des résultats était une provocation.  Pas très malin. Mais je devais y être ce jour là… Intérêts supérieurs.

 

Et depuis cette date, le 7,  il n’y a que peu de jours, les évènements se sont multipliés.

Cela semble une éternité.

 

Ce soir là, un calme étrange s’est étendu sur la ville.

Prévus à 18h, les résultats  ont été donnés le soir vers 21h.

 

Et après l’interminable liste des députés et sénateurs, la divulgation des deux candidats restant pour le deuxième tour des présidentielle est tombée :

Mirlande Manigat, épouse d’un ancien président éphémère.

Jude Celestin, entrepreneur inconnu il y a quelques semaines, candidat du pouvoir ( couleur jaune).

 

Michel Martelly, chanteur populaire ( Sweet Micky) arrive troisième à très peu d’écart.

 

Manigat et Martelly avait déjà claironné leur victoire, avant l’annonce.

Célestin était sûr de gagner. Et n’avait rien claironné d’autres que ses 52 % assurés d’avance.

 

La campagne avait été très axée sur les personnes, les photos.

Les programmes ? Je ne sais pas.

Je n’ai pas tout vérifié, mais je n’ai pas vu grand chose.

Un grand silence, une attente forte.

Des heurts en fin de journée sur la place Saint Pierre, à Pétionville. Quelle idée d’être à cet endroit là, à cette heure là !

 

Rien de très visible mais une tension palpable dans l’air, sur les visages.  Les marchandes replient leurs étals. Et Doudouche, rassurant qui nous explique que les marchandes sont en général chassées avant la castagne et les coups de feu.

 

Et ce blocus, long serpent de véhicules arrêtés dans la montée.

 

Juste après 21h, résultats annoncés, la rue a vibré de rumeurs étranges, au loin des sons plus forts, des coups de feu ? des pétards ?

 

La nuit est tendue.

 

Et le lendemain matin, le 8 décembre, un grand silence.

 

Coup d’œil du balcon de l’Hôtel : la rue est vide.

Pas n’importe quelle rue : LALUE !! Un des axes majeurs de Port au Prince. Par où les gens descendent en masse  le matin travailler en ville ou brasser leurs affaires, puis remontent le soir.

 

Vide et calme, puis, au loin, des clameurs, des chants :  « Si yo tiré sou nou, n’ap mété du fè » ( si on nous tire dessus , on mettra le feu ). Des groupes denses remontent l’avenue.

Et très vite, les roches, les containers, les arbres, les pneus qui brûlent. Des milliers de gens arrivent et défilent.

Dans les couloirs de l’hôtel  les guirlandes clignotent et stridulent leur musique de Nöel métallique.

 

Comment se concentrer sur autre chose quand tout un peuple bouillonne ?

 

Deux jours de ce régime.

Les policiers passent, repassent, les camions des forces spéciales, de la Minustah.( force de maintien de la paix en Haïti, armée jusqu’aux dents)

 

Nerfs à vif. Tension .

L’enfermement n’aide à rien. Des rumeurs, des informations. La ville des Caye serait en feu, le tribunal de Jacmel aussi.

 

Quelques évènements viennent casser la monotonie : un voisin lance des pierres sur la foule. Qui s’échappe, revient.  Hurle, riposte. Ils vont lui brûler la maison ? Non… Bizarrement la police arrive, les choses s’arrangent. La foule passe.

 

Nous sortons le deuxième jour. Discuter avec ceux qui «  gèrent » la zone. Jeunes gens désœuvrés, diplômés sans emploi, et sans espoir.

La désespérance qui s’est accumulée depuis des années va faire tout sauter ?

Sweet Micky, l’idole des foules, c’est un prétexte, une étincelle.

Faire quelques photos pour les souvenirs. Des pneus qui fument, ça fait image choc.

L’avantage, pour les manifestants, c’est que partout il y avait des décombres à portée de main. Recyclage des débris.

Les photos roses sont brandies à bout de bras. Les photos jaunes piétinées.

 

Et le troisième jour, à bout de patience, en manque de chargeurs, une sortie plus lointaine nous mène au Plaza, hôtel placé sur le Champ de Mars en plein cœur de l’action.

Des journalistes, donc des « Mac », donc un chargeur. Je branche le mien.

Mais un mouvement les fait courir dehors, les photographes en kaki. Eh ! Attendez, je n’ai pas chargé ma batterie.

Aimablement, un serveur nous demande si nous sommes journalistes. « Il se passe quelque chose dehors, vous devriez y aller. » Le service est compris.

 

Pas téméraire, je ne sors pas, je monte avec Doudouche sur la terrasse qui surplombe la place couverte de tentes. Très vite une fusillade. Quelle idée d’être là à cette heure là.

Repli, un peu plus tard, vers notre hôtel de Lalue.

 

 

Le soir , très chaud sur Delmas, autre axe stratégique ( montée/descente, voir plus haut)

Des mouvements très forts. La Minustah envoie des soldats népalais pour mettre de l’ordre. Ceux là même qui sont accusés d’avoir importé le choléra en Haïti. Celui qui a décidé ça est un  âne. Force de maintien de la bêtise ? Les népalais, aujourd’hui, ils devraient se cacher, si vraiment ils sont à l’origine de cette contamination.

 

Et vendredi matin, des voitures montent et descendent, des bus, du mouvement. De la vie. Entracte, ou calme réel ?

 

Je décide donc de laisser Mickael en attente de son avion espéré pour samedi et de rentrer à Jacmel au plus vite.

 

Doudouche comme chauffeur, Romuald le policier paysan qui rentre avec nous.

 

Je n’ai jamais circulé aussi vite dans Port au Prince. Doudouche slalome entre les pierres, les arbres, les carcasses calcinées. Je suis tétanisé, derrière.

Mais on passe. Vite.

 

Champ de Mars / Mariani : d’ordinaire c’est une heure.

Là, un quart d’heure. Des foules attendent le long des trottoirs. Nous regardent.

Nous parlent : passez, passez, mais ne revenez pas…

 

Dans Carrefour, un copain de Doudouche qui nous a vu passer dans les parages, nous appelle pour nous indiquer une voie libre ; juste devant, en effet, une foule est massée.

Détours, contours, petites rues… on passe.

 

A la sortie de Carrefour, Doudouche respire, ralentit et dit : «  tout va bien »

Je  lui dis : « attends d’être arrivés dans la rue du Commerce, à Jacmel… »

 

Prémonition, trouille, ou prudence. Je n’avais pas tort.

 

Léogane : un groupe dépenaillé a refait un barrage. Il veulent de l’argent, semble-t’il .

 

Nous sommes seuls. Aucun autre véhicule en vue depuis le Champ de Mars. Serai-je parti trop vite ? J’ouvre la route ?

 

Un peu plus avant, des hommes de la Minustah nettoyait la rue, au balai. Force de maintien de la propreté ?

 

Discussions au bord du barrage.

 

Doudouche lance alors : « il faut qu’on passe, on a un docteur français dans la voiture, à conduire à Jacmel. »

 Je ne dis rien.  Me voilà docteur.  Et s’ils me demandent de soigner les malades du coin, je suis littéralement dans la m…. Je ne suis plus sensé comprendre le créole. Mais le mensonge semble faire son effet. Un docteur, le choléra…

Désolé Mr Kouchner d’avoir usurpé ce titre et cette fonction. Me voilà French Doctor.

Discussion, le chef n’est pas visible. Cela dure. Ils enlèvent un arbre. On passe.

 

A fond pendant … trois kilomètres. Autre barrage. Verre cassé, pneus brûlant.

Mais ils acceptent le coup du docteur.  Laissent juste traîner un peu pour montrer qu’ils maîtrisent.  Cassent encore quelques bouteilles devany nous pour bien couvrir la chaussée de tessons.Je fatigue.

Doudouche passe sur les roches pour éviter le verre, ça frotte ça grince ça touche , puis  soupire. «  Tout va bien, maintenant ».

 

La dernière surprise se présente en haut de la « route de l’Amitié » dans les mornes ( montagnes) qui mènent à Jacmel.

 

Morne karaté.

Juste après un virage. Des pierres volent sur la route, de plus haut. Stop, back.

 

Un groupe mené par un rasta passe près de nous. Puis ils reviennent.

Je résume… French Doctor, choléra, Jacmel.

 

Ok passez. Mais, un peu plus haut, les roches pleuvent toujours,  le barrage ne s’ouvre pas.

 

On nous escorte, on nous parque.

Eux sont plus futés : «  donnez nous votre carte prouvant que vous êtes bien docteur ». Sans hésiter une seule seconde, je sors la carte consulaire avec ma photo et le drapeau tricolore qu’on m’a établie il y a quinze jours.

Ils la consultent, se la passent, la montrent au chef de barrage ( le rasta n’était qu’un sous fifre ) caché par un masque, et en concluent que je suis bien docteur. Merci, l’ambassade. Votre carte, c’est un vrai laisser-passer.

 

Discussions, échanges, souricière, stress, et la fumée des pneus…

 

Plus le temps passe, plus le ton monte. Ils s’apostrophent, s’accusent, théâtre sordide et pesant. Adrénaline.

 

Une heure et demi plus tard, par un ingénieux système de câbles cachés, la carcasse de voiture qui barrait la route bouge  enfin et laisse le passage. Des professionnels du barrage.

 

L’un des bloqueurs nous accompagne… étrange. Plus loin, barrages, roches. Plus loin encore, même chose. Le bloqueur donne des ordres. On nous laisse passer.

 

Enfin, au milieu de l’après-midi, Jacmel. Le bloqueur nous salue amicalement et remonte « gérer » sa zone.

 

J’apprendrai, un peu plus tard, que même le chemin de La Montagne a été barré.

 

 

LIEN POUR LES PHOTOS RECENTES :link

 

 


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Published by planete-haiti
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commentaires

aurelie 14/12/2010 18:44


si un jour tu redeviens docteur et que tu es dans la m.... téléphone au beau frère, et, au fait, bienvenue dans la profession!
Mais bon ça fait rudement peur!


planete-haiti 15/12/2010 02:52



Merci . Je ferai ça.


Oui, mais ça fait partie de la vie, ici.


 


Bises à vous



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