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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 21:54

Samedi 5 juin. Florita

 

Depuis quelques jours, dans cet hôtel de bord de plage, je trouvais que l’absence d’internet était un problème difficile.

Pas de contacts, pas de nouvelles.

Quelques connexions rapides dans les hôtels ou dans les locaux des ONG.

 

Je quitte donc «  l’Amitié » J’y laisse déjà des impressions et des moments forts.

 

S’endormir au son de la mer qui roule, pas de bruits de la ville… C’est en fait un luxe, rare.

 

Et ma visite sur la plage, juste au lever du jour, devenait une tradition: je regarde se former les vagues, dérouler lentement et venir mourir en fracas sur le sable.

 

Aujourd’hui, j’ai discuté avec les pêcheurs.

Un compresseur, un tuyau de plastique, et voilà le canot parti pour des plongées profondes. Ils n’ont pas l’air inquiets, mais ce moteur doit dater d’un siècle. Je suis impressionné de la façon dont les choses les plus complexes se font ici de manière simple. Le contraire est vrai aussi.

Mais là, ces pêcheurs sur leur canot antique chargé d’un compresseur d’un autre siècle… je crois qu’on ne respecte pas trop les normes.

Un canot de bois, d’ailleurs, alors que je joli bateau de fibre de verre offert par la coopération ( espagnole, je crois) reste inutile sur la plage. Les espagnols n’ont sans doute pas pensé qu’un simple raclage des coraux qui affleurent ferait couler ce joli bateau.

 

Samedi, et je fais mon transfert à l’ hôtel « Florita. » Juste face aux locaux que j’ai choisi pour le futur bureau. Cela me permettra de sentir l’ambiance du quartier.

 

C’est le plein centre du Jacmel historique avec ses maisons de bois et de fer. Importées de France il y a plus d’un siècle, quand la ville exportait son café par milliers de tonnes.

Quelques bâtisses ont bien souffert. Certaines sont à terre.

 

Mais la plupart sont encore debout, usées par le temps, décrépites mais encore majestueuses. Florita a perdu une aile.

Mais le reste semble encore solide.

Du moins j’espère. Pourvu qu’il ne se passe rien de violent. Il y a quelques fissures.

 

Grande après midi sur la défense de l’environnement, et manifestation dans l’hôtel.

 

Ce qui est étonnant, c’est la rapidité et la simplicité des contacts : entre un ambassadeur, des responsables d’Ong, et autres autorités le rapport est simple et agréable.

 

 

Puis la journée se termine par un mariage dans l’hôtel. L’officier d’état civil a tenu son discours pendant au moins deux heures, dans une salle surchauffée, ou les participants ont tenu avec patience, malgré la chaleur étouffante.

 

La chaleur est un facteur que j’avais oublié. C’est une donnée constante qui ralentit les gestes, qui rend difficile chaque mouvement, et demande un effort permanent.

 

Mais bon, il faudra bien que je m’y fasse !

 

 

La nuit, en ville est peuplée de bruits. Surtout celui du générateur électrique qui démarre au petit matin. Oui, j’oubliais, Jacmel n’a du courant qu’une partie de la journée.

 

 

Dimanche 6 juin .

 

Aujourd’hui, grande journée à la montagne.

 

Pour situer l’endroit : il faut quitter Jacmel, traverser la rivière à gué. C’est l’endroit où la ville se rassemble pour la lessive, le lavage des voitures, des petits vendeurs, des bourriques, des motos qui font le taxi . Le record est quand même quatre personnes par motos.

 

 

Puis la route monte par une piste de roches défoncées.

Environ une heure de route, de secousses, de tremblements.

 

Puis, la zone de la Montagne, sol de terre rouge – cela me fait penser aux pistes en latérite – où je suis attendu.

 

L’accueil est somptueux, ils savaient que je venais, et m’ont préparé le café ( local) le chocolat ( local) et les fruits. J’avoue que de prendre un café ou un chocolat chaud près de l’arbre qui a produit les grains ou les cabosses rend ces boissons encore plus précieuses.

 

Ensuite, grande réunion de l’Opadel ( Organisation des paysans pour le développement de la montagne ) .

Sérieux, implication, dignité, attention. Je suis particulièrement impressionné par la conviction et l’implication de ces jeunes gens qui prêchent l’union, le travail et le bien commun.

 

Leurs discours me semblent coller à leurs actes. Je verrai à l’usage.

 

Les  vieux sont particulièrement touchants. Ce moment a été émouvant , tant pour moi que pour eux. Cette chance de parler créole qui me permet de réagir au quart de tour à leurs phrases, à leurs plaisanteries et à leur foi dans leur projet.

 

On a laissé tomber tout de suite les fioritures et ils ne m’ont appelé «  blanc » ou Monsieur Philippe qu’une fois. Maintenant je suis Philippe pour tout le monde.

 

 

Je pense qu’ils feront de belles choses. Déjà 1700 plantules mises en terre dans la pépinière en un mois. Le reste suit, très vite.

 

Nous allons démarré l’opération de construction d’une première maison en dur dans quelques jours.

 

 

Et puis un moment dur, lorsque j’ai demandé à rencontrer les gens venus de Port au Prince, «  réfugiés » à la Montagne. Des femmes qui ont tout perdu, qui vivent dans la rue, qui tremblent rien qu’en racontant leur histoire. Ce moment là a été d’une force inouie, et cela m’a également sonné.  On n’imaginera jamais l’étendue des dégâts sur les gens eux mêmes.

Le traumatisme est ancré très profondément.

 

Aujourd’hui, dimanche, j’ai retrouvé cette ambiance particulière.

Jeunes gens cravatés, jeunes enfants habillés de leurs belles tenues, coiffés, superbe, allant vers quelque église.

 

Haïti devrait toujours vivre un dimanche.

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