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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:23

31 juillet 2011. En attendant le Président.

 

DSC00704.JPG

 

 

Le Président de la République d’Haïti est venu à Jacmel.

 

Il n’y  avait pas vraiment eu d’annonces localement. Une sorte de visite de travail, sans doute, dans le cadre de la semaine du tourisme.

Et s’il y a un endroit, en Haïti, qui pourrait attirer les touristes, c’est bien Jacmel.

 

Ville d’histoire forte, d’architecture riche, avec des plages de rêve à deux pas.

 

Je pense souvent à Paraty, au Brésil. Un peu la même histoire. Mais un sérieux travail d’années et d’années accumulées pour en faire  le joyau culturel et artistique, visité par le monde entier, que cet ancien port sucrier brésilien est devenu…

 

Un entrefilet sur un site local m’avait donné l’information : Visite du port, de la rue du Commerce… Le programme de la visite et les heures.

Je ferai des photos.

Parce que c’est un événement, un président là, tout près. Dans la rue. Juste après les rumeurs de tentative d’assassinat au Cap, relayées par la presse mondiale.

J’avais laissé un peu de temps passer  dans le planning, sachant que les programmes privés et publics démarrent toujours avec au moins une heure de retard.

Mais j’ai compris au vide dans la rue que ce serait sans doute plus…

 

Je me suis installé sur le banc, sous l’arbre de la place de la Douane. Près du futur hôtel que viendrait visiter le cortège.

 

Des oisifs, des marchandes. Et des discussions, des phrases pour refaire le monde.

J’en ai retenu quelques unes, un peu en vrac, comme elles venaient.

 

Un peu en retrait, je ne connais pas le nom des gens qui parlaient, ni leur vie, ni leurs occupations.

Je les ai juste repéré par la couleur de leur vêtement.

 

L’homme en bleu. «  Moi, si le Président ne vient pas à Jacmel pour annoncer la création d’usines (de factory), je pense qu’il ne doit pas venir. Il faut donner du travail et des salaires à tous ces gens. Il n’y a que ça… »

 

L’homme en noir. «  Non, je crois qu’il va distribuer de l’argent. Il faut qu’on reste là. Et puis on est bien, là, à l’ombre. »

 

La fille en rose : «  qui m’a piqué ma plume de poule, celle que j’avais coincée dans une tresse en arrivant ? Qui me l’a piquée ? Et comment je vais me faire les oreilles,  si je n’ai pas ma plume ? … »

 

Les forces de l’ordre se mettent en place, petit à petit.

Les policiers haïtiens, les agents de la circulation, des forces spéciales, des soldats bengladeshi (du Bengla Desh, je suppose que c’est ainsi) se disposent au passage.

L’un d’eux négocie des baskets Nike, fausses, sans doute, avec un vendeur de rue.

 

Une jeune femme haïtenne arrive, qui parle un bon anglais avec le soldat bengali. Achète un sachet d’eau,  puis retourne à son groupe d’enfants qui chanteront tout à l’heure (Sting, Englishman in New York )

Le gars en t-shirt jaune : «  Elle parle bien anglais. Sûrement une déportée », en se curant l'oreille avec la plume de la fille en rose.

Le maillot noir : «  Et pourquoi tu dis qu’elle est déportée. Tu ne sais même pas qui elle est , ni d’où elle vient. Et tu juges comme ça ? Simplement parce qu'elle parle bien anglais...Ah, mon cher, les Haïtiens sont trop durs les uns pour les autres… » (Si j’ai, bien compris, déporté, c’est un Haïtien  qui a commis quelquechose d’illégal aux USA et s’est fait expulser vers son pays. »

Après la prestation devant le président, j'ai entendu la jeune femme se présenter, en tant que directrice d'une école de langues.

 

La fille en mauve : «  il devrait venir plus souvent, ce matin, la rue a été parfaitement nettoyée, et il n’y a plus une ordure dans les caniveaux. »

 

L’homme en maillot vert : «  Il est trop en retard, je rentre chez moi. » Réponse du type en rouge : «  Et pourquoi rentrer chez toi, espèce de vagabond,  tu n’as de toutes façons rien  à y faire »

 

Un jeune en jaune : «  Moi, si j’étais Président, je ferai tourner des avions et des hélicos au dessus de la ville, juste pour montrer que je suis un grand président. » Il me regarde et me demande si les avions peuvent voler en faisant du sur-place. Je lui ai répondu que non, en général. Mais ici, sait-on jamais.

 

La marchande de manger cuit  finit de racler le fond de sa chaudière, elle a tout vendu, et se régale du riz grillé, le gratin,  collé au fond du récipient.

 

Un policier posté en haut de la rue du Commerce  dévie les voitures et les motos. Puis en laisse passer un peu. Puis en dévie d'autres.

 

Un Homme à la vendeuse de boissons : «  Tu devrais nous distribuer toutes tes boissons gratuitement, le Président te fera un chèque, tout à l’heure.. »

 

Puis, à coups de sirènes, et dans un grand mouvement de véhicules multiples, le cortège arrive enfin, avec deux heures de retard.

 

" I'am an alien, I'am a legal alien..." chantent les enfants.

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Published by planete-haiti
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commentaires

goni JJ 07/08/2011 19:57


bonjour

Philippe,

le prix louis pullitzer te sera bientôt attribué
j'en suis sûr
gros bisous d'isabelle et moi-même
JJ


planete-haiti 10/08/2011 04:22



Bonjour à vous deux. J'espère que la vie Niçoise vous convient toujours.


Merci encore pour le compliment, et à bientôt ..



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