Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 22:17

24 NOVEMBRE 2011 . DUREX .

 

DSC02808.JPG

Un jour, dans la localité de  Morne Karaté,  un homme a décidé de changer le monde.

 

Le sien.

 

Il était fatigué de voir le morne en face de sa maison,  vide, gris et poussiéreux. Un morne ici, c’est une montagne.

Et il était fatigué de voir la terre descendre dans les bas fonds.

 

Petit à petit, la montagne  se pelait, se râpait, devenait une planète aride. A perte de vue.

Il dit que même les arachides ne poussaient plus.

Rien. La désolation.

 

Le propriétaire de ces montagnes - car toutes les terres ici appartiennent à quelqu’un, au final – avait pris le bateau ou l’avion. Il  avait laissé au temps et aux éléments son terroir stérile.

Il se foutait pas mal du paysage créé par sa terre abandonnée. Lui, il avait Brooklyn comme horizon. Et parlait en dollars verts.

 

L’homme de Karaté  a loué, sur ses propres deniers, 18 carreaux de terre.  Une misère pour ce désert, un prix ridicule. 18 carreaux, cela fait bien environ 25 hectares.

 

Et il a planté. Avec application et frénésie. Des arbres. Des « piébwa ».

Des centaines et des centaines.

 

Il a lutté contre les bêtes, la sécheresse, les jaloux, les éléments, la misère.

 

Il a multiplié les eucalyptus (il appelle ça  des  Kaliptis), les manguiers, les chênes.

Enfin des tas de plantules. Des cèdres, des oranges.

 

Il s’est levé chaque matin pour veiller, soigner.

Il ne me l’a pas dit, mais je suis persuadé qu’il leur parlait, à ses arbres.

 

Ils ont survécu. Bien, même.

 

Comme ça poussait pas mal, il s’est dit qu’il pourrait acheter cette  terre. Pour être chez lui, maître de son destin.

Le propriétaire a dit  oui.

Ses enfants (héritiers) ont dit non. Ils ont compris la valeur de l’or vert que l’homme était en train de créer.

 

Les plantules ont poussé, poussé.

Et le désert a fait tâche. Un à plat vert émeraude dans un ensemble couleur de Sienne.

 

Il en vit bien maintenant, bien qu’il ne soit que locataire.

200 sacs de charbon l’an dernier. Un paquet d’argent. Bien gérée, sa forêt lui assure un bon revenu. Qu’il redistribue par son école, son église – il est pasteur - , ses pépinières.

 

Le charbon, dit il en riant, c’est juste les arbres qui poussent trop près des manguiers. Un résidu de débroussaillage. Il faut bien en enlever un peu. Laisser les mangos s'épanouir.

 

Il ne touche pas aux arbres maîtres, ne les coupe pas à tort et à travers. Il gère. Il organise. Il fait fructifier.

 

Des organisations viennent voir. Analysent, comparent, se disent que, quand même, il est fort le gars. Et qu’avec leurs moyens déversés depuis des années, ils auraient bien aimé afficher une telle réussite.

 

Lui, l’homme qui veut changer le monde, il les regarde passer. Avec son sourire sans dents.

 

Il avait le projet de faire de sa forêt un parc protégé, qu’on viendrait visiter comme un parc d’attraction, comme un monde perdu.

 

Mais, bon. Ce n’est pas un truc qui plaît.

 

Si tout marchait bien comme chez lui, les organisations n’auraient plus de raison d’être là, les experts cesseraient d’écrire des rapports, et les financements ne pourraient plus engraisser des colonies d’expatriés  et des caciques et administratifs  locaux avides et paresseux.

Cela semble trop simple : des semences, de la persévérance et du courage. Un truc qui remplace toutes les théories de développement intégré.  Tu plantes, tu arroses, tu surveilles… et ça marche.  Cela pousse.

J’imagine un projet écrit comme ça, sans per diem,sans 4x4, sans évaluateurs, sans sachants.Juste des graines et de la sueur.

 

S’il y avait des tas de gens comme lui, Haïti serait couvert d’arbres et les paysans pleins aux as. Insupportable pour la communauté des experts en tout.

 

L’homme s’appelle Durex, Durandis Durex. Il faudrait le cloner.

Partager cet article

Repost 0
Published by planete-haiti
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Blog: PLANETE HAÏTI
  • : INDIQUER UNE ANNEE , DEPUIS 2010, DANS " RECHERCHER" pour retrouver les 154 articles publiés. "La vie à Jacmel, Haïti, après le séisme, les cyclones, le choléra, les élections et le reste."
  • Contact

Texte Libre

Recherche