Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 21:35

12 juin 2011.  « Détaché de service public », ou « les poussières du Palais National ».

 P1030889.JPG

 

 

 

Marie Lourde a du souci à se faire.

Elle va perdre son emploi.

Ou plutôt son salaire.

 

C’est un cousin, ami du chauffeur du directeur de cabinet d’un ministre qui lui avait trouvé le poste.

 

Il n’y a pas très longtemps, en fait. Cela date de septembre 2010, juste avant les élections présidentielles.

 

Une chance ! Elle remercie le cousin chaque mois depuis cette date. Parce qu’elle a enfin un job.  De quoi nourrir le gamin qu’elle avait eu d’un beau jeune homme  qui s’est éclipsé depuis.

 

Marie Lourde avait  pourtant tout ce qu’il fallait pour trouver un bon emploi : en sortant de la classe de Philo, elle avait embrayé tout de suite vers des études de comptabilité informatisée, une formation  un peu chère, mais un métier plein d’avenir.

 

A ce moment là, des entreprises naissaient, des bizness démarraient.

Un créneau, un truc en béton ! Ses parents paysans ont vendu un bout de terre pour payer l’école privée choisie par leur fille.

Diplôme en mains, elle n’a rien trouvé. Richter n’a rien arrangé.

 

Puis après quelques mois à trainer dans la maison d’une tante en ville à regarder les clips de kompa trafiqué à coup de vocoder  des groupes mulâtres de la diaspora, tout en mangeant des kilos de biscuits salés, elle s’est lancée dans une formation d’anglais. ( ouf, grosse phrase )

Au cas où elle pourrait partir rejoindre sa petite sœur à Boston.

 

Mais le coût du passeport et la difficulté pour obtenir le visa avait refroidi son enthousiasme. Elle n’avait pas l’argent non plus pour payer le facilitateur du bureau de l’immigration.

 

Elle s’est alors remise à manger des chips et à boire du coca. En regardant des séries américaines en version originale. Au moins ses cours d’anglais ont servi à quelquechose. Des histoires d’amour compliquées.

C’est à ce moment là qu’elle est devenue un peu obèse.

 

Puis, elle a décidé de se lancer vraiment dans les choses sérieuses. Une licence de sociologie et d’antropologie.

Passionnée, elle a vite obtenu tous les diplômes.

 

Elle a refait du sport et a abandonné les sachets de bouffe industrielle, le maggi et les boissons énergisantes.

 

Elle a même laissé tomber les cuisses de  poulet importé bourrés d’hormones  ( on appelle ça «  poul mouri » ici),  pour se limiter aux « poules-pays ».

Elle ne supportait plus qu’on la compare à une bouteille de coca retournée.

 

Mais elle  n’a rien trouvé. Pas une seule opportunité de travail. Rien.

Elle a juste retrouvé une ligne un peu moins circulaire. Et a remis ses jeans slim.

 

L’éclaircie est arrivée après quelques mois  au cours d’une veillée funéraire, chez une vieille tante décédée. Un  cousin, le fameux chauffeur,  lui a  promis de trouver un travail, grâce à ses relations.

 

Et elle s’est effectivement retrouvée employée de l’Etat, femme de ménage au Palais National.

En novembre 2010… des mois après l’effondrement de l’édifice. Pour tout dire, elle n’est jamais allée au Palais. Un tas de ruines, depuis janvier. Et les poussières ne sont pas faites.

 

Avec ses collègues, le petit personnel du Palais, elles devaient être pas loin de 300.

(Labadie, qui doit avoir  ses sources, en a dénombré 287.)

287 personnes payées pour faire les poussières dans les recoins du palais effondré.

 

Marie Lourde, elle,  ne va qu’une fois par mois dans le bureau du personnel pour toucher son chèque, comme les autres.

Elle regrette un peu  de ne pas pouvoir se rendre sur place, dans le palais, mais l’accès est réservé aux démolisseurs. On dit qu’ils ont trouvé, parmi les gravats, des enveloppes pleines d’argent liquide…  Des millions de gourdes. Cela l’aurait bien aidée. Une enveloppe en passant le balai.

Enfin,  tout ça, c’est ce qui se dit. Je n’ai aucun moyen de vérifier, ni aucune envie.

 

Elle a eu beaucoup de chance, avec ces élections qui n’en finissaient pas.

Des tas de gens ont été nommés pendant tout ce temps. Et plus ça contrôlait, plus ça reportait les résultats, et plus il y avait de monde en fin de mois dans le bureau des RH de l’Etat. Cela a duré un bon moment.

 

Quand est arrivé le nouveau président, il a dû avoir un choc.

 

Des Marie Lourde par bataillons entiers, partout, à tous les niveaux, nommés par centaines depuis quelques mois.  Gouverner, c’est Prév…

 

Mais, le chanteur-président, lui, n’a  pas eu peur. Il a annulé toutes les nominations trop récentes, cadeau de l’ancien, parti (du verbe partir).

 

Je ne l’ai pas entendu, mais il paraît que c’est ce qu’il a dit à la radio, le Président.

Au moins, pour le moment, il craint « dégun » (peur de personne, en Nissart, langue des Niçois originaires natif-natal de Nice, soit 40 personnes environ).

Il se fout   d’être impopulaire : ceux qui ne font rien, dégagez… ouste.

On dirait Sarkozy au temps de Cécilia quand il montrait ses muscles.

Ou Jésus au temps des marchands du temple.

 

Du coup, à la fin du mois, Marie Lourde ira toucher son dernier chèque. Son contrat est caduc.

 

Bon, elle n’ira pas revendiquer, car femme de ménage du palais, c’était cool , mais elle n’a jamais manié un balai, ou une chiffonette.

 

Et puis, pour l’avenir,  elle a eu une idée : il lui suffirait  d’avoir un visa pour la France.

 

On lui dit qu’il y a des postes un peu du même genre dans les universités, là-bas.  Bien payés.

Les professeurs ne donnent pas de cours,  ne viennent jamais, sauf au bureau des RH en fin de mois pour toucher leur chèque. 

On  appelle ça : « détaché de service public. »

Une administration vous paye pour faire autre chose que votre job.  

Comme regarder dans le trou des serrures des hôtels aux portes du désert.

C’est une sorte de mécénat de compétence au frais des imposés.

70 000 il y en aurait, des détachés,  c’est un ancien misnistre qui l’a dit.

 

Elle a écrit Paris VII sur son petit carnet, il lui suffira de trouver l’endroit en arrivant.

Elle a un cousin qui est ami d’un chauffeur à Paris.

Il paraît qu’il conduit les autos du G7. Ce serait pas le groupement des  grands Présidents, ça ?

 

 

NB: Marie Lourde est le nom d'un personnage imaginé. Les informations sont issues d'Internet et non vérifiées. Les affirmations n'engagent que moi, et encore...

Internet peut diffuser des fausses nouvelles : ce matin un tremblement de terre en Italie, par exemple.

L'histoire de Paris VII, je n'y connais rien, et je m'en moque un peu. 

Je me suis juste amusé en écrivant cette histoire dont une grande partie est purement inventée, et une grande partie est la pure vérité.

Partager cet article

Repost 0
Published by planete-haiti
commenter cet article

commentaires

goni JJ 19/06/2011 12:33


bonjour Philippe,
un déménagement pour cause d'acquisition dans les coteaux du BELLET, et quelques soucis internes professionnels m'ont empêché d'être un lecteur attentif de tes aventures
je me régale toujours autant et je trouve que tes chroniques sont toujours savoureuses et bien écrites
amicalement d’Isabelle et moi-même


planete-haiti 20/06/2011 01:51



Ben ça alors !!!


Merci pour le message


Donc à Bellet, maintenant. Joli coin


 


Bonjour à Isabelle



gisele 13/06/2011 09:06


voici une nouvelle que ne désavouerait pas Gary Victor!!


planete-haiti 14/06/2011 15:44



Merci pour ce compliment !!



Présentation

  • : Blog: PLANETE HAÏTI
  • : INDIQUER UNE ANNEE , DEPUIS 2010, DANS " RECHERCHER" pour retrouver les 154 articles publiés. "La vie à Jacmel, Haïti, après le séisme, les cyclones, le choléra, les élections et le reste."
  • Contact

Texte Libre

Recherche