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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 18:08

8 SEPTEMBRE. DES GENS ET DES HISTOIRES.

 

 

DSC05601.JPG

 

Ce qui est bien, dans le travail que je fais à La Montagne, c’est d’écouter les histoires des gens.

J’y passe du temps. Et c’est de toutes façons nécessaire pour savoir si le choix de l’affectation des maisons est le bon.

 

En fait je pars d’une liste d’inconnus, dans divers endroits de la localité, et je vais les rencontrer chez eux.

Pour savoir : fait on quelque  chose, et  si oui, quoi ? Construction, réparation, rien ?

Parce que sur le papier, ils sont toujours les plus malheureux dans la maison la plus détruite…

 

Au départ, je ne sais pas vraiment sur qui je vais tomber, ni sur quoi.

 

On m’a dit qu’ils sont parmi les défavorisés, ou les « rescapés ».  Un rescapé, à La Montagne, c’est quelqu’un qui était en ville, Jacmel, Port au Prince ou ailleurs, et qui a perdu son logement. Il a décidé de se réinstaller à La Montagne.

 

Et je vais donc les voir.

Sur place.

 

Parfois, c’est tranquille. Pas trop loin.  Un coup de voiture, quelques secousses sur le chemin.

 

Quelquefois, c’est nettement plus loin.

 

Et le trajet, à pied, est plus douloureux. C’est en général dans des sentiers caillouteux, sur des pentes un peu raides, et en plein midi.

 

Mes pieds s’en souviennent.

 

Et là, je découvre… Je ne vais pas refaire l’histoire de l’autre jour,( « je n’avais pas tout vu » ) mais ce sont, à chaque fois, des moments intenses.

 

J’ai retenu, un peu au hasard, quelques histoires.

 

Laudèse est une femme en colère. Son mari est mort. Elle a eu six enfants avec lui, et vit dans la maison qu’elle partageait avec lui. Sauf qu’une fille dudit mari, née d’une première union, ne veut pas que Laudèse reste dans cette maison.

Et Laudèse sera  à la rue avec ses six enfants. Elle s’incruste dans la maison de feu son mari. Mais la belle-fille est acharnée.

Il faudra que Laudèse trouve un moyen pour rassembler le sable et les roches nécessaires, car c’est la condition . Elle  passe ainsi lors de cette visite au statu de  bénéficiaire.

 

C’est pour moi un instant magique de passer quelqu’un de la colonne «  à visiter » à la colonne «  maison à construire »

Cela va âtre difficile pour les autres, mais il n’y aura que cinquante bénéficiaires.

Les critères sont précis. Le choix parfois difficile. Et, heureusement, je ne le fais pas tout seul. Les responsables d’Opadel ont aussi une vision précise de la chose.

 

Micheline et son mari sont « rescapés ». Ils habitaient Port au Prince, Cité de Dieu. Joli nom pour un terrain gagné sur la mer. Des anciens marais comblés par des fatras et des détritus, qui peu à peu se sont transformés en terre émergée. C’est comme ça que Port au Prince s’est agrandi. Et des gens se sont installés là.  Comme dans beaucoup d’endroits dangereux.

Micheline et son mari étaient bien. Sortis de la misère, un peu début de classe moyenne. Jusqu’en janvier où les mouvements du sol ont fait revenir la mer.

Micheline me dit que la mer a avalé la terre.  Et sa maison, et son activité, ses revenus.

Heureusement, elle avait  hérité d’une terre à La Montagne. Elle s’y réinstalle. Mais là, cette maison sera difficile, du fait de la configuration du terrain. On la fera.

 

Henri Samedi, je l’ai rencontré …  un samedi. Il était remonté.  Il rouspétait. Il vit dans une tente depuis janvier. Enfin, il vit à côté, car la chaleur est infernale à l’intérieur.

Il était assis là, devant sa tente et pestait contre les vauriens qui lui ont coupé les cordes et volé les sardines. Sa femme, plus calme, tressait des feuilles de latanier pour faire des chapeaux. On lui achète ses tressages à la douzaine. A un prix que je n’ose pas répéter.

Henri et sa femme ont eu quinze enfants. Ils ont l’air en forme, bien qu’aucun de leurs enfants ne se soit occupé d’eux depuis le séisme. Il raconte, Henri, que son mariage avec sa femme a été une grande fête : il y a eu, ce jour là, soixante mariages en même temps. Dans une église qui travaille à la chaine, sans doute. Mariage collectif. Elle le regarde d’un air attendri. Il la houspille un peu quand elle se trompe dans les réponses. Henri a 98 ans. Sa femme est une jeunette : elle n’en a que 95. Ils ont une maison très abimée. On pourra la réparer.

 

Les enfants de Lito sont beaux. Ils ont un sourire radieux. Pourquoi ? Parmi les sept, j’ai rencontré deux des grands. Une fille, un garçon, la trentaine.

 

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Je visitais la zone de Belle Hôtesse. Mort de fatigue.

Ils  n’étaient pas sur la liste des visites prévues. Elle, je ne sais pas son prénom, en fait, m’a suivi et petit à petit amené à visiter la maison.  Je le fais rarement et l’essaie de respecter les pré- sélections d’OPADEL. Mais là, je suis allé voir. Le sourire, peut-être ?

Certains cumulent. La maison a perdu une partie de sa structure au tremblement de terre.

On ne dit jamais d’ailleurs, le tremblement de terre.

On dit «  bagay la », c’est à dire «  la chose » ( on prononce bagaille, et ainsi on comprend mieux d’où vient ce mot : cela ressemble  à «  pagaille »)

Donc secousse et premier round. Puis, quelques jours après, conséquence ou pas, un cocotier s’est effondré sur la toiture.  Et a cassé ce qui tenait encore. Et pourtant, ils sourient …

 

Mirlande est belle. Elle est assise devant la maison de sa mère. Ses deux enfants se mêlent aux autres, neveux, voisins. Elle vivait à Port au Prince. Histoire normale. Et puis le tremblement de terre est arrivé. A détruit la maison. Elle a perdu son mari . Non, il n’est pas mort, pas même blessé. Il a juste profité du chaos pour la quitter et partir avec une autre, une «  diaspora ».

Les « diaspora » sont les Haitiens qui ont quitté le pays pour aller à l’étranger, souvent Miami. Et qui ont obtenu les papiers. Ils leur arrive de rentrer au pays Mirlande est donc seule et nous construirons sa maison sur un bout de terre appartenant à sa mère.

 

Il y en a tous les jours.

 

Il y en aura d’autres.

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Published by planete-haiti
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commentaires

goni JJ 14/09/2010 21:18


bonjour Philippe
que rajouter de plus
sinon, courage, continue, c'est magnifique
les niçois
JJ


planete-haiti 16/09/2010 04:53



Merci pour votre soutien permanent et sans faille



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