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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 19:31

3 Août 2010.  Cent fois sur le métier.

 

J’ai piqué une grosse colère. C’était à Sources Chaudes, dans le Nord Ouest.

Lieu de vie et de travail pendant trois ans.

En partant, il y a 25 ans je pensais avoir fait un bon travail.

 

Des centres d’artisanat en fonctionnement, des métiers à tisser en bon état, des produits sympas, des débouchés.

 

Cela aurait pu durer un bon moment. Dieuseul, Décius, Escanié, Mémène, Eugénie, et les autres, ils avaient bien intégré les nouvelles techniques que nous avions développées.

 

On était passés des grossières tapisseries un peu lourdes aux dessins simplistes à ce qu’on appelait des tableaux tissés.

 

On avait, ensemble, mis en œuvre des techniques sympas, des tissages aux cadres peints, des sérigraphies sur tissage, des couleurs vives. Ils adoraient faire ça.

Cela se vendait très bien.

 

Ils avaient pris en main les choses, les commandes arrivaient.

 

On avait trouvé des trucs intéressants comme la teinture à l’eau froide, pour éviter d’utiliser le bois pour chauffer l’eau, la sculpture sur cactus, là aussi pour ne pas utiliser le bois pour notre artisanat.

 

L’argent rentrait.

 

Les artisans envoyaient leurs enfants à l’école, achetaient des vélos ou des tôles pour les maisons. L’horizon dépassait la journée. Un avenir se dessinait.

 

Le développement par la création de ressources.

 

Ceux qui me connaissent savent que c’est mon dada : les projets divers ne servent à rien s’il n’y a pas, d’abord,  un accroissement des moyens de subsistance.

 

Le travail apporte des revenus qui permettent de diversifier l’alimentation, l’éducation, l’ouverture à autre chose. Le reste c’est du baratin. On ne diffuse aucune formation utile à des gens qui ont faim. Ou qui ne savent pas ce qu’ils feront demain matin. »

 

Bref j’étais confiant sur l’avenir.

 

Et là, je retrouve « mon » centre occupé par je ne sais quelle organisation bureaucratique, et surtout, massacre total, « mes » métiers à tisser qui rouillent dans les herbes.

 

Alors j’ai piqué ma colère quand le magistrat (maire) est passé près de nous. Je lui ai parlé dur. Mais bon. Il s’en fout, sans doute.

 

Que s’est il passé ?

 

Tout s’est ligué pour cet effondrement de l’artisanat créateur de ressources que les artisans regrettent encore : ils m’ont demandé dix fois de revenir pour relancer la machine…

 

Mais, il y a eu les révolutions politiques, l’anarchie qui a conduit l’usine de fil à fermer, les boutiques à disparaître, les touristes à s’enfuir. Les matières premières ont disparu avec l’embargo.

 

Osnel le disait : j’ai continué tant que j’ai pu. Mais quand les enlèvements ont commencé, je n’ai plus osé aller vendre mes tissages à Port au Prince.

 

Alors les artisans ont baissé les bras.

 

Beaucoup, les plus vaillants sont partis vers Miami ou Port au Prince, d’autres ont repris leur vie de misère.

Mémène a eu d’autres problèmes, et pourtant elle les vendait comme des petits pains, les tissages sérigraphies. Elle en a gardé quelques uns, poussiéreux, sur l’armoire de sa masure. Elle les sort de temps en temps.

 

Il suffisait de presque rien pour que cela dure.

 

Alors les métiers à tisser qui rouillent dans les piquants, je n’ai pas supporté.

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Published by planete-haiti
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