Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 08:01

Samedi 10 Juillet .  6h00 . LE BLANC .

 

 

Pour les gens, ceux qui ne me connaissent pas, en Haïti, je suis « Blanc ».

C’est mon nom.

On m’interpelle ainsi.

 

En fait, tous les étrangers présents ici sont salués comme ça.

C’est vrai qu’il y en a pas mal, à Jacmel.

 

Parce qu’il y a beaucoup d’ONG, de projets, des touristes, aussi.

 

Donc, on m’appelle ainsi.

 

-       Blanc, ba’m dis kob ( blanc, donne moi dix cts)

-       Blanc, m’grangou ( blanc, j’ai faim)

-       Blanc, ba’m rou lib ( Blanc donne moi une roue libre – ( auto stop))

-       Blanc, fé’m vend ( Blanc, achète moi quelque chose)

 

Toute la journée, ces interpellations, au marché, au bord des routes, près des écoles…

 

Et, c’est vrai, quand on me voit, « blanc »,  veut dire quelquechose… L’autre jour j’avais mis un bermuda.  Les  jeunes d’Opadel étaient morts de rire.  Parce que pour les mollets, c’est encore tendance aspirine.

Bon pour le moment, ce devient  plutôt «  rose », avec les coups de soleils attrapés en plein midi, à marcher dans les chemins de la montagne.

 

« Blanc » ici, cela veut dire étranger. Les sri lankais de l’ONU, les vénézuéliens arrivés en masse envoyés par Chavez pour aider Haiti, les japonais , tout le monde est « blanc »…

 

Cela veut dire aussi, quoiqu’on fasse, riche. L’étranger est celui qui a l’argent.

 

Donc on lui demande. Par principe.

 

Le plus amusant, ce sont les enfants au bord des routes, quand ils demandent une roue libre. Ils descendent vers Colin, je monte vers Lacroix. Ils me demandent quand même une roue libre alors que je vais dans le sens opposé à leur destination.

 

J’ai réglé la question : je ne prends personne. Sinon, je ferai taxi toute la journée.

 

Donc il faut vivre au quotidien avec cet appel permanent.

J’étais mal à l’aise, au début . Enfin, pas longtemps.

Toutes ces demandes, toutes ces sollicitations, ces cris. C’est frustrant de ne pas répondre à tout.

Puis, j’ai commencé à ne plus entendre.

 

Il y a de vraies détresses.

 

Mais il y a aussi un peu de jeu. Je le dis sans cynisme, et pas pour me donner bonne conscience.

 

Un peu de théâtre, comme une entrée en matière de la conversation.

Cela commence souvent comme cela. Sur le marché, dans les rues.

 

« Blanc, donne-moi… »

 

Hier au marché de Lacroix, une marchande m’interpelle :

 

-       Blanc, ba’m ( donne-moi) 5 gourdes

  • Je n’ai pas 5 gourdes

-       Et bien, alors donne-moi 100 gourdes

  • Je n’ai pas de gourdes

-       Pas grave, donne moi des dollars

  • Je ne suis pas américain…

-       Bon  alors, donne moi des euros

 

Et à partir de là la conversation s’engage, ce qu’elle vend, la difficulté de son commerce, le mari parti au loin, les enfants qui ne vont plus à l’école parce que pas d’argent. Je lui raconte que je fais des maisons, à La Montagne.

Elle ne se démonte pas :

-       Blanc, donne-moi une maison…

 

Il n’y a pas une attitude de récrimination ou de mendicité.

C’est un appel à l’aide en douceur, presque souriant.

Une forte envie de parler.

Une attente, un espoir. Et si au final il se passait quand même quelquechose…

 

Le plus amusant, mais cela ne se passe qu’une fois, quand les gens ne me connaissent pas, c’est quand, après quelque phrases, je commence à répondre en créole.

 

J’ai la chance d’avoir bien retrouvé le son, les mots et le ton.

Il se passe alors, à chaque fois la même chose : une grande surprise de la part de celui ou celle qui me parle.  Et en général la personne se tourne vers ses voisins et dit à la cantonade : «  a pa blanc ça konn palé kréol passé nou » ( oh, ce blanc parle le créole aussi bien que nous )

 

Et alors, la rumeur circule : je ne suis pas un blanc, je suis presque d’ici.

Du coup, on m’appelle «  blanc créole ».

 

J’en suis très fier.

Partager cet article

Repost 0
Published by planete-haiti
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Blog: PLANETE HAÏTI
  • : INDIQUER UNE ANNEE , DEPUIS 2010, DANS " RECHERCHER" pour retrouver les 154 articles publiés. "La vie à Jacmel, Haïti, après le séisme, les cyclones, le choléra, les élections et le reste."
  • Contact

Texte Libre

Recherche