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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 06:48

7 février 2011. Le steak.

 

P1050517.JPG 

Marchant vers Belle Hôtesse, une localité de la Montagne, en plein soleil de midi, soufflant et souffrant dans les montées, nous les avons d’abord entendus.

 

Le bruit tellement courant ici des dominos claquant sur la table.

Des éclats de voix. Des cris, des rires.

 

Un groupe d’hommes passaient le temps en se faisant une petite partie du jeu national.

 

Pourquoi tout le monde ici joue aux dominos ?

 

Un peu plus loin, sous une sorte de dais de toile blanche, tous les objets rituels de l’autel vaudou.

Les fioles, les icônes, des poupées, et même la statue d’un chérubin.

Des tambours, des vaccines (trompes de bambou dans lesquelles on souffle), divers instruments posés au sol.

 P1050526.JPG

Une cérémonie va se tenir ici. Tout est en place. Ce soir sans doute.

 

On discute un peu, je fais quelques photos, ils n’ont pas trop envie de raconter. Pas de détails.

 

Doudouche devant, Romuald derrière, nous poursuivons alors la marche vers le quartier que je veux revoir.

Cette maison détruite par le séisme notamment, fissurée, fragilisée, et qui, en plus, a reçu un cocotier qui s’est effondré sur le toit.

Chez Lito. Je raconterai Lito et surtout Lucienne.

 

Au retour, nouvelle suée sous le soleil, les montées sont très dures en milieu de journée.

 

Et nouvel arrêt. Ils jouent toujours aux dominos. Un des perdants a un gage : il est debout sur une jambe et porte un lourd tambour.

 

Un peu plus loin, derrière, les femmes sont regroupées. Je vais voir.

On a tué un bœuf.

Elles le découpent, le nettoient pour le préparer.

C’est pour ce soir.

Je m’assoie, je discute. Elle sont hilares. Il fait quoi, ce blanc ici, et qui parle créole, en plus. Des visages marqués, mais des regards rieurs.

 

Je n’avais pas vu de si  beaux morceaux de viande, rouge, depuis longtemps.

 

Depuis un mois, cette cérémonie se reproduit ici, chaque soir.  Alors ils tuent un cabrit, un cochon et parfois un bœuf, pour nourrir les participants.

Des nuits de danse et de transe, des repas répétés.  Une fortune, sans doute.

 

Il  faut surtout donner à manger au diable pour éviter qu’il ne les tourmente.

 

On discute, j’essaie d’en savoir plus, on passe un peu de temps.

 

L’une des femmes me propose d’emporter un morceau du bœuf.

Sans hésiter, j’accepte.

Un bon quartier de viande fraiche, bien rouge, ça va me changer des morceaux marinés dans le jus d’orange amère et  cuits si longtemps.

 

Quelques photos encore, je distribue des cigarettes. Elles découpent et nettoient les bouts de bœuf, clope au bec.

 

Et puis on lève le camp. Toujours dans le même ordre.

Doudouche devant.

On retrouve la voiture après un bon quart-d’heure de marche dans le sentier caillouteux.

 

Et là, Doudouche me dit : « ne touche pas cette viande, ne la mange pas !

C’est le manger du diable. »

 

Je réponds, j’argumente : « je ne suis pas vaudouisant, je ne crois pas aux pratiques magiques, je ne suis pas dans ces cultes là… » Même si je m’y intéresse.

 

«  Ne la mange pas, elle pourrait être empoisonnée… »

 

Je lui dit que j’ai vu le bœuf à peine tué, qu’elles ont sorti le morceau de la grande bassine où se trouvaient les autres, que…

 

Je regarde Romuald et le questionne, en sa qualité d’ex-commandant de police, il doit être plus rationnel, plus terre à terre.

Et il me dit aussi : « ne la mange pas ».

 

Je suis rationnel, je ne crois que ce que je vois, cartésien, pas trop dans le magique et l’imaginaire.

 

Mais je n’ai pas mangé le steak.

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Published by planete-haiti
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