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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 19:58

10 AOUT 2010. ADAPTATION.

 

J’ai perdu l’habitude de faire des généralités.

Tous les Africains ne sont pas indolents, tous les Français ne sont pas râleurs, tous les avocats ne sont pas véreux, tous les garagistes ne sont pas des escrocs, tous les Suisses ne sont pas lents, toutes les femmes ne sont pas bavardes …

 

C’est vrai, c’est pratique.

 

On classe, on étiquette, on catégorise.

 

Et le tour est joué.  Cela permet d’éviter d’analyser ou d’approfondir.

 

Mais ce n’est pas mon truc. Et puis, j’ai passé l’âge d’avoir des idées définitives sur la vie, sur le monde.

 

Il m’arrive encore d’avoir envie d’avoir raison, mais je sens que cela va me passer aussi. Je commence à laisser à chacun ses certitudes inébranlables, tout autant que cela ne bloque pas ma route.

 

Cela pour en arriver à ce qui semble être un élément très partagé ici : la capacité d’adaptation.

 

Donc, à une époque, j’aurai pu dire : les Haïtiens ont une très grande faculté d’adaptation.

 

Je dirai aujourd’hui : cette capacité de s’adapter à toutes sortes de situations est une donnée largement partagée.

 

Il y a chaque jour des dizaines d’exemples.

 

Les premiers jours, j’avais été frappé de cette activité recommencée au milieu des ruines. Puis des trésors d’inventivité de chacun pour survivre, et repartir.

Les écoles sous les tentes, les marchandes assises sur les tas de gravats.

Des rues bloquées, on en découvre de nouvelles.

 

Des rivières en crue, on trouve le détour.

 

Pas de transport en commun, on se met à quatre sur une moto.

 

Un mur fissuré, on le soutient de trois bouts de bois, d’un bout de corde.

 

On plante des bananiers dans le lit de la rivière. Cela tient jusqu’à la prochaine crue …

 

A la Montagne, l’autre jour, je visite une famille vivant dans sa maison détruite : tous les murs sont à terre, et il reste les portes. Mais le toit est à peu près en place. Tout le monde vit donc en plein vent. C’est moi qui ai eu  l’air un peu bête d’ouvrir une porte pour entrer…

 

Il y a donc eu, pour sauver les gens de la folie qui nous aurait prise, cette capacité d’adaptation.

 

L’exemple de ces familles du Nord Ouest est édifiante.

L’exode rural, l’érosion, a poussé les paysans vers les villes.  GONAIVES est la ville du Nord Ouest qui a connu une énorme croissance, anarchique, évidemment. Puis le cyclone Jeanne, le Cyclone Hannah, le cyclone Ike ont détruit une grande partie de la ville. Certains sont restés, dans la boue pendant des mois. A enjamber des canaux de fortune. Aujourd’hui encore, l’urgence de l’époque n’est pas réglée. Mais la ville vit, bouillonne, fonctionne.

 

Beaucoup sont partis… vers Port au Prince. Où le tremblement de terre les a surpris. Ils ont, à nouveau, tout perdu. Les survivants, je veux dire.

Et ils sont repartis vers Gonaives. Où rien ne les attendait. Et ils sont revenus, depuis, à Port au Prince, à s’entasser dans des tentes.

Sous la poussière, sous la pluie.

 

Et là, ils ont récréé des morceaux d’existence. Des armoires sous les tentes, des pots de fleurs à l’entrée. A attendre que le ciel les aide.

 

Et je trouvais, au départ, que cette capacité à résister à tout  était une qualité, essentielle.

 

Puis Josette en a parlé.

Josette, c’est une amie haïtienne vivant en France et passionnée. Elle préside  «  Haïti Futur » ( allez sur le site ! rejoignez la sur Facebook). Un milliard de bonnes idées à la seconde. Et des actions qui suivent. On se retrouvera, elle a adoré  La Montagne. Je glisse aussi un remerciement à Jean Claude, son mari, et à Philippe et Claire, fils et amie, pour le coup de main sur le plan des maisons.  Avec Josette et Jean Claude, on va essayer de mettre OPADEL et la Montagne dans les premiers utilisateurs des systèmes d’enseignement numérique qu’ils vont développer.

 

Josette a donc trouvé, et l’a exprimé avec véhémence, que cette capacité d’adaptation n’est pas une qualité. Elle a raison.

 

Ces gens qui s’habituent trop à ne plus voir le malheur, ou à s’en accommoder : on ne règle pas les problèmes.

 

On accepte les  abris d’urgence, qu’on vous présente comme une maison.

 

Ce cadre de Port au Prince, habillé nickel avec son costume cravate, et qui enjambe les immondices pour entrer et sortir de chez lui.

Ces jeunes qui acceptent ce paysage parsemé de bouteilles en  plastique vides.

Ces automobilistes qui s’accommodent des rues défoncées.

Ces enseignants qui diffusent des programmes inutiles.

Ces usagers des administrations qui patientent des heures pour ne rien obtenir.

 

Cela ne permet pas d’avancer, de remplacer, d’améliorer, de viser plus haut.

 

Et le normal devient exceptionnel : manger correctement dans un joli restaurant simple et propre devient un luxe dont on s’étonne.

 

Une belle maison finie et bien faite est une exception.

 

Bref, cette fabuleuse capacité d’adaptation est un frein à une «  révolte » constructive.

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Published by planete-haiti
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commentaires

goni JJ 19/08/2010 21:26


voir aide toit, et le ciel t'aidera, enfin peut-être !!
JJ


planete-haiti 12/09/2010 03:08



Je viens juste de voir la subtilité ... aie aie aie 


Aide toit !!!



aurélie 13/08/2010 17:49


c est dur ce que tu écris mais c'est vrai!
ce sacré "si Dieu veut"!


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