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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 22:41

À MARISA. 16 DÉCEMBRE 2010.

 

 P1000237


 

Hier soir, après une autre dure journée, je me suis intéressé aux éléments annexes de ce blog.

Statistiques, blog-rank, origine des visites, liens…

 

Bien qu’il s’agisse de textes de feeling, d’à côtés, de petits instants, de réflexions parfois fugaces, je suis maintenant assez curieux  de voir les fréquentations.

 

L’audience, coco…

 

J’adore ces montées en flèche au lendemain des parutions.

110 pages vues le lendemain des élections.  Waouh !!!

2500 visites cumulées…

 

Triste de voir s’effondrer le nombre de lecteurs quand je n’écris pas pendant dix jours, intrigué et un peu flatté des messages des lecteurs et lectrices assidus ( es) qui s’inquiètent de trop de silence ( continuez les commentaires, en fait, j’adore…) et obligé de poursuivre pour éviter la chute trop longue.

Je commence à comprendre Murdoch. L’angoisse du scribe devant sa plaque de marbre lisse. ( C’est un beau métier ça, scribe ?)

 

Et puis, hier soir, ce commentaire de Marisa. ( J’espère qu’elle ne sera pas fâchée de me voir publier une partie de son texte)

 

Que d'émotion à te lire et te relire depuis qu'on a découvert ton blog...tellement d'émotions que ça nous a laissé sans voix, nous les anciens jacméliens et habitués de la Montagne...content de t'avoir retrouvé ! On a du faire exploser les stats de fréquentation de ton blog...Une question : tu parlais lors de ton départ au mois de mai de "compléter un livre ouvert, un chapitre pas fini, un tableau pas fini"...est-ce que tu crois que tu peux un jour, finir ce tableau ???

 

L’émotion, c’est ça que je veux essayer de faire passer, les poussées de frissons qui prennent à tous moments, la beauté, la laideur, la joie, la tristesse.

 

J’avais pris des notes, hier soir, vite écrit quelques lignes avant de dormir pour répondre à Marisa.

 

Je ne devrais pas m’y remettre aujourd’hui, maintenant que je sais qu’elles ne viendront pas. Maintenant que, déchiré, effondré, j’ai capitulé contre l’évidence. Que ma decision de reporter leur venue est la seule à prendre.

Je devrai plutôt penser à autre chose.

Oui, c’était peut être une folie que de vouloir maintenir leur visite le jour même des résultats des élections définitifs du premier tour. Quand  rien n’est encore dit.

Quand les heurts se préparent et les routes vont à nouveau se bloquer.

 

Alors pour reprendre pied, pour regarder ailleurs, pour qu’elles ne sachent pas que je pleure et que je peste  comme un gamin, je continue ma réponse à Marisa.

 

 

Donc, l’émotion, les statistiques, c’et vu.

 

Reste le livre ouvert et le tableau pas fini.

 

Tu me demandes , Marisa, si je pourrai finir le tableau?

 

C’est ce que je pensais. En revenant.

J’avais lu “ L’énigme du retour”, de Dany Laferrière , et ça m’avait tourneboulé.

Comme tant d’autres, cette première période lointaine en Haïti a marqué tout ce qui allait suivre.  L’idée c’était de retrouver intacts ces impressions d’alors.

 

Pourquoi André, Claude, Bernard, Jean Claude, Jean Marc, Alain et tellement d’autres ont encore la poussière de ce pays collée à leurs souliers, plusieurs dizaines d’années après ?

Pourquoi, même dix jours ici bouleversent les visiteuses et les visiteurs? Bouleversé , dans le sens : on ne peut plus être pareil après.

Pourquoi, même loin, même en vacances en Italie, le blogueur du Cap Haïtien continue à parler chaque jour d’ici, en dégustant un ristretto sur une piazza romaine ? ( lien : “pour ne pas oublier.”)

 

Cela fait des années que je réfléchis à ça.

Que je cherche des réponses.

Que je lis les Lafferrière, Victor, Trouillot et les autres.

 

Qu’il me fallait resortir du quotidien hexagonal pour comprendre à nouveau.

 

Ici, la vie et la mort se touchent et se mélangent à chaque minute.

L’extrême existence et la mort subite jouent sur le meme tempo.

Et c’est le seul endroit de la planète où c’est aussi fort et aussi permanent.

 

La beauté parfaite qui sort des décombres. La fille impeccable en talons hauts qui marche dans la boue, à Carrefour, Mariani ou ailleurs.

 

La surprise et le rebondissement à chaque instant. L’inattendu toujours possible.

Haletant et usant.

 

Y a t’il au monde d’autres endroits si beaux et si laids à la fois ?

 

Y a t’il d’autres endroits où l’inexpliqué, le surnaturel, l’incroyable le détestable, le fabuleux sont aussi imbriqués ? Naturels.

 

Où un malade peut être diagnostiqué avec le même symptôme pour l’hyper tension par l’un et déclaré être habité par sept zombis par un autre ?

Y a t’il un pays où l’homme possède autant d’atouts, multiples et cumulés, et que la vie lui fait gaspiller aussi vite ? La vie et les autres.

 

Où la proximité des uns et des autres est très forte, comme la jalousie et la haine.

 

Le tableau, je l’ai compris maintenant, est une représentation figée d’un instant, d’un paysage, d’un monde.

 

Fouillé, touffu, multiple, coloré et presque vivant, il n’est qu’une image fixe.

 

Donc pour te répondre Marisa, je dirai qu’il ne sera jamais fini, que le modèle bouge trop, que le paysage représenté n’est jamais le même à chaque regard.

 

Et que plusieurs vies n’y suffiront pas. 

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Published by planete-haiti
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commentaires

Vincent 09/01/2011 22:59


C'est un texte d'anthologie que tu as écrit là!


Marisa 23/12/2010 09:42


Et voilà, j'ai fait comme toi ! Les larmes....parce c'est tellement vrai, tellement fort...la poussière collée aux pieds, beauté et laideur, vie et mort....et que ça arrive pour moi à un drôle de
moment...Merci, merci !


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