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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 15:06

A, comme aube.

DSC07421.JPG 

2 février 2014

 

L'aube, à Jacmel, est magique. Comme sans doute partout ailleurs en Haïti.

 

Juste avant que le soleil n'apparaisse,  douvanjou, avanjou, quand seules les premières lueurs éclairent un coin du ciel.

 

L'aube en ville est différente.

 

Quand les coqs suiveurs répondent au premier levé pour engager leur chorus.

 

Quand les premières motos-taxis commencent leur maraude, chargeant les marchandes, leurs sacs et leurs cartons, et transportant les enfants encore engourdis vers les écoles matinales. Têtes couvertes de rubans et de barettes, dodelinant au rythme des nids de poules.

 

L'écume commence à rosir sur la frange des vagues. Et le bord de l'horizon s'allume.

 

Au loin la montagne se teinte d'orange clair.

 

Sur la plage, le long du nouveau boulevard Pétion Bolivar, lui même décoré de teintes solaires, les sportifs courent, s'étirent.

 

Les plus épais, marchent pour tenter d'éliminer les traces du griot de la veille, du poulet importé, gorgé de graisses et d'hormones.

Mais, vu leurs formes largement rebondies, et la lenteur du pas, cela demanderait des heures et des kilomètres de marche.

Pour eux, cela se finira, comme pour les autres : ils feront " coeur" ou " sucre". (Kè, suc) des mots qui décrivent bien les maladies qui les attendent, et qui font largement plus de victimes que le choléra. Des trucs inconnus il y a quelques années, avant que la bouffe importée, emballée  et facile n'envahisse le marché.

 

Des élèves s'installent sur les parapets, pour réviser une dernière fois, l'histoire glorieuse de l'indépendance ou les autres leçons mille fois répétées.

 

Dans  la rue, les chiens qui ont jappé toute la nuit vont se coucher, en attendant la nuit prochaine.

 

Des odeurs de café s'échappent des cuisines.

 

Et les jeunes filles, "restaveks" ou non commencent à jeter de l'eau sur les seuils et devant les maisons. Balayent  les cours et les caniveaux. Effacent les traces des esprits mauvais qui se sont sans doute attardés pendant les heures sombres. Laver l'entrée, avant de commencer la journée.

 

L'aube est magique, parce qu'elle est fugace. Le jour se lève d'un coup, sans tarder, sans se prélasser.

L'instant est éphémère, et très vite le soleil efface les dernières traces de la nuit, sans traîner.

 

Ce qui fait qu'à 7 heures du matin, c'est grand jour, tout fourmille, bouge, crie, chahute; les radios braillent, les motos klaxonnent, les passants s'interpellent :

"comment a été la nuit ?". "Bien" ou encore " pas trop mal" répondent ceux qu'on questionne.

Les autres, de toutes façons, ne sont pas là pour répondre.

 

L'horizon a déjà effacé le rose, l'orange bleuté, le vermillon, pour passer au bleu vif.

Jusqu'à ce soir, fin de journée, " lanjélis", ( angélus) quand le bleu "digo" ( indigo) se diluera dans l'ocre et le feu du soleil couchant.

 

 

* Les mots créoles sont en italique. 

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Published by planete-haiti
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