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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 22:36

ACTION… REDACTION - 19 Juillet 2010 .

 

La difficulté de l’exercice, quand on raconte ses journées, c’est qu’il faut d’abord les vivre, retenir les choses à dire, le formuler de façon à peu près lisible, donc retenir, choisir les mots, prendre du  temps, rectifier, polir, évacuer l’inutile, valoriser le minuscule ou l’extraordinaire, donc passer du temps.

 

Au début, c’était facile.

 

Vivre le jour, de six heures à dix-huit heures. Ecrire en dehors de cette plage ( horaire)

 

J’avais gagné sur :

-       les heures de sommeil

-       les heures des repas

-       les heures des infos

-       les réunions du soir

-       les heures perdues pour trouver une place de stationnement

-       la lecture du journal

-       les soirs de matches

 

Je trouvais, en arrivant, que les journées étaient trois fois plus longues qu’avant.

 

Mais avec les jours, les cernes autour des yeux et l’estomac qui se manifeste, je dors maintenant comme une souche, et je mange correctement  ( ma mère me lit … D'ailleurs, j'ai agrandi la police, elle vient de perdre ses lunettes...)  Et j’ai regardé quelques matches quand même. Sauf la finale : Florita ( l’Hôtel ) s’est fait voler la télé.

 

Et puis, l’action des journées devient très dense.

 

Les cyclones arrivent.

 

Les journalistes français s’énervent et racontent que rien n’est fait.

Six mois après, il  faut des résultats. Les donateurs ne comprendraient pas. Les journaux ont besoin de trouver des choses à dire. Occuper la une.

 Il faut amortir le coût du voyage des journalistes : leurs séjours dans les hôtels climatisés de la capitale coûtent cher.

 

Alors, nous,  on accélère sur le terrain. On les y attend, d’ailleurs. A part Jessica et Deborah, je n’ai vu personne.

 

Il faut y aller, voir les choses, bâtir, développer. Avancer.

 

Donc on allonge les horaires, on slalomme entre les orages, on s’infiltre ( !) dans les espaces sans pluie.

 

On monte des murs.

 

On brasse des cargaisons, des sacs de ciment, des planches. Des caisses de clous.

 

On érige.

 

On s’agite, enfin. On démontre. ( mot français composé de dé ( chance) et  de montre ( temps))

 

A partir, comme ça ,  au dernier moment de La Montagne, il arrivera un jour où la rivière me bloquera de l’autre côté. L’autre jour, c’était tout juste. L’eau à hauteur du capot. Les branches dans l’eau. Doudouche me dit qu’on voit parfois passer des chèvres ou des vaches.  J’en ai perdu le Klaxon, organe majeur d’un véhicule ici. Panne fatale.

 

Du coup, deux taxi-motos se sont ramassés dans la montée, non prévenus de notre arrivée.  En effet, normalement, c’est TUUUT TU TUUUT  à chaque virage, comme dans le tunnel après Saint Christophe en Oisans .

 

Pas de bobos, mais impressionnant. Je rappelle que c’est quatre passagers par terre à chaque fois. Celui qui montait avec sa chaine HI FI sur la tête m’a fait le plus de peine, quand il a ramassé les morceaux.

 

Tout ça pour expliquer les jours de silence, occupés par un peu d’action.

 

Zéro visiteurs, sur le blog, hier.

 

Je perds de l’audience. J’ai du mal à être au four et au moulin.

 

En fait, vous avez été 444 visiteurs uniques (donc différents) depuis le premier jour . Vous êtes uniques.

 

Merci de votre curiosité, et aussi de vos messages.  C’est encourageant.

 

Je dois donc relancer l’intérêt. Piquer les curiosités.

Je ne peux pas refaire le coup de la fête en deux épisodes. Tout le monde n’a pas aimé. Surtout le suspense à la fin de la saison 1.

 

 

La question du jour, c’est donc cela : trouver quand même un moment, comme ce soir, pour raconter la vie ici.

 

Parce que c’est essentiel, pour la mémoire, pour les gens qui vont passer et que je côtoie chaque jour, pour garder l’œil qui voit, pour ne pas me lasser. Pour ne pas s’user trop vite.

 

Depuis huit jours, la vie est active. Hyper.

 

Je n’ai rien raconté, et vous ne savez pas.

 

Vous ne voyez rien s’afficher sur le blog.

 

Zéro visiteur, hier.

 

Cela m’a quand même fait un choc. C’est comme une boutique vide, une journée sans appel téléphonique, une auto sans klaxon. La rue du Commerce sans camions qui passent. Un jour sans pluie.  Une nuit sans les chants des églises alentours.

Un marché de Jacmel le dimanche.  Rappelez moi qu’il faut que je raconte le marché, et aussi le recyclage des bouteilles en plastique, les tableaux naïfs, la technique du téléphone mobile, les deux ouvriers qui démolissent la maison d’en face, l’histoire des cochons américains, la méthode pour faire du jus de citron, la culture du café, la propriété foncière à travers les âges dans les campagnes, la saga de la famille Colin, comment rien n’est impossible et tout peut arriver, que six mois après il y a eu quand même pas mal de choses, Joe Dassin qui chante «  les Champs Elysées » sur la route vers la Montagne, le déambulateur du matin, l’eau que l’on boit, les moustiques et les méthodes pour s’en protéger, les éclairs du soir…

 

Plus d’histoire pendant quelques jours. Cela doit être un peu tristounet pour les fans. Comme Marseille au mois d’Août. C’est un peu vide et mort.

 

Vous ne savez donc pas :

 

-       que ma visite à Port au Prince du lundi 12 juillet s’est très bien passée. Belle réunion, à l’heure, sur les volontaires du service civique. Proposer à des jeunes gens de se rendre utiles 6, 9 ou 12 mois, au service du pays, ou au service d’autres pays. Dix français de moins de 26 ans viennent de vivre une expérience unique en HAITI. Enfin, une mesure intelligente. Merci, Monsieur Martin HIRSCH.  Cette mesure est une bénédiction. Même si l’ambassadeur est arrivé après, juste un coucou dans la cour. Merci Monsieur Le Bret. Vous faites un bon travail. Envoyez vos enfants de 18 à 26 ans en service civique, à Port au Prince ou à Félix Pyat. ( Marseille, 3ème)

 

-       que mon ordinateur vient de se bloquer, là,  au 12 950 ième mot de ce blog. Et que là, « action, rédaction, » exaspération… J’ai pris un fond de Barbancourt ( rhum national ) avant de balancer le Mac par la moustiquaire, et trois coups de tonnerre et deux éclairs plus tard, il est reparti. La moustiquaire l’ a échappé belle. J’ai perdu deux paragraphes, et là, vraiment, vous ne saurez pas.

 

 

-       que mes visites chez les futurs bénéficiaires des futures maisons me retournent au plus profond, à chaque fois.  Je souris, de façade. Je blague, je détourne. J’ai envie de hurler et de pleurer. Je raconterai cela, quand même. Il faut que je laisse macérer, cette colère, cette souffrance.  Cette indicible peine. Et ils ne se révoltent pas ? Il y aura une page sur les bénéficiaires. Juste le temps de laisser tomber la pression.

 

-       que le maire n’était pas chez lui, quand j’y suis allé…

 

-       que pour faire une bonne latrine, dans une école, il faut creuser au moins jusqu’à 2m20 . Ce n’est rien de le dire, sauf quand la roche est à 80 cm de la surface. Il faut alors, soit beaucoup de temps ( ça va) , des courageux ( ça va),  des outils affûtés ( ça commence à aller moins) , de l’essence qu’on enflamme pour casser la pierre ( ça ne fonctionne pas toujours ) . Ou bien, il faut creuser là où il n’y a pas de roches… Ou bien, les enfants continueront à faire dans la nature environnante.

 

-       qu’Altagrace PAYEN, nouvelle coordinatrice du cluster éducation est venue à la Montagne, ainsi que Fritz Auplan, ingénieur, ainsi que le canado Haitien dont j’ai oublié le nom, puis la responsable locale du projet de Plan International, Save the Children, Médair, Unicef, et tant d’autres. La Montagne devient la « it » place. Les people s’y bousculent. J’adore. Il nous manque Lyonel Messi, Florent Malouda, et Angelina Jolie. Je ne désespère pas :   il y a bien eu une séance de photos de mode au FLORITA (vous vous souvenez, l’hôtel du début) avec des mannequins plein le hall.  Je n’y suis pas resté trop longtemps. Pour la Montagne, je sais, pour l’avoir répété souvent, le nombre exact de mandariniers greffés à ce jour. ( 789), le nombre total de plantules dans les sachets de la pépinière, avec ou sans les caféiers. ( Quizz :  j’attends vos réponses sur facebook, sauf pour le personnel de l’association, leurs familles et apparentés, et les lecteurs de mes rapports officiels)

 

-       que samedi a eu lieu une superbe réunion pour expliquer aux gens influents de la zone comment seront distribuées les plantules, à qui, à quel prix, où et quand. Le chocolat chaud était divin. Vous ajoutez au chocolat préparé à partir des cabossses que vous avez récoltées dans le jardin, des graines que vous aves grillées lentement et pilées pour former une pâte épaisse,  homogène, et un peu amère, que vous avez  rapée, et fondue dans le lait frais,  un peu de cannelle. Servez très chaud.

 

-       qu’à  cette même réunion, les femmes avaient préparé un fabuleux repas.

 

 

 

Donc, pendant tout ce  silence, il y a la vraie vie.

 

Mais, comme dit Jean Claude  IZZO, «  Vivre fatigue ». Donc le soir, je n’écris plus. Je dors.

 

N’ayez pas peur je vais m’y remettre.

 

J’ai promis de raconter, notamment ce qu’on mange, ici. J’ai déjà le titre : «  Qu’est-ce-qu’on mange ? »  Je garde ce chapitre pour un jour où je  ne  saurai pas trop quoi raconter.

 

Mais, par exemple, ce soir, j’ai mangé :

 

  • la moitié de l’avocat que m’a donné la sœur de Boss Doudouche
  • un plat de spaghettis, succulents, que m’a donné Paule Baruk, ma voisine. Merci encore, Paule.
  • une tranche de papaye que m’avait donné samedi la présidente du groupe des femmes de la Montagne, sous section d’OPADEL. (Femmes Opa) Phonétiquement, c’est un joli nom, pour un groupe de femmes.
  • Un verre de PRESTIGE, bière locale qui mousse quatre secondes puis… pouf…
  • Une banane juste mûre que m’a donnée Romuald. Enfin je veux dire une des 24 bananes.
  • Une tasse de café, que j’ai préparé, moi-même. C’est d’un paquet que j’avais acheté au market de Port au Prince, l’autre jour. Le paquet ressemblait aux Cafés ANDRE, un truc africain.
  • Je n’ai pas pris de fromage.  Mais cela arrive. Du cheddar en pâte.

 

 

Un repas, tout seul, mais où tant de monde est présent. J’en ai profité pour mettre Alain Bashung à fond, vous savez, cette chanson de Gérard Manset : «  Il voyage en Solitaire, mais nul ne l’oblige à se taire … ».

 

Je m’arrête. Il est 22h30. Je vais être en vrac, demain, je viens de perdre deux heures de sommeil. J’en ai encore au moins pour dix minutes à charger cela dans le blog pour les lecteurs de demain matin.  C’est à dire dans une demi-heure à Marseille, Montpellier, Aix, Paris, Saint Germain, Santorin, Marquette, Nice, Lille, Salon, Bordeaux, Pouillon, Asnières, Félix Pyat, Mazargues, Le Vieux Port, le Prado, le David, Castellane,  Cours Julien… zut j’en ai oublié plein. Je vais me faire tuer.

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Published by planete-haiti
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commentaires

Cécile - Nièce de Vincent 09/09/2010 10:01


Et voilà, je reçois un e-mail du tonton... et je passe un bon moment à découvrir quelques bribes de la situation en Haïti. Merci pour ce témoignage.

Pour les latrines, il se pourrait bien qu'on trouve une autre solution. Je te laisse relever tes mails et n'hésite pas à me contacter pour plus d'infos si ça te parait jouable.

Bonne continuation !


planete-haiti 12/09/2010 03:07



OK je regarde cela !!


 



aurelie 27/07/2010 22:53


mais si on est là on te suis toujours et continue.
mais à la ber c et pas comme en haïti tout le monde a internet mais personne ne veux le partager vive la france.
Et du cabrit tu manges du cabrit?


piazza dominique 21/07/2010 14:21


Bonjour Philippe

Je prends connaissance de tes récits, toujours avec beaucoup d'intérêt, bourrés d'anecdotes locales. Courage, nous sommes de tout avec avec toi....on attend la suite !!!


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