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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 21:39

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 25 AOUT  2010. JE N’AVAIS PAS TOUT VU.

 

 

Presque trois mois que je sillonne les chemins, les pentes et les ravines de La Montagne.

 

Que je passe régulièrement sur cette route qui monte.

 

Que je traverse les jardins, les « lacous » ( espaces autour des maisons) à plaisanter et à discuter  de toit et d’avenir .

 

Tantôt  secoué et brinqueballé, après la pluie, quand le ruissellement de la veille a détruit des jours de travail des escouades de villageois payés en «  Cash for Work » ( monnaie contre travail)  et qui avaient  patiemment rebouché les trous dus à la pluie.

 

Tantôt calme et tranquille, comme depuis ces derniers jours un peu plus secs, et où le trajet passe à nouveau sous les trois quart d’ heure.

 

Et puis voir que les choses avancent, cela donne une certaine confiance:

 

-       la première maison est finie,

-       Josette, Haïti Futur et ses ingénieurs ont fait avancer d’un grand pas notre dossier technique ; et elle nous a ouvert des horizons passionnants vers l’éducation numérique dont on reparlera.

-       Les greffes ont bien pris, et les mandariniers se multiplient,

-       Les tonnes de graines de la FAO distribuées lundi ont fait des centaines d’heureux

-       Edo Zenny, le maire de Jacmel, a mis notre maison en fond d’écran

-       On démarre les autres la semaine prochaine…

 

Rien qui ne me perturbe trop sur cette route depuis quelques jours. Même les cyclones passent au large, pour le moment.

 

Je pensais tout connaître de cette route vers La Montagne.

 

La rivière à traverser, mais Doudouche calcule avec soin les passages les plus sûrs.

 

Le passage dans la plaine côtière, Sable Cabaret, où les gens semblent sereins et zen.

 

La montée du Morne Laporte et les bonjours qui se succèdent. Junior va m’attendre au passage, juste pour son petit salut quotidien.

 

Terre Rouge, et ses cultures opulentes et variées. Sous-bois de bananiers, palmiers, caféiers… Les grandes flaques d’eau couleur de latérite.

 

Les caillasses de Colin.  Roche blanche coupante. Gladys est en vacances et je ne la vois plus à l’école avec ses quarante bambins.

 

Bellevue, Dénoué enfin où m’attendent à chaque fois les jeunes gens d’Opadel à la porte de la pépinière. Le mardi, c’est le mieux, quand les 170 femmes travaillent en journée collective.

 

Donc voilà. Mon petit itinéraire devenu presque habituel.

 

Et puis cette journée avec Robespierre. Lui, c’est le représentant de la ville dans le secteur. On a vu pas mal de choses ensemble, même si je n’ai pas avec lui la même proximité qu’avec Christian ou Romuald, de l’Opadel.

 

Et là, c’était la journée de visite des bénéficiaires potentiels.

 

Un retard inattendu nous a fait nous retrouver plus bas que prévu.

A Sable Cabaret.

Juste la partie située à la sortie de Jacmel, mais qui dépend de La Montagne. Théoriquement, notre territoire, bien que je ne considérais pas cette zone comme faisant partie de La Montagne. C’est tellement près de la mer.

 

Juste après la rivière. Le long des plages de galets gris. Même forme, même couleur que sur les plages de la Promenade des Anglais. Et l’eau, pareil, turquoise et bleu foncé. Et au fond, comme un mont Boron des Tropiques, les premières collines arrondies et boisées.

Donc, pour moi, il n’y avait rien à voir là.

On y ajoute un peu de touristes, et c’est « la Bella » tout craché.

 

Mais là, aujourd’hui,  je me suis arrêté.

Robespierre m’attend.

 

Au premier carrefour, une maison détruite. Pas vue,  depuis trois mois. Et pour cause , il n’y a plus rien. Rasée aux fondations. Et une autre à côté, puis une autre encore.

 

En m’éloignant de la route, le spectacle se multiplie. Rien de très car le séisme a rasé entièrement beaucoup d’ habitations. Les gens sont dans des tentes, plus loin.

 

Je pensais voir deux ou trois cas.

 

C’est calamiteux.

 

Des dizaines et des dizaines de maisons disparues.

 

A droite de la route, cela ira : les occupants sont sur leurs propres terres et peuvent justifier de leurs titres.

A gauche, ils se sont installés, au fil du temps et des générations, sur les terres publiques. Personne ne construira là pour eux.

 

Les  murs effondrés, les toitures démantibulées, les poteaux cisaillés.

 

C’est pire qu’à La Montagne, je veux dire en haut.

 

 

Ils n’ont pas d’autres endroits. Pour celles qui n’ont pas disparu, des maisons sans murs et sans toit.

 Et celle-là, où il n’y a plus que la porte  fermée qui tienne debout, où les murs sont des passages béants. Quelqu’un a écrit : « frape avan dantré «  ( Frappez avant d’entrer ). Je frappe à la porte et entre par le mur.

 

Et l’après midi est ainsi, de ruine en ruine, de misère en misère.

 

Des femmes seules avec une tripotée d’enfants, le plus souvent. Des femmes debout, courageuses et vaillantes et dignes.

 

Les hommes sont partis, ou sont morts. Ou sont aux jardins car c’est le moment de préparer la terre.

 

A Sable Cabaret, même les jardins sont misérables : un, puis deux puis trois cyclones ont détruit le réseau d’irrigation qui permettait de multiplier les récoltes de légumes et de fruits. Il reste des bananiers qui tiennent un peu à la sécheresse. Deux kilomètres de rigoles qui faisaient vivre des centaines de familles.

 

Je n’avais pas vu tout ça.

 

La situation ici est pire que tout ce qu’on dit.

 

Et c’est trop pour nous. Notre quota de cinquante maisons est une goutte d’eau. La liste est si longue : Shubert, le jeune responsable du groupement local m’a laissé, comme un message d’espoir, sept pages où  est dressée, d’une écriture serrée, la liste des familles victimes de dégâts ou de destruction. 

 

J’ai rencontré Charlemagne, Homère, Eustache, Siméon, Ladouceur, Mentor. Je n’ai pas vu Paris, Michelet, Saint Ange,  Laguerre, Ronald Egalité, Fleurette et la centaine d’autres.

 

Un petit espoir ce matin : à en parler à droite et à gauche, j’ai découvert qu’une ONG locale va faire 85 maisons de bois dans la zone.

 

Demain, avant de faire ma route habituelle, j’irai voir Schubert pour lui annoncer.

 

PHOTOS SUR  : link 

 

 



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Published by planete-haiti
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commentaires

goni JJ 05/09/2010 00:41


coucou Philippe
tout simplement
JJ le niçois


planete-haiti 12/09/2010 03:07



Merci pour les coucous !!



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